‹ Mémoires. 2Chapitre 25 sur 99 · SUR M. CHAUVIN · texte numérisé non relu

SUR M. CHAUVIN

lier. Sa fronde pennée , distique et stuposo-flbreuse inférieoremeniy lie intimement entre eux les genres Sphœtlaria et Ectoearpus (1).

La cinquième dissertation fait connaître la place qu'occupent les organes de la fructification dans les iMmifêoires et particulièrement dans le Laminaria bulbasa. Les spores de ces géants de Talgologie sont d'une exiguïté telle que c'est , depuis quelques années seulement, que Ton a pris une connaissance exacte de leur structure , de leur disposition et de leur rôle physiologique. Contrairement à Toplnion de M. Decaisne, qui annonce avoir trouvé , dans les spores du Laminaria bulàosa • des différences propres à autoriser la création d'un nouveau genre qu'il appelle Haliyenia , Cliauvln croit être fondé à établir le fait de Tideutité la plus satisfaisante entre les appareils reproducteurs des diverses Laminaires, La longueur proportionnelle des lllaaeDts entremêlés avec les spores, de même que les légères modifications de ces dernières, constituent des différences qu'il convient de mettre sur le compte de l'Age et de Tidlosyncrasie (2).

La sixième dissertation contient des recherches analytiques sur la structure intime et sur l'appareil rc-

(i) i. Agardii , dans son Species Alyarum , Ta conservé parmi Icf B€to€arfm§. KuUing en a fait le genre Titopteris qui se compose teoleoient du TilopterU Meriemiù

(S) Opemlant Popinion de M. Decaisne a prévalu. Seulement le nom de Saeeorhiza , employé par M. de La Pylaie , dans sa Flore †Terr€'Neuv€, a été adopté comme étant plus ancien que celui de Hnligenia,

producteur du Chœtospora Wigghii[\), L'organisation de cette Hydrophyte, Tune des plus rares de nos côtes, était restée méconnue jusqu'alors 9 ou n'avait été que très-confusément indiquée. Sa fructiflcatlon était à peu près entièrement ignorée. Les figures qu'en avaient données les meilleurs botanistes étaient extrèinement Incomplètes. Une analyse exacte de cette Algue, si curieuse, offrait donc un vîf intérêt. Les détails dans lesquels est entré Chauvin ne laissent rien à désirer. Il pense qu'elle peut être rangée dans la famille des Crypionémces , avec laquelle elle a des affinités assez nombreuses, ainsi que l'ont fait MM. G. Agardh et Decaisne , quoiqu'elle manque du caractère essentiel à ce g^roupe, c'est-à-dire de spiiérospores ou tétraspores (2).

U Essai (Vune répartition (les Polypiers caUifère$ de LamourouXf dans la classe des Algues^ forme la dernière partie de la thèse de Chauvin. Ce travail a pour but de reporter dans le règne végétal beaucoup de productions regardées comme appartenant au règne animal (3). 11 est vrai que, dans les Polypiers ealcifèret^ l'existence des animalcules, auxquels on attribuait

(I) Le genre Naccaria , proposé par Endiicher, a été substitué à celui de Chœtospora , ce dernier appartenant déjà à la lliniille des Cypéracée»,

(3) M. J. Agardli Ta placée dans sa fiiiBiUe des Wran^eUttcm , voisine des Chondricœ, qui ne comprend que les genrea Wramffttia et Naccaria,

(3) M. Decaisne a publié sur les Corallines ou Polypiers caldfères un mémoire fort curieux , mais dont Chau? in n*a pu profiter» le sien étanl terminé lorsque le premier parut.

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leur formation, n'avait pas été constatée; mais les incnistations pierreuses, dont ils sont généralement recouverts, leur donnant une sorte de ressemblance avecles véritables Polypiers, on s*était cru autorisé, par cette similitude , à les grouper avec ces derniers. On connaît maintenant beaucoup de végétaux dont la texture est cachée par les matières minérales dont ils sont plus ou moins revêtus. Cette écorce n'eA pas d'ailleurs un caractère commun à toutes les CaraUinées. Il parait aussi qu'en général, elles ne sont pas également encroûtées à toutes les périodes de leur existence.

Aucune incertitude ne peut plus exister désormais au sujet de leur nature végétale , puisque la fructification a été constatée dans la majeure partie des espèces. On trouve à les caser très-méthodiquement an sehi même des groupes déjh établis, ou dans un voisinage très-rapproché. Chauvin en fait la répartition et indique, d'après les collections de Lamouroux (les seules qu'il eût à sa disposition), la place que doivent occuper les différents genres et les espèces dont ib sont formés.

