L'ÉCOLE ROMAINE
Il û'élalt point aiifssi facile d'aller de Taris îi Aoiue que des Andelys et de Villers à Paris. Poussiu mit dix ans & mûrir son projet» à Taccomplir. Dans Fintervallc, à boal de patience. Il partit deux fois. La première , ayant, dit-on, poussé jusqu'à Florence, il aurait été néanmolDS forcé de revenir sur ses pas. L^ seconde , il ne pot dépasser Lyon. Forcé de satisfaire aux exigences d'un marchand qui l'avait rejoint sur la route âfec on arrêt en lionne forme, il lui restait un écu. • Prends encore celui-là » dit-il gaimeul à la fortune, et le dernier écu paya le repas du soir. Mais le repas avait été joyeux. C'était une équipée que Poussin vieilli se plaisait à raconter (1). Cet homme, dont les mcears étalent aussi austères que sou génie, se rappelait volontiers qu'il avait eu , comme les autres , ses jours de galté bruyante et de jeunesse.
Cest sur ces entrefaites qu'il fit à Paris la connaissance dn cavalier Marin , le bel-esprit à la mode ,
(1) • Al quai propo&Uo ruocoutuva Nicoiù... » (Beiiuii). Félibicii, Ir4»p graie pour reproduire raiiecdoU', y sul>stituc celle jibiabc liADiile il vague : * Il y trouva cucorc de nouveaux obiituUs, •
fiOU LES ANDELYS
dont le poème mythologique sur Adonis passait pour une des merveilles du siècle. Mariuo , malgré tous les hommages qui lui étaieot prodigués par la Cour et par la ville, se sentait dépaysé à Paris ; sa santé ne s'accommodait point des rigueurs du climat; tout était supplice pour son goût, plus raffiné encore que le goût des lecteurs de VAstrée^ pour ses oreilles, bercées par la plus douce des langues humaines , pour ses yeux, accoutumés aux splendeurs de Rome et à son soleil. Marino vit des taJ^leaux de Poussin et voulut le connaître : il retrouvait donc sur cette terre ingrate un homme à qui le ciel n'avait pas refusé ie talent de la peinture, doué d'un génie assez heureux pour comprendre les chefs-d'œuvre que si peu de gens comprenaient en France, digne de reproduire par le dessin ses plus belles descriptions poétiques. On sait que Poussin venait travailler dans la chambre du malade, auprès de son lit ; qu'il fit à cette époque une suite de compositions dont les sujets étaient tirés de V Adonis 9 et que plus tard encore, à plusieurs reprises, il se souvint et s'Inspira de ce poème. Ainsi, quelle que fût d'ailleurs la diversité de leurs génies, Marino doit être compté parmi les maîtres de Poussin. On croira sans peine que leurs entretiens ravivèrent dans l'Ame du jeune peintre le désir passionné qui le tourmentait depuis dix ans. Quel en pouvait être lesoiJet habituel, sinon le contraste de cette France, encore à demi barbare aux yeux d'un Italien de la décadence , si dénuée de belles choses, plus dépouvue de gens capables de les sentir, avec un pays où le goût des arts était le goût de tout le monde, où les plus beaux
Siècles de TaoUqnité, de la Renaissance, ainsi que la nalare elle-même, proposaient à Teuvi de dignes objets à l'admiration?
11 lear tardait à tous deux de gagner Theureux séjour qu'ils ne cessaient de voir , l'un dans ses sou- TcnirSy l'autre dans ses rêves. Poussin , que Marino voulait emmener, fut retenu pendant quelques semaines par un tableau qu'il avait promis à la Corporation des Orfèvres. Dès qu'il fut libre, il partit à son tour. Cette fois, ii devait aller jusqu'au bout. En i62/i, il entrait enûn à Rome avec le printemps et les derniers mois de sa trentième année.
A Rome, comme h Paris, de grandes déceptions l'attendaient. Marino, qu'il avait rejoint, ne tarda pas à le quitter, et, à peine arrivé à Naples, il mourut. Le cardinal Barberini, auquel Marino l'avait présenté, parti! presque aussitôt pour remplir des ambassades en France , en Espagne. Resté sans appui , étranger, toul-à-fait obscur. Poussin connut de nouveau les privations: heureux, dans sa détresse, de trouver à vendre deux Batailles pour sept écus ctiacune (1), et pour liuit livres tournois un Prophète dont il voyait payer quatre écDsnne^mpie copie (2). Plusieurs années s'écoulèrent adnsLLa santé l'ayant trahi par surcroît, ii vit de si près la misère qu'il fut réduit à implorer des secours. • Je
(1) « Secomio egli stesso nel rivederle ci riferk » (Bellori). (S) « Il a coolé luî-méme asseï de fois... • (Félibien).
hOÙ LES ANDELYS
suis 9 écrit-il , malade la plupart du temps, et je n'ai aucun revenu pour vivre que le travail de mes mains. » H est vrai que le commandeur Gassiano del Poizo auquel il s'adresse , accueillera sa demande: il le sait bien ; mais, avec une âme délicate et fière • rien ne coûte plus que de demander encore à ceux dont on a déjà beaucoup reçu.
Poussin ne se laissa pas abattre ; il eut sans nul doole des jours de tristesse» des heures d'inquiétude , sinon d'angoisses ; mais j'aflQrmerais que les contrariétés les plus vives des premières années de son séjoor à Rome ne lui inspirèrent jamais aucun regret de la résolution qu'il avait prise > et que son esprit demeura fermé à toute pensée de retour. L'étude remplissait sa vie. Il étudiait avec la même ardeur toutes les parties de son art : la géométrie « la perspecttre , Tanatomie, dans les amphithéâtres, le nu dans les ateliers; il dessinait et modelait d'après l'antique avec Du Qucsnoy. Un commerce assidu avee les mat* très afTcrmissait ses idées, éveillait son émiilalkNi; toutes ces joies de la contemplation et du travail l'aidaient à oublier ses autres peines.
Elles curent un terme, et son Lilent triompha peu à peu de l'indiiïérence et des injustices de l'oplnioii. Dès que Poussin fut maître de l'avenir, il mit ses soins â le régler. Chacun de ses actes manifeste le dessein arrêté de vivre à Rome et de s'attacher à ce paya d'adoption par des liens plus étroits. Il parlait et il écrivait déjà la langue du pays comme une seconde langue* maternelle. A la suite d*une aventure qui avait misses jours en péril, il en avait adopté le
ET KIGOr.AS porssiN. 607
coslumc (i ). Le 9 août 1630^ il se maria ( 2 ). On sait comment : nne jeune fille de dix-huit ans^ Anne- Marie Dugliet, avait aidé son père et sa mère h soigner durant une maladie ce voisin qui n'avait pas de famille à Rome. Poussin , dès qu'il eut cessé de craindre la misère, l'épousa par affection' et par reconnaissance. Le beau-père de Poussin , Jacques Dughct, était Parisien; mais, établi à Rome depuis de longues années, il s'était probablement marié dans cette ville, et ses enfants y avaient vu le jour. Comme le registre des mariages et le registre des décès en font foi. Poussin prenait donc pour femme une Romaine ; ses beaax-frères,Gaspard et Jean Dughet,seraient Romains au même titre devant l'état civil ; et il est plus que probable , à en juger par une lettre de Jean Dughet, écrite eo italien , quoiqu'il l'adresse en France, qu'on parlait habituellement italien dans la famille nouvelle que Poussin avait adoptée.
Par son mariage avec une femme qui lui avait déjà donné des gages de son dévouement. Poussin assurait le bonheur de sa vie. Anne-Marie Dughet vécut modeste et paisible à son foyer, comme les Romaines
(t) Pmaeri. .
(9) M. BoQdiitté(p. 5â.)lixc au ib octobre 1629 la date du iri»fc. Noos empruntons celle du 9 août 1090 aux Vocumenti réUrtifêà Nicolas Poussin, publiés par M. H. Lemonnier dans VAtt^ mwtne de la Société phitotcclnnqvc , année 1858, t. XX. M. LeoMNiDier la donne lui-mùme d'apri^s une note transmise en 1805 por le curé Brexzi, comme un extrait du registre des mariages de la parmsse de SL-Laurent in Lucina, J'espère que M. de Cliennetièrcs ilans son édition des Lettres de /Wsjm^ tranchera In qucftion en publiant le texte mOme de la piiVc auliicnliqur.
