‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 56 sur 73 · TION · texte numérisé non relu

TION

Prenez des mesures énergiques et ordonnez à qui de droit de faire marcher la troupe, les chevau-légers, les miliciens, la garde nationale.

Le moment est critique, et si Pon n'y prend garde la gangrène prendra de telles proportions qu'il n'y aura plus de guérison possible. »

J'ai pris ce numéro de journal au hasard et je pourrais vous en citer d^autres. Tous les numéros des six premiers mois de cette année sont pleins de récits aussi tristes et aussi douloureux.

Je crois qu'à côté des feuilles publiques, les Municipes et les collèges organisés ont fait, eux aussi, parvenir leurs remontrances au Gouvernement.

En tout cas, je sais que la Chambre de commerce de Girgenti a rédigé et fait signer une pétition dans laquelle je trouve les passages suivants :

(c Le brigandage organisé dans notre arrondissement y prend des « proportions inquiétantes. Les vols, les meurtres, les extorsions, les « séquestrations s'y perpètrent à main armée, sans qu'une répression « efficace les entrave ou les prévienne, »

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Et un peu plus loin :

'« Les lois faites jadis pour le Piémont, sont nuisibles lorsqu'on veut I « les appliquer à la Sicile. Quand les lois ne sont pas en rapport avec « les besoins du pays, elles sont une calamité et non un bienfait pour U -« peuple, »

Puis plus loin encore :

« Une grande masse de troupes, de carabiniers, de gardes nationales, « de militaires à cheval en est réduite à assister au massacre de la societt « sans pouvoir arrêter le fléau qui menace de tout dévaster, parte « qu'elle ne peut agir qu'en cas de flagrant délit ou munie de mandatt « d*arrêt. Mais ce sont là des circonstances qui se présentent rare» -« ment et Von ne peut par suite ni prévenir, ni punir les crimes. •

Et enfin :

« Nous émigrerons avec toutes nos familles pour trouver ailleun k « paix et la tranquillité que nous avons le si vif désir de recouvrer et <i dès aujourd'hui nom abandonnerons nos campagnes. Nous fermerons « nos usines avec la conscience qu'on ne peut nous rendre responsable* <i des conséquences qui résulteront pour la société du renvoi nécessaire, « de milliers d'ouvriers jetés sur le pavé et obligés de se procurer du trait vail et du pain. »

Toutes ces plaintes qui retentissaient dans Tile entière eurent un écho dans cette Chambre, et le 13 avril, l'honorable député de >€irgenti, interpellant le ministère, lui disait entre autres :

« Il me paraît indispensable de poursuivre par la force armée toute

« ces bandes, tous ces réfractaires, c'est là le seul moyen capable den

« finir avec ceux qui ne sont pas encore des brigands,mais de simples roleun

« de grand chemin et d'empêcher l'organisation du brigandage en Sicile.

« Je crois que le brigandage aura de la peine à prendre racine en SieiU:

M mais si le gouvernement ne se décide pas à détruire le mal dans son

« germe et ne disperse pas ces bandes, je crains fort que nous n'ayon* «i

« déplorer et à subir les tristes conséquences de sa mollesse. »

Le député de Girgenti n'avait que trop raison.

La situation était en effet des plus graves dans certaines province? de la Sicile et surtout dans celle de Girgenti. Gomme je le disai? dans un de mes rapports au Ministre de la Guerre, les habilanU n'osaient plus s'aventurer hors des localités, souvent même hors de leurs maisons.

J'ai connu un riche propriétaire qui, pour se rendre de l'inténeor de rîlc àPalernie, dut se faire escorter par 40 de ses gens armés et

tnonl^s. Les habitants des communes voisines de Palerme ne valent venir en ville qu'en se réunissant en armes et en fon des caravanes. Les rançons imposées à l'intérieur de quel villes ou bourgs se payaient, par crainte de représailles pires en avec autant d'exactitude que des lettres de change.

La di'-pression des esprits était générale et profonde.

Les autorités politiques et judiciaires ne pouvaient enray mal parce qu'en général on n'osait pas avoir recours à elles.

On n'osait pas recourir à l'intervention de ces autorités «rainle dereprésaillesetaussiparsuite d'un vieux préjugé enn dans l'esprit du peuple qui consiste il considérer comme un abject et vil tout individu qui fait des l'évélalions aux auto] quand bien même il s'agirait du plus infâme des malfaiteurs.

Je dirai même & la Chambre que cette vertu, ce genre de silei reçu une dénomination spéciale dans le langage populaire et s'ap wnertà.

Quant k la crainte des vengeances, elle n'est que trop jus par des faits presque quodidiens, par l'assassinat au centre r des villes et des bourgs des personnes soupçonnées d'être en rel> avec les carabiniers ou avec le Juge.

Je raconterai à ce propos à la Chambre quelques faits que J'aï produire au cours des quelques semaines pendant lesquelles J't çai le commandement des colonnes mobiles.

