NM
« EXCELLRNCE,
(< En VOUS annonçant mon arrivée, je dois vous faire connaltrequ*on en avait eu vent depuis avant-hier et que le maréchal Wranget en avait lui-même donné avis au Ministre de Hanovre, grâce auquel la nouvelle s'en répandit en ville avec la rapidité de Féclair. Le comte de Bismarck, que le comte de Barrai informa de cette indis- £rétion, s'en est montré extrêmement surpris et contrarié. Il déclara qu'il allait faire intervenir le roi et lui demander d'en punir les auteurs. Je ne ferai aucun commentaire sur une indiscrétion qui servirait fort bien les intérêts de S. E. le Président du Conseil, s'il est vrai que le cabinet de Berlin se propose bien plus d'intimider l'Autriche au profit exclusif de sa propre politique que de prendre avec l'Italie des accords sérieux basés sur des avantages réciproques.
» Le comte de Barrai, auquel j'ai présenté ce matin aussitôt après mon arrivée la dépêche confidentielle de Votre Excellence, prévint sans retard le comte de Bismarck de mon arrivée. Celui-ci avait déjà manifesté le désir de me voir et répondit aussitôt par un billet me disant qu'il me verrait avec plaisir dans la journée et qu'afin dVviter la surveillance des agents qui l'épient, il se rendrait à trois heures de Taprès-midi chez le comte de Barrai, dont la Légation est située en face du Ministère d'État.
'< Le comte de Bismarck arriva et, après quelques paroles insigni-
1. Il est utile de prévenir le lecteur que, pour avoir Thistoire complète (le ces négociations, il aurait fallu joindre à ces documents la correspondance du comte de Barrai, auquel le général Govone laissa le soin d'exposer, en leur nom à eux deux, la partie plus spécialement diplomatique de la mission.
432 LE GENERAL GOVONB
11anl«s qu'il m'adressa, ce fut à moi d'aborder la question qui m'a amené à Berlin. Je lui dis que le roi et Votre Excellence avaienl liea -de supposer, d'après les conimuntcatians verbales, pressantes l'i répétées, faites dans ces derniers temps par le comte d'Usedom, que la Prusse était décidée à amener la solution des questions qnt l'intéressaient en Allemagne, fut-ce même par une guerre cootrr l'Autriche ; que le roi et le cabinet de Florence étaient disposés 1 marcher avec la Prusse atin d'obtenir la solution de la questloD <1« la Vënétie en même temps que la Prusse travaillerait à ta réalisation de son propre programme. « L'Italie, ajoutai-Je, peut attenJr<et ne iera aucun pas décisif avant d'avoir conclu des engageraeoL= formels qui établissent une solidarité complète entre les programnit) des deux nations et dès que ces bases seraient admises, J'aurai i m'acquilter d'une mission, pour ainsi dire technique, qui consiM" à conclure une convention militaire dérivant, résultant des accords politiques que je viens d'indiquer. >•
<< Le comte de Bismarck m'écouta avec une attention soutenup et en flxant sur moi un regard pénétrant. Puis il m'exposa ses vu's. Remontant à l'époque de la convention d'Olmiitz, il me dit qu'il ne désirait rien plus que se trouver en présence d'une situation lou( .aussi embrouillée que celle qui existait en Allemagne en 1850. par cela même que le caractère du roi lui permettait d'affirmer à couf sAr que ce serait celle fois par la guerre qu'on arriverait à la solutioa définitive. Il se proposait par conséquent de provoquer en .Mlemagne un état de choses semblable à celui qui avait été si mil réglé par la convention d'Olraûtz a(in d'arriver au but auqsel il trndait. Il n'hésita pas à me déclarer nettement et hautement que •'e qu'il voulait, c'était u satisfaire l'ambition de la Pnuse, ambition ijm tend à établir sa domination sur le nord de rAllemagne, mais qui ni va pas plus loin ». Rien ne serait plus facile pour lui que de faitf sortir la guerre de la seule question des Duchés de l'Elbe, ajouUt-il, mais faire une si grande guerre pour des raisons aussi minimes, ce serait rompre en visière avec l'opinion de l'Europe, tanJis qu'on trouvera au contraire parfaitement légitime une guerre •iv aura pour objet la solution de questions d'une autre envergure. <lr la question de la nationalité allemande.
[I Le Président du Conseil entra à ce propos dans des développements fort étendus. Il me dit que l'Autriche, c'était là sou opinion personnelle qu'il exprimait, était par la force même des ihovi l'ennemie naturelle de la Prusse, qu'il avait par suite vu avec plaisir l'attitude et les heureux succès de la maison de Savoie. Mais c'était là une opinion qu'il était le seul à professer en Prusse. On y aiail toujours considéré, ajouta-t-il. comme nn véritable sacrilège U guerre contre l'Autriche et l'alliance avec la France. Quant à l'Italif. l'opinion publique l'idenliflait avec Garibaldi et peut-être ménf avec Haziini. Il avait cependant réussi & modifier ces manières ir voir et proposé tout récemment au roi Guillaame de tenter tut
expérience en invitant rAutriche à prendre part à la guerre contre le Danemark, afin de voir ensuite si l'on pouvait cimenter Talliance austro-prussienne. Cet espoir avait été totalement déçu, ou plutôt OD était arrivé au résultat qu'il avait prévu ; c'est-à-dire, à la rivaiiité naturelle avec l'Autriche dont l'animosité s'était manifestée plus clairement que jamais. Cette expérience avait démontré au roi «t à bien des gens l'impossibilité d'une alliance avec TAutriche. Le Toi Guillaume avait désormais renoncé à ses scrupules trop étroitement légitimistes et lui, Bismarck, avait pu l'amener à partager sa manière de voir.
Le comte de Bismarck m'exposa alors ses vues comme suit :
« Remettre sur le tapis dans peu de temps, trois ou quatre mois par exemple, la question de la réforme de la confédération germanique, assaisonnée d'un parlement allemand ; provoquer par cette proposition et avec ce parlement une confusion, un bouleversement qui ne tarderont pas à mettre la Prusse en face de l'Autriche. La Prusse se décidera alors à en venir à la guerre, guerre à laquelle l'Europe ne pourra trouver à redire puisqu'il s'agira d'une grande question, <i'une question nationale. Le comte de Bismarck ajouta que pour arriver à la réalisation de ce programme (qui, comme vous le voyez, mon généra], n'est pas précisément simple), afin de pouvoir plus facilement y amener le Roi, son maître, il avait besoin de conclure dès maintenant un traité avec l'Italie. Il désirait, par conséquent, nous voir prendre par ce traité l'engagement de suivre la Prusse qui, de «on côté, s'engagerait formellement à trancher en môme temps, par la guerre qu'on allait amener, la question de la Vénétie. »
Telle fut en substance et dans toute sa crudité la signification des |)aroles du comte de Bismarck.
« Il me sembla que la question ainsi posée ne répondait en aucune façon aux vues de Votre Excellence. Aussi, dès que le comte de Bismarck eût fini de parler, n'hésitai-je pas à lui faire remarquer <ine le roi d'Italie et son gouvernement étaient tout disposés à contracter des engagements en vue d'une solution immédiate et simultanée des questions d'Allemagne et de Vénétie, parce que le moment leur semblait opportun, mais qu'ils n'avaient pas l'intention de prendre des engagement en vue d'éventualités lointaines qui pourraient ne se réaliser qu'à une époque où la situation de l'Italie pourrait être toute différente. J'ajoutai que j'allais en référer immédiatement à Votre Excellence, mon Général.
« Le comte de Bismarck me dit alors : « Je comprends. L'Italie a peut-être quelque méfiance à notre égard et doute de notre sincérité. Dans ce cas, la Prusse pourrait à titre de garantie vous indiquer d'ores et déjà les différentes phases par lesquelles la question aura à passer, d'après le plan que j'ai conçu, et chercher à déterminer la phase, le point, à partir desquels elle serait irrévocablement engagée, sans qu'il y eût pour elle la moindre possibilité de reculer, et ce sera alors, mais alors seulement, que l'Italie, qui n'aura plus à
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craindre d'être laissée en plan, sera, elle aussi, virlue.lement engagée. Si, par exemple, nous prenions comme date du départ de ces engagements réciproques, celle de la convocation d'un Parlement allemand, n'est-il pas évident que dès la réunion de ce parlement la Prusse aurait brûlé ses vaisseaux et serait irrémissiblemeiit forcée à marcher? Quel inconvénient verrait donc Tltalie à déclarer dè> maintenant que, dès qu'on en serait arrivé à ce point, sa poliliqu»* se solidarisera avec celle de la Prusse et que les deux questions d' Allemagne et de Vénétie devront être tranchées du même coup? N'est-il pas vrai qu'on pourrait, en somme, conclure un traité sur ces bases ? »
« H me sembla que, môme posée de cette façon, la question ne changeait guère d'aspect, et que les conséquences pratiques d'un semblable traité ne répondaient en aucune fa<;on aux vues que vous m'aviez exposées, mon Général, au moment de mon départ pour
Berlin.
c( Afin de pousser le comte de Bismarck jusque dans ses derniers retranchements et de chercher à m'assurer si au fond de sa pensée il n'y avait pas tout bonnement l'intention de s'assurer un nomel élément qui lui permît d'exercer une pression sur l'Autriche dans la question des Duchés, je répondis :
<< Que je manquais d'instructions pour une combinaison de re genre et que j'en référerais à Votre Excellence. Mais que, s'il m'était permis d'exprimer dès maintenant ma pensée et mon opinion personnelle, j'avais tout lieu de croire que le Gouvernement du roi se refuserait à souscrire actuellement à de pareilles conditions, i moin> toutefois qu'il ne demeurât bien convenu et bien établi qu'aucune des questions actuellement pendantes entre l'Autriche et la Prusse, pa> même cette des Duchés de VElbCy ne serait tranchée autrement que simultanément avec celle de la Vénétie. Que je croyais qu'à défaut de cette stipulation. Votre Éminence ne prendrait aucun engagement.