408 LES ANDELTS
d'autrefois, partageant ses goûts pour la simplicité, pour la solitude , ne troubladt pas elle-même et ne laissant pas troubler le recueillement des longues journées qu'il consacrait au travail , lui prodiguant dès soins que réclamait une santé presque toujours chancelante , et dont Poussin ne savait plus se passer. Eloigné d'elle durant son séjour en France, il supporta difllcilement la séparation, s'alarmant, parmi tous ses ennuis , de la plus légère indisposition de sa chère femme; et, parti pour aller la chercher, il demeura près d'elle , sans la plus quitter, pendant vingt ans. Née dix-huit ans après lui (1), elle devait, selon les lois de la nature , lui survivre : elle mourut la première. Tout un mois s'était écoulé, lorsque Poussin, secouant la torpeur où cette perte l'avait plongé, écrivit k de Ghantelou. Sa main tremblait Illuifallait^disait-tl» huit jours pour écrire une méchante lettre, tpe^àt peu, deux ou trois lignes à la fois, et le morcean IkM'. bouche.» 11 commençait ainsi: • Monsieur, It ym$^ . prie de ne pas vous étonner s'il y a tant de temps que j'ai eu l'honneur de vous donner de mes nouveUeSi Quand vous connaîtrez la cause de mon silence, ^9^, seulement vous m'excuserez, mais vous aures coBi|mrr sion de mes misères. Après avoir, pendant neuf nMk, . gardé dans son lit ma bonne femme, malade 4'i|iif^:' toux et d'une Oèvre ^^mtV, qui l'ont consumée Jihk, qu'aux os, je viens de la perdre. Quand j'avais le pli|i^ . besoin de son secours, sa mort me laisse seul, chargé
(i) L'acte de déci» porte qu*ellc mourut le 16 octobre 1604, à Tdge de 52 an».
d'années, plein dlnfirmités de tontes sortes, étranger et sans amis, car en cette ville il ne s*en trouve point. Voilà l'état auquel je suis réduit: vous pouvez vous imaginer combien il est affligeant On me préciie la patience, qui est, dit-on, le remède à tous maux ; je la prends, eoame nne médecine qui ne coûte guère, mais aussi qui ne me guérit de rien. - Le remède à ses maux, c'était la mort : Dieu lui fit grâce, et il s'éteignit au bOBt d'une année, le 19 novembre 1665. Quel cri de détresse que cette lettre , et quel hommage rendu à cette bonne femme, que Poussin avait vu mourir, après ravoir gardée neuf mois dans son lit , et sans laquelle il sentait qu'il ne pouvait plus vivre 1
'Best senl, dit-il, et sans amis. Ces exagérations soiit'*perriiises à une douleur telle que la sienne, t Je tiV plus de fils, * disait Priam à ses fils, après la^mMt dé celui qu'il avait le plus aimé, i Rien ne m<ésf ' j^lM , pins ne m'est rien ■ , s'écriait une veuve InMMolible, oubliant qu'elle était mère. Poussin perdait rdÉ|8t'>ip ses plus chères affections; mais une perte si iéittlMfe ne le condamnait pas à mourir abandonné. Geti6^%oi6Éii d'ailleurs si heureuse, ne lui avait pas doMfi'Wêtifiants; aucune des affections de la famille nelif''fit eependant défaut Anne-Marie Dughet avait mUniMur^et trois frères. Poussin, dans son testament n'ottfeUé ni sa belle-sœur Jeanne, ni aucun des qiiMi% ^enfants qu'elle avait eus d'un Italien nommé GheWMto ; à Barbe Gherabito , comme à une nièce préférée, il lègue sa maison avec tous les meubles et tous les ustensiles de ménage qu'elle contient. Des trois frères de sa femme, l'un, nommé Louis, ne nous
^10 î£S ANDFXY*?
est connu que par un leg^s de huit cents écns que Poussin lui fit; Gaspard est célèbre; Jean mériterait de Tétre. Comme ils avaient dix-neuf et vingt ans de moins que Poussin , celui-ci put les regarder comme ses fils. La voix publique ne s'y est pas trompée: lorsque Gaspard conquit à son tour la gloire, elle ne consacra cette gloire qu'en unissant pour toujours d'une manière touchante le nom du maître à celui de relève, comme au nom d'un fils celui de son père : devant la postérité, leGuaspre s'appelle Gaspard Poussin.
On cherche vainement, j'ai regret de le dire, les traces certaines d'une affection filiale dans les rapports de Gaspard avec Poussin. L'illustre peintre de paysage figure avec plus d'honneur dans l'histoire de la peinture que dans le simple récit de la vie de son beau-frère: il ne raccompagne pas à Paris ; le témoignage des contemporains ne lui fait pas la place que nous aurions voulu dans ce cortège de disciples et d'admirateurs qol se pressaient autour du maître lorsqu'il se promenait sur le Pincio ; et, par une singularité fâcheuse, de tons les Dughet, Gaspard est le seul que ^expression des volontés dernières de Poussin ne désigne pas. La seule fois qs'il en ait fait mention dans ses lettres (si toutefois c'est bien de lui qu'il veut parler) , il ne le fait que pour s'excuser, auprès de M. de Ghantelou, d'une Impertinente réquisition de son « fou de beau-frère *. Il n'avait pas consulté Poussin, « étant sa coutume de faire toutes choses assez témérairement et sans conseiL.» Je vous supplie d'excuser l'ignorance de ce pauvre garçon : la peur que lui et beaucoup d'autres ont des armes des Français est telle que si elles venaient à paraître ici près.
ET NICOLAS POISSIN. /i11
on trouverait sans doute beaucoup de morts sans blessures. B Un pauvre fou sans courage : voilà, sous une forme plaisante, un Jugement sévère. A tout prendre, il est vraisemblable que Gaspard ne se montrait pas jaloux de témoigner la reconnaissance et les égards qu'il devait à son beau-frèr. ; on croit entrevoir ici l'indiscrète impatience d'un pupille qui veut sortir de tutelle. La tradition aurait été deux fois juste, si, en le nommant comme elle l'a fait, elle avait réparé les torts d'un ingrat Jean Dughet est presque ignoré : graveur, et non peintre , il n'a point laissé d'œuvres originales. Si son nom, d'ailleurs plus obscur que celui de Gaspard, ne Dont est parvenu de même qu* associé à un nom illustre pour loi ce ne fut pas une déception ; il l'avait voulu ainsi, et ne parait pas avoir connu d'autre ambition que celle de vivre auprès de Poussin , comme un frère, comsie on fils, comme un fidèle serviteur. Gaspard fut OQ voulut être le rival de son maître ; Jean n'était que •on interprète ; il mettait ses soins à reproduire exactement, sous ses yeux , d'après ses conseils, quelquesuns de ses meilleurs ouvrages. Lorsque Poussin dut quitter Rome , il le suivit en France , chargé sans doute avec une inquiète sollicitude de tenir auprès de lui la place de sa soeur absente. Poussin envoie à M. de Cbantelon les dvilltés respectueuses de sa compagnie , de sa brigade, et avant tout celles < de son frère ». L'afiection qu'il témoigne esit payée de retour. Rentré à Rome et sollicité de revenir en France, Poussin s'excuse sur la santé de sa femme, sur la santé de sou beau-frère Jean, réunissant ainsi, par une rencontre que j'aime à signaler, ce frère et cette sœur qui vécurent sans doute
étroitemenl unis^ et qui rivalisaient de dévouement pour sa personne. Ce dévouement de Jean Dugbet ne se sera jamais démenti; car on le retrouve sur le testament de Poussin comme un de ses principaux légataires et Tun des deux exécuteurs de ses volontés, titres qi^ ajoutent à un témoignage d'affection un témoignage de conflauce , et qui prouvent que, depuis le mariage de Poussin jusqu'à sa mort , à Rome comme à Paris, Jean Dughet était l'bôte assidu, ou, pour mieux dire, l'enfant de la maison. Aussi voit-on, dans la suite, ceux qui voudraient savoir si Poussin a laissé des écrits sur son art, ceux qui désirent mieux connaître son œuvre et sa personne, s'adresser d'un commun accord à Jean Dugbet , comme au confident de sa pensée, comme à un sûr témoin de toute sa vie.
Si Ton en croit une note rédigée en 1805 par le curé de St. -Laurent in Lueina (1) (c'est Téglise paroissiale dans laquelle Poussin fut enseveli) , il aurait acheté en 1637 la célèbre maison qui porte encore son nom , et que tant de voyageurs ont visitée. Elle n'était pas grande: ce fut assez d'un modèle en plâtre de Vffercuie Farnèse pour en remplir la moitié (2). Mais elle suffisait aux goûts très-simples de Poussin, qui n'aimait pas le monde, et de sa femme, qui se servait elle-même. Poussin parait avoir été très-heureux de prendre possession de l'atelier où il devait peindre
lantdc chefs-d'œuvre. Désormaischei lui, goûtant toutes les douceurs de la vie domestique et du repos, il adop-
(1) Lcmonnier, loc. cit,
(2) LcUre du 3 juin 1647.
ET NICOLAS POUSSIN. UiZ
tait sans peine la maxime italienne, conforme à la modération de ses désirs et à la régularité de ses habitudes : Chi sta bene, twn simuove. Après les incertitudes et les agitations qui avaient marqué pour lui le passage de la jeunesse à l'âge mûr , il entrait dans ce paisible asile comme dans un port , avec la résolution de D*en plus sortir pour braver de nouveaux orages. Son dessein était d'y vivre. Son espérance était d'y mourir (1).
in.
Une circonstance solennelle, tout-à-fait inattendue, vint apprendre à Poussin lui-même combien il était attaché au séjour de Rome.
Le bruit de sa réputation n'avait pas tardé à repasser les Alpes. L'idée vint d'employer au service du Roi un talent qui honorait son règne. M. de Ghantelou ouvrit la négociation vers la fin de 1638. Le 1^ janvier 1639, M. de Noyers écrivit lui-même au peintre. La lettre du surintendant des finances fut suivie d'une lettre du Roi ( 18 janvier 1639). M. de Noyers veut que l'Italie restitue k la France un trésor qu'elle retient depuis tant d'années. Il est à remarquer pourtant qu'on mesure à Paris le mérite du peintre français d'après les succès qu'il a obtenus hors de France. Le Roi parle du rang qu'il tient c parmi les plus fameux et les plus excellents peintres de toute l'Italie •. Son dessein est d'appeler autour de sa personne t ceux
(I) Lettre du 15 janfier 1639.