[I y avait à Sambuca, dans la province de Girgenti, une banc cinq à six bandits. J'y envoyai une patrouille qui se fit guider pi garde communal.

Ce guide la servit fidèlement bien qu'on ne pût réussir al mettre la main sur les bandits. Mais, le lendemain du jour i patrouille quitta Sambuca, il fut assassiné en plein village rien pour avoir servi de guide à cette patrouille.

J'envoyai à Santa Cristina, près de Palerme, une compagnie l'ordre d'arrêter quelques malfaiteurs. Elle réussit à s'emparer très mauvais sujet. Le lendemain, trois individus pénétrèrent un parent du syndic (notez bien qu'il s'agit d'un parent du syi et le massacrèrent parce qu'ils soupçonnaient le syndic d'avoir fc des indications à mes soldats.

Enfin, Messieurs, lorsque les troupes eurent ramené à Bagl les réfraclaires et les malfaiteurs Je l'endroit, elles partirer laissant six de ces gredins aux carabiniers qui devaient les am à Palerme.

Les carabiniers réquisitionnèrent à la Mairie un chariot poi transport et le syndic charga un de ses neveux dgé de moii vingt ans de la conduite de ce véhicule.

Ce jeune homme conduisit donc les malfaiteurs II Palern reprit ensuite la route de Bagheria, située à 3 ou i railles de Pale Arrivé environ à mi-chemin il fut assailli par deux individus q tuèrent d'un coupde pistolet àboutportant. Les chevaux s'arrêlj

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devant la maison du père qui trouva dans la voiture le cadavre île son fils assassiné par vengeance contre le syndic qu'on accnsail d'avoir renseigné les troupes.

Messieurs, de semblables crimes se commettent journellement et rien ne me serait plus facile que de vous en citer une foole d'autres.

D'après tout ce que je viens de vous exposer, vous pouvez juger quels maux en résultent pour la Sicile, puisque ne pouvant ou ne voulant pas recourir à la justice pour lui demander réparation des préjudices éprouvés, chacun assure sa défense personnelle par ses propris moyens. C'est ainsi que de riches propriétaires du pays prennent ou gardent à leur service, comme gardiens de leurs propriétés et comme fermiei^ (gastaldi), des individus mal famés et chargés de crimes ou de délits qui, grâce à leurs relations avec les malfaiteurs, grâce à la terreur qu'ils inspirent, protègent la vie et les biens de leurs maîtres. Et alors, lorsque ces gens tombent entre les mains des autorités, ce sont ces seigneurs qui interviennent pour réclamer leur mise en liberté.

Ce sont là de véritables bravi d'un autre temps.

L'excès du mal avait engendré c^ans la province de Girgenti nn^ réaction utile et favorable ; mais, comme vous l'a dit l'honorable Ministre de la Guerre, cette réaction se manifesta par quantitéd'acte*^ illégaux. C'est ainsi que la garde nationale de Regalmuto tira de prison un malfaiteur qu'elle fusilla sans autre forme de procès.

A Montaperto, près de Girgenti, comme je le disais dans le rapport que vous a lu l'honorable Ministre, la garde nationale tua un malfaiteur au moment où, ne se croyant plus en sûreté dans le pays, il se disposait à transporter son domicile dans une autre commune et fit partager son sort à sa femme.

Pour ma part, j'ai fait arrêter les coupables sur mandats délivrés par le pouvoir judiciaire, mais je dois dire que la Ville de Girgenti désapprouva ces arrestations.

Enfin, Messieurs, je me souviens encore d'un autre fait. Un courageux jeune homme de Girgenti, attaqué et dépouillé sur la voi*^ publique, sortit le lendemain avec quelques amis pour aller à la chasse, mais à la chasse aux voleurs. En ayant trouvé un qui travaillait dans son champ, il le tua et rentra chez lui enchanté de remploi de sa journée.

J'attribue sans hésiter ces faits à la situation exceptionnelle du pays ; mais je veux par là faire remarquer à la Chambre que cette situation même justifiait et commandait l'emploi de mesures énergiques.

Le (iouvernement s'émut de cet état de choses et voulut y porter remède. Mais de quels moyens disposait-il? Des carabiniers? Le ministre de la Guerre nous a dit que 68* carabiniers furent tués ou

1. Les chiffres donnés par le ministère étaient de 56 morts et 64 blessé .

blessés en Sicile. J'ajouterai que, tandis que 35 de ces braves soldats tombèrent pendant le cours des deux années de 1861 et 1862, les 33 autres furent tués pendant les six premiers mois de 1863, non pas en procédant à l'arrestation des malfaiteurs, mais, pour la plupart, traîtreusement, à coups de fusil tirés sur eux par des gens embusqués derrière les haies ou les murs.

On a du reste commis quantité d'attentats de ce genre : car les malfaiteurs donnèrent littéralement la chasse aux carabiniers; on a même commencé à opposer de la résistance aux patrouilles faites par les troupes.