«Je pensais que la réponse que le comte de Bismarck allait flr^ obligé de faire à cette proposition me révélerait ses pensées les plu* secrètes.
c( Le comte de Bismarck me dit en effet :
« Mais nous ne pouvons introduire dans un traité la question des Duchés. C'est une question trop peu importante pour qu'il en soit fait mention. Nous réclamons le concours de l'Italie en vue d'événements plus considérables et de desseins plus vastes. D'abord, parce que nous augmenterons ainsi notre puissance d'action révipro«iue, puis, parce que notre union avec l'Italie nous permettra de nous assurer plus facilement la bienveillance de la France. Aujourd'hui, la France refuse de prendre des engagements avec nous. L'Empereur dit qu'il nous laissera toute liberté d'action dans U question des Duchés et qu'il conservera une neutralité bienveillante, mais que pour l'avenir et pour les autres questions il posera d'autres conditions qu'il ne veut pas faire connaître pour l'instant. Or.
si nous sommes d'accord avec Tltalie, nous nous entendrons bien plus facilement avec la France. »
u Le comte de Bismarck termina en disant que : u Même dans le cas où nous ne serions pas disposés à signer une convention dans cet ordre d'idées, il nous demanderait alors comme minimum de conclure un simple traité général d'amitié et d'alliance perpétuelle. Bien que dénué de toute importance pratique, bien que n'ayant aucun but nettement déterminé, un pareil traité lui servirait au moins à maintenir le roi Gliillaume dans des dispositions favorables à ses combinaisons. »
Je me réservai d'en référer à Votre Excellence. " Comme vous le voyez, mon Général, il ressort à mon avis de tout cela que le comte de Bismarck, qu'il ait ou qu'il n'ait pas réellement rintention de trancher plus tard la question allemande par les armes, veut pour le moment nous lier envers lui de quelque façon que ce soit. Et cola pour deux raisons : 11 veut d'abord exercer une pression sur l'Autriche pour résoudre sur l'heure la question des Duchés de l'Elbe, pour laquelle il tient à se réserver toute sa liberté d'action sous le prétexte spécieux que cette question est trop peu importante pour figurer dans un traité. I.a seconde raison consiste, à mon avis, à prendre les devants sur l'Autriche qu'il craint de voir faire au cabinet de Florence des ouvertures directes relatives à la cession de la Vénétie. Et de fait, après avoir parlé et des négociations en coursa Munich tendant à s'assurer l'alliance de la Bavière, et de la guerre contre TAutriche qui aurait pour objectif la conquête de la Bohème, non pas pour la conserver, mais pour en faire ensuite un objet d'échange et contraindre ainsi l'Autriche à sortir de la Confédération, après m'avoir confié tous ses projets, le comte de Bismarck fit incidemment allusion à la vente de la Vénétie qui pourrait nous être proposée par l'Autriche. Il me dit qu'en agissant de la sorte, l'Autriche n'aurait d'autre intention que de nous tendre un piège dans lequel il nous faudrait nous bien garder de tomber. Il ajouta que nous ne ferions alors que fournir à l'Autriche l'argent à l'aide duquel elle essayerait ensuite de reprendre la Lom hardie et la Vénétie ; que par conséquent, il serait plus avantageux d'employer l'argent de ce rachat à faire une guerre dans laquelle nous serions alliés avec la Prusse.
« Je me bornai à lui faire remarquer que certainement nous préférerions une solution par les armes à un rachat.
« En un mot, mon Général, l'impression que nous ont laissée au comte de Barrai et à moi les ouvertures du comte de Bismarck, c'est que, pour le moment du moins, la Prusse est encore loin de penser à la guerre. Si elle a le désir de conclure des accords avec nous, ces accords qui visent des éventualités plus lointaines ne sauraient nous convenir pour le moment, puisqu'ils tendent uniquement à rendre impossible une solution directe de la question de la Vénétie à laide des négociations avec l'Autriche, solution qui pourrait
kl
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paraître d'autan t plus acceptable à Votre Excellence, si elle venait à vous être proposée, qu'il y a peu de fond à faire sur la sincérité et la fidélité de la Prusse qui nous demande dé pareils engagemeats et qui ne serait peut-être guère décidée à les tenir le cas échéant
« Mais puisque le comte de Bismarck désire une convention ou un traité quelconque, fut-ce même un simple traité d'alliance perpétuelle et d*amitié, et puisque je lui ai promis d'en référer à Votre Excellence, j'attends les ordres de Votre Excellence à cet égard, ainsi que vos instructions pour le cas où Votre "Ex ce llence croirait devoir adhérer à quelqu'une des autres combinaisons mises en avant par le comte de Bismarck et qu'on peut résumer comme suit :
« Engagement pris d'ores et déjà de suivre la Prusse à travers le développement de la question allemande, tel que le comte de Bismarck entend le conduire.
c< Engagement qui n'entrera en vigueur que du jour de la réunion effective du Parlement allemand, et qui aura pour contre-partie l'engagement pris par la Prusse de joindre la solution de la question de la Vénétie à celle de la question allemande.
« Votre Excellence me pardonnera si je me suis démesurément étendu. J'ai cru devoir, dans une question aussi grave, mettre sons les yeux de Votre Excellence les arguments, les combinaisons e( jusqu'aux paroles mêmes du comte de Bismarck, au lieu de ne loi donner que le résumé des impressions que je ressentais. Votre Excellence pourra en déduire elle-même les considérations qui découlent des circonstances que je viens d'exposer et que je crois avoir rapportées avec la plus grande exactitude possible.
« Il me semble inutile de vous dire, mon Général, que j'ai ëié assisté et soutenu avant et pendant cet entretien avec le comte de Bismarck, d'abord par les précieux conseils, puis par la parole autorisée du comte de Barrai. Je crois que l'impression qu'a produite sur le Ministre du roi à Berlin la conversation que nous avons eue avec le chef du cabinet prussien se rapproche infiniment de celle que j'ai éprouvée moi-même.
« Veuillez agréer, etc. »
Berlin, 15 mars 1866.
Mon Général,
J'adjoins sur un feuillet séparée ces quelques lignes au rapport que je vous adresse sur la question pour laquelle j'ai été envoy«^ à Berlin.
<f S'il s'agissait d'une question absolument simple, s1l s*agis<ait uniquement de signer ou non un acte avec le Gouvernement prussien, après la conversation que j'ai eue hier avec le comte de Bismarck, il faudrait, à mon avis, briser net et sur l'heure même. Mais, comme en raison des considérations et des négociations dont Votrtf
Excellence m*a parlé, il est utile de faire croire à Vienne que la Prusse et Tllalie sont disposées à faire la guerre et sont sur le point de s'entendre et de s'allier, peut-être juge rez-'vous convenable, mon Général, que je reste encore ici pendant quelques jours, que j abonde dans le sens du comte de Bismarck, que j'accepte même les propositions ad référendum et peut-être même que je signe en tin de compte le fameux traité d'amitié éternelle et d'alliance qu'il désire. De cette façon on gagnerait du temps et on pourrait profiter des événements pour essayer de faire accepter les combinaisons dont Votre Excellence m'a entretenu, et la « vipère aura mordu le charlatan * ».
« Hier soir, j'étais invité chez le comte de Bismarck à une fête à laquelle le roi et la reine ont assisté. Le président du Conseil me présenta à Sa Majesté qui a été fort gracieuse et m'a offert de visiter les établissements militaires prussiens, puisqu'il avait été convenu avec le comte de Bismarck que ce prétexte servirait à justitler ma présence ici.
a J'ai été présenté à M. Benedetti qui s'est borné à me dire, en faisant allusion à la publicité donnée à mon arrivée, que u je faisais beaucoup parler de moi ».