616 LES ANDELTS
qui excellent dans les arts et dont la suffisance se fait remarquer dans les lieux où ils semblent le plus cbéris. » Ce n*est pas le peintre des Andelys qu'on revendique à cause de son talent; c'est le peintre le plus célèbre de Rome qu'on fait venir à cause de sa renommée, comme autrefois François I*'. et Henri II attiraient à leur cour Léonard de Vinci» André del Sarto , Benvenuto GelUni , le Primatice. Déjà son nom a pris une forme italienne : on ne dit plus Poussin comme aux Andelys ; mais le Poussin comme auHielà des Alpes (1).
Toutes ces démarches, flatteuses par elles-mêmes» étaient accompagnés de promesses assez brillantes pour exciter i*euvie, autour de Poussin » même parmi les peintres italiens. On n'aurait peut-être pas trouvé un Italien de naissance qui tint plus fortement que lui au séjour de Tltalle. Les lettres qu'il écrit à cette époque jettent une vive lumière sur ce qui se passait dans
(i) M. de Noyers, M. de Chambray, Félibien disent le Pousrio et dédiiienl. Les premiers vodI jusqu*^ dire ML le Pommi'ii* Ceci n*est plus italien et serait plutôt nofmaod : eu Normandie, on a folootien une tendance à mettre {^article défaut un nom patronymique alors même que ce n*est pas un adjectif, un surnom, un sobriquet; seulement l'article est indéclinable. Mais aux Andelys, et même k Rome, toutes les pièces authentiques nous apprennent qu*on défait dire PooMin, Nicolas Poussin, Monsieur Poussiu. Je ne proteste en ancane fliçoo contre un usage qui a préfalu, et auquel Poussin lui-même s*ett conformé plus d*unc fois, en signant ses lettres. Mais on me permettra de nren tenir à la forme primitive et régniière. Il me semble qu*en lui rendant le nom français qui lui fut transmis par son père, je dépouille noire Poussin d*un teste de lifrée italienne.
ET NICOLAS POCSSIN. i!ll5
son Âme. Il est d'abord • eD grandissime doute <» . puis c fortement ébranlé , mémement résolu » à prendre le parti qu'on lui offre. Mais à peine a-t-il signé sa lettre qu'il ajoute ces lignes où ses véritables désirs éclatent dans toute leur naïveté :
« Monsieur , je vous supplie , s'il se présentait la moindrt difficulté en V accomplissement de notre affaire • de la laisser aller à qui la désire plus que moi; car à la fin tout autant peux-je servir ici le Roi , Monseigneur le Cardinal , Monseigneur de Noyers et vous , comme de là aussi bien. Ce qui me fait promettre est, en grande partie , pour montrer que je suis obéissant. Mais cependant, je mettrai ma vie et ma santé en compromis » pour la grande difficulté qu'il y a à voyager maintenant , outre que je suis malsain : mais enfin je remettrai tout entre les mains de Dieu et entre les vôtres. J'attends votre réponse. »
Cette prière croisa en chemin la lettre du Hoî. « Notre intention est que, ia présente reçue, vous ayez à vous disposer à venir par deçà , où les services que vous Doos rendrez seront aussi considérés que vos cravres et votre mérite le sont dans les lieux où vous êtes. • Il n'était plus temps de retirer une promesse. Poussin, flatté d'ailleurs de « l'honneur , des caresses et des offres > qu'on lui faisait , dut se résigner à aller « servir son prince •. Désormais, il ne fait plus de conditions. Seulement, il sollicite un ajournement; lorsqu'il s*agit de gagner un été, aucune formule ne lui coûte : il est • le plus humble de tous les humbles serviteurs • , Il est « l'esclave » de Monseigneur. Ses affaires le retiennent jusqu'à l'automne ; il a des tableaux à finir
616 I.KS ANDËLYS
pour t en sortir hoDoétement • , avec t des personnes de considération • dont il ne veut pas perdre la bienveillance, et qui consentent à protéger pendant son absence t ce qu'il a de plus cher au monde ». L'automne se passe ; il a rempli ses promesses, renoncé à toutes ses pratiques; mais jamais son esprit ne fut plus inquiet 9 et il dit sans détours à un ami, le peintre Lemaire: t.... J'estime d'avoir fait une grande folie en donnant ma parole et en m'imposant l'obligation, après une indisposition telle que la mienne , et dans un temps où j'aurais plus besoin de repos que de nouvelles fatigues, de laisser et abandonner la paix et la douceur de ma petite maison pour des choses imaginaires qui me succéderont peut-être tout au rebours...» et voici comment 11 conclut: «... J'irai... en même état que si on voulait me fendre par la moitié et me séparer en deux...» (17 août 1639). Le 15 décembre, il finit , comme il avait commencé,en suppliant qu'on lui rende sa parole : c Je suis réduit en tel état que je me vois forcé de changer de dessein , et de supplier votre bonté de me dispenser de mon vœu, puisque en peu de temps je suis devenu inutile, ne m'ayant demeuré que le regret de vivre. *
Tels étaient les sentiments de Poussin à Tidée de revoir son pays natal après plus de quUize ans d^absence. Les lettres suivantes font défaut dans le recueil; mais on sait que les semaines et les mois s'écoulèrent sans aucun changement, jusqu'au mois de décembre 1660. Il n'avait consenti à s'engager que pour doq ans. Il en avait rois deux à partir.
rr.
Jje séjoar de Poassîn en France est Tépoque la mieux connae de sa vie ; on en peut cliercher le souvenir dans les lettres qu'il a datées de Paris , depuis le 6 Janvier 1661 jusqu'au 21 septembre de l'année suivante (1)9et dans les Entretiens de Félibien ; ce sont les principales sources d'un récit qui a été fait cent fois ^ et qu'il ne sera pas facile de refaire après M. Vitet, dont la Notice sur Lesueur n'est rien moins qu'une excellente histoire de la peinture en France à cette époque ; après M. Bouchitté , qui a écrit sur le même épisode un des meilleurs chapitres de son livre. On sait maintenant à quel titre et dans quelle mesure Je me propose d'y revenir.
Dans les premières lettres écrites après son arrivée, Poussin ne cherche pas à dissimuler la satisfaction qu'il éprouve : au terme d'un heureux voyage , il a trouvé ik Fontainebleau, à I*aris, ta plus flatteuse hospitalité; le surintendant, le cardinal ministre l'ont embrassé; le Roi, en présence de Cinq- Mars et de la conr^ l'a entretenu pendant une demi-heure de la façon la plus aimable : à la vérité , c'était en partie pour mortifier Vouet, et par un de ces caprices ordinaires aux princes irrésolus qui aiment h changer de favoris. La maison qu'on lui a préparée, au milieu du jardin des Tuileries, est un petit palais , avec • des points de vue de tous côtés » ,- une cour et des fon-
(I) Toujours le mi^me partage: sur quarante-quatre lettres, fiiigt-<leui écrites en Trançais, fingt-deux en italien.
laines , des arbres à fruits, uo potager, un parterre ;
ce doit être an • paradis pendant Tété t. Ameublement et provisions, tout est en ordre , • même jusqu'à du bois et un tonneau de bon vin vieux de deux ans*. A son retour de St -Germain, on lui a remis « dans une belle bourse de velours § mille écus pour ses gages de Tannée , mille écus pour son voyage, « outre toutes ses dépenses • et ce qui lui sera compté à mesure pour ses travaux. Le 20 mars, il reçoit an brevet de premier peintre ordinaire du Roi, qui met sous sa direction tous les peintres que le Roi fera travailler, et lui assure pour la vie le paiement régulier de ses gages et la Jouissance de sa maison. Poussin ne songe donc pas à se plaindre de raccueil fait à sa personne et à ses ouvrages , et jusqu'au bout il reconnaîtra franchement que, du moins, son voyage «r aura été bien paye ».
On trouve même, dans une lettre à M. de Chaotelou, du 30 avril i6/il, une pointe de belle humeur que M. Bouchitté n'a pas négligé de faire ressortir et qui rappelle le souper de Lyon. Poussin revenait de Meudon où il avait accompagné son protecteur, et joyeusement passé même le lundi, lui qui ne se réjouissait guère entre deux dimanches. A son retour, il voit descendre dans sa cave un muidde vin que M. de Ghantelou lui envoie; le lendem%iin, une gra* cieuse lettre lui demande ce qiCii lui semble du cadeau ; Poussin goûte le vin . avec ses amis ainuau le pioi » , le trouve très-bon , et promet de le trouver bon tout-à-fail c quand il sera rassis «. c Du reste, nous vous servirons à souhait, car nous en boirons à
ET mCOLAS POtSSlN. ^l9
Yolre saoté, quand dous aurons soif» sans Tépargner. »
• Aussi bien , conlinue-t-il ^ je vois que le proverbe est véritable qni dit que : Chapon mangée chapon lui vient, Mémenient hier M. Costage m'envoya un pâté de cerf si grand, que Ton voit bien que le pâtissier n'en a rien retenu , sinon les cornes. Je vous assure» Monsieur, que désormais je ne manquerai pas, à commencer par le dimanche, de me réjouir comme je fis le dimanche passé, aûn que la semaine suivante soit ce qu'on dit que toute Tannée est au pays de Cocagne . • A ce moment, il a un peu oublié Rome, et le retour de la saison joyeuse a ranimé dans ses veines un reste de vieux sang gaulois.