Je pourrai vous citer plusieurs rencontres, une à Misilmeri, une à Polozzi et d'autres sur bien des points. Mais je tiens à mentionner tout spécialement une rencontre qui eut lieu à Casteilamare entre une bande de malfaiteurs et de réfractaires et une compagnie d'infanterie qui eut 3 hommes tués dans cette afTaire.

Il n'y avait donc plus d'autre voie à suivre que ceHe qui fut tracée par le ministre de la Guerre. Il fallut réunir des troupes en nombre respectable, et grâce à l'effet produit par la force ramasser les malfaiteurs et les réfractaires.

Le ministre me confia cette mission et je vais en toute franchise faire connaître à la Chambre les moyens auxquels j'eus recours et les difficultés que j'ai rencontrées.

Les troupes, comme on vous l'a déjà dit, partirent de la province de Galtanisetta. Elles avaient ordre de se diviser en colonnes mobiles qui visiteraient toutes les communes, ramasseraient, puisque personne ne voulait nous renseigner, tous les jeunes gens qui, en raison de leur âge, pouvaient être des réfractaires et les ramèneraient dans leur commune.

On établissait de plus autour de chaque commune, un cordon de sentinelles chargé d'empêcher les jeunes gens suspects d'en sortir.

Puis on chargeait le syndic de réunir le conseil municipal, les curés, la garde nationale et les notables.

L'officier qui commandait la colonne mobile les invitait au nom de la patrie cT conseiller aux réfractaires d'obéir à la loi.

Enfin, Messieurs, on faisait connaître à tout le monde, à l'aide de sonneries de clairon ou de roulements de tambour, que les jeunes gens devaient se présenter devant les autorités.

Ces mesures produisirent dans le pays un certain effet. Elles agirent sur l'esprit des masses, et quelques réfractaires vinrent se présenter.

Mais peu après, lorsque l'on vit que les troupes obligées d'accélérer leurs mouvements ne pouvaient s'arrêter que vingt-quatre ou quarante-huit heures au plus dans chaque commune, la résistance releva la tête et personne ne vint plus se présenter.

C'est là ce qui se produisit dans la province de Girgenti où la question des réfractaires se confondait presque entièrement avec celle des malfaiteurs. Ceux-ci ne sont pas organisés en Sicile,

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comme c'est le cas dans le royaume de Naplës, en bandes permanentes de brigands. Mais les malfaiteurs et les réfractaires s'y réunissent momentanément en bandes pour commettre certains méfaits, puis, une fois le coup fait, chacun rentre chez soi sous la proteclion de parents et d'amis qui les cachent, bien tranquille et bien certain que personne n'osera révéler sa présence au juge ou an carabinier. Quand j'arrivai à Girgenti, toutes les bandes s'étaient dissoutes.

Je dus m'adresser à l'autorité judiciaire, afln de connaître ceax contre lesquels il y avait lieu de lancer un mandat d'amener, oa aux autorités politiques, afin de me procurer la liste de ceux qui avaient fait partie des bandes ou qui passaient pour tels et de donner alors aux colonnes mobiles l'ordre d'essayer de s'emparer d'eux.

Pour ce qui est des réfractaires, je ne saurais mieux vous dépeindre les difficultés que j'éprouvai à les découvrir et à les arrêter qu'en vous racontant avec quelques détails l'histoire de U première tentative que je fis à cet effet dans une grosse commune.

J'établis un cordon pour empêcher les jeunes gens d'en sortir. Je réclame Tintervention de l'autorité municipale qui s'y refuse, celle des huissiers communaux que j'invite à me faire connaître les domiciles des réfractaires. Ils s'y refusent et préfèrent aller en prison. Que me restait-il à faire? Je fis procéder à des perquisitions domiciliaires en leur donnant un semblant de forme légale, grâce à la présence d'un délégué ou d'un brigadier de carabiniers.

Mais après avoir cueilli les jeunes gens, restait la difficulté de les identifier, de savoir qui ils étaient, puisqu'ils changeaient naturellement de nom et de patrie.

Force fut donc de procéder de la façon suivante :

On amenait le jeune homme devant le conseil réuni dans nn^ salle. Il déclinait son nom et le conseil attestait l'exactitude ou la fausseté de sa déclaration. Afin de contrôler dans une certaine limite la sincérité de cette déclaration, on conduisait le jeune homme devant une autre commission composée de huit notables citoyens qui devaient, eux, décliner les premiers le nom de la personne qu'on leur présentait et voir si tout concordait. Car, Messieurs, la principale difficulté consistait à bien établir Tidentité des indiridus. Mais en procédant de la sorte il fallut employer 4 ou 5 bataillons et une quinzaine de jours pour mettre la main sur 50 oo 60 réfractaires. Puis quand les propriétaires, las des charges quf leur occasionnait le séjour des troupes, se décidèrent à nous aider, savez-vous ce qu'ils demandaient?

Les notables citoyens, membres des Municipes, demandaient à être conduits par les rues entre des soldats afin d'avoir l'air dVtrrarrêtés et de couvrir ainsi leur responsabilité aux yeux de leurs concitoyens.