« L'ambassadeur d'Angleterre, lord Loftus, auquel je fus également présenté, m'a questionné sans ambages sur la solidité du cabinet de Florence et m'a demandé si j'étais venu ici chargé de quelque mission. Je lui répondis : « qu'on m'avait chargé de voir les armes et les troupes prussiennes ». Il ajouta : « Mais la Prusse a fait des propositions à Florence ». Je répliquai en lui disant que je n'en savais absolument rien. — Il me dit alors qu'on faisait des armements chez nous et que c'était là chose assez imprudente. — Je niai ces armements et lui demandai à mon tour si la Prusse était sur le point de faire la guerre à l'Autriche. « Je ne connais pas encore la situation, me dit-il, n'étant ici que depuis peu de temps. Mais je ne le crois pas. Que l'Italie se garde bien de s'engager avec la Prusse, qui n'hésitera pas ensuite à l'abandonner dès qu'elle trouvera une occasion favorable. »
«< Voilà l'opinion de lord Loftus.
M Si je dois rester ici, il me faudrait un courrier de cabinet, comme Votre Excellence me l'a olTert, ou tout au moins un de mes serviteurs que je ferais venir. »
Berlin, 17 mars 1860.
« Excellence,
M Hier soir, le comte de Bismarck s'est rendu chez le ministre du roi auprès de cette Cour et l'informa que le roi nie recevrait
1. Proverbe italien équivalant à « se prendre dans ses propres filets ».
438 LE GÉNÉRAL OOVONE
aujourd'hui à deux heures et demie de Taprès-niidi en audieocf particulière.
« Le comte de Bismarck mUnvita ensuite à me rendre chez lai Au ministère d'État hier soir, à huit heures et demie.
M Je m'y rendis et je fus immédiatement reçu par le chef du cabinet prussien. Il me répéta, en entrant dans de longs déTeloppements, les motifs pour lesquels la Prusse ne croyait pas defoir déclarer pour le moment la guerre à l'Autriche. Il m'expliqua la route qu'il comptait suivre pour arriver à une rupture, m'exposa les raisons pour lesquelles il tenait à avoir un traité avec l'Italie et termina en me faisant entrevoir la conduite qu'il désirait me voir tenir au cours de l'audience que le roi devait me donner le lendemain.
« Quoique dans mon précédent rapport j'aie exposé en détail à Votre Excellence les vues du comte de Bismarck sur les questions sur lesquelles il est revenu au cours de ce second entretien, Votre Excellence me permettra cependant de les lui remettre à nouveau sous les yeux, par cela même que quelque rectiflcatioo, quelque donnée complémentaire pourra peut-être vous paraître digne d'attention.
« Le comte de Bismarck m'a répété que la guerre immédiate à cause des Duchés présenterait de nombreux inconvénients. L'Angleterre la désapprouverait alors qu'elle ne pourrait faire de sérieuses objections à une guerre nationale allemande. L'empereur Napoléon trouverait, lui aussi, à redire à une guerre qu'on ne pourrait m^ine pas essayer de justifier par le désir d'arracher une province au joug de l'étranger, comme ce serait le cas pour l'Italie recourant aux armes pour délivrer la Vénétie. Il ajouta à propos de l'empereur Napoléon qu*il avait tout lieu de penser que ce souverain désirait voir éclater une grande guerre en Allemagne, parce qu'à la tête d'une année telle que l'armée française il pourrait toujours y trouver son profit. Mais que, même en laissant de côté toutes les questions de principe, l'empereur Napoléon approuverait plutôt une guerre tendant à la constitution de la nationalité allemande qu'une guerre pour les Duchés de l'Elbe. »
« Toutes ces raisons, me dit le comte de Bismarck en terminant, nous forcent à ajourner la guerre et à la préparer tranquillement et méthodiquement. Mais avant de nous engager dans la voie des préparatifs, nous désirons nous assurer l'appui de l'Italie. »
« Pour le moment, les gouvernements du Nord (Hanovre, Mecklembourg, etc.), sont avec nous en ce qui a trait aux questions pendantes. Mais du jour où la Prusse mettra sur le tapis la question de la transformation de la confédération germanique, il est absolument hors de doute que ces gouvernements passeront dans te camp opposé.
t( Nous avons donc plus que jamais besoin d'assurer à notre politique future et l'appui de la Bavière, avec laquelle nous négocions pour le moment, et le concours de l'Italie, u L'Italie, me dit le comte de
Bismarck, n'a pas à craindre que la coopération éventuelle que nous lui demandons, soit ajournée à une date par trop éloignée. Un ajournement trop prolongé de la solution de ces questions ne saurait pas plus convenir à la Prusse qu'à Tltalie.
« Aujourd'hui nous avons sur le trône de France un Empeieur qui nous laissera faire, tandis que dans deux ans nous pourrions nous trouver en présence d'une régence qui aurait des vues toutes différentes. Aujourd'hui nous avons pour nous la bienveillance de la Russie qui peut à l'avenir modifier ses intentions et sa manière de voir. Aujourd'hui enfin, l'Italie peut nous prêter un concours bien plus efficace que plus tard. Si, par exemple, sa situation financière l'obligeait à réduire sensiblement son état militaire, l'appui qu'elle pourrait nous donner serait loin d'être ce qu'il est aujourd'hui où elle est déjà sous les armes. Vous voyez donc, ajouta le comte de Bismarck, que, tout comme l'Italie, nous avons intérêt à précipiter la rupture et à tout préparer pouf la provoquer dans six mois, par «xemple.
» L'Italie peut donc, à notre avis, signer un traité sans crainte et 'Sans méfiance. Voici un projet que j'ai établi, dont les clauses que j'ai rédigées db premier jet sont naturellement susceptibles d'être modifiées et qui me paraissent cependant devoir parfaitement convenir aux deux puissances. »
Le comte de Bismarck me lut alors ce projet de traité qui, après les formules en usage, contient en substance les importantes clauses que voici.
« Article premier. — La Prusse proposera une transformation, plus en rapport avec 1ns besoins des temps modernes, de la confédération germanique. Si cette réforme altère la bonne harmonie entre les états confédérés et amène un conflit entre l'Autriche et la Prusse, l'Italie, dèsqu'elle en aura reçu avis, déclarera la guerre à l'Autriche et à ses alliés.
«Art. 2. — Les deux puissances emploieront toutes les forces que la Divine Providence a remises entre leurs mains pour assurer le triomphe de leur juste cause et de leurs droits et aucune des deux parties ne pourra ni déposer les armes, ni signer la paix, ni conclure un armistice sans avoir obtenu le consentement préalable de l'autre.
«< Art. 3. — Ce consentement sera obligatoire dès que l'Autriche aura évacué le royaume lombard-vénitien et dès que ces territoires seront occupés par les troupes du roi d'Italie, et dès que d'autre part la Prusse aura entre les mains un territoire autrichien équivalent au royaume lombard-vénitien. »
Après m'avoir fait cette lecture, le comte de Bismarck ajouta que -ce traité était celui qui conviendrait le mieux à la Prusse, mais que, comme, lors de notre précédent entretien, j'avais déclaré que mon Gouvernement n'accepterait qu'un traité visant une action im-
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médiate, il me priait (et il le fît en paroles soigneusement étudiées et mûrement pesées et choisies), il me priait toutefois, lors de Taudience que je devais avoir chez Sa Majesté, le roi Guillaume, de ne pas formuler à nouveau ma déclaration sans laisser entrevoir à Sa Majesté la possibilité de quelque autre accommodement correspondant aux vues de la Prusse et tendant à une action commune dans un temps assez rapproché. c( J'ai eu beaucoup de peine, ajouta le comte de Bismarck, à faire accepter mes vues par Sa Majesté. Tai fait luire à ses yeux la perspective de Talliance italienne. Le roi est arrivé à un âge où la réflexion exerce une influence prépondérante sur son esprit et il pourrait bien refuser son approbation à la poli* tique que nous nous proposons de suivre, si vous détruisiez les horizons que je lui ai fait entrevoir, en un mot, si vous lui déclariez que ritalie ne veut s'engager qu'en vue d'une action immédiate, et que c'est à cela que se bornent vos instructions. »
Je répondis au comte de Bismafck que telles étaient en effet les limites qu'on m'avait posées, que cependant, pour me rendre à ses désirs, j'avais exposé ses vues au chef du cabinet de Florence, qoe je lui avais rapporté les différentes combinaisons mises en avant par Son Excellence, combinaisons que je le priai de m'autoriser à résu* mer devant lui afin de le mettre à même de relever les erreurs que j'aurais pu commettre. Ces combinaisons étaient au nombre de trois:
La première avait trait à un traité immédiat d'alliance offensive et défensive, à celui dont le comte de Bismarck m'avait lu le projet.
En cas de rejet de celte combinaison, on pouvait se rejeter snr une promesse donnée dès maintenant et qui se transformerait en traité formel d'alliance offensive et défensive le jour où la réforme de la Confédération aurait abouti à la convocation d'un Parlement allemand.
Enfin, si cette combinaison était, elle aussi, rejetée, on pourrait conclure à Tinstant un traité d'amitié et d'alliance perpétuelle sans autre engagement de détail.