Bientôt it sentit sa chaîne, et cette chaîne était
pesante: quelques semaines s'étaient écoulées, déjà
* rimportuolié des supérieurs i ne lui laissait pas un moment de libre. M. de Chantelou l'attire à Dangu, propose de le mener à Chantilly : il calcule ce qu'on veut qu'il fasse en trois semaines et trouve qu'il n'a pas • une seule heure de temps à perdre, t Bien au contraire» il ne se flatte par d'avoir fini. Ce qui le désespère , c'est qu'un l'emploie h des bagatelles , à des niaiseries ; c'est surtout qu'on l'ait fait venir « sans projet arrêté » , et prétende le tenir occupé de mille objets à la fois, sans lui permettre de réfléchir , ni de respirer. Ou si, par aventure , on s'élève à de nobles pensées et lui assigne une tâche qui convienne à son talent, on exige qu'il ait livré son œuvre pour tel jour, quoi qu'il arrive : il ne sait plus aller si vile, depuis qu*il est tourmenté du souci de bien faire. De telles exigences lui ôtent tout son courage ; il demande en
i!l20 LES ANDELYS
grâce qu'on lui donue occasion de laisser en France, avant de mourir, quelque chose qui ne soit pas indigne de son nom.
A « rimportunité des supérieurs » s's^outent les « sottes répréhensions des ignorants • et les sourdes menées des envieux. On Ta fait venir pour attraper Vouet, pour humilier Lemercier;et on n*a pas assez de suite, assez de confiance en lui , pour le défendre contre les jalousies auxquelles on Ta exposé. On souffre que le hautain Fouquières entre , l'épée au côté, dans la galerie du I^uvre dont il dirige les travaux , et trouve mauvais qu'on ait rien commencé sans le consulter, sans subordonner tout le reste aux paysages qu'il est chargé de peindre. Poussin prend d'abord le bon parti : Il rit et fait rhre M. de Chantelou des grands airs du baron Fouquières. Hais, lorsque les choses allèrent au point d'épuiser sa patience et de blesser sa dignité, il n'essaya pas davantage de contenir ses sentiments. Les biographes ont souvent reproduit, d'après Félibien, les longs fragments de la lettre qu'il écrivit à M. de Noyers au mois d'avril 1662. Poussin ne se dissimulait pas à luimême qu'elle était peu artificieuse , que Monseigneur pourrait la trouver mal assaisonnée, et il priait M. de Chantelou de l'adoucir un peu t de ce miel de persuasion qu'il savait si bien employer t. Mais il n'a pas cherché à en adoucir lui-même le ton , simple et franc jusqu'à la rudesse. C'est le ton d'un homme qui sait ce qu'il vaut, et trouve juste qu*on l'écoute et le laisse faire, ou qu'on le renvoie. Partout il laisse percer le regret d'être venu , et le désir secret de repartir.
Ces tracasseries de loutes sortes suffisaient apparemment poar dégoûter une âme fièrc et lui rappeler cette célèbre maxime de Tantique sagesse , qu'on n*est véritablement dans sa patrie qu'aux lieux où Ton est heoreox. Mais regardons-y de plus près : s'il lui tarde ainsi de repartir pour Rome , ce n'est pas seulement parce qu'il est obsédé des vulgaires intrigues qui l'enveloppent et de la lourde servitude qui pèse sur lui ; il est consumé par ces indéfinissables tristesses qui sont le tourment de l'exil. £ûl-il obtenu du surintendant, du cardinal, du Roi lui-même, l'appui et la liberté qu'il réclame , il aurait souffert à Paris comme on soafflre lorsqu'on est retenu malgré soi sur une terre étrangère. Il est on efîet revenu comme un étranger dans ce pays où il est né : il ne le reconnaît pas ; il s'y cherche lui-même ; il n'y peut plus vivre. Ge Normand , né aux Andelys , qui a vécu sur les bords de la Seine Jusqu'à trente ans, il a oublié les rigueurs du dhnat » les vapeurs du ciel « les longues nuits des Mvers du Nord ; une giboulée de mars le surprend et l'afflige comme ces gens des pays chauds que j'ai vus pleorer, parce qu'il était tombé un peu de neige dans la semaine de Pâques. Voici qu'il avait cru saluer, avec les oiseaux, le retour du printemps; les arbrisseaux iMurgeonnaient dans son jardin ; la violette parfumait l'herbe nouvelle; et Poussin, rajeuni lui-mônie, s'était remb avec ardeur à son petit tableau du Baptême , commencé à Rome, qu'on ne lui permettait pas de finir. Tout à coup le vent du nord se lève ; en une DQit, la neige couvre la terre , et le beau temps, qui s'était trop hâté, est rechassé • plus loin qu'il n'était
h21 LES ANDFXYS
au mois de janvier ». Les pioceaux tombent des mains de ce Romain dépaysé ; bien vêtu , près d'un bon feu, il • se sent glacé jusqu'au fond de l'Ame •• Il attendra , pour se remettre à l'œuvre y que le temps le permette et qu'on ait échappé à l'iufluence de la lune rousse , « ainsi qulls l'appellent dans ce pays. < La langue et le style ^ les sentiments , tout est italien dans celte lettre (i).
Une épreuve plus cruelle attendait l'exilé du Tibre ; 11 jetie autour de lui des yeux inquiets , et voit qu'il est parmi les barbares; sur cette terre déshéritée , le goût , le sentiment du beau ne se sont pas développés ; ceux qui travaillent sont des ignorants , et plus ignorants ceux qui les jugent; • les étodes et les bonnes observations sur l'antiquité » n'y sont point connues; et quiconque se sent de l'inclination à bien faire « doit certainement s'en éloigner ». Lui<^m6me perdra bientôt ce qu'il avait acquis, il tombera dans le « vulgaire des peintres » comme les autres. • Hélas 1 s'ccrie-t-ii , nous sommes ici trop loin du soleil pour y pouvoir rencontrer quelque chose de délectable; • il ne lui tombe plus rien sous la vue • que de hideux; • lai vient-il par hasard encore • je ne sais quelle Idée », il le doit au t peu du reste des impressions qu'il a jadis reçues des belles choses » ; et il s'excuse trèssincèrement en envoyant son tableau du Baptême ^ terminé enûn le 5 septembre 1 662 : • Le ciel sous lequel il a été fait me fait douter qu'il soit aussi agréable à vos yeux que les précédents ». Sous ce ciel Ingrat»
.1) BollarL LeUrc du ià mant i6ÂS.
ET N1C!0LAS POISMN. 623
Je froid n'atteint pas seulement les membres ; il pénètre josqu'au foyer de la vie ; il engourdit rintclligeuce et glace le noble feu de Finspiralion.
Le grave Poussin ne garde plus de mesure ; il ne raisoune plus ; il souffre et se plaint ; le mal du pays Ta vaincu. Ne lui demandez plus où il est né, comment il s'appelle. 11 se sent défaillir comme en i626 Y^LUlem û*Adoms; il gémit, comme gémissait, parmi les Scythes » le poète des Métamorphoses.
Ces lamentations de Poussin inspirent assurément quelque pillé; par moments, elles font sourire; par moments aussi , J'en regrette l'amertume et voudrais , pour rhonneur de ce grand iiomme , qu'il fût moins Injuste.
L'isolement où il s'est trouvé durant ces deux années fnt-U aussi complet que ses lettres le donneraient à entendre? et, s'il l'a été, en faut-ii accuser la France ? Ne faut-il pas s'en prendre, pour une grande pari y à Poussin lui-même ?
fl Je vous jure, dit-il, que si je demeurais long-temps dans ce pays , il faudrait que Je devinsse un véritable Min^lMuz4m€, comme ceux qui y sont » Quel mépris pour ces • rebuts » de l'École, ces c gens de rien « I
Parmi les ennemis mêmes de Poussin , il en est plus d'an qui serait en droit de réclamer contre de telles paroles. Mais je passe condamnation pour Lcmercier, pour Fouqoières , pour Vouet surtout , qui ne parlait jamais des autres qu*avec dédain ; c'est le cardinal de
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Richelieu qui en témoigne. Tous trois méritaient d'être enveloppés dans les représailles.
À côté des ignorants et des eqvleux, je vois des hommes bons et simples , qui s'inclinent devant le génie de Poussin, qui ont, comme Jean Dughet, un sincère attachement pour sa personne. Si Poussin était de sang-froid, il témoignerait plus d'estime pour Lemaire, qui travaillait sous ses ordres, pour Jacques Stella, qui a tiré si bon profit de ses conseils et de ses exemples. Mais on comprend qu'il tes oublie. Au milieu de sa brigade, qui l'écoute et qui l'admire, il lui manque le commerce d'une intelligence égale à la sienne.