Que devais-je faire, je le demande à la Chambre, en présence

d'une pareille conspiration, basée sur la mauvaise volonté et surtout sur la peur? Je dis surtout sur la peur, parce qu'il y avait en réalité en tout cela plus de peur que de mauvaise volonté.

Devais-je dire au Gouvernement : « La mission que vous m'avez confiée est inexécutable? » Devais-je dire à ces bonnêtes citoyens, à ces notables qui avaient besoin d'être rassurés et protégés, qui ne pouvaient sortir de chez eux, qui, depuis deux ans, mais surtout pendant les si^ derniers mois, avaient dû abandonner leurs terres aux paysans, devais-je leur dire : « Abandonnez toute espérance, ne comptez plus sur ce dernier appui auquel vous vous cramponniez, celui des troupes, le Gouvernement ne peut rien faire pour vous?» Devais-je laisser croire aux réfractaires, aux déserteurs, aux malfaiteurs qu'il n'y avait pas moyen de les punir, de les châtier?

Je crois qu'en agissant ainsi j'aurais fait œuvre de mauvais citoyen, de mauvais soldat. J'ai donc cru qu'il était de mon devoir de compromettre peut-être ma responsabilité personnelle en prenant les mesures les plus douces qu'il se pût, mais qui fussent cependant à ta hauteur des besoins et de la situation.

Et Toici, Messieurs, comment l'on procéda. On établissait autour d'une commune un cordon qui avait ordre de ne laisser sortir ni réfractaires, ni malfaiteurs, et comme on se refusait à désigner ces individus, personne ne put plus sortir du pays. Personne, parce qu'il m'était impossible d'offenser les populations en leur disant : «( Les propriétaires ont le droit de sortir, mais vous ne le pouvez pas, vous qui avez besoin de gagner votre vie. )> La sortie était donc interdite à tout le monde. Et voici le phénomène qui se produisit.

Après vingt-quatre ou quarante-huit heures de fonctionnement d'un pareil cordon, Topinion publique se modifiait du tout au tout. Ceux qui étaient les plus hostiles, ceux qui faisaient de la propagande et protestaient contre les présentations étaient les plus chauds à se prononcer en faveur de cette mesure. Parfois même, dans quelques communes, la garde nationale reprenait courage, prenait même les armes et coopérait aux battues et aux perquisitions. Quelques notables, plus hardis que les autres, accompagnaient les troupes et leur fournissaient des indications. Alors, Messieurs, ce n'étaient pas rien que les réfractaires qui venaient se présenter, mais aussi les malfaiteurs et, après quelques arrestations, après quelques perquisitions qui amenaient la capture d'un malfaiteur, les autres arrivaient et se rendaient à leur tour.

On a dit que nous avions pris des otages, que nous avions maltraité les parents des malfaiteurs ou des réfractaires.

J'oppose un démenti formel à ces allégations.

En général, on n'a mis que quelques plantons devant les maisons des réfractaires. Mais, dans les localités où pullulaient réfractaires et malfaiteui's, les gens du pays eux-mêmes nous disaient : « Vous n'arriverez à rien si vous ne privez pas les malfaiteurs de l'.appui que leur donnent leurs parents et les gens qui, ou bien les recèlent,

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OU bien leur font tenir des avis, des vivres ou des subsides. » On dut donc recourir à ce moyen. On s'assurait par suite de ces gens, que cependant on ne mettait pas en général en prison. On les plaçait dans des locaux désignés à cet effet et jamais on ne leur a fait subir le moindre mauvais traitement.

Parfois, et seulement quand on ne disposait pas de locaux spéciaux, on dut les emprisonner, mais on n'alla Jamais plus loin, et s'il est quelqu'un de ces individus auquel on ait mis les menottes» j'affirme bien qu'on ne l'a fait que parce qu'il s'agissait de quelque fait spécial et exceptionnel. Je nie formellement, catégoriquement, qu'il y ait eu là une mesure générale et j'affirme encore une foi> qu'il ne peut s'agir que de cas isolés, de cas spéciaux.

Alors, Messieurs, en multipliant les battues et les perquisitions, quelque dures et fatigantes qu'elles fussent, grâce surtout au concours de quelques citoyens et parfois aussi de la garde nationale, les malfaiteurs se décidèrent à se présenter. Et il en est venu alors qui, ayant une dizaine de meurtres sur la conscience, se rendirent parce qu'ils étaient absolument découragés et privés de tonte ressource.

De la province de Girgenti, qui était la plus infestée et où la résistance fut la plus acharnée, on passa dans celle de Trapani. Cettt* province, qui avait eu connaissance du mode de procéder d^> colonnes mobiles, avait, si je ne me trompe, sollicité, par Korgane des conseillers provinciaux, l'intervention de ces colonnes.