J'ajoutai qu'ayant demandé à Votre Excellence de me faire tenir ses instructions, j'étais forcé de les attendre et qu'il m'était par suite impossible de faire entrevoir à Sa Majesté le roi Guillaume l'acceptation d'une quelconque de ces combinaisons sans outrepasser mesinstruc* tions; qu'assurément, même si je me laissais aller à le faire, je ne pourrais engager monGouvernementqui n'aurait alors qu'à me désavouer, mais que j'aurais de la sorte compromis et ma position et le succès de ma mission et engagé ma responsabilité morale à Tégard du roi Guillaume en lui faisant croire à la probabilité d'une combinaison qu'on rejetterait plus tarda Florence.
Le comte de Bismarck insista en disant que dans tout cela il n*y avait qu'une question de nuances et que je pourrais trouver des expressions qui sauvegarderaient l'avenir sans compromettre le succès du travail aussi lent que dinicile qu'il avait entrepris aÛu d'agir sur l'esprit du roi.
Je répondis qu assurément ritalie ne saurait vouloir dégoûter le roi de la guerre contre TAutriche et que je chercherai une formule qui ne compromit ni ma mission, ni son œuvre.
Le comte de Bismarck aborda encore un autre point. Il me dit que, pour des raisons spéciales et personnelles, le Gouvernement prussien avait décidé d'envoyer à Florence le général comte de Moltke, chef de Tétat-major, et de l'adresser au comte d'Usedom. Il ajouta que le roi craignait qu'une résolution de ce genre ne m'étonnât^. ne m'ofl'ensât même, par cela même qu'on m'avait envoyé à Berlin pour traiter avec le Gouvernement prussien.
Je répondis que la mission que je remplissais m'avait été confiée par le cabinet de Florence et que rien de ce que le cabinet de Berlin croirait devoir faire dans son propre intérêt ne pouvait, ne devait me déplaire. Que la mission qu'on voulait confier au général do Moltke présentait cependant un inconvénient que je me permettais de lui signaler, puisqu'elle allait appeler fatalement lattention publique sur les négociations en cours, négociations dont le secret n'était déjà que trop compromis.
Le comte de Bismarck me fit remarquer que le départ du général de Moltke avait déjà été décidé antérieurement à mon arrivée et qu'alin de cacher le but de sa mission il irait avec sa famille à Nice et se rendrait de là à Florence.
Je crois inutile de dire à Voire Excellence combien la mission du général de Moltke serait de nature à augmenter les soupçons que le comte de «Bismarck se propose d'inspirer à l'Autriche en lui faisant croire à l'existence d'accords sérieux avec l'Italie. A ce propos, je crois utile de vous faire observer que le comte de Bismarck a une fois de plus touché à ce point même au cours de cet entretien. Il m'a dit qu'on ne devait pas croire qu'il ait la moindre velléité d'intimider l'Autriche : « L'Autriche, m'a-t-il dit, cédera d'autant moins qu'on voudra avpir l'air de la menacer et, il faut lui rendre celte justice, qu'elle aimerait mieux se faire battre sur un champ de bataille que céder devant une intimidation.^ Vous devez donc cesser de croire que, si je désire signer un traité avec vous, c'est pour le montrer ensuite à l'Autriche et m'eu servir pour arriver à mes fins. »
A vrai dire, par celte conversation d'hier soir, le comte de Bismarck a uniquement cherché à m'empêcher de détruire dans l'esprit du roi la croyance à la probabilité d'un accord entre la Prusseet l'Italie. Il a voulu, au contraire, bien que le point de vue auquel se placent les deux parties soit diamé traie m eert opposé, bien que nous ne voulions nous lier qu'en vue d'une action immédiate, tandis que la Prusse tientà ne s'engager que pour deséventualitésplus ou moinslointaines, que je lui laisse entrevoir la possibilité do cette entente. Quel résultat le comte de Bismarck se flatle-t-il d'obtenir en faisant luire aux yeux du roi des espoirs qui ont peu de chances de se réaliser, c'est là ce que je n'ai pu encore parvenir à découvrir. Peut-
U2 LB GENERAL OOVÛNE
'être veut-il, comme on le croit dans certains milieux, raffermir par là sa situation personnelle, qui, d'après le dire de certains personnages, serait assez ébranlée? Peut-être aussi ne s'oppose-l-il à une rupture trop prompte que parce que celte rupture dérangerait ses calculs, coDtrarieratt les projets d'intimidation qu'il nourrit et qaîl poursuit même en dépit de toutes ses dénégations.
Le comte de Bismarck m'a dit encore qu'il serait désirable de nommer des attachés militaires aux deux légations de Florence et de Berlin. Bien que telle ne soit pas notre habitude, je lui ai dit que j'en écrirai à Votre Excellence. Haiscette proposition, elle aussi, me paraît devoir être classée parmi [es simples démonstrations.
Le comte de Barrai, qui m'a donné ses conseils avant ma visite chez le comte de Bismarck et auquel j'ai raconté tout ce qni s'était passé, partage de plus en plus ma manière de voir et croit, comme moi, que les négociations que nous suivons ici n'assureront aucun avantage sérieux et pratique à l'Italie.
P. S. — Le comte de Bismarck me pi-évienlce matin parun billet que le roi est indisposé et que le médecin lui a défendu de s'occuper d'alfaires sérieuses. Il me fera connaître le jour où il sera possible A Sa Majesté de
Berlin, 18 mars tS66.
EXCELLRNCB,
" Hier, après le diner donné par le comte de Barrai à la Légation d'Italie et auquel as!>ista avec la plus grande partie du corps diplomatique 5. E. le comte de Bismarck, le Président du Conseil in'en- Irelint à nouveau des avantages réciproques que procurerait aux deux pays un traité d'alliance entre l'Italie et la Prusse. Le comte de Bismarck me dit que les nouvelles qu'il avait reçues pendant la jiiuT' née lui avaient montré que rien jusqu'à ce journ'avait exaspé ré hConr devienne autant que le soupi;on des négociationsqu'ellecroyait désormais entamées avec l'Italie. Il ajouta que par conséi|uenl si la Prusse n'avait pas brûlé ses vaisseaux, ils allaient commencer à llatnber l<* Jour même ; que nous pouvions avoir toute conliance dans le trait<' qu'il nous proposait, vu que S. H. le roi Guillaume serait le dernier des souverains d'Europe qui se déroberait devant un engagement qu'il aurait souscrit. « Au contraire, ajouta-l-îl, il est évident que la <Iueslion italienne est infiniment plus mûre que la question allemande et que peut-être il vaudrait mieux que ce fût l'ilalie qui se charge;ll de faire les premiers mouvements destinés à mettre le feu aux poudres. ■>
Puis il me parla des corps francs qu'il faudrait jeter en Vénétie, etc., etc.
Je répondis que l'ilalie n'''lail pas disposée en ce moment à pro-
céder de cette façon ; que ropinion publique, sensée et rassise au plus haut degré, n'avait qu'un seul désir, celui de rétablir la situation administrative et financière du pays, parce qu'elle savait qu'une fois cet équilibre rétabli, les autres questions politiques se résoudraient d'elles-mêmes ; que l'opinion publique aurait sans aucun doute saisi avec empressement une occasion propice et inattendue qui se serait présentée et qui aurait permis de résoudre plus rapidement la question de la Vénétie — que c'était pour cette raison que Votre Excellence croyant la Prusse disposée à la guerre m'avait envoyé à Berlin— mais que l'Italie comprenait parfaitement aussi qu'il n'était pas de son intérêt de précipiter les choses et que le Gouvernement trouverait imprudent de prendre l'initiative des démarches dans le genre de celles que Son Excellence lui proposait»
Le comte de Bismarck me dit alors : « Mais alors vous pouvez attendre ; ce ne sont pas les finances qui vous forcent à précipiter ^a solution et vous pouvez par conséquent vous unir à nous pour marcher de l'avant avec nous et poursuivre d'ici à six mois la réalisation du programme que je vous ai développé. »
Je lui fis remarquer qu'on s'occupait chez nous du rétablissement des ûnances, qu'il s'agissait seulement d'assurer une majorité parlementaire à quelques lois établissant des impôts nouveaux, impôts que ritalie pouvait payer facilement; que si àces nouvelles sources de revenus on ajoutait l'augmentation naturelle des anciens impôts, l'équilibre serait avant peu rétabli en Italie ; que les économies qu'on avait introduites dans le budget de l'armée avaient atteint les extrêmes limites auxquelles Topinion publique permettrait de les pousser et qu'il n'y avait pas lieu de craindre pour l'avenir des désarmements qui affaibliraient le pays. — Que par conséquent on se tromperait en croyant que l'état de nos finances nous obligeait à précipiter la solution, tandis qu'au contraire rien ne nous empêchait d'attendre. J'ajoutai pour ma part que le Gouvernement de Florence se refuserait à se lier avec la Prusse en vue d'éventualités aussi lointaines, parce que l'Italie pourrait se trouver contrainte à sacrifier à son désir de rester fidèle à la sainteté des engagements qu'elle aurait pris des intérêts essentiels pour elle. « Que Votre Excellence songe, dis-je au comte de Bismarck, par exemple, à une éventualité qui d'ici à six mois nous mettrait en présence de la question romaine et vous devrez reconnaître que nos scrupules sont parfaitement justifiés. »
Pendant lajournée d'hier, j'ai vu l'ambassa^deur de France, M. Benedetti, qui trouve que la situation actuelle de l'Allemagne et la tension entre la Prusse et la France sont bien plus graves qu'elles ne le furent même au temps de la convention d'Olmùtz en 1850. Malgré cela il croit, lui aussi, que la Prusse n'osera pas affronter la guerre. »
LE GENERAL GOVONE
Télégramme expédié le 21
« Aujourd'hui, audience du roi. [| a dit que dans les graves conjonctures actuelles il avait mis yeuï sur Italie et espérait poaroir se mettre d'accord sur le traité éventuel dont Barra) a télégraptuir hier à Votre Excellence.