Ici se présente naturellement à la pensée ua nom qu'on est surpris de ne pas rencontrer une seule, fois dans les lettres de Poussin , ni dans les récits qu^ les contemporains nous ont laissés de son séjf>^r en France: c'est le nom de Philippe de Champaf;ne, Est-ce à dire que ces deux artistes illustres ai^nt vécu, pendant vingt-un mois, dans ta même ville sans jamais se voir? Le fait semblerait d'autant plus étrange qu'ils s'étaient connus, qu'ils s'étaient aimés,., qu'ils avaient vécu de la môme vie avant le départ d€^ Poussin pour l'Italie. Ils habitaient l'un et Tautre au collège de Laon. Ils furent employés l'un et l'autre dans les appartements de Marie de Médicis, au Luxem-. bourg, par le peintre Duchesne, maître jaloux et sévère, dont Philippe de Champagne attendit la mort pour épouser sa fille aînée. Une séparation de dixsept années ne suffisait pas pour altérer l'estime qu'ils s'étaient vouée à leur début dans la carrière : Philippe
de Champagoe a pu témoigner dans la suite la constance de son admiration pour celui qui avait été l'on des guides de sa jeunesse; Poussin devaii tenir compte à un peintre qui n'avait pu le rejoin<lre eu ItaliCy et ne connaissait pas aussi bien que lui les boas modèles, d'avoir cependant résisté aux séductions de Técole brillante à laquelle il semblait appartenir par sa naissance, et gardé le style grave et sobre qui convenait à Taustérité chaque jour croissante de sa pensée. Des relations étroites, comme celles d'autrefois, entre ces deux hommes si bieu faits pour mettre en commun leurs sentiments , auraient consolé Poussin» sinon de tous les ennuis de rexii,toutau moins du souci que lai donnaient de misérables inimitiés. Si cette consolation lui fit défaut, doit-on croire qu'affligé profondément de la mort récente d'une femme tendrement aimée (1638), Philippe de Champagne cachât encofecelte douleur dans la retraite, comme plus tard il demanda aux solitudes de Port-Royal un asile pour ses dernières afflictions? Ou bien n'est-il pas permis de conjecturer que l'isolement dont Poussin paraît se plaindre est un isolement volontaire; qu'un homme accbntamé à vivre avec .«^a pensée et qui s'était fait on inonde en lui-même, ne vivait plus facilement par les antres» ni pour eux ? Il les laissait venir à lui plutôt quH ne les attirait II ne songeait pas à les chercher. Avec une Ame noble et droite, mais contenue, et même un peu fermée, il lui manquait peut-être dans le commerce de la vie ce qu'on regrette parfois de ne pas sentir dans les plus beaux de ses ouvrages: l'émotion, la tendresse, les élans et 1 abandon du cœur.
i^26 LK8 ANDFXYS
Une telle supposition serait écartée de plein droit / si Ton pouvait ajouter une foi entière à l'nn des pies charmants récits de la Notice sur Lesueur par M. Vitet. Mais il est douteux que Lesueur ait vécu à Paris dans râtelier de Poussin ; qu'il lui ait soumis ses ouvrages, confié ses incertitudes; que Poussin, dans la suite, n'ait pas cessé de lui envoyer de Rome des conseils et des dessins. Apparemment, ce n*est là qu*une de ces gracieuses légendes, telles que la G rèce antique les imaginait pour dire que le sceptre de la poésie était passé d'Homère à Hésiode, ou rappeler que le vieil Hérodote avait frayé la voie à Thucydide. Ce qui reste certain, c'est que les exemples de Poussin ont exercé sur Lesueur la plus sensible influence, et qu'il a plus d'une fois, par cet intermédiaire , retrouvé le sentiment délicat de Raphaël et l'idéale beauté de la sculpture antiqoe. Le fait, ainsi dépouillé de toute image, garde son pfix.| mais je regrette la légende plus que personne. Comme ce rôle de disciple bien-aimé convenait à la nature ingénue et tendre de Lesueur! £l quel charme n^ajou* tait pas à la noble figure de Poussin le souvenir de cette paternelle sollicitude pour le jeune peintre qnt devait être son rival , sans le savoir et sans y prétendre !
Ainsi donc, en 1661 , en 16/42, la France, même pour ne parler que des peintres, n*en était pas réduite aux strapazzoni^ aux gens de rien. Elle se glorifiait en même temps d'un poète auquel l'Italie n'eût pas osé comparer les siens. Tandis que Poussin faisait les lents préparatifs de son voyage, en 1639, en 1^40, paraissaient coup sur coup Horace , Cmna, Polyeucte^
liT mCOLàS POUSSIN. &27
trois diefr-d'€eu?re qui imposaient siieDce aux détrac*leon du Cid. En 1661, Ponssiu dessinait ses frontispices pour Y Horace ei pour le Vvfile ; Corneille tirati 4e LncalB sa Mort de Pompée. En 1662, Poussii foittalt les Écritures pour revenir à la mythologie et Mre ses bettes esquisses sur la vie d'Hercule. Au Mène BMDient, la muse de GorneHie s'égayait» et, après claq tragédies, domialt à notre scène comique son premier chef-d'œuvre, le Menteur. Le poète était du même pays que le peintres né en 1606 à Rouen, yÉ'étakmarié aax Andelys en 1639« Gomme lui, il •vaK comw les ennuis de la cour, où il apportait f m Tlsage presque inconnu, un grand nom qui ne s^attirall qie des louanges, et un mérite qui n'était point de ee pays-là (I). • La Jalousie de ses rivaux ne TavaK pas épargné , et , avant que M. de Noyers se pWgM do génie trop libre de Poussin (2), le car^diMlde Richelieu avait accusé Corneille de manquer d^eqpitt de salle. Afin de se dérober à des sovcis pour iesqneisli était moins fait que personne, il avait ftd, mais à JkMieo, dans la ville où U était né; et, sans qtfftIÙX allé à Rome, les premiers chetsHfceuvre ceapesés dans sa retraite avaient le parfum des vertos antiques et montraient une âme romaine» aurait eu quelques reproches à faire aux
a):FMeaelle.
(S) « MoBiievr , j*eiis dernièrenienl Phonneiir de recevoir une lettre de Monseigneur, datée du SS mars, laquelle au cominenoecoBllent eet molt eiprès : Le génie du Poussin ? eut agir si libre» que je ne peui pas seuleonent lui indiquer ce que celui du Roi était riasien.*
U2S LES ANDELTB
Romains de Corneille : ils élaient loin de paraître sar la scène avec un costume exact; ils mêlaient trop de galanterie à la politique. L'auteur du Coriolan leur eût pardonné la subtilité de leurs pensées: l'auteur du Testament d'Eudamidas aurait voulu les entendre parler moins souvent avec emphase. Mais le ^mple et fier langage du vieil Horace n'aurait-il pas obtenu les applaudissements de Poussin , comme la clémence d'Auguste arrachait des larmes au grand Gondé ?
Dans la suite^ on verra chez nous, comme en Italie, des liens étroits unir les artistes aux poètes. Avant que Diderot ne soit l'ami de Greuze et de Grétry, Molière aura vécu familièrement avec Lully, il aura célébré Mignard. Mais c'était une nouveauté. Âu temps où nous sommes, la poésie et la peinture suivaient leurs voies solitaires. Poussin, qui aimait Virgile, Ovide, et le Tasse, et Gnarini, et Marino, a peut-être ignoré Corneille, et Corneille n'a pas connu Poussin. Ce philosophe de la peinture, comme on l'a nommé, qui devait , par la justesse , la vigueur et la netteté de ses pensées, plaire aux écrivains plus qu'aux peintres niémes^ a passé inaperçu, parmi les écrivains français de cette époque.
Un seul eut , quelques années plus tard , l'idée de vouloir un tableau de lui; un seul, et ce fut Scarron. I.a surprise de Poussin ne fut pas moins vive que la nôtre. Scarron, après trois refus, s'était flatté dlnspirer au peintre des dispositions plus favorables, en lui faisant hommage de ses poèmes. Poussin écrit de Home, le U février 16^7: « J'ai reçu du matlre de la l^osie de France un livre ridicule des facéties de
ET NICOLAS POrSSIN. fM
M. ScarroDy sans lettre et sans savoir qui me l'envoie. J'ai parcouru ce livre une seule fois , et c'est pour toujours. Vous trouverez bon que je ne vous exprime pas tout le dégoût que j'ai pour de pareils ouvrages. » Ce sont là tous les ménagements où il peut descendre en écrivant à M. de Chautelou, Manceau, comme l'auteur du Roman comique, et qui avait de l'amitié pour lai.
