PAR M. BERVILLE
FliSIMXT BOIIOIIAIRl A LA COU! fMP^.niALR DB PARIS.
Là, Tie de Jean-Jacques Rousseau offre un double et cariem sujet d'étude : Thomme et l'écrivain, sa destinée et ses ouvrages , son caractère et son génie. Quelle existence étrange! Dans la maturité de Tâge, un homme dont TenfaDce fut errante et la jeunesse obscure se rérèle tout à coup au monde et à lui-même, et presque da premier pas s'élète aux hauts sommets de l'éloquence. Durant quelques années il étonne son siècle , fl passionne les âmes , il agite puissamment les intelligences. Puis, au sein de ses triomphes , sa raison sTégare ; il Toil Tunivers conjuré contre lui ; il rompt avec les hommes , pour lesquels il se croit un objet dliorrenr, erre d'asyle en asyle , et meurt, seul sur la terret maudissant sa gloire et doutant de la postérité. Qael spectacle I que de grandeur et que de misère !
Si ces contrastes ont fourni matière aux jugements les plus divers sur sa personne , nous ne les trouvons pas moins divers sur ses écrits et sur l'influence qu'ils
ont exercée Là Tenthousiasme » ici la réprobatioi: pour eux, point de milieu; l'apotliéose oo ranathène. Pour J.-J. Rousseau comme pour Yoilaire; oob avons cliercbé consciencieusement la vérité. De beaicoup de lectures nous avons extrait peo de pages, mais ce sont des pages sincères.
J.-J. Rousseau naquît à Genève le 28 juin 1711 Son père , simple horloger , descendait d'ane faoffle française que les guerres de religion avaient déterminée à s'expatrier. Jean-Jacques perdit sa mère a naissant; unej^ tante maternelle prit soin de ses p^^ mièros années. La fuite d'un frère aîné le laissa bientât (ils unique. Dès Tenfancc, la lecture de Platarqae, celle des romans de chevalerie donnèrent un tour poétique à son imagination naturellement ardente. Poortant liiei des années s'écoulèrent avant que cette exallatiOB devint du talenL La première moitié de sa vie se paitt dans une profonde obscurité. Son éducation comoMBçait à peine lorsque les suites d'une aflTaire d'honneur contraignirent son père à quitter Genève, f^aissé au soins d'un oncle, il fut mis en apprentissage ches od graveur, homme vulgaire et dur, qui le maltraita. 11 s'enfuit, erra quelque temps autour de Genô?e, et fut recueilli par la baronne de Warens , jeune et gracieuse femme nouvellement convertie au catholicisme. Envoyé par elle à Turin , à l'hospice des catéchumènes « il y abjura le protestantisme , servit comme domestique dans quelques grandes maisons, puis revint à fd""*. de Warens, qui lui permit de rester près d'elle et s'efforça de lui procurer un étau II en