II ajouta qu'il voulait demander au roi qu'une partie noire llolte sufveillflt et suivit, même avant déclaration guerre, escadre aulrichienne préparée i. Pola si elle sortait de l'Adriatique.
Képondu au roi que ennemis Autriche étaient nos alliés naturels sans m'cngager davantage.
InTormutions de Bismarck et autres portent qu'.\u(riche arme sur plus grand pied. S'il se confirme, je ne doute pas qu'elle ne s^ prépare à prévenir et surprendre Prusse et envoyer ensuite iiilimatum comme en 18S0. J'ai dit cela au roi, mais il attend des rapports avant de commencer mobilisation. Si l'on veut faire catis« commune, mon but ici devrait être de les presser à armer aussitûl et peut-être prendre nous-mêraca des décisions importantes pour ne pas être surpris.
Attends les instructions de Votre Excellence, situation étant changée par l'initiative autrichienne.
Siutc .'GovoNB. "
Excellence,
" Comme je l'ai télégraphié hier soir, i Votre E.Tcellence, apr^* qu'on tu'eùtllxé deux audiences successivement contiemandt^es ptr les iniluences qui s'agitentaulourdu roi, j'ai été reçu, hier mercredi. à trois heures et demie, par Sa Majesté qui m'a dit combien il avait regretté qu'une indisposition l'ait empêché de me recevoir plus tùl et qu'un malentendu causé nnr des ordres qu'il n'avait pas donni's l'eût empoché de me recevoir lundi, jour qu'il avait fixé pour celtf audience. Il me dit que, lorsque Je lui fus présenté lors de la soirée du comte de Itismarck, il m'avait parlé comme à un officier étranger venu pour visiter les établissemeuts militaires de U Pru.sse. Il me déclara, en faisant allusion au motifde ma mi-^iop, qu'il 'Hait pleinement' d(^:idé à la guerre avec l'Autriche s'il ne réussissait pas îi s'entendre avec elle d'une manière satisfaisante; qu'il avait pour cela Jeté le.s yvux sur l'Italie; qu'il espérait que si>Q Hiuisire des .MTaires étrangères réussirait à se mettre d accord avt'c nous et il signer un traité éventuel d'alliance en vue d'une actiuu
Je l'épiindis, en remerciant Sa Majesté de l'honneur qu'elle m'avait Tait en in'uocordant une audience, que nos visées pulitiques
anssi justes, aussi saintesque celles delà Prusse, faisaient de nous les alliés naturels de tout ennemi derAutriche;que j'espérais, moi aussi, qu*on pourrait arriver à une entente avec son Gouvernement.
Le roi m'ayant parlé alors de son armée, de Tarmée autrichienne et de la nôtre, je profitai de cette occasion pour lui demander si les armements autrichiens dont on parlait étaient considérables et si Ton ne pouvait pas en déduire que TAutriche songeait â tenter quelque nouvelle surprise.
Le roi me répondit qu'il attendait des nouvelles précises, mais qu'il ne croyait pas que pour le moment l'Autriche procédât à des armements sur. une grande échelle.
Je demandai au roi si la Prusse allait mobiliser, et le roi me dit qu'à ce moment même ses Ministres étaient réunis, qu'il attendait les rapports qu'ils allaient lui faire sur les mesures à prendre ; que Tinfanterie pouvait être mobilisée en peu de jours, que l'achat des chevaux pour l'artillerie et le train serait l'opération qui prendrait le plus de temps et que peut-être on allait commencer à y procéder sous peu.
Je parlai incidemment à Sa Majesté de la nécessité qu'il y aurait, en cas de guerre, à être prêt avant l'Autriche et que, dans ce cas, l'armée pourrait même entrer en campagne avec les effectifs actuels de 500 à 600 hommes par bataillon et de 120 chevaux par escadron et que l'artillerie pourrait marcher avec quatre pièces par batterie, quitte à se faire rejoindre par les autres pièces dès que l'on se serait procuré des chevaux.
Le roi, comme frappé tout à coup par une idée qui lui revenait, me dit : « 11 y a une chose que je voudrais demander au roi Victor- « Emmanuel, c'est qu'avant toute déclaration de guerre, et natu- « relie ment dans le cas où on serait arrivé à une entente avec « vous, une partie de la flotte cuirassée italienne reçût l'ordre « de surveiller l'escadre autrichienne préparée à Pola et destinée « à la Baltique. Ma marine est encore dans l'enfance, et si l'An- " triche commençait les hostilités contre vous et contre nous, vos M vaisseaux seraient à portée pour tenir en respect les forces <c navales de l'Autriche. »>
Je me suis engagé à en informer Votre Excellence.
Sa Majesté me congédia après une audience d'une demi-heure.
Comme j'en étais convenu avec le comte de Bismarck, je me rendis à huit heures et demie du soir chez le ministre qui désirait avoir des nouvelles de cette audience.
Le président du Conseil me dit que le roi avait trouvé que je m'étais tenu sur une extrême réserve. Puis il me fit part de deux combinaisons, relatives au traité à conclure avec l'Italie et dont il avait déjà parlé au comte de Barrai.
La première de ces combinaisons est celle qui a été télégraphiée par le comte de Barrai qui en a pris l'initiative et vous a demandé
446 LE aÉNÉRAL GOVONE
des intructions. Elle a trait à la signature d*UQ traité d'alliance offensive et défensive qui deviendrait caduc au bout de deux mois.
Le comte de Bismarck m'a dit qu'il désirerait obtenir pour ce traité une durée de trois mois, mais qu'il se contenterait de deux mois, si de notre côté on insistait sur ce point. Ce projet de traité est en somme semblable à celui dont j'ai communiqué les clauses à Votre Excellence par ma lettre n° 2 du 17 courant.
On voudrait aujourd'hui ajouter à ce traité un article limitant sa durée à deux mois et un article secret relatif au détachement antérieur à la déclaration de guerre de la flotte italienne, qui, comme je l'ai dit plus haut, serait chargée de surveiller la flotte aatrichienne dans le cas oii elle voudrait sortir de Pola pour se rendre dans les mers du Nord.
Votre Excellence ayant télégraphié hier au comte de Darral qu'elle ne pouvait prendre aucune décision relative au traité éventuel sans en avoir le texte sous les yeux, je sais que le comte de Barrai se proposait de réclamer ce matin cet écrit au comte de Bismarck.
Le comte de Bismarck a insisté auprès de moi pour savoir s*il y avait quelque probabilité d'amener le Gouvernement de Florence à consentir à ce détachement de ses cuirassés. Je me suis borné à lui répondre que cela dépendrait des circonstances et du moment.
Le deuxième projet, dont me parla le comte de Bismarck et qu'on aurait à examiner dans le cas où l'on n'accepterait pas le traité éventuel limité, se compose :
1» D'un traité général d'amitié et d'alliance contenant une clause aux termes de laquelle, en présence d'éventualités qu'on se réserve de déterminer, on signerait sans retard un traité d'alliance ofTensive et défensive;
2° De l'engagement à prendre par les parties de discuter et d'arrêter dès maintenant les clauses du traité d'alliance offensive et défensive, de munir les plénipotentiaires de pouvoirs réguliers afin qu'il ne restât plus, si les éventualités prévues venaient à se produire, qu à signer le traité sur un ordre télégraphique de Florence.
Cette deuxième combinaison comprend donc deux traités distincts» dont j'ai déjà entretenu Votre Excellence. Le comte de Bismarck a fait rédiger les projets de ces deux traités. On insérera dans le premier de ces deux traités, comme dans la précédente combinaison, la clause relative à l'expédition que ferait notre flotte avant la déclaration de guerre.
Le comte de Barrai, qui a pris l'initiative de la première de ces deux combinaisons, de celle qui vise un traité unique éventuel et limité à deux mois, pourra mieux que moi dire à Votre Excellence combien cette deuxième combinaison nous lierait plus complètement, et dans des conditions plus difûciles à déterminer, que la première combinaison qu'il nous a proposée.