Le 12 janvier i6i!i8 , ii exprime plus vivement encore ses répugnances : c Je voudrais bien que l'envie qui lui est venue lui fût passée, et qu'il ne goûtât pas plus ma peinture que je ne goûte son burlesque. Je sols marri de la peine qu'il a prise de m'envoyer son ouvrage ; mais ce qui me fâche davantage , c'est qu'il me metiace d'un sien Virgile travesti^ et d'une épitre qu'il m'a destinée dans le premier livre qu'il Imprinenu II prétend me faire rire d'aussi bon cœur qv^O rit loi-même, tout estropié qu'il est ; mais au contraire f je suis prêt h pleurer quand je pense qu'un ■onvel Erostrate se trouve dans notre pays. Je vous dis cela en confidence, ne désirant pas qu'il le sache. Je lui écrirai tout autrement, et j'essaierai de le contester au moins de paroles. >
Mais la parole qu'il a donnée le tourmente ; il songe à la tenir et cherche quel sujet il pourrait bien traiter poiirM.ra6AeScarron: le titre d'abbé, donné à Scarron, parce qu'il avait un bénéfice^ complète l'étrange figure de ce bouffon pour qui Poussin travailla et dont Louis XIV épousa la veuve. C'est pour un abbé de eeUe sorte qu'il convenait de peindre, comme sur la cbemlDée de M. le Doyen des Andelys, une Bac-
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chaaale; et, si Pousstn eûtceoDU les poètes grecsr, ane desceote de Bacchus aux Enfers, eropnintée aux GrenomiUi d'^AiistophaDe, semblait trouYée tooC exprès pour Tauteur du Virgile traveMi. Le 7 janvier 1650, Pousski dit en effet: • J'ai trouvé la disposllion d'un sujet bachique plaisant pour M. Scarron. w Le 8 mai, le tableau avance : • IL Scarron, votre ami , est sur le clianlier ; je lui baise bien tes. mains. ■ Le 3&, il en annonce l'envot Mais que s'est-11 fuaé dans l'esprit de Poussin? A-t-ii pris le titre de l'abbé Scarron an sérieux ? A-t-il été séduit , lui , qui ne consultait d'abord que les convenances apparealts, par l'ironie même du contraste ; ou lilen a-t-U roi^ de paraître latter en quelque manière un gotl qu'il détestait, et voulu faire naître ne pensée sMmm dans une Ame obstinée à rire effrontémevt de toute» choses? Quoi qu'il en soit, M. Tabbé Scarron va recevoir son tabteam du Rmnsiemcnt de smni Jtanfr • Vous le verres , syoute-t-41 à SI. de €hanteloa, ci vous voudres bien m'en dire votre sentiment ■ €m qu'en pensa M. de Ghantelou, m>us llgnorons. Mais le tableau est au Lauvre , ok chacun a pu radadrer. Le Ravisaemeni de saint Paul fut envoyé avec le périrait que Poussin avait fait de lui-môme ; il eà de la même date; Jamais la pensée du peintre ne s'est élevée piua haut ; elle prend son essor vers le del avec Tapélre emporté dans les brs» des angeSi
Scarron eût préféré le sij^ bachique et plaisant Le Saint Paul fit, dit Florent Lecomte avec une nal* veté expressive , la curiosité de AL Scarrcm, de qui le sieur Jabacb l'ayant eu, il se St un plaisir de le lâcher
ET NICOLAS POrSSlN. A5i
à M. le doc de Richelieu, qai tout d'un coup ( ce tout d'in coup vaut le quoi qu'on die de Trissotiu) le jugea digne d'être placé dans le cabinet de Sa Majesté, i Ao fait, c'était là sa place, à moins qu'il ne passât des mains de Scarron dans celles de BossueL
Plus tard, ce fut un usage d'avoir à T Académie de peiniare des entretiens où Ton discutait à loisir les Dérltes de quelque chef-d'œuvre de Poqssin : Teiemple donné par les peintres fut suivi par un écrivalo» qui doit compter parmi les poètes du siècle de Louis XIV, quoiqu'il écrivit en prose. Les Grecs avaient rendu Fénelon plus sensil)le que ne Télait Gomeille aux effets pittoresques d'une action , aui Ugaes el lox couleurs d'un paysage. L'analyse qu'il a douée de deux tableaux de Poussin dans ses Dialopitê des Morts ne le cède« sous aucun rapport , à ce qu'aDratenl pu faire de meilleur les Philippe de GlMUDpagiie et les Lebrun. Il y montre une ûnesse lagéniesse, un goût délicat, et même ces complaisances de TadmiratloD qui en font sentir la sincérllé. C'est ateai qu'il prête à un paysage de Poussin • des grâces • el « ose tendresse < qui peut-être rappelleraient mieux les detcriptions du TéUmaque. C'est la première fois qif on grand écrivain de ce temps s'occupe de Poussin el loi rend hommage. L'hommage est tardif. Lorsque i^MBiiB mourut, l'auteur du Télétnaque et des Dialogues des Morts sortait à peine de l'enfance.
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Il n'est guère permis d'espérer qu'on saura un jour d'une manière plus certaine si Poussin vit Philippe de Champagne, ^u Lesueur. ou Corneille. On ne saura probablement pas davantage s'il a revu les Andelys.
Deux lignes écrites à M. de Chantelou fournissent sur ce point une indication assez curieuse. Lorsqu'on sut aux Andelys le retour de Poussin, on fit auprès de lui une démarche. Lui demandait-on ( comme il serait naturel de le conjecturer) un tableau, pour faire suite à ceux de Varin dans cette église où il avait appris à peindre? Non: par une sorte d'aveuglement ou de fatalité, la ville natale, et la Normandie tout entière, ne songèrent pas qu'elles auraient un jour à regretter, à rougir, de ne pouvoir montrer un seul ouvrage que leur Poussin eût fait pour elles (i). Ce n'était pas au talent du peintre qu'on en voulait , c'était à son jcrédit ; et l'espérance qu'on avait mise en lui ne fut pas trompée. • J'ai reçu , dit-il, la lettre de faveur pour les habitants de Viltères ; vous me permettrez bien de vous en remercier de tout mon cœur. • Poussin avait dû mettre en effet tout son cœur A servir l'humble village où il était né.
(t) La Mort d'Adonis, du roasée de Caen, et le Corioian des Andelys oiit été donnés à la Normandie plus d*an siède apK's la mort de Poussin. En 1850, la ville de Rouen ne s*esl pas trouvée assez riche pour mettre la dernière enchère sur une Nahsance de Bncchus, adjugée à un étranger pour dix-sept mille franc!«. Tl étail Irop lard.
ET NICOLAS POUSSIN. kZZ
Deux ou Irois journées lui suffisaient pour descendre jusque-là» pour en revenir. S'il a fini par céder aux instances de M. de Chantelou et le suivre h sa campagne de DangUy à peine eût-ce été un détour de traverser Yillers et les Andelys. Poussin Ta-t-il fait ? Lui en a-t-on laissé le temps? En a-t-il eu le désir? C'est ce que nous saurions si Bottari, qui nous a conservé les vingt-deux lettres qu'il écrivit de Paris au comoiandeur Gassiano del Pozzo et à son frère, avait po Joindre k son précieux recueil celles où il racontait à sa bonne femme ses moindres actions. Mais celles-là ne devaient pas être conservées. Tout au plus le furentelles jusqu'au terme de la séparation ; et quand même elles n'auraient pas été détruites par l'un ou l'autre des deux époux , Jean Dughet, après leur mort, n'aarait point songé à les livrer à la curiosité publique: tant on respectait, à celte époque, les secrets de la vie privée.
Une absence de dix -sept années avait affaibli les liens qui unissaient Poussin à sa ville natale et à sa famille; mais n'accusons pas son cœur : avait-il encore une famille aux Andclys? Tout ce qu'on sait jusqu'à présent, c'est qu'en 1635 son père n'existait plus; car, ainsi qu'il résulte d'un acte notarié dont j'ai eu la co|rie entre les mains (1), le 2 mars de cette année 1635, Marie Delaisement avait vendu à Nicolas Le Tellier deux acres de terre et signé le contrat comme
(1) « Par devant Denis Mu Ilot, notaire et tabellion royal de la vicomlé d^Andely... Ce fut fait et passé audit Andely le douzième joar d'octobre, Tan de grâce 1668. >
« veufve de deffuoct Jean Pous^n ■ . On oe saiC pas si elle-ménie avait survécu à son second mari josqu'en 1641. On ne sait pas davantage si Pousaui a Jamais en un Mre, s'il avait une sœar vivante à cette époque. De pieuses fille» du nom de Poussin firent profession, vers le milieu du XVII*. siècle, au couvent de SI. -Jean, à l'hospice St -Jacques d*Andely. Sont-ce des sœurs» des nièces, des petites-nièces de Poussin? Deux d'entre eUes furent dotées, me dit-on, assez richement, vers l'époque de son retour : anrait-II ajouté quelque diose à la dot de ces filles du Seigneur ? Â-t-il tenu petite entre ses bras cette Antoinette Poussin, qui signait de sa propre main, le 31 août 1659, rengagement sacré « de vivre en chasteté, pauvreté et ol>éissanee... et d'être toute sa vie, pour l'amour de J.-C, servante des pauvres malades (1) • : formule aussi simple que touchante, et qui, signée du nom de Poussbi , fait songer au sacrifice de Philippe de Champagne et aui larmes de Racine ? Il paraîtrait naturel que le peintre des Sacrements, comme le disciple et comme Fami de Port-Royal, eût vu une fille de son nom, à défaut d'une fille de son sang, consacrer ses Jours au service de Dieu et des pauvres. Mais sur ce point délicat tout est livré aux conjectures.
Le 21 septembre 1665, Poussin dans son testament ne désigne aucun parent qui porte son nom* Les héritiers légitimes sont un Jean Letellier et une Françoise du même nom, son neveu et sa nièce , dit Félibien , et dont la mère est désignée sous le nom de Marie
(1) Archives de l'hospice SL-Jacques d'Andely, section E.
Honorât (1). Est-ce une Marie Poussin? ou bien D'aTOosHioiis ici ûélh que les petits-eofants d'une soeur, mariée à un Letellier^ ou qui aurait eu un Leteliier pour gendre ?
Aoflsi long-temps que'la question ne sera pas éclairde, II aéra difficile de dire non-seulement si Pouaste est allé aux Andelys et s'il a pu y peindre la Bacchanale rdronrée dans la maison du Doyen ; mais s'il y pouf att £lre encore rappelé par le sentiment de l'aflèctUn tUale ou de l'affection fraternelle* El pour ma part» Jusqu'à ce que M. Legay ou M. de Ruville, qui publiera sans doute prochainement pludenrs pièces Inédites qu'il a entre les mains « puisse donner qnebpie prea?e à l'appui d'une opinion contraire » l'iBcline à croire que Poussin , ramené malgré lui à qaeJqœa beures des Andelys, n'avait plus de grandes raisons pour y revenir. Le pays qu'il regrette à Paris , c'est Rome; la Camille qu'il veut rejoindre, c'est la funQle pins romaine que française qui lui a donné ion excellente femme et ses deux fils d'adoption.