Cette classification est suivie de vingt-une propositions zoologiquos, relatives à la prétendue animalité des Polypiers ealcifires de Lamouroux.

J'ai cru à propos d'analyser brièvement l'ouvrage de Chauvin, pour donner une idée de son étendue et de son importance. Ce n'est point \h une thèse ordinaire , composée uniquement dans le but de faire obtenir à son auteur le grade qu'il désire ; c'est un recueil d'observations faites avec un talent consciencieux ; de dé-

couvertes précieuses ; d'aperçus nouveaux qui Jettent te plus grand jour sur la matière ; de raisonnements ne permettant pas le moindre doute sur les conclusions qui en découlent. Aussi a-t-il assigné à Chauvin une place distinguéeparmi les plus savants algologues.

Je ne puis résister au désir de laisser Chauvin raconter lui-même comment il soutint sa thèse. Ce petit récit, tout intime, donne la plus juste idée de son caractère et de son esprit. Voici ce qu'il m'écrivait le 27 Janvier 18i!i3:

« Puisque tu veux des nouvelles de la thèse et du souteneur, je vais t'en donner. J'eus assez d'embarras pour réunir le nombre d'examinateurs déterminé . les uns étant absents de Paris ( MM. Auguste Saint-HIlaire • de Jussieu, Edwards, etc.), les autres n'étant pas très-empressés d'éplucher un sujet qui ne leur était guère familier et pour lequel il leur eût été nécessaire de faire quelques recherches préparatoires, la (k>mmission se trouva donc composée de MM. de Mirbel» Ad. Brongniart et Delafosse. Le président, M. de Mirbel , ouvrit l'attaque en me complimentant sur le choix et la rédaction de ma thèse , ajoutant anssîtét qu'il ne doutait pas de mon savoir algologique , mais qu'il allait être question de toute autre chose. Aalaot en firent les deux autres juges , à l'exception de M. Brongniart cependant, qui m'adressa quelques argumentations relatives à la double fructification des Algues. Après une heure et demie de colloque , dent il me fallut dépenser la majeure partie en expositions» explications botaniques et géologiques, M. de Mirbel nie félicita avec bienveillance sur la manière dont

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j'avab répondu^ et il proposa à ses collègues de délibérer sans désemparer , ce qui est contre r usage , à ce qu'il parait , car les autres suflTragants en ayant fait Tob • senratton^ces Messieurs passèrent dans un appartement TOisiDv d'où ils revinrent après une minute ou deux : c Gomme tous le voyez, dit alors M. de Mirbcl* ladélit bération n'a pas été longue ; la Commission est d'avis c que vous êtes très-digne du grade de docteur. » Et mol de me sauver , après une révérence y comme un criminel trop heureux d'avoir éctiappé aux griffes de la Justice, fin réalité, je fus heureux au-del^ de mon attente. Le sort voulut que je ne fusse pris au dépourvu sur aucune des interpellations qui me furent adressées ; et cela aurait dû arriver , puisque l*on m'avait tenu constamment sur un terrain autre que celui que je m'étais choisi Je fus précis et lucide; c'est du moins ce que m'assurèrent quelques personnes de l'auditoire, et je me prends parfois à en douter , tant je comptais peu smr on aussi honnête résultat. Je ne connais véritablement personne qui subisse comme moi une annihilation aussi complète , quand la perturbation intellectoelle intervient »

Dégagé désormais des préoccupations qui le tourmeataient depuis quelques années, Chauvin apporta plus de sollicitude que jamais aux cours qu'il professait Il se familiarisa complètement avec la géologie , à laqoelie il demanda les secrets d'une flore enfouie, depuis des milliers de siècles , dans les entrailles de la terre, mais qui ofiTre à l'œil étonné des spécimens si bien conservés, que l'on peut parfois étudier, prèsqu'aussi facilement que dans un herbier , les plantes

extraordinaires dont se compose une végétation si différente de la nôtre.