La Prusse ayant, dès le premier jour de mon arrivée ici, décliné
la proposition de signer avec nous un traité d'alliance offensive et défensive en vue d'une action immédiate, ainsi que la convention militaire qui en est la conséquence et qui avait motivé mon envoi à Berlin, ma mission jusqu'à réception de nouvelles instructions se trouve réduite à un simple rôle d'observateur. Je considère naturellement comme mon devoir de rendre compte à Votre Excellence de toutes les circonstances, de toutes les particularités, du genre des précédentes, qui me paraissent de nature à vous intéresser, et je laisserai au comte de Barrai le soin de traiter ofticiellement, et avec Tautorité qui lui appartient, ces mêmes questions avec Votre Excellence.
Après la conversation que j'eus avec le comte de Bismarck à propos des combinaisons ci-dessus, il m'entretint des mesures militaires prises par l'Autriche et par la Prusse. Mais, pour dire vrai, il est diflicile de se faire une idée exacte des armements autrichiens, soit parce que le comte de Bismarck n'a pas encore reçu des renseignements précis, soit parce que la Prusse a peut-être bien intérêt à les présenter sous un certain jour.
Le comte de Bismarck et d'autres personnes généralement bien informées ont attaché dans le principe une grande importance à ces armements. Si réellement l'Autriche a rappelé les hommes en congé dans toutes ses provinces, s'il est vrai qu'elle mette en route les troupes des confms militaires qui sont en général les dernières à marcher, ce que Votre Excellence peut savoir par d'autres voies, et par les renseignements du bureau de l'état-major à Turin, ce serait pour moi la preuve évidente qu'elle se prépare à porter de grands coups à la Prusse et qu'elle lente de renouveler sa tactique de 1850. Dans ce cas, afin d'éviter de graves événements, la Prusse devrait rivaliser de rapidité dans ses armements avec l'Autriche, et en tout cas, il ne lui resterait plus d'autre alternative que la guerre. H me semble en efTet peu probable qu'elle accepte une nouvelle humiliation. Mais alors, comme la crise pourrait éclater à brève échéance, nous ferions, je crois, bien de commencer, nous aussi, nos préparatifs militaires.
J'ai demandé, hier soir, au comte de Bismarck de me donner des renseignements plus précis sur les armements de l'Autriche et des informations sur les projets de la Prusse ; il m'a paru moins disposé à croire à un armement général de l'Autriche. Il m'a dit que cependant la Prusse avait pris la résolution de réaliser certaines valeurs, afin de se procurer de l'argent, et qu'elle allait procéder à l'achat d'environ 16.000 chevaux pour l'artillerie et le train et qu'on avait de plus décidé de réunir sur les voies ferrées le matériel nécessaire au transport des troupes par les voies rapides. Je lui ai parlé de l'intérêt qu'il y aurait à prévenir l'Autriche dans le cas où elle armerait réellement sur un grand pied, en concentrant en Silésie les corps avec les effectifs qu'ils ont actuellement. Il m'a répondu que le roi pouvait peut-être songer à des opérations et à une mobi-
lisation régulière, mais qu'il ne donnerait jamais son consentement à des projets précipités et visant à une surprise. •
Quant aux déclarations faites par la Bavière à notre représentant
à Munich, le comte de Bismarck se refuse à croire qu'elles aient
•^té exactement interprétées et fidèlement transmises. Il soutient que
ia Bavière est mal armée et incapable de pouvoir produire à bref
délai une action militaire. »
Berlin, 26 mars 1S66.
Mon Général,
« Je continue à vous rendre compte, jour par jour, des événements ainsi que des impressions que produit sur mon esprit mon séjour à Berlin.
Avant-hier, le roi passa une revue et m'invita à assister à cette parade ainsi qu'au déjeuner qu'il donna ensuite au palais. JVtais placé à table presqu*en face de la reine, qui, comme Sa Majesté, a •été fort aimable pour moi.
Hier, j'ai été avec le colonel Driquet rendre visite au général de Moltke, chef de l'état-major, celui qui devait se rendre à Florence. Aux questions que je lui posai relativement aux armements autrichiens, il me répondit qu'on les avait beaucoup exagérés, quil ne s'agissait apparemment que de l'envoi de quelques troupes en Bohême et surtout de l'armement de Gracovie, armement qui pouvait être tout aussi bien dirigé contre la Russie que contre la Prusse. A en juger par les paroles du général de Moltke, il ne semble pas que la Prusse songe à prendre ces jours-ci des mesures de mobilisation, comme le comte de Bismarck me l'avait fait supposer. Le général m'a dit qu'il fallait attendre jusquau jour où la guerre serait décidée, et qu'alors seulement on armerait tout d'un coup et complètement.
J'ai également vu hier l'ambassadeur d'Angleterre qui a amené la conversation sur les complications présentes et insisté sur la prudence qui s'impose à l'Italie, sur la nécessité pour elle de ne pas se jeter dans quoique aventure dangereuse.
Hier soir, M. de Thiele, ancien ministre à Rome, et actuellement secrétaire général des Affaires étrangères, qui était déjà deux fois venu chez moi sans me trouver, me donna rendez-vous pour etmatin à onze heures pour affaires urgentes. A l'heure dite, il s*f présenta au British Hôtel de la part du comte de Bismarck. M. de Thiele me dit: « que le président du conseil, encore malade, ne pouvait me recevoir; mais qu'il avait à cœur de pousser les négociations relatives au traité éventuel et qu'il me recevrait dès qu'il serait en état de le faire». Me parlant alors de ce traité, M. de Thiele me dit : « Que la question des Duchés était en somme celle qui devait être décidée parla guerre, mais que le comte de Bismarck
.préparait d]autres prétextes plus plausibles qu'il présenterait à l'Europe. »
Cette étonnante communication, qui m'a été faite par inadvertance, modifie singulièrement les assertions du comte de Bismarck, -qui m'avait déclaré que les vues ambitieuses de la Prusse s'étendaient sur tout le Nord de l'Allemagne. Elle m'a fait voir qu'une fois la question des Duchés réglée il n'y aura plus aucun motif de guerre.
Puis M. de Thiele me demanda si j'étais muni de pleins pouvoirs €n règle, si j'avais fait part à Votre Excellence des ouvertures relatives au traité éventuel et si j'avais reçu des instructions à cet effet. Je crois que la visite de M. de Thiele a surtout eu pour objet de s'assurer si j'étais muni de pleins pouvoirs pour signer un traité, puisqu'il ajouta que le comte de Bismarck désirait fort que j'en fusse pourvu.
Je répondis que Votre Excellence m'avait envoyé ici parce que, d'après les communications du comte d'Usedom, nous pensions que la Prusse était sur le point de se décider à la guerre ; Que dans ce ■cas on m'aurait expédié les pleins pouvoirs pendant le temps qu'il aurait fallu pour discuter et conclure une convention militaire; Qu'en présence de la situation toute différente que j'avais trouvée ici, je devais déclarer que je n'avais pas d'instructions; Que Votre Excellence avait déjà écrit entre temps pour réclamer le texte du traité éventuel dont le comte de Barrai avait parlé au comte de Bismarck, et que ce dernier avait paru disposé à nous communiquer ce projet. J'insistai sur le désir formulé par Votre Excellence, et M. de Thiele prit congé de moi.
Entre temps, le comte de Barrai se rendit peu après chez M. de Thiele pour l'entretenir d'autres questions; mais la conversation fut presque aussitôt ramenée sur ce sujet. M. de Thiele avait vu le comte de Bismarck dans l'intervalle. Je conclus des réponses qu'il fit au comte de Barrai que le président du Conâeil désire très vivement que l'expédition des pleins pouvoirs en règle ait eu lieu avant qu'il ne se décide à entamer des négociations sérieuses. 11 semble en effet que le comte de Bismarck n'est plus disposé à transmettre à Votre Excellence le texte écrit du projet qu'il a rédigé.
J'enregistre tous ces petits détails afin de bien montrer à Votre Excellence que la situation change d'aspect à tout instant. Le comte de Barrai ne saurait donc faire prévoir à Votre Excellence la marche probable de l'affaire qui nous occupe, sans risquer de devoir peu après vous signaler et vous soumettre de nouvelles modifications.
Tout en rendant compte à Votre Excellence d'une manière tout à fait privée de ces incidents que, faute de temps, j'ai dû rédiger sans aucune espèce d'ordre, je me réserve de lui écrire plus clairement et plus exactement dès que j'aurai vu le comte de Bismarck. Pendant ce temps. Votre Excellence verra s'il y a lieu de nous
LE OÈSÊBAL GOVONE
■omle de Barrai et moi, de pleins pouvoirs ou de 1« un seul. Je voua prierai ensuite de m indiquer la e je puis faire à la quealion relative à notre escadre, le je vous ai exposée antérieuremeut.
