‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 59 sur 73 · Ce billet ne figure pas dans Tédition italienne · texte numérisé non relu

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quoique la reine et le prince royal passent pour être des adversaires acharnés de la guerre et de Talliance avec l'Italie. J'ai dit au roi que j'aTais assisté aux manœuvres d'exercices de quelques régiments d'infanterie de la garde et que je trouvais admirable et aussi pratique que possible leur règlement d'exercice... que j'avais vu l'école de tir de Spandau et que la célérité du tir de leur fusil me donnait une grande confiance.

« J'ai dit à Sa Majesté, qu'ainsi Elle avait pour Elle la justice, le droit «t la force. Le roi me fît une dissertation sur les principes qui avaient inspiré la rédaction de leur règlement de manœuvre, puis il me dit : » Sans doute Fempereur d'Autriche ne fait que nous provoquer. L'armée est très belle et très bonne aussi. On doit pendant la paix faire tout ce qui est possible pour mettre les chances de son côté et avoir dans l'armée un bon instrument pour la guerre. Mais quant à la victoire, elle est toujours entre les mains de la Divine Providence. »

Berlin, 10 avril 1866.

« Comme j'ai eu l'honneur d'en informer Votre Excellence par la lettre du 6 courant, n^ 6, le comte de Bismarck ne m'a pas manifesté le désir de signer une convention militaire avec l'Italie. Quoi qu*il en soit, comme les complications politiques qui se produisent actuellement peuvent, dans un avenir plus ou moins rapproché, nous amener à conclure avec la Prusse URe convention militaire fixant l'efTectif des forces qu'il y aurait lieu d'employer dans une guerre commune contre l'Autriche et déterminant la nature des relations qui doivent exister entre deux armées alliées, j'ai l'honneur de soumettre à Votre Excellence l'ébauche d'un projet de convention militaire afin que Votre Excellence puisse, si elle le trouve utile, communiquera la personne qui pourrait être appelée à conclure cette convention les bases sur lesquelles elle devrait reposer.

Comme Votre Excellence pourra le constater, les points les plus importants de cette pièce sont d'abord celui qui déterraine l'effectif des forces que chacune des parties contractantes s'engage à mettre en ligne et celui qui a trait au commandement en chef ou à la direction des opérations dans le cas où des troupes appartenant aux deux armées alliées devraient agir de concert.

En ce qui a trait aux forces que l'Italie aurait à mettre en ligne en cas de guerre contre l'Autriche, bien que je sache que Votre Excellence jugera à propos d'y employer jusqu'à notre dernier soldat, me conformant aux instructions verbales que Votre Excellence m'a données, j'ai cru devoir fixer l'effectif total des forces destinées à entrer en action à 200.000 hommes et quant à ce qui est du commandement en chef ou de la direction des opérations qu'il y aurait lieu d'exécuter en commun, j'ai cru qu'il serait utile à la bonne marche des

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afTaires de bien préciser que le commandement n'appartiendrait qn a un seul chef.

« Un traité d'alliance offensive et défensive ayant été convenn entre S. M. le roi d'Italie et S. M. le roi de Prusse, les hautes parties contractantes, à TefTet de régler une convention militaire pour y donner suite, le cas échéant, ont nommé pour leurs plénipotentiaires respectifs, savoir :

S. M. le roi d'Italie, etc. ^

S. M. le roi de Prusse, etc.

lesquels s'étant communiqué leurs pleins pouvoirs et les ayant trouvés en bonne et due forme, ont arrêté et signé les articles suivants :

Article premier. — S. M. le roi d'Italie déclarera la guerre à FAutriche aussitôt qu'il aura été informé par S. M. le roi de Prusse que pareille démarche a été faite par la Prusse à l'Autriche ou par TAu* triche à la Prusse.

Art. 2. — S. M. le roi d'Italie s'engagea pousser dès lors les hostilités avec la plus grande vigueur avec toutes les forces de terre et de mer dont il pourra disposer, et en tout cas, quant à son armée de terre, avec un mmtmum de 14 divisions complètes d'infanterie et une division de cavalerie de réserve, formant un effectif de 200.000 combattants.