La province de Trapani n'était guère mieux lotie que colle de Girgenti. On y séquestrait, on y assassinait jusqu'au centre mèm*' des lieux habités. Un capitaine de la garde nationale avait été tii*^ aux portes mêmes de Trapani, en pleine promenade, et l'on avait tiré des coups de fusil sur un major de cette même garde, rich^ propriétaire de cette ville.

Telle était la situation dans la province de Trapani. Eh bien' Messieurs, les troupes y avaient à peine pénétré que plus de r><«0 des 1.000 réfractaires existant dans cette province vinrent se présenter spontanément sous l'impression de ce qui s'était [>assé dans la province de Girgenti, et, sans qu'il eût été nécessaire d'établir l<* moindre cordon. Ils arrivèrent en bandes au son du tambour, accompagnés par les gardes nationaux et aux cris de : Vive Vltalie! I.'aulr»* moitié ne se rendit que devant l'application des mesures dont j'ai parlé et dont on a exagéré la sévérité.

Il y avait dans la province de Trapani deux grosses commun»** qui étaient plus particulièrement infestées : Alcamo, cheMi**" d'arrondissement, et Castellamare.

A Castellamare, après la réaction provoquée en 1861 par Je* haines locales, et qui fut marquée par des meurtres et des incendies, il y avait encore une soixantaine d'individus gravement compromis dans ces troubles et qui avaient pris le large parce qu'ils se savaient sous le coup de mandats d'arrêt, plus 300 réfractaires de Caslella-

mare, Alcamo eL Monte San Ciuliano qui s'étaient enTuis dao^ ■' moniales.

Celte commune causait de Tréquentes inquiétudes au Gouve ment. J'ai gardé le souveoir de plusieurs télégrammes envoya Castellamare au Ministre de l'Intérieur, communiqués par lu Ministre de la (Guerre, transmis k Palerme et signalant l'exisl de bandes de 100 à 200 brigands qui, réunis dans la monlagi attendaient l'arrivée de 300 i 400 camarades venant, soit de Ri -soit de Halte.

Cette commune était en somme dans un état déplorable et. de deux ans, les propriétaires avaient dû j abandonner aux pay leurs terres si belles el si fertiles.

Lors de mon arrivée à Castellamare, le syndic et le conseil m cipal vinrent me rendre visite et me dire de faire ce qui me pla dans leur pays, pourvu toutefois qu'il me fût possible Ue les déli une bonne fois d'un mat insupportable.

Eli bien, Messieurs, je fis h Castellamare exactement ce j'avais fait dans d'autres communes.

J'établis un cordon dans le pays, un cordon de 40 kilomj dans la campagne ; J'isolai l'isthme de San Vito et Ils cerner montagnes entières. Les mêmes soldats ont été de garde pen sii jours et six nuits dans une région pestilentielle, sous un s ardent, malgré l'humidité morbide des nuits; mais ils y restés, parce que je voulais à tout prix délivrer cette commun fléau dont elle souffrait.

On employa six autres jours b. battre les montagnes an prix plus grandes fatigues. On fouilla, sans exception aucune, toute maisons, tontes les cabanes, toutes les grottes.

Eh bien. Messieurs, nous avons arrêté un certain nombre de faiteurs; mais, s'il avait fallu les arrêter tous, nous y sei *ntore. Seulement, grûce à l'établissement de ce cordon, grû l'énergie des mesures que nous avons prises, nous avons obten matinifique résultat que tous les réfraclaircs et que tous les soix malfaiteurs qui tombaient sous le coup de la loi, et parmi lesq il en était qui avaient commis Jusqu'à quatre et même cinq ass nats, vinrent se constituer prisonniers.

A Alcamo, au contraire, les autorités locales me dirent qu'< avaient fait des arrestations et que notre intervention était di

Eh bien. Messieurs, Alcamo s'est plainte de ce fait, par la voi Ja presse, et, Je dois le dire, avec raison, puisqu'on a continui commettre des assassinats en pleine rue. Je crois même, si j me trompe, qu'on y a assassiné cinq ou six personnes dans l'es d'une Semaine ou tout au plus d'un mois.

ie sais aussi qu'on arrêta un propriétaire qui, en pleine rue, : «nvoyé un coup de fusil à un de ses ennemis.

De sorte que, après ma rrntri'e à Palerme, lorsque tout était

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terminé, je dus envoyer un bataillon à Alcamo et je suis heureni de constater qu'un journal que je rei;ois aujourd'hui me félicite el df cette mesure et des résultats obtenus, gnlce à cet envoi, par le prérel et par le major d'infanlerie.

Passons de la province de Trapani k celle de Palerme. Il Fallut, parfois peut-être, y recourir à ces mêmes mesures que certains journaux qualifient d'exagérées. En revancbe, il est un fait avéré, c'est que non seulement les réfraciaires étaient disposés à se présenter, mais que même les malfaiteui-s, 130 malfaiteurs, vinrent spontanément se constituer prisonniers entre les mains de la sûreté publique de Palerme avant que les soldats eussent commencé leurs opérations pour les prendre, sans qu'on eût eu besoin de les rechercher. Parmi eux se trouvaient plusieurs chefs de bande, auteurs de nombreux crimes et de quantité de séquestrations et déjà condamnés par les tribunaux à des peines variant de dix à quinze ans.