¥fl.
Dès le 25 juillet 16/i2, Poussin laisse entrevoir q/ftt va repasser les Alpes; le 8 août, il flxe aux premiers Jours de septembre l'époque de son départ;
(1) « n sif . Giof aoni Leteliier, figliolo dei tig. Nicole Leldlier d Mis sign. Maria Hoaorali. • Tel et t le lexte de la copie, peutém incoBpièle^ prabalileaieut fautive, que M. de Cbennevières posMe.
ftSf) LES ANDELYS
le 18 el le 21 septembre, il compte les heures et foit ses adieux; il était en effet sur le point de se mettre en route, et Félibicn nous apprend qu'il rentra à Rome le 5 novembre (1).
Il prit congé de M. de Chantelou dans une lettre où perce, avec Témotion d'un cœur attendri, un reste de dépit contre la France : i Adieu, mon cher protecteur; adieu, l'unique amateur de la vertu; adieu, cher seigneur, vous qui méritez vraiment d'être honoré et admiré. • Lui seul, apparemment, le mérite. D'ailleurs, Poussin, dont ce n'était pas le métier c de savoir bien écrire » , mais qui avait une autre manière pour se faire entendre , avait dit toute sa pensée dans un tableau allégorique, peint pour le cardinal de Richelieu, et qui représente le Temps, sous la figure d*on vieillard ailé , dérobant la Vérité aux atteintes de l'Envie et de la Discorde. La Discorde tient dans ses mains une torche allumée et un poignard ; TEnvIe est cette femme hideuse dont la fable nous montre le teint livide, les yeux farouches et la chevelure enroulée de serpents. î^ Vérité est belle et nue ; elle a les bras ouverts, et tourne vers le ciel un regard assuré, un front serein. Cette peinture est la plus heureusement inspirée de toutes celles que Poussin fit et laissa en France On peut, sans être accusé de sub-
(1) Bellori dit simplement: • Si pari) da Parigi e giuBte in Horoa nel flne dell* anno i6&3. » Félibieo, cette ibis, ne se borne pas à traduire Bellori ; et* il est plus que probable qii*il avait de bonnes raisons pour dire, d*une fiiçon prédae : • H partit vers la Gn de septembre 1663 et arriva à Roue le 5 wh vembre de la même année. »
ET KICOLAS POISSIN. 437
(ilité, y recoDoaître, ù côté d'une allusion transpareute ù la destinée du cardinal, un retour^ prémédité ou involontaire, du grand artiste sur lui-même. Le vieil Eschyle consacrait ses ouvrages au Temps. Poussin en appelle au Temps des injustices de ses ennemis.
Toutefois, au moment de quitter la France, Poussin De parlait pas de la quitter pour toujours. Il allait, disait-il, chercher sa femme, qu'il ramènerait à Paris. Le surintendant n'avait consenti au voyage qu'à la condition expresse d'un retour prochain, et Poussin promettait de revenir au printemps. Il n'est pas permis de mettre en doute la sincérité de ses promesses. Deux choses me paraissent également certaines à ce moment: c'est que le plus cher désir de Poussin était de se dérober pour toujours aux ennuis dont il secouait le fardeau, et de rentrer h Rome pour n'en plus sortir ; mais que, sou honneur et son devoir lui conifliandant de revenir, il partait résigné d'avance à ce nouveau sacrifice.
Des événements qu'il n'avait pu prévoir et qu'il n'aurait certainement jamais souhaités, lui rendirent la liberté, â peine était-il arrivé à Rome, que le cardinal de Richelieu mourut (4 décembre 1642). Quelques mois plus tard, vers l'époque même où Poussin aurait dû se remettre en route, Louis XIII, qui n*avait pas quarante-deux ans, mourait à son tour ( i(i mai 1643 ) , et cette fin prématurée mettait tout en question. M. de Noyers s'était retiré de la cour : y serait-il rappelé? garderait-il la surintendance? coolinuerait-on les travaux de la galerie du Louvre? Poussin s'effraie îi la seule pensée qu'il eût pu être
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à Paris, si loio de chez lui, le lendemain de ces catastrophes, au milieu de tant d'incertftndes et d'affliclioDS. « Je remercie Dieu , écrit-il dès le 9 Juin à IL de CbanteloUy de m'avoir préservé de cette peine, puisque mémeroent je l'eusse prise en vain. La mort du Roi et la retraite de Monseigneur ont été deux choses qui m'eussent fait mourir de déplaisir , lorsque Je me trouvais en môme temps engagé dans un long voyage. » Cependant, un ami fidèle, ^ le cher Remy », s'est hâté de lui écrire qu'il y avait apparence que les travaux du Louvre ne seraienl pas suspendus» et il se hâte d'ajouter : • Si cela est ahisi, vous saves ce que je vous ai promis à notre départ» et comme je serai toujours prêt à exécuter les ordres de Monseigneur et les vôtres. • On voit qu'il persiste dans sa résolution. Son véritable désir n'est pas exprimé moins claire* ment M. de Chantelou, ayant su que Poussin lui-Diême parlait de son retour, avait pris cette parole au sérieux» et insisté probablement pour qu'elle fût tenue. Pomili se hâte , comme il l'avait fait trois années plus COI» d'accumuler les prétextes et toutes les raisons qui k retiendraient à Rome : • Si M. Remy vous a dit qndqai chose touchant mon retour» il ne s'est pas tronipé ; car j'irais au bout du monde pour servir Monseigneur et pour vous obéir ; mais je ne pourrais pas sitôt me résoudre à partir, ma femme étant assez mal disposée» et mon beau-frère Jean ayant été sur le point de perdre la vue , accident dont il n'est pas encore bien guéri. Si je vis jusqu'au printemps qui vient, je me dis^ poserai plus volontiers au voyage. • U remercie EL de Noyers des offres qu'il lui fait » du logement qu'il lui
coDsenre. Mais il donne clairement à entendre qa'il pourrait envoyer de Rome les cartons nécessaires pour l'adièvement de la galerie du l^nvre, et va jusqu'à dire qu'il trouverait à foire autre ctiose plus de plaisir, plus d'bonneur, plus de profit. Le bout de chaîne qu'il traîne au cou lui pèse encore.
Il reprend toute sa franchise dans une lettre du 5 octobre : • Mon cher maître, à vous dire la vérité, NoDseigiieur étant hors de la cour, je ne saurais, pour quoi que ce fût, penser à retourner en France ; et, quoique ce pays-ci soit assez menacé de quelque dàourbier (bouleversement), je ne saurais penser tx en sortir...» Que Monseigneur fût hors de la cour, qu'il y fût rentré, peu importait, on le sait d'avance. Le 5 novembre, il vient d'apprendre que M. de Noyers a été rappelé par la Régente, et à cette nouvelle, s'il bai l'en croire, sa joie a déborde comme un torrent ; Démmoins , ii prend volontiers son parti de tous les retards: t l'attendrai avec bonne patience que toutes choses sfaccommodent; car, quant à moi, je suis fort Mes IcL.. > Il est fort bien à Rome; il était fort mal à Puise voilà toujours le fond de sa pensée.
Cependant les cinq années pour lesquelles il s'était engagé n'étaient pas arrivées h leur terme, et le Roi pouvait rappeler sou peintre ordinaire. Un jour M. l'Ambassadeur de France le mande ; dès qu'il le voit 9 il lui reproche de n'être pas venu le saluer ; il lui dit qu'il a besoin de la protection du Roi , qu'il fiiiil qu'il retourne en France , et qu'à cette fin il Taidera de son crédit. Poussin ajoute qu'il remercia « bien humblement *. Peut-être rava!t-il fait , mais
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seulement des lèvres, et Tambassadeur lui-même s'en aperçut ; car il écrivit à Paris que Poussin ne voulait plus retourner en France. A cette nouvelle» Poussin s'emporte ; il reconnaît là « un nouveau coup de Tenvie et de la rage de nos Français ». Et» comme la querelle s'envenime » il va jusqu'à dire qu'on te calomnie. Il comptait revenir en France « cet automne même ■; il y sera pour la Toussaint Ne te croyez pas , même lorsqu'il proteste de son dessein « de jouir encore des douceurs de sa patrie , là ou finalement chacun désire mourir t. Poussin le prend de bien haut lorsqu'il parle d'injustice et d'iogratir tude. La petite roaison qu'on lui avait donnée daos le Jardin des Tuileries était inhabitée depuis piuside deux ans ; quelqu'un la demandait à la Bégeiilel « Vous savez . . . qu'ils ont porté l'affaire d/iKicmft qulls ont obtenu de la Reine la permissiOilr^dQ '^;p établir et de m'en mettre dehors; vous S{iji«}.eB8^ qu'ils ont composé de fausses lettres pQCtai^qfqiid j'avais dit que je ne retournerais jamais en Frune^ra afm que ce mensonge décidât la Reine 4 iQUf'u?^ corder plus facilement leur demande. Je suis ^ai(4<b sespoir de voir qu'une injustice semblable ne ir^uyQ point d'obstacle... Est-il possible qu'il n'y ait personne qui défende mon droit cl qui se veuille dressen contre l'insolence d'un vil laquais ? Les Français ont^ ils si peu d'affection pour des concitoyens dont lecmé'^ rite honore la patrie? Veut-on souffrir qu'un bonvne comme Samson mette dehors de sa maison un homm^ dont le nom est connu de toute l'Europe ? L'intérêt public ne permet pas qu'il en soit ainsi... » M. de
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Cbantelou fùUil dupe de ces grands mots ? La promesse de revenir en France n'était , comme tout le resté f qa'an moyen de défense. Poussin eût été fort en peine, si on l'avait pris au mot et invité expressément à ref eoir jonir des douceurs de sa patrie ; si l'on avnh ofltert de lui remettre sa maison , à la condition qu'il Itiablteralt Prenons pour ce qu'ils valent les transports ' de cette emphatique indignation , et disons humaine^ muni les choses. 11 avait déjà touché cent écus de la vente des meubles ( 15 avril 1646 ). 11 voulait quelque argent aussi de la maison ( 18 juin 1645 ). N'oublions pas qu'elle lui avait été donnée sa vie durant , et qu'il avait fait en France des travaux qui ne lui furent payés q«e dix ans plus tard.