Art. 3. —S. M. le roi de Prusse s'engage de son côté à pousser la guerre avec toutes les forces disponibles de ses armées de terre et de mer et, en tout cas, à concentrer sur le théâtre des opérations... formant un effectif de

Art. 4. — Les armées alliées agiront chacune sous les ordres de leurs généraux en chef respectifs, selon que chacun de ces commandants le jugera plus profitable au but de la guerre.

Art. 5. — Lorsqu'une partie des forces de mer de S. M. le roi de Prusse et de S. M. le roi d'Italie se trouveront avoir à agir sur le mérne théâtre d'opérations, elles seront réunies sous le commandement de l'officier qui commandera la force la plus considérable; en cas de forces égales, de celui qui aura le grade le plus élevé dans la hiérarchie militaire.

Art. 6. — Si par suite des événements de la guerre une fraction des troupes de terre de S. M. le roi d'Italie venait à se trouver i telle distance d*une fraction des troupes de S. M. le roi de Prusse qu'il devînt utile d'agir de concert dans un but déterminé, la direction des opérations devra échoir à celui des commandants des troupes alliées qui disposera des plus grandes forces, et en cas de parité de forces, à celui qui aura le grade le plus élevé dans la hiérarchie militaire.

Art. 7. — Les forces de terre ou de merd'une d allit^ea qni se trouveraient avoir à agir surdes c6t< possédés ou occupés temporairement par des foi mer de l'autre puissance recevront un accueil am tés de celte puissance, et il sera poui-vu pour ' soieat accordées à leurs approvisionnements de i

Art. 8. — Les commandants en chef des arni inunic]ueront sans cesse les positions de leurs for

Art. 9.— Les commandants en chef des troupe» niqueront sans cesse toutes les informations, q le cas d'avoir, des mesures militaires, des forces l'ennemi.

Art. 10. — Aucune suspension des hostilité: quatre heures n'aura lieu ni par un accord ta antre raison entre les parties belligérantes jusqu la lierre ne soit atteint. Les généraux en chef i proquement de toutes les communications qu'ils; de l'eonemi ou qu'ils seraient dans lecas de lui; aatre raison.

Art. h. — Leshautespartiescoulractanles s'en| niquer sans retard toutes propositions d'armistice pourraient recevoir de l'ennemi et à n'y donne seotementde leur allié.

Art. 12. — Les hautes parties contractantes ac de l'armée alliée un officier supérieur pourvu réguliers pour conclure et signer, le cas écliéanl militaire supplémentaire ou tout autre acte qui saire pendant ladurée de la guerre. »

Ho:< GÉNftHAL,

u Le comte de Barrai, en vous transmettant le ti rant, vous a sans aucun doute mis au courant d auxquels ont duaoé lieu quelques modiDcationsq marck proposa par ordre du roi.

D'abord, dans les premières lignes du traité, oc les mots -. <' Traité d'alliance offeruke et défenti « Trailé d'alliance et d'amitii; •■. Le comte de Bi le maintien de la rédaction transmise à Florence quelque difficulté, le Président du Conseil linit ps

Les principales modillcalions portent sur l'arti

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Bismarck voulait qu'il fût dit : L'Italie.,, déclarera la guerre à V Autriche et à ses alliés , en supprimant le mot « Allemands ».

Le roi désirait cette modification aQn de ne pas avoir Tair d*entraîner une puissance étrangère dans une guerre contre les Étals^ allemands.

C'était une question de nuances. D'accord avec le comte de BarraK nous refusâmes d'accepter cette modiflcation, même lorsque le comte' de Bismarck nous eût dit qu'il savait que l'Autriche pressait leDanemark de s allier avec elle, mais que jusqu'à présent cette puissaocf s'y refusait. Je répondis an comte de Bismarck que dans ce cas nous nous trouverions en guerre contre tous les alliés de l'Autriche, qu'ils fussent ou non allemands; mais que nous attachions un^^ certaine importance morale à ne pas déclarer la guerre, mais à laisser l'initiative de cette déclaration tant au Danemark qu'aux autres alliés éventuels de l'Autriche. Je pensai aussi que cette modiflcalioD pût, à mon avis, être utile à la France en admettant qu'elle cherche des prétextes pour intervenir.

Alors le comte de Bismarck proposa de dire simplement : Vltalie.., déclarera la guerre à V Autriche,

Je crus que celte modification du texte primitif ne pouvait qu'être avantageuse pour nous et je proposai au comte de Barrai de l'accepter sans faire d'objections. Et c'est ce qui eut lieu.