■i-moi lahûle avec laquelle je vous écris afindarriTcr imps pour faire partir ma lettre par la poste. -
iécke chifftée transmàepar les soins de ta Légation
BerUn, Ï8 mar«1866.
vous envoie par télégraphe le projet traité éventuel limita
N'étant pas pourvu de pleins pouvoirs réguliers et 1 ayant er au sous-secrétaire d'Etat, le comte de Bismarck IraiU : Barrai TalTaire de ce traité.
Votre Excellence de nous envoyer les pleins pouvoirs. er le cas échéant cet acte et la convention militaire sul^ lorsqu'ils auront été discutés ici et acceptés à Florence. te de Bismarck le désire avec instance. Qdant, je crois devoir vous prévenir que le président du *nt exactement au courant M. Benedetti de toutes ses néçaiec nous, et que M. Benedetti, tout en déclarant être sans DS pousse àlaguerreelnoospousseàlaconclusiODdec^ oiqu'il pense que les probabilités sont toujours plutôt pour en de la paix que pour la guerre, aer paraît être que le traité soit une arme pour M. d-
pour la proposition qu'il lance eu ce moment dun? fédérale et soit destiné à eiïrayer l'Autriche et les fâat* res et obtenir les Duchés sans coup férir. Excellence pensera qu'il est regrettable que ootr« par- 1 au traité n'ait pas d'autre résultat utile et reste sans cor ! pour l'Italie; mais il serait bien plus regrettable quoa nent entre l'Autriche et la Prusse n'intervint qu'après ^u.ssions supporté toutes les dépenses d'une mobiUsaliic
ois les vues de Votre Excellence sur la poliUque générale la faire pencher vers l'acception du projet Bisinai> par le comte de Barrai, malgré les chances défavoraHit encore présenter pour nous.
ii Votre Excellence désire se donner le temps de réfléctir rais proposer ici l'addition d'un article déclarant que n^tr' ition suivrait aussitôt celle de la Prusse, mais qn'anis.wi > la question des Duchés ne pourrait pas être résolut w> le de la Vénétie le fût aussi. Cette clause n'aurait cepenJiD: ■rois de chance d'être acceplOe par la Prusse ; elle ne «u-
rait être qu'un moyen de prolonger les négociations si cela conve* nait à Votre Excellence et un moyen de faire, en y renonçant en dernier lieu, une concession pour obtenir de modifier Tarticle 4 et de substituer aux mots : Royaume Lorabardo-Vénitien, ceux-ci : Royaume Lombarde-Vénitien et Tyrol italien, jusqu'à la crête des Alpes.
Le traité accepté, il faudra passer à stipuler une convention mili-* taire. Il me faudrait pour cela la dislocation actuelle de Tarmée et le tableau de la flotte. »
Berlin, 28 mars 1866.
Mon Général,
« Il résulte des renseignements militaires reçus ici que TAutriche a renforcé ses troupes de Bohême de 22 bataillons qui, ajoutés au chiffre normal des troupes de garnison, donnent un effectif total de 43 bataillons. H n'y a en Moravie que les troupes qui Toccupent en temps ordinaire, 14 bataillons, ce qui ferait un tolal de 57 bataillons qui, portés sur le pied de guerre, constitueraient une armée de 70.000 hommes. Driquet qui relève toutes les nouvelles données par les journaux croit que l'augmentation réelle est encore inférieure à celle indiquée ci-dessus. On dit ici que les bataillons d'infanterie autrichienne qu'on a vus ont, les uns 500 hommes, les autres, 1.000 hommes à l'efTectif, ce qui indiquerait que ces derniers ont «>té complétés et rejoints parles hommes en congé des classes antérieures. Mais les nouvelles que nous avons reçues hier directement de Brescia disent que jusqu'à ce jour on n'a appelé aucun homme du contingent italien, bien que ce contingent fournisse à plusieurs des régiments stationnés en Bohême. On croit qu'on a pu prendre ces jours derniers quelques mesures de mobilisation, mais on ne le sait pas au juste et peut-être bien le fait ne s'est-il pas encore produit. Je porte à la connaissance du comte de Barrai toutes les communications que j'adresseàVotreExcellence.Je vous prierai, mon général, de vouloir bien me faire envoyer par le Ministère de la Guerre la dislocation actuelle de nos troupes et le tableau de la flotte, parce que je pourrai en avoir besoin par la suite. »
Télégramme chiffré expédié au général La Marmora à Turin ^ le 2 avril 1866, vers trois heures après midi
« Je prie Votre Excellence de me dire si avec le traité nous devons signer aussi une convention militaire. Comte Barrai croyant guerre fort peu probable pense qu'on ne doit pas parler de convention mili-
452 LE GENERAL GOVONE
taire aujourd'hui; mais si Votre Excellence juge autrement, j*en parlerai au comte Bismarck sur bases suivantes :
Nous nous obligerions pour minimum de 15 divisions, dont nne de cavalerie, effectif 200.000 hommes. Si des forces maritimes alliées devaient agir ensemble, le commandement serait à celui qui a sur les lieux les forces plus considérables. On se communiquerait respectivement propres positions et positions ennemies sans cesse ainsi que toute proposition venant de Tennemi, etc. »
Berlin, 2 avril 1866.
Mon G^.néral,
ff Permettez-moi de continuer à vous communiquer les impressions que je recueille ici, quand bien même elles ne devraient vous paraître que peu intéressantes.
« Après les premières conversations que j'ai reproduites dans m^s lettres précédentes, je n'ai pas hésilé à vous mander, mon général, ,^, que, contrairement à Tidée que j'avais en partant de Florence, U
Pmsse me paraissait peu disposée à une guerre immédiate ou même prochaine, puisqu'elle ne croyait pouvoir provoquer cette ruptun* qu'en proposant une réforme radicale de la Confédération germanique.
« Mais les préparatifs militaires de l'Autriche et les mouvemenb: de ses troupes sont survenus depuis lors. Le comte de Bismarck .i peut-être même cru un moment que rAutrlche voulait prendra" l'initiative de la rupture et, malgré la gravité qu'aurait eue cette cris»* inopinée, je crois qu'il s'en serait réjoui. Le soir même, lorsqu'on reçut les premières nouvelles de ces faits, le comte de Bismarck passa chez moi. Ne m'ayant pas trouvé, il alla chez le comte de Barrai. Mais l'espoir de cette initiative autrichienne fut de courte durée. - On ne tarda pas à savoir qu'il s'agissait de dispositions peu imp<^rtantes, de mesures essentiellement défensives et de pure précaution.
Le comte de Bismarck ne voulait pas moins en tirer parti et pendant quelques jours ses journaux ne firent que grossir et exagénr les faits. Tout était à la guerre. — On parla des provocations autrichiennes, de la raison d'être des armements prussiens. Puis <':i décida ces armements qui sont aujourd'hui chose faite. Ci-joint unnote du colonel Driquet sur ces armements. Ils sont peu conMii»^rables et peuvent T'ire, soit une mesure de précaution, soit un moyrû de forcer l'Autriche à armer, elle aussi, afin d'arriver graduellemenî à la tension d'où peut sortir la guerre.
Eu attendant, voici ce qu'on pense ici des probabilités de guerr-». On croit que le comte de Bismarck s'étant engagé à fond dans li question des Duchés, et ne pouvant plus la résoudre à l'aide d' 1 démonstrations, pourrait recourir à la guerre pour la trancher. C'wt tii l'opinion de ceux qui le connaissent : mais les vieux diplomates
de Berlin déclarent que le roi ae le suivra jamais aussi loi croient qu'un beau jour renvoi d'un général à Vienne mettra simplement fin au conflit.
Le comte de Bismarck exerce assurément une réelle indui sur le roi ; mais le roi prête aussi l'oreille à d'autres influences elles aussi, ne s'endorment pas. On raconte tous les jours des a dotes à ce propos. Par exemple, un journal inspiré par lecomt Bismarck devait, ily aquelques jours, publier un article très b queux dont le roi ne voulait pas entendre parler. Le mim insista longtemps et sortit du palais après avoir décidé le roi consentir, mais dès que l'on commença k vendre les pren numéros du journal, on le lit saisir et retirer de la circulation.
On dit aussi que le général comte de Hùnster a déjà été appel chargé d'une mission pour Vienne. Samedi, le maréchal Wrac qai ne m'avait pas rencontré chei moi, me fit prier de passer i lui et me dit que le comte de Munster était parti vendredi pour Vie chargé d'y demander des explications sur les armements a chiens. Le comte de Bismarcii nie, au contraire, qu'on ait son] une pareille mission et altirme que le général a ordre d'aller à rence. Ce qui est certain, c'est que le général est reparti | Diisseldorf et que c'est le comte de Biamarclc qui l'a emporte ( fois. Je vous cite ces incidents parce qu'ils caractérisent la situai Tout cela fait croire aux diplomates qui connaissent le mieux gens et les choses d'ici que le roi ne consentira jamais à la gut
Le comte de Bismarck a, de plus, à vaincre encore d'autres c cultes qu'il rencontre cette Tois dans le pays. Les classes les élevées de la population ne sont pas seules & i^tre hostiles ou favorables à la guerre. Les classes moyennes paiiagent cette aver qui est certainement entretenue et répan(bie par des journaux p< laires. L'opinion publique est encore toute imprégnée de ranci et de méHances à l'adresse de la France, tandis qu'il n'y a trace de haine contre l'Autriche, De plus, sa lutte contre la Chan a valu de nombreux adversaires au comte de Bismarck, bien qu Chambre ne jouisse cependant ni d'un grand prestige, ni d grande popularité. On en parle à Berlin avec peu de considérât comme d'une réunion d'intrigants sans valeur et sans portée. Oi que la loi électorale avec l'élection à deux degrés est tout ce i y a de plus défectueux et que l'esprit public n'est pas encore eu Prusse pour une constitution. Ce sont des choses qui r étonnent, mais qui doivent cependant avoir un semblant de v^ étaot donnée la conduite que lient le Ministère à l'égard d Chambre.