Gagoa-t-il la cause qu'il avait si vivement plaidée ? Entaille prix de la maison comme il avait eu le prix des iwublet? Je ne saurais le dire. Ce qui est certain, c'est que Pdussln n'a jamais eu le désir de revenir en France ; cfMqiie, tout en ménageant ses intérêts, il fut heureux ta'P^fller de toutes les circonstances qui lui permettaient de ne pas tenir une- promesse à laquelle il Q*Mratt osé manquer, si on la lui avait rappelée d'une mÂlère formelle, mais qu'il aurait tenue, comme il Pafilt'folte, avec répugnance.
Les événements se précipitèrent : M. de Noyers moamt ; la Régente et le cardinal Mazarin n'eurent gaèffe le loisir de songer h la galerie du Louvre , ni ao peintre qui en avait été chargé. Libre enfin de yAne où il le voulait , Poussin vécut et mourut hors de Praiiee. Depuis l'époque où il vint eu Italie pour. la première fois jusqu'à son dernier jour (1624-1665)^
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sur uo espace de quarante-une années, il en a passé plus de trente-neuf à Rome. Mort dans sa petite maison du Pincio , il a été inhumé îi St- Laurent, sa paroisse. Tous leseflTorts tentés dans la suite pour reconnaître ses restes sont demeurés inutiles. L'exil de Poussin fut un exil volontaire ; la destinée sembla vouloir qu'il fût étemel, et que la cendre même de ce grand homme ne pût jamais être rendue à la France.
On en appelle aux ouvrap^es de Poussiu tout aussi bien qu'au souvenir de sa vie. Où les a-t-il conçus ? Quels sujets y a-t-il traités ? Quel en est le style ? De ces trois questions, la dernière est la question capitale. Mais il est convenable de Tajourner. Je ne saurais la traiter que lorsque le moment sera venu de faire entendre contradictoirement les deux parties. Continuons à choisir, parmi les titres que fait valoir l'École romaine, ceux qui reposent sur des faits incontestables.
Il ne serait que trop facile de compter, parmi les œuvres de Poussin qui n'ont pas péri , celles qni ont été faites par lui en France. Le Musée du Louvre eu possède trois (1), qui sont les plus imporLintes. Joignez-y la Bacchanale des Andelys, si elle n'est pas d*une autre main; les dessins tirés du poème de Marino, que Félibien vit à Rome , dans la collection des
(1) N**. À28 , Jésus-Cbrist insliluanl le sacnemeut de r£udiarblie, 634, Suiut François-Xavier rappelant à la vie la fille d*tin babilant de Caugorima ; hh6. Le Temps soustrait la Vérité aux atleinles de i*Ën?ie el de la Discorde.
Manimi; les fronlispices de la Bible, da Virgile el de V Horace; les belles compositions sur la vie d'Hercule, que AL Gatteaux possède el qu*il a publiées. Le reste a disparu, et le reste était peu de chose, si oo le compare à tout ce que Poussin a fait à Rome, de 162(i ù 1639 , et surtout de i^liZ à 1666. Citons seulement, pour la première période, la Mon de Germanicus, les Sacrements du commandeur del Pozzo, et les Bacchanales de Richelieu. Que de chefs-d'œuvre dans la se« conde, depuis les Sacrements de M. de Chantclou Jusqu'à la Rébecca de M. Pointel, depuis le beau portrait de 1650 jusqu'au Déluge I
Cette enivre, si nombreuse et si variée, se divise Dalorellement en quatre parties, selon que Poussin empruote ses sujets à la fable et à l'histoire profane , aox livres sacrés , à la nature. Sa mythologie poétique et pittoresque est celle du Tasse et de Marino , celle de Raphaël et de l'Albane; il l'a étudiée comme eux, dans Ovide , et plus tard , surtout dans les mosaïques et les bas-reliefs romains ou grecs retrouvés à Rome et aux portes de Rome.
L^UaloIre parait exercer sur son génie méditatif un prestige particulier. Mais il n'interroge que la Bible et l'histoire ancienne. Ses héros sont un Moïse et un Salomon, un Eudamidas et un Diogène, un Camille et an Germanlcus, des Juifs, des Grecs, des Romains; ce ne sont jamais des Français. On chercherait vainement on souvenir national dans ses tableaux. Même durant son séjour en France , il n'a pas fait un tableau de circonstance , ni le portrait d'un seul personnage contemporain.
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Chose plus étrange ! Dans sa manière de Iraiter les sujets sacrés, jamais il ne s'éloigne de la tradition italienne. Môme lorsqu'il travaille pour la France , et qa*on lui a laissé le choix du sujet , jamais il n'a représenté un saint Denis, une sainte Clotildc, un saint Louis , ni les patrons de la France , ni la Sainte des Andelys Jamais on ne saisirait, dans les accessoires du costume ou les détails de Tarchitecture , la réminiscence la plus Aigitive, la plus lointaine , de l'art qui fleurissait dans notre pays jusqu'à l'époque de la Renaissance; c'était un art gothique, un art barbare (1). dont Poussin a répudié le souvenir comme il a perdu celui de nos chroniques et de nos légendes.
Romain dans la peinture mythologique, historique et religieuse , ne sera-t-11 pas demeuré français dans le paysage? C'est une question que je me suis posée, en parcourant la vallée de la Seine , dans tous les lieux que Poussin a trarersés: Fontainebleau, Meudon, St- Germain , et surtout dans ceux où il a vécu : Paris, Villers, les deux Andelys. Il semble, au premier abord, qu'on soit fondé à le faire , lorsque l'on compare les paysages de Poussin avec ceux de Claude : il n'inonde pas, comme celui-ci, des flots d'une lumière chaude et limpide , les cimes dorées, les palais de marbre et la mer étincelante. Est-ce à dire qu'il se sourient à Rome du pays natal , comme il devinait aux Andelys les grandes lignes de la campagne romaine? Les paysages de Poussin appartiennent généralement aux
(1) « A la manière ordinaire , gollitque et barbare, • ( Lettre du 16 juin 16&1 ).
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dernières années de sa vie. Malade , et si près de sa fin , qu'il y tcuche du bout du doigt , le vieillard s'inflpfre de la gravité de ses pensées et de la mélancolie de ses souvenirs. Au moment où vont s'échapper^ avec la force de vouloir et d'agir , les dernières affections et les dernières espérances dont Tâge mûr fut occupé , les impressions de la jeunesse, qu'elles semblaient avoir eflàcées pour toujours , ressaisissent vivement Timagi- BâUoii, comme si l'homme, au moment de mourir^ enayait de recommencer à vivre. Est-il invraisemblable qu'à ce moment Poussin, peu à peu désenchanté de toutes choses , ait souffert secrètement de ton exil» et tourné involontairement sa pensée vers les Andelys?
il y pensait en effet , mais en écrivant son testajnent et non en faisant ses tableaux. Jusqu'au bout, H a empmnté à la campagne romaine les points de vue , les lignes de l'horizon lointain , la végétation des premiers plans, les édifices qui ajoutent à rintérêt du site, les personnages qui l'animenL La lumière même, q[ooiqoe le peintre en tempère volontiers l'éclat, ne doTt pas faire songer à un autre ciel que celui de RoiAe. Poussin a sous les yeux le môme ciel , il représente les mêmes campagnes que Claude ; seulement , OD pourrait dire qu'il est resté plus fidèle à son origine , dans le choix des efitsts qu'il reproduit. Claude préfère les lieux ouverts et riants , les mois les plus keiureox de l'année, les heures du jour les plus serehies M les plus splendides. L'Italie n'a jamais produit d'amant plus passionné du soleil que ce Lorrain, né au pied des Vosges. Le Normand n'a pas été charmé ainsi; il
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seot encore la nature comme il apprit à la sentir dans les bois de Villers et sur les rives de la Seine. Mais , quoiqu'il aime à envisager et à reproduire la campagne romaine sous des aspects plus austères, les images qu'il en a tracées ne sont pas moins exactes. Rien ne rappelle les paysages de Poussin aux Andelys; tout les rappelle au bord du Tibre.
Ainsi , la France , où il est né , mais où il n'a pas voulu vivre , et où il n'est pas revenu mourir, est menacée de perdre encore tous ses droits sur ses ouvrages. Comment les revendiquerait-elle , si elle ne les a pas vu faire et que nulle part on ne l'y retrouve? Rome 9 qui s'y reconnaît partout elle-même , a le droit d'en être jalouse. £Ue en est jalouse et flère. N'en soyons pas offensés, et prenons-le pour un nouvel hdmmage qu'elle a voulu rendre à la mémoire dé Poussin. Mais surtout ne l'accusons pas de fonder sur de pures chimères la prétention où elle s'obstine.