Par suite de la modification qu'on venait d'apporter au texte primitii et de la nécessité de le remettre au net, on dut remettre la signature à huit heures et demie.

Le comte de Bismarck proposa encore de rédiger et de signer un protocole aux termes duquel les deux parties s'engageaient à garder le secret sur le traité. Il ajouta : « Je n'y tiens pas, mais le protocol»' « peut rassurer le Cabinet de Florence qui craint, à ce qu'on m'écrit, que u nous allions nous présenter avec notre traité à l'Autriche pour obtenir « des concessions et un arrangement. Comme je désire et espère que lux « relations seront durables, il faut qu'il y ait loi et foi. »

Lorsque nous primes congé après avoir signé, le Président du Conseil nous dit que le lendemain la Prusse présenterait à la Diète fédérale la proposition de la réforme du parlement allemand et dusuf* frage universel, proposition qui devait, d'après lui, jeter le Iroohle en Allemagne et peut-être même être la cause de la guerre. II ajouta que lorsqu'il en parla au roi. Sa Majesté lui ayant dit : Mais ce$t ia Révolution que vousme proposez-là « il lui avait répondu : Mais quest-^e que cela doit faire à Votre Majesté, si dans ce naufrage général cllee>t <issise sur un rocher qui ne sera pas envahi par les eaux et où tous ceux qui ne voudront pas périr devront venir chercher leur salut .» »»

Le comte de Barrai lui fît remarquer que tous les États alkmand> rejetteraient cette proposition et lui demanda ce que la Prusse comptait faire dans ce cas. Le Président du Conseil lui répondit qu'il lui resterait alors à se retirer de la Confédération et à prendre le> armes pour faire triompher sa proposition. Mais il n'est pasdifûcile Je

déduire de toutes ces propositions, ou que. le comte de B'u tient à dissimuler ses projets ultérieurs ou qu'il n'est pas bien Oxé lui-même sur ce point, qu'il compte sur son étoile les événements et les occasions qui se présenteront pur la ■■ dont il saura assurément tirer un bon parti.

Comme Votre Excellence le voit, le comte de Bismarck este de mettre ù exécution les plans et projets qu'il m'avait expi cours du premier entretien que j'ai eu avec lui aussitôt apri arrivée, savoir : la réforme fédérale nt&ce à laquelle il espère quèr une perturbation générale, puis la guerre. Les mouvi des troupes autrichiennes sont survenus juste à point pour env< le différend à un tel point que la tension déjà fort grande s' de jour en jour.

La Prusse s'était peut-Ëtre, dans le principe, flattée d'arriver niider l'Autriche et par notre traité et par la menace de la r fédérale. Telle avait été, comme je l'ai marqué à Votre Exe dans ma première lettre, ma première impression, que l't du comte de Barrai, si parfaitement au coaraut des affaire mandes, avait encore corroborée.

Puis vinrent les mouvements des troupes autrichiennes, i ments annoncés avec pompe, peut-être bien dans te but d'ini la Prusse.

Mais les tentatives d'intimidation ont échoué : on a fait du i de part et d'autre et les deux partis s'engagent de plus en plu une voie dans laquelle il ne leur est plus permis de faire m en arrière et d'où ils ne peuvent plus guère sortir que par lagi

D'après tout ce que j'entends dire sur le compte du comte marck, d'après son attitude et ses paroles, il me semble q décidé h la guerre et qu'il espère y amener le roi.

Le comte de Bismarck a dit ces jours derniers à M. Ben

a Voues, fax rétusi à interrompre (es relations intimes qui ex depuis un liicle entre ta maison de Prusse et ia maiton d'Ah j'ai entraîné le roi à faire un traité avec l'Italie ; J'ai réussi à suader à en venir à des arrangements avec la France, quand le : sera venu. Ce sont là trois révolutions que j'ai faites ! Il ne i plus qu'à en faire une quatrième ; c'est d'entraîner la Prusse à h contre l'Autriche — et j'espère y parvenir. En tout cas fai eret un fossé entre la Prusse et l'Autriehf qu'on ne pourra déiormi combler. El même si je devais tomber, si un Ministère libéral de succéder, il ne pourra rien changer à ma politique étrangère, n

Quant à l'Autriche, voici ce que disent ses journaux : n'avons aucune visée ambitieuse sur les Duchés ; nous poi même faire à ce sujet des concessions à la Prusse ; Mais àqu servirait-il si cette puissance laisse voir qu'elle tient à mi confédération germanique sens-dessus, sens-dessous, à la d' et si elle manifeste h tout instant de nouvelles ambitions.