L'arrivée des collections botaniques de Domontd'Urville, au cabinet d'histoire naturelle de Gaen, occasionna une besogne longue et difficile à son conservateur. A Texceptîon des espèces recueillies par le célèbre navigateur dans l'archipel de la Grèce, sur les bords de la mer Noire et aux ties Malouines » tout le reste était dans le plus grand désordre , sans noms , sans classification. Chaque paquet représentait seulement les herborisations d'une localité. Les échantillons avaient été détériorés par les insectes et par l'humidité; leur préparation laissait souvent beaucoup à désirer. Il fallait obvier au mal le plus promptement possible pour que ce précieux herbier, qui s'élevait de 5 à 6,000 plantes, ne fût pas perdu pour la science, il reçut lessoins qu'il demandait et qu'il méritait si bien , et maintenant il figure au nombre des choses les plus rares que possède le Muséum.

Là, s'arrêtent les travaux botaniques de Chauvin, dont le public ait eu connaissance. Plusieurs autres demeurent inédits , faute d'avoir pu être achevés au gré de ses désirs , entre autres , son Species des Hydrophytes normandes qu'il retouchait sans cesse. L'impulsion, à laquelle il avait si puissamment contribué » loin de se ralentir , semblait acquérir encore de nou-velles forces. La lumière jaillissait de tous les cOtés à la fois , toujours plus vive et plus brillante; des mains aussi habiles que hardies écartaient tous les voiles dont s'enveloppe la nature , et que l'on n'avait fait que soulever auparavant ; des mondes nouveaux apparais-

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saieDt, composés de milliers d'êtres microscopiques, aox formes les plus variées ^ les plus élégantes et les plus biiarres (1). Une sorte d'effervescence algologlqne régnait dans le monde savant. Harvey , Booker^ TliwaiteB, RalCs, Hassall , en Angleterre; J. Agardh, Aresdiougy en Suède ; Kutzing , Sonder , de Martens^ en Allemagne ; Al. Braun , Naègeli , en Suisse ; Ruprecht, en Russie ; Meneghini , Zanardini , de Notaris, Trévisan , en Italie ; Bailey aux États-Unis d'Amérique ; Thurel » les deux frères Crouan ^ de Brébisson 9 Montagne , Solier , Derbès , en France ; Van den Bosch , en Hollande , publiaient à l'envi les uns des autres , les résultats de leurs découvertes.

ChauviD suivait d'un œil attentif cette joute à armes courtoises , dont il s'était momentanément retiré y mais dans laquelle il comptait bien reparaître. Il s'entourait des meilleurs livres et des plantes les pliB rares. Ses propres observations venaient s'ajouter incessamment à celles de ses rivaux de gloire. Tout lui présageait un nouveau triomphe ; mais une mort prématurée le loi a ravi.

Le discours qu'il prononça , le 16 novembre 1846, à la séance solennelle de rentrée des Facultés ne fut pas moins applaudi pour la forme que pour le fonds. Il est imposable, en effet, de mieux apprécier les sciences et d'en parler en meilleurs termes. C'est que Chauvin réonlsBalt à une immense érudition scientifique des comiafesances littéraires aussi étendues que variées.

(4) Lei Diatoméeê et les Desmidiée», qui formenl à présent d*iin-

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Ayant appris de boone heure lltalieDy l'espagnol el l'anglais, les cheCs-d'ceuvre, écrits dans ces langues* ne lui étaient pas moins familiers que ceux des auteurs grecs» latins et français. Formé à cette excellente école, son goût , qui le portait vers toutes les belles choses , avait acquis une sûreté et une délicatesse- extraordinaires. Aussi son style ne charme-t-il pas moîBs par sa pureté que par son élégance. Parées de cette brillante enveloppe , ses pensées , toujours justes et ingénieuses, séduisent et captivent complètement le lecteur.

Toutes ces qualités. Chauvin les a prodiguées dans sa Notice biographique sur M"*» Liénard, Il a prouvé par cette œuvre , purement littéraire , qu*U avait un double titre pour faire partie «de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen, qui s'était empressée de l'admettre parmi ses membres.

Si le style est l'homme , comme on Ta dit avec tant de vérité , tout ce qu'a écrit Chauvin ne peut maequer de donner de lui l'opinion la plus favorable. Mais sa correspondance surtout , s'il était permis d'en révéler les secrets , le montrerait véritablement Id qu'il était C'est dans ces confidences intimes que Ton pourrait juger son cœur si bon , si sensible , si aimant ; son esprit si vif ; son caractère si droit, si loyal, que froissaient d'autant plus les mauvab procédés, dont il a eu quelquefois «'i se plaindre , qu'il était Incapable de se rendre coupable de semblables torts envers les autres; cette galté si vraie, si expanslve* que n'aurait pas laissé soupçonner l'air froid eC sérieux qu'il apportait souvent dans le monde , et à laquelle

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