Reste l'armée; mais d'après tout ce qui m'a été dit par les ofllci elle n'a aucun enthousiasme pour la guerre contre l'Autriche, a au contraire de la sympathie pour l'armée autrichienne. Je bien, qu'une fois la guerre déclarée, l'armée s'électrisera et n devoir; mais Je liens à dire que pour le mon
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elle n'est ni un appui, ni un slimulant pour la politique que le comte de Bismarck veut faire prévaloir. Il se trouve donc presque isolé, ou, tout au moins, peu soutenu. Il a à lutler contre toutes les difficultés énoncées ci-dessus si bien que l'on en vient parfoisi dire qu'écœuré et rebuté par tous ces obstacles il songe i abaodonnei- la partie. Quoi qu'il en soit et quoi qu'il advienne, c'est un homme de baule valeur, d'une rare intelligence, doué d'une voloDlé de fer et qui mérite de réussir. Mais on serait fort osé si on voulait prédire aujourd'hui qu'il triomphera, soit an résolvant pacilîqu«ment la question des Duchés, soit en provoquant la guerre — à moins toutefois qu'il ne réussisse à trouver au dehors des appnbtt des encouragements.
J'ai visité ces Jours-ci les établissements militaires prussiens. L'artillerie de campagne avec ses canons d'acier se cLargeant par li culasse et ses obus à percussion me parait excellente. La moitié dr l'armée est déjà pourvue de ce matériel. J'ai visité l'école normale d^ tir de Spandau. 10 hommes — naturellement des tireurs hors ligne — ont tiré 124 coups en deux minutes et demie et ont mis (OS balles dans ta cible k 300 mètres. Le fusil prussien me parait réellement excellent et inspire grande confiance aux troupes que Je crois parfaitement en état de lutter conire les troupes autrichiennes.
Quand je n'aurai plus rien à faire ici — et ceserale casdans qnatre ou cinq jours, — et quand il s'agira pour moi de rentrer en Ittlir, je vous prierai, mou Général, de m'autorisera passer par la Belgiqa' et à consacrer avec le colonel Drtquet vingt-quatre heures à In rbib' d'Anvei^.
Quant \ ce qui est de l'ofllcier à attacher à la Légation, il (Of semble que le capitaine Taverna, dont m'a parlé le général Peltineugo, serait celui qui conviendrait le mieux.
P. -S. On a dr-signé pour m'accompagner, au cours de mes miles dans les établissements militaires, le lieutenant Wedelstaedt, du :i* régiment desgrenadiers de la garde Reine -Elisabeth, aidedecatDp du Gouverneur de Kerlin. Si Votre Excellence voulait lui faire doQOfr l'ordre des Saints Uaurice et Laiiare, elle me causerait un très vif plaisir. »
Berlin, i avril, huit heuroi toir.
Général La Marmara — Milan
•■ Barrai atlemlait plein:
risation sign«>r traité. Je le lui a]
Je prie Votre Excellence de me dire si pleins pouvoirs ont i expédiés.
G. Govo». >
5 avril 1866, dix heures matin.
Général La Marmara, Reçu par courrier pleins pouvoirs.
GOVONE. »>
5 avril 1866, trois heures et demie soir. Général La Marmara — Milan
u Bismarck reçut avecjoie nouvelle arrivée pleins pouvoirs et autorisation signer traité. Il informera de suite roi. Il me fit voir note Russie qui sollicitée par Autriche intervient tr^s amicalement auprès roi pour faciliter arrangement. Tous princes allemands ne cessent de presser Sa Majesté dans même sens. Si Bavière arme, ce que je saurais bientôt, m'a-t-il dit, nous allons mobiliser les deux corps du Rhin, -et les armements d'un côté appelant des armements de Tautre côté, nous pouvons'même espérer d'arriver à la guerre pour le commencement de mai. En tout cas comte de Bismarck espère guerre éclatera •avant expiration notre traité.
GovoNE. »
Berlin, 6 avril 1866.
Excellence,
« Hier, à une heure après midi, j'ai été reçu par S. E. le comte de Bismarck et je lui ai donné connaissance des communications dont il est question dans mon télégramme chiffré du 5. Il en a «Hé extrêmement satisfait et ajouta que, même si — ce qui lui paraît fort improbable — la guerre ne sortait pas des complications actuelles, les relations établies entre la Prusse et l'Italie marqueraient un moment capital dans la vie des deux nations et le point de départ •d'une politique nouvelle dont les résultats seraient utiles aux deux pays. Il ne m'a pas exprimé le désir de conclure une convention militaire.
Comme je l'ai mandé à Votre Excellence, le comte de Bismarck lisait, iorque je suis arrivé chez lui, une lettre du Tzar ou une note •du Cabinet russe qui, d'après ce que m'a dit le Président du Conseil, intervenait, à l'instigation du Cabinet de Vienne, auprès du roi Guillaume et le priait de chercher la voie d'un accommodement. Le Président du Conseil ajouta que celte communication était conçue dans les termes les plus cordiaux pour la Prusse. Il m'a dit, d'autre part, que tous les princes allemands ne cessaient de supplier le roi et de le prier de donner une solution pacifique aux difficultés actuelles. Malgré cela, le comte de Bismarck persistait à croire que
456 LE GENERAL GOVONE
la guerre était au bout de toutes ces questions et même qu'elle devait éclater avant trois mois.
Comme je lui demandais alors s'il croyait à l'existence d'un trait<^ d'alliance entre la Bavière et l'Autriche, il me répondit qu'il nV avait pas de traité. Je demandai encore à Son Excellence s'il avait eu confirmation des nouvelles relatives aux armements de la Bavière et dont les journaux avaient parlé. Il me répondit qu'il en avait été en elTet informé et qu'il en attendait la conflrmation officielle. Si ce fait était officiellement constaté, la Prusse étendrait sur l'heure mêhne aux deux corps d'armée des provinces rhénanes les metures de préparation à la guerre qu'elle avait déjà adoptées pour les autres corps et qu'on était déjà en train d'exécuter. 11 prévoyait que dans ce cas, par cela même que les armements faits par l'une des parties oblige l'autre à répondre à cette mesure par de nouveaux armements, on arriverait facilement à la guerre dans un laps de temps plus rapproché qu'il ne l'avait pensé et qu'il fixait aux premiers jours de mai.
Le comte de Bismarck jeta à ce moment les yeux sur un Mémoire militaire et m'exposa quelques-unes de ses idées sur la conduite de la guerre pour le cas où la Bavière prendrait parti contre la Prusse. Il évaluait à plus de 100.000 hommes les troupes que la Prusse pourrait tirer des provinces rhénanes et auxquelles s'adjoindraient les i 0.000 hommes déjà promis par Hesse-Cassel et les troupes du duc de Saxe-Cobourg-Gotha. Cette armée forte de plus de 100.000 hommes traverserait la Bavière et après l'avoir balayée exécuterait une diversion qui, se dirigeant par Linz sur Vienne, viendrait donner la main à l'armée italienne. 11 ajouta que, dans le cas contraire, si la Bavière s'unissait à la Prusse, on disposerait alors pour exécuter cette diversion d'une masse de 150.000 hommes qui pourrait rendre à la fjrande Armée, opérant sur la Bohême ou en Silésie, plus de services que n'en rendrait la jonction immédiate des deux corps rhénans avec celte armée.
Quant à la Bavière, le comte de Bismarck me dit encore qa elle aurait pu devenir le centre d'un second empire germanique. L'Allemagne du Sud ne saurait convenir à la Prusse, d'abord à cause tle la différence de religion, puis parce qu'on ne pourrait que fort mal administrer de Berlin les provinces du Sud qui deviendraient les Calabres de la Prusse.
Le comte de Bismarck m'exposa toutes ces vues avec une apparence de sincérité et de conviction.
Il ajouta que la Prusse ne laisserait en fait de troupes de garnison dans les provinces rhénanes que vingt-huit bataillons de dëp^i* (bataillons de remplacement) qui s'y formeront au moment de la mobilisation de ces deux corps d'armée. Cette dernière communication, comme du reste l'ensemble de toute sa conversation, me