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vaut arrêter la Prusse dès le principe et accepter la guerre sur l'beare même. »

Quelques vieux diplomates me disent qu'il n'y avait pas lieu d« craindre la guerre tant que tout se bornait aune simple querelle entre la Prusse et l'Autriche: mais ces craintes ont pris corps et sont devenues sérieuses du jour où. l'Italie s'est mêlée de l'affaire, ■du jour où on a vu que je renais à Berlin.

Il y a eu ici quelques petits scandales. C'eel d'abord un colonel d'état-major autrichien attaché à la Légation qnl, ayant appris que le Gouvernement prussien avait passé avec un négociant un marché pour quelques milliers de chevaux avant la mise en mouvement des troupes autrichiennes vers la Bohême, est allé chei cet individu et lui a oITert SO louis pour prendre connaissance de ce marché. I^e marchand l'a mis à la porte et a raconté le Tait, ce qui a naturellement fait pas mal jaser.

Deuxième scandale. Le comte Waldersee, fils du gouverneur de Berlin et offlcier prussien, a été envoyé en Bohême pour s'y pit>curer des renseignements. Bien que le comte de Rismarck lui eût défendu de changer de nom, il se Ht délivrer deux passeports sous des noms d'empmnt. Arrêté à Prague, oii l'on fouilla ses papiers, il a été reconduit h la frontière,

Nous avons constaté à la Légation d'Italie que, le 10 mars, on j avait visé un passeport au nom de S..., lieutenant prussien se rendant en Italie avec des dépêches. Pendant les premiers Jours de mon séjour ici, j'ai trouvé dans VOpinione la nouvelle de l'arrivée à Florence du général S..., aide de camp duroide Prusse. Or il n'y a pas de général, pas d'aide de camp du roi qui porle ce nom. lir Pérouse, on m'écrit que dans les premiers jours du mois d'août un général S... se présenta chez le général Daniini qui, ne sachant pas pour quelle raison ce soi-disant général S... était à Pérouse et étant de plus indisposé, refusa de le recevoir. C'esl à propos de ce général S... que j'ai télégraphié h Votre Excellence, te ci-mle de Bismarck m'ayant affirmé qu'à l'exception de Von der Burg, il n'y avait pas un seul oflicier prussien enmission en Italie. J'ai cru devoir vous signaler ces détails parce qu'il pourrait y avoir quelque intrigue là-d«ssouï>. Le comte d'Usedom pourra peut-être dire à Votre Excellence m réellement S... lui a apporté des dépêches.

J'ai reçu le télégramme de Votre Excellence m'enjoignantde rester ici jusqu'à nouvel ordre et m'annonçant des lettres particulières du Ministre de la Guerre. J'attends ces lettres. 11 me semble qu'en raison du bruit qu'a causé ma venue et de l'accueil qui m'a été fait â la cour, il ne serait pas bon de m'y laisser longtemps et que, par exemple, le capitaine Taverna pourrait tenir le gouvernement au courant des choses militaires.

Quant à ce qui est de la convention militaire qu'il y aura peutêtre lieu de conclure plus tard, on pourrait peut-être la discuter et Ja signer à Florence.

Si Votre Excellence en juge autrement, je lui demanderai en tout •cas la permission de m'éloigner pendant quelques jours pour me rendre à Bruxelles ou pour visiter Anvers. Et je reviendrai ici si Votre Excellence le juge nécessaire.

P. S. -— Étant allé chez le comte de Barrai pour lui lire cette lettre, il m'a appris que TAutriche avait envoyé à la Prusse une note 4*jnyitant à désarmer.

La situation n'en est que plus grave, puisque TAutriche se prog[)ose, paralt-il, de ne pas s'en tenir là et d'inviter la confédération à mobiliser et que la Prusse y répondrait alors en armant sur un .grand pied. »

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