LES OPÉRATIONS EN SICILE
t« Paroles prononcées par le général Govone à la Chambre des Députés^ le 5 décembre 1863, à F occasion de V interpellation d'Ondes-Reggio sur ce qui s^ est passé en Sicile (Atti Parlamentari),
Govone. «Pour pouvoir apprécier en toute justice la conduite des troupes en Sicile, la Chambre ne doit pas perdre de vue qu'il s'agit <l'un pays qui ne se trouve pas dans des conditions normales et régulières. Elle ne doit pas non plus s'inspirer de Topinion émise après les événements par les partis en Sicile, mais remonter au contraire à Topinion qu'exprimait la Sicile tout entière pendant les premiers mois de cette année.
Messieurs ! Il existe en Sicile des haines de famille, des haines souvent féroces et qui datent de loin. L'administration imparfaite de la justice, le mauvais gouvernement de l'ancien régime peuvent avoir contribué à entretenir cet état de choses. Mais c'est surtout dans le désir de la suprématie, dans le désir de dominer dans la commune qu'il faut chercher la véritable cause de ces haines.
Entre temps, la révolution de 1860 a fourni à ces haines l'occasion de se manifester par d'horribles massacres et d'épouvantables cruautés et je connais bien des communes, je pourrai en citer une vingtaine à la Chambre,. où chevaliers et scribes*, grecs et latins, soci et libéraux, et d'autres partis ornés d'autres noms, noms qui sont souvent ceux de familles rivales, se sont jetés les uns contre les autres et où des familles entières furent détruites, hommes, femmes, enfants, les maisons saccagées et brûlées et où il ne resta aux parents éloignés survivant aux massacres d'autre ressource que d'émigrer dans d'autres communes. Ce sont là, il me semble, des mœurs du moyen âge.
Mais h côté de ces massacres retentissants, bien d'autres haines
1. Appellation des petits partis locaux qui existaient dans presque tous les bourgs de Sicile.
414 LE GENERAL GOVONE
se sont montrées au grand jour, et bien des vendetta ont été satisfaites.
Ces actes de violence, qui laissent derrière eux de si terribles rancunes, ont brouillé avec la Justice un nombre considérable dlndividus, pour la plupart des gens du peuple qui ont servi dUnstnments à ces haines.
A cette première catégorie d'individus dangereux sont Tenn> s^ajouter de nombreux malfaiteurs, évadés des prisons et des galèivs en 1860, qu'il avait été impossible de reprendre ou qui avaient été amnistiés par la dictature. Leur nombre peut s'élever à 6, 8 peut-être même 10.000; je ne saurais le fixer exactement.
Puis est venue la conscription et avec elle une nouvelle catégorie d'individus dangereux, les réfractaires ou les déserteurs qui se jetaient par milliers dans la campagne et devenaient bandits.
Tant de haines, tant de rancunes et tant d'éléments dangereux devaient porter de tristes fruits.
L'arme des carabiniers a relevé dans les vingt-quatre mois de 1861 et 1862 1.500 assassinats, et ce n'est pas là un total exact et vrai, puisqu'on peut affirmer qu'il se commet au moins un millier d'assassinats par an en Sicile.
Quant aux vols, aux extorsions, aux agressions sur la voie publique* aux séquestrations de ptTsonnes, aux incendies, je demande à la Chambre la permission de lui lire quelques lignes d'un journal de Girgenti du mois de mai :
uLe S courant, une bande de brigands a entouré sur le territoire de Naro la maison du métayer A/à, séquestra son fils et ne le relâcha qu'après avoir extorqué une somme dont on ne connaît pas encore le montant.
Le même jour, dans les mêmes parages, on a commis divers vols de froment, de farine, accompagnés des violences ordinaires.
Là encore, on vola 6 mules et 2 juments suitées appartenant à un certain Marziano qui rentra, dit-on, en leur possession, moyennant U payement de 100 onces.
Le 9 au soir, la garde nationale de Naro et quelques carabiniers se rendirent à la ferme du métayer Aià pour donner la chasse aux brigands. De Naro on entendit une fusillade assez vive ; mais il n*y eut ni pertes, ni arrestations.
Le même jour, aux environs d'Aragona,une poignée de brigands séquestra un certain Licata qu'on taxa à 400 onces. On le retint pendant trois jours entre la vie et la mort, et à la fin on le relâcha après lui avoir extorqué une somme de 100 onces.
A peu de distance de ce point, on arracha des bras mêmes de son mari une femme qu'on relâcha quelques jours après,
A Aragona, on mit le feu à des meules de paille appartenant à un certain Di Benedetto,
Au même moment, on aperçut sur la route dite Piano di Cleri 20 6rt*
gands armés de fiisils à deux coups et de tromblons, jouant un air populaire que noui appelons à Girgenti magaiTone et qui dépouillèrent tom ceux qui passaient. Puis ils rentrèrent avec la plus grande désinvolture dans le cabaret situé à la croisée de quatre routes^ y mangèrent, s'y grisèrent, payèrent et partirent,
A Castro filippo, tout près du village, un certain Pasquale Ceraci qui travaillait dans son champ avec 22 journaliers vit arriver 25 brigands armés comme ceux dont on vient de parler. Us le séquestrèrent, lui firent passer trois jours dans les affres de f agonie et le relâchèrent moyennant 60 onces,
A San Biagio, une bande de brigands menaça de donner l'assaut et s'enfuit lorsqu'ils virent accourir toute la population.
On nous affirme qu'une bande armée entra en plein jour dans la bourgade de Milona, province de Caltanisetta, y vola et enleva 50 filles. On ne sait ni où ni quand elles furent relâchées. Nous en parlerons dans un autre numéro.
Un milicien de la compagnie de Girgenti, nommé Calogero Messina, de Camastra, qui accompagnait un négociant de Girgenti à Naro oit il allait écouler sa marchandise, fut attaqué par 14 brigands et assassiné à coups de couteaux ainsi que le malheureux marchand. Les voitures furent criblées de balles.
Nous relaterons dans le prochain numéro de nombreux vols d'animaux, de froment, etc, commis dans la province.
Messieurs du Gouvernement, nous vous adressons à nouveau la prière de vouloir bien tourner vos regards vers cette ile qui s'appelle la Sicile, et chasser de votre esprit les idées que vous qualifiez du mot : BXAGéRA-