Lors de mon arrivée à Palerme, les bons citoyens vinrent me féliciter. Hais ces complimenls motivés par ce qui s'était fait dans i'intérél de la Sicile, je le constate avec orgueil, s'ad rasaient bien moins à moi qu'aux troupes.

Du reste, on considérait dès le principe comme absolument bénignes les mesures qu'on prit <i Palerme. On souriait à la vue d'une patrouille accompagnant un Jeune homme qui allait se faire reconnaître par une commission. Il n'y avait aucune trace ni de mécontentement, ni de résistance ; rien, absolument rien.

Messieurs, il y avait 4.000 réfraciaires sur les listes. Je savais bieD que tous n'étaient pas réfraciaires, el quand je m'adressai au Municipe pour faire corriger les listes, je m'aperçus qu'on y avait fait figurer nombre de décédés.

Je n'accuse pus le Municipe et moins encore le syndic, excellent el respectable à tous égards, qui m'assista à l'aide de tous les moyens en son pouvoir. Hais on se débattait alors dans une situation telle que le Municipe ne pouvait rien faire. Je me trouvai donc en présence d'une liste de 4.000 réfraciaires, sans pouvoir arriver à savoir quels étaient les vrais réfraciaires, ni où trouver tous ces individus, ni quels étaient ceux qui étaient morts, ni où et comment faire Tériller ces 4.000 noms.

Cet état de choses dura un certain temps par cela même qu'on ne rencontra pas dans la population le concours qu'on aurait pu, qu'on aurait dû obtenir. Je tiens cependant è rendre hommage aux quelques braves citoyens et curés qui m'ont prêté leur appui-

Quand un oflicier frappait à une porte et demandait si tel ou 1>'I individu habitait là, le maître de la maison, qui était parfois celui-ti même qu'on recherchait, sortait et disait : •> Je ne le connais pas.- Dans une rue on demandait à quelqu'un : << Est-ce tÀ la rue de Tolède ? Est-ce la maison Hiso ? .. On nous répondait : « Je l'iguore ", et la maison en question était juste à cùté.

Messieurs, ces difficultés ne fui-cnt pas sans compliquer sensible-

ment les choses. Il fallut par suite appliquer pendant plus longtemps les mesures grâce auxquelles on empêchait les jeunes gen& de sortir. Je me suis efforcé d'y apporter quelque adoucissement^ mais j'ai vu qu'en pratique on ne pouvait laisser sortir de chez eux que ceux qui en avaient réellement besoin pour des affaires urgentes. Ces mesures provoquèrent naturellement quelque mécontentement, surtout parmi les messieurs qui, pour la plupart, désiraient pouvoir circuler en toute liberté et à leur gré, quoique j'aie toujours respecté la promenade publique (le Corso).

Il y a donc eu quelques plaintes ; mais, Messieurs, ces mesures n'en ont pas moins été utiles à Palerme et n'y ont pas moins produit de bons résultats. En effet si, au lieu de 4.000 réfractaires, on n'y trouva guère que 900 déserteurs ou réfractaires, savez-vous quelle a été la conséquence de cette mesure ? La découverte d'innombrables fraudes en matière de recrutement, de fraudes qui toutes avaient été commises au grand préjudice des classes pauvres. La découverte de 80 exemptions frauduleuses, à titre de fils uniques,, de jeunes gens qui avaient 5 à 6 frères, découverte à la suite delaquelle on remit 150 personnes à l'autorité judiciaire et à la suite de laquelle on signala une foule de cas analogues. Enfln 300 à 400 omis sur les listes des classes 1840, 1841, 1842 furent inscrits sur les listes des classes 1843 et 1844.

Je ne m'étendrai pas davantage sur les événements de Palerme. Je me bornerai à dire que les troupes parcoururent et fouillèrent 154 communes, ramassèrent plus de 4.000 réfractaires, établirent la situation de 8.000 individus inscrits par erreur sur les listes, et cela au prix de récherches minutieuses qui, je l'affirme à la Chambre,, ont imposé aux officiers des fatigues qui doivent leur assurer, à eux et à leurs soldats, quelque reconnaissance de la part des Siciliens.

Les troupes mirent la main sur 1.350 malfaiteurs, dont un tiers ou un quart était sous le coup de mandats d'arrêt et dont les autres, qui n'étaient pas encore recherchés par la justice, avaient pour la plupart commis plusieurs assassinats. Enfin l'opération exécutée par les troupes fit rentrer dans les caisses un demi-million de lires d'impôts en souffrance.

11 est bien évident qu'on ne peut obtenir pareil résultat sans léser quelques intérêts, sans blesser quelques susceptibilités. De là, les plaintes dont le Ministre de la Guerre vous a déjà parlé et qu'il vous a expliquées. Je voudrais toutefois dire quelques mots sur ce qui s'est passé à Salem i.

