SIR M. CHAUVIN
il fallait le sein d'un ami pour s'épancber sans contrainte; tout cet ensemble enfin des qualités les plus aimables et les plus précieuses dont la nature s'était plo à le douer.
Tel il se montrait encore à son foyer domestique « oà l'attendaient sans cesse toutes les joies de la famille Heureux père , heureux époux , il trouvait dans les objets de sa plus tendre affection , des auxiliaires aussi lélés qu'intelligents , toujours prêts à le seconder dans ses travaux. Leur concours lui permettait de recueillir abondamment toutes les plantes rares qu'il rencontrait, sans avoir l'inquiétude qu'elles ne pussent loi servir faute d'être préparées en temps utile.
La santé de Chauvin , sans être robuste , n'avait ja mais été altérée par aucune de ces maladies redoutables <iul attaquent les sources de la vie et dont il reste toujrarscpwlqaes traces. Avec les ménagements qu'il prenait poor la maintenir , et ses habitudes sobres et réglées 9 l'on devait espérer qu'elle le conduirait à un âge arancé. Cependant, depuis plusieurs années, H ne pouvait se défendre de tristes pressentiments. Étaient-ce les premiers symptômes de l'afTection organique du cœor , à laquelle il a succombé , qui commençaient à se manifester 7
Bb m'accosant réception de mon testament , que je Tavais chargé de remettre au Recteur de l'Académie de Caen, il m'écrivait » le 12 juin 1851 : t L'honneur que (a as bien voulq me faire de me nommer exécutaor testamentaire , et les dispositions libérales faites en ma faveur (1) ; tout cela excite bien ma reconnais-
(i) Il t'aifiSMit des doubles de mon herbier, parmi lesquels je le priab de choisir tout ce qui pourmit lui faire plaisir.
362 NOTICE BIOGRAPHIQIK
sance ; mais je me dépêche d'en jouir dans le présent , par défiance bien légitime de l'avenir. »
Plus tard , il m'écrivait encore : « Il m*arrive sonvent , en feuilletant mon herbier , de songer au temps ou d'autres mains en feront usage , et j'en éprouve de la tristesse. Hier je lisais^ daas le Hooker*s Journal of Boiany, l'annonce de la vente des riches herbiers d'Achille Richard, t Son fils » disait-on dans cet ar- « ticle y est dans Tintention de faire un long voyage « en Amérique , et » avant de partir » il a résolu de • monétiser les belles collections du père. • Pourtant ce fils est botaniste lui-même..... Y a-t-il dans cet acte de dessaisissement quelque raison impérieuse que j'ignore? C«ela se pourrait bien, et alors, au lien de censurer le jeune homme » il a droit à notre commisération. La détermination que tu as prise de monnroentaliser, par don posthume, ton magnifique her* hier , est bien la résolution la plus digne et la plus satisfaisante pour le cœur du propriétaire. Je ne manquerai certes point de suivre un exemple que j*aî si fort approuvé , et je ne tarderai plus à réaliser cette pensée. • Il l'a réalisée, en eOet, mais pourquoi fout*ll que cela dût avoir lien sitôt!
Ses filles n'étaient plus près de luL Au bonheur de les voir mariées selon ses désirs, il n'avait pu Joindre celai de ne pas être privé de leur présence. ObUgées toutes deux de suivre leurs maris dans les villes éloignées où ceux-ci occupent des places honorables , la solitude, qui s'éiait faite dans la maison paternelle remplissait son âme de tristesse.
Cette mélancolie ne pouvait que hâter les progrès
SUR 11. CHAITIN. 3^3
da mal qui le oiinait sourdement sans qu'aucun accident eût encore fait soupçonner sa présence. 11 se révéla tout d'un coup, au mois de juin 1858, et prit dès l'abord un caractère alarmant; mais il parut céder aux moyens qui furent employés pour le combattre. Chauvin avait même essayé de faire quelques leçons de son cours d'hiver. Il retomba , et cette fois pour ne plus se relever. Il le sentit si bien lui-même qu'il ne perdit pas de temps pour exprimer ses dernières volontés. Tout fut réglé par lui avec autant de calme que de courage. 11 donna son herbier au cabinet d'histoire naturelle de Gaen , où sa place est marquée à côté de ceux de Lamouroux et de Dumom-d'Unrille. Ennemi jusqu'à la fin de tout ce qui ponvall ressembler à de l'ostentation, il prescrivit qu'aucun discours ne fût prononcé sur sa tombe , et désigna l'ami qu'il chargeait du soin de faire sa biographie.
Jetons un voile sur le spectacle déclûrant d'une agonie que la science n'a pu que prolonger , sans pouvoir même l'adoucir , quoique secondée par tout le dévouement que peuvent inspirer la tendresse conjugale et Tamour filial. Laissons dans l'ombre cette couche funèbre où gémit encore, mais ne vit déjà plus, i*objet d'une si profonde douleur.
Chauvin acheva de mourir le 5 février 1859 , après plus de deux mois de soufi'rances. Un immense cortège suivit jusqu'à sa dernière demeure le savant , l'ami y l'homme de bien. Si , pour se conformer à sa dernière volonté, aucune voix ne s'est élevée alors pour faire son éloge « le respectueux recueillement
3ll6 NOTICE BIOGRAPHIQUE SDR If. CBAUVIN.
qui régnait parmi les assIslantSy les larmes sincères qui ont coalé pendant que la tombe se refermait pour toujours, en disaient plus que les paroles les plus éloquentes.
Il était officier de TUniversité , membre titulaire de toutes les Sociétés scientifiques et littéraires de la ville de Gaen; trésorier de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres; membre correspondant de la Société Wemerienne d'Edimbourg: , de la Société physiographique de Lund, de la Société impériale des sciences naturelles de Cherbourg» etc.« etc. Ainsi tous les rêves du jeune bomme s'étaient réalisés: il ne lui a manqué que de jouir, pendant de longues années « de la position honorable qu'il s'était acquise et dont il lui eût été permis d'être fier , puisqu'il ne la devait qu'à son seul mérite.
ET
Par ■. «ANDAB ,
Memfate de TAcidëmM.