L'eau manquait à Salemi, nous a-t-on dit. En réalité, elle ne faisait guère défaut que pour les animaux. Mais il fut indispensable d'y établir un cordon serré parce que depuis quarante-cinq jours les malfaiteurs retenaient entre leurs mains un propriétaire du pays et qu'il fallait absolument le délivrer, vous le reconnaîtrez avec moi. Cet homme fut en effet remis en liberté; mais il ne voulut ni dire ce qui lui était arrivé, ni donner le moindre renseignement sur

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les malfaiteurs. Or, Messieurs, sans revenir sur la délibération àvL municipede Salemi dont le Ministre de la Guerre nous a donot* (eclure afin de justifier le commandant de cette colonne mobile, je •dois vous faire connaître que, lorsque les conseillers provinciaux de Salemi vinrent à Trapani, voici ce qu'ils dirent à un des fonclioDnaires politiques : a Comme libéraux, nous avons dû protester, mais « il est bien regrettable que le général Govone ait levé le cordon « avant de nous avoir délivrés de tous les malfaiteurs. »

Voilà, Messieurs, nos actes et Topinion des autorités locales, if vcrois donc inutile de démentir ici des actes supposés de cruauté.

Je tiens aussi à dire encore un mot à propos de Licata. Comme c*était là une ville importante et commerçante, j'ai mis tout en <BUvre pour lui épargner l'établissement du cordon.

Je commençai par y envoyer un détachement de troupe, et 15 à 20 réfractaires se présentèrent le premir jour. Puis ces présentation^ cessèrent tout à coup parce que certaines personnes, peut-être même nombre de pei^onnes conseillèrent la résistance. J'attendis quelques jours, puis j'envoyai deux autres bataillons qui se mirent à faire des patrouilles et placèrent des plantons devant les maisons des réfractaires. Ces plantons ne touchaient pas d'indemnité spéciale, mais causaient seulement l'ennui, la gêne qui résulte de la présence ^'étrangers dans une maison.

Cette mesure n'amena du reste aucun résultat.

Aucun réfractaire ne se présenta, et quinze jours s'étaient déjà écoulés. Mettez-vous pour un moment à ma place. Que devais-je faire? Renoncer à l'entreprise eût été donner un exemple déplorable en raison de sa répercussion sur d'autres communes.

J'examinai donc la tournure prise par la situation et les résolutions qu'il y avait lieu de prendre et je> reconnus que l'abandon d« Licata pourrait faire croire à d'autres communes qu'il était possible de résister et qu'en présence des résulats négatifs obtenus paria force publique et par la loi ces communes n'auraient pas manqu»' de se dire : « Eh bien, résistons, nous aussi. »

Après vingt-cinq jours, je me décidai donc à retirer mes troupes et à établir sans préavis un cordon autour de Licata. Pendant cinq jours personne ne se présenta, peut-être parce qu'on avait cherché à donner toutes les facilités possibles au pays.

Juste à ce moment je dus relever un des bataillons de Licata pour l'envoyer à Trapani. Lorsque j'eus fait embarquer le nouveau bataillon destiné à Licata, je fis arrêter le vapeur pendant quelques instants au môle de Girgenti et je me rendis à bord pour donner mes instructions au chef de bataillon, auquel je dis : « Major, il s'agit d'une ville importante dont je ne veux pas ruiner le commerce. Vous chercherez à faire beaucoup de bruit de façon à trancher la question au plus vite et en causant le moins de mal possible. )»

Il me semble que cet ofJlcier comprit bien mes indications

car il parvint sûrement au résultat désiré sans avoir fait tomber un seul cheveu à qui que se soit.

Je ne vous cite pas ce fait dans le but de vous décider à approuver tout ce qui a pu être fait par mes officiers. Quand il sera démontré que Tun d'entre eux se sera réellement rendu coupable de quelque faute, je demanderai à supporter pour mon compte la part de responsabilité qui m'incombe. Et c'est là ce que je vous dis à propos du major Frigerio, un officier excellent et énergique qui n'a jamais reculé devant aucune fatigue, se privant de sommeil, toujours en route, afin d'obtenir des résultats qui avaient assurément moins d'importance pour lui que pour la Sicile * •

Pour ce qui est de la discipline des troupes, je dis qu'elle a été attestée par plus de 150 syndics qui ont été unanimes à proclamer qu'elle avait été exemplaire. « La courtoisie des militaires, ont-ils dit, «si telle qu'elle fait honneur au renom du soldat italien. » Je le proclame avec force aQn de rendre justice et hommage aux braves troupes qui ont si gaillardement supporté tant de fatigues pour faire leur devoir et je suis sûr que la Chambre sera heureuse de savoir de* cette façon quelle a été la conduite de l'armée italienne.

Si 5, 6 ou 8 conseils communaux ont formulé quelques plaintes, je peux leur opposer une vingtaine de délibérations prises pour remercier les troupes. Je les tiensà votre disposition, maisje vousen épargnerai la lecture. 11 serait d'ailleurs un peu tard pour produire les témoignages qui font le plus grand éloge du zèle et de la modération des troupes.

Je dois cependant ajouter. Messieurs, que quatre de mes commandants de colonne ont été nommés citoyens d'honneur des communes qu'ils avaient délivrées des malandrins.

. Quant à moi. Messieurs, si la Chambre devait me juger, je ne demanderai pas à être amnistié par elle. Je voudrais qu'elle méjugeât parce que je crois qu'un pareil jugement serait utile. Si la Chambre tient seulement compte des mesures prises sans avoir égard aux circonstances exceptionnelles qui les rendirent indispensables, elle devra me condamner; mais si elle me juge d'après les résultats obtenus sans se laisser impressioner par la sévérité de mesures devenues indispensables, elle ne pourra faire autrement que d'approuver hautement ma conduite.

Il m'est aussi impossible de me juger moi-même que de demander un vote à la Chambre ; mais j'espère que, sans me décerner des éloges, sans m'infliger un bldme, elle reconnaîtra que nous avons fait notre devoir tel qu'il nous était imposé d'urgence par les circonstances.

Le jugement que rendra la Chambre fera voir que la force armée

1. Suivent des détails sur des évén?ments survenus à cette époque et -sur les plaintes provoquées par les mesures prises et par les opérations exécutées par ordre du général.

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peut encore être employée en Sicile au grand profit de la sécarilé publique. Pour moi, je ne sais que trop quels maux fondraient sur elle si on la privait de ce moyen d'action.

La Sicile se rend compte de l'amélioration qui s'est produite dans sa situation. J'ai reçu tout récemment des pièces qui établissent que dans une province, au lieu de 22 assassinats, il n'en a plus été commis que 12 en deux mois. Dans une autre, au lieu de la moyenne ordinaire qui était de 33 meurtres en deux mois avant l'application de ces mesures, on n'en a plus relevé que 8.

Je ne m'étendrai pas sur ce point : mais l'amélioration de la situation est un fait notoire. Toutefois, la faible expérience que j'ai acquise me fait un devoir de vous dire. Messieurs, que cette amélio* raion n'est que passagère, parce que, tant que les conditions sociales ne permettront pas aux tribunaux de prendre et de condamner les coupables, on verra les malfaiteurs reparaître et relever la tête. Les crimes se mnllipiieronl aussitdl et en peu de mois on se retrouvera en présence d'une situation semblable à celle du passé, si les autorités et la sagesse du Parlement n'y prennent garde et n'y portent remède.

Il est toutefois consolant de penser que la Sicile n'est pourtant pas sortie de l'orbile que suivent toutes les nations pour passer de la barbarie à la civilisation et qu'elle se trouve dans une de ces phases qu'ont eu h. traverser avant elle l'Angleterre, la France et d'autres provinces d'Italie et de songer qu'avec t'aide du temps et de sages mesures on réussira à mettre fin àces maux . La Sicile est sur la bonne voie. Elle a seulement besoin qu'on l'aide et qu'on la guide.

Telle est l'opinion que je me suis faite. A la Chambre de l'apprécier.

2' Pendant la séance du 1 décembre 1863, le général Govone dtmanda la parole sur le procès-verbal de la téance précédente el prononça les phrates suivantes :

•- Quelques-uns de mes amis el'collègues m'ont fait remarquer que les dernières paroles que j'ai prononcées dans la séance de samedi pourraient Être interprétées dans un sens défavorable à la Sicile. On a cru que j'avais dit que la Sicile n'était pas encore sortie de la barbarie.

Messieurs, je n'ai de préférence pour aucune province italienne. J'aime et je vénère l'Italie tout entière. Un mol désobligeant, injuste à l'adresse de la Sicile retentirait douloureusement à l'oreille de toutes les autres provinces italiennes. Si je l'avais prononcé, je le retirerais immédiatement. Mais je crois qu'il me sufltra de rappeler ce que j'ai pensé et dit samedi.

Il y a des hommes timorés qui, dès qu'il surgit une difficulté ea Sicile ou ailleurs, se remettent à trembler et à se délier. Ce sont eux que j'ai voulu rassurer. J'ai dit que la Sicile ne devait pas être

une cause d*inquiétude et de découragement. J'ai voulu dire par là que la Sicile n'était pas une planète sortie de son orbite, une planète dont on ne saurait prévoir la course et le point d'arrivée. J'ai dit que la Sicile suivait la même route, passait par les mômes phases que tous les peuples modernes sortis de la barbarie, que toutes les provinces italiennes qui s'acbeminent vers une civilisation sans cesse croissante et indéfiniment perfectible. J'ai dit que si un mauvais gouvernement avait, de propos délibéré, ralenti la marche et les progrès de la Sicile dans cette voie, il appartenait à un gouvernement réparateur de les faciliter et de les accélérer par de sages mesures.

Tel est le sens des paroles que j'ai prononcées samedi. »

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