MOT£S ET PIECES JUSTIFICATIVES
A. M. Henri Martin, dans son Histoire de Vrance, a indiqué avec précision et autorité le rôle véritable qu*a joué Beaumarchais dans les négociations secrètes qui ont préparé, entre la France et l'Amérique, le traité d'alliance de 1T78 (V. Histoire de France, ^, édition, volume XIX , pages 272 et 276).
B. li est permis de croire, sans que toutefois aucun document officiel autorise cette conjecture, que M. de Vergennes était dans le secret de la comédie. Il lui importait grandement de savoir quels étaient les projets du gouvernement britannique à l'égard de la Hollande. Quand il sut que lord North avait proposé au stathouder des Provinces-Unies une alliance offensive et défensive , il fit à la Hollande une proposition semblable et offrit à son tour
l'alliauce de la France. Les Hollandais hésitèrent , ils auraient Youlu rester neutres. Ils se promettaient de grands avantages de l'interruption du commerce maritime des trois peuples belligérants ; ils espéraient , grâce à leur neutralité, devenir les facteurs maritimes de l'univers entier. Ils n'osaient , d'ailleurs , se déclarer contre TAnglelerre. La marine hollandaise était bien déchue du haut degré de puissance et de splendeur qu'elle avait occupé au temps des illustres amiraux Tromp et Ruyter. En 1775, elle était hors d'état de protéger efficacement les florissantes colonies fondées par la Hollande en Asie et en Afrique. Cet état de faiblesse relative assurait, au moins, à l'Angleterre la neutralité de la Hollande. Lord North, qui ne connaissait en politique que les procédés violents et l'emploi de la force brutale , entreprit de contraindre de vive force la Hollande à sortir de sa neutralité, et il fit attaquer par des vaisseaux anglais une escadre hollandaise mouillée sur le Dogger- Bank. Le résultat de ce bel expédient politique fut tel qu'on devait l'attendre. La Hollande sortit de sa neutralité, mais ce fut au profit de la France. Toutefois, avant de s'engager avec le gouvernement de Louis XYI, elle stipula que la France se chargerait exclusivement de protéger les colonies hollandaises de Java et du Cap. Ce fut alors que M. de Vergennes expédia aux Indes le lieutenant-général bailli de Suffren. La mission du bailli de Sufifren a été mal comprise do la plupart des historiens. Ils se sont demandé pourquoi , après les avantages i-emportés par lui sur les Anglais , Suffren n'avait pas tenté de recouvrer une partie de l'empire des Indes. L'illustre marin ne disposait pas de forces suffisantes pour tenter une telle entreprise. Son escadre, composée de douze vaisseaux de ligne, ne portait pas de troupes de débarquement. En outre , la mission qu'il avait reçue n'était pas offensive , mais purement défensive. Ses instructions lui prescrivaient , avant tout , de proléger les colonies hollandaises. Il atteignit ce
but de la manière la plus complète et la plus glorieuse. En doublant la pointe de la Péninsule africaine, il débarqua et installa au cap de Bonne-Espérance une garnison française ; il enleva, en vue de TIle-de-France, un vaisseau de ligne et une frégate anglaise ; arrivé dans les mers de rinde, il livra aux Anglais, en moins de buit mois, six grandes batailles navales; il ne leur laissa ni trêve ni répit, si bien qu*ils ne purent tenter contre les colonies hollandaises qu*ils convoitaient de longue main , aucun effort sérieux. En outre , et malgré Tinsuffisance des forces dont il disposait , il enleva de vive force aux Anglais les villes de Gondelour et de Trinquemalé , ce qui permit de recouvrer, par voie d^échange, à la fin de la guerre, Pon~ diohérj et Chandemagor , que les Anglais avaient occupés dès le commencement des hostilités.
C* Cette réflexion de Tespion anglais nous a fait penser que ses rapports étaient adressés à lord Cbatam lui-même.
9. Voici cette chanson, qui est une parodie de la proclamation de Burgoyne aux Américains :
Messieurs* prêtez attention; Voici la proclamation Du bon roi d'Angleterre,
Eh bien ?
Il vent finir la guerre.
Voua m*entendez bien.
C'est Poofrage d*un général Qui ne compose point trop mal :
Pour calmer l'Amérique,
' Eh bien ?
Sa méthode est unique, Vous m'entendei bien.
Nous, Jean Burgoyne , écuyer , Général , goufemeur en pied
Des fille et Fort-Gaillaume ,
EU bien ?
Dans le nord du royaume, Vous n/enlendez bien.
Colonel d*uii beau régimcnl.
Sur lerre et sur mer commandant , De très-illustre race,
EU bien ?
Et de la chambre-basse , Vous m*entendez bien.
Et cetera, et cetera.
Un autre plus long en dira ; Pour moi qui suis modeste.
Eh bien ?
Je me tais sur le reste.
Vous m^entendez bien.
Peuples qui, dupes de fos chefe, Étourdissez de fos griefs ,
Nous fenons vous apprendre.
Eh bien ?
Gomment on doit se rendre ,
Vous m*entendei bien.
Votre Franklin, réleclriseur , N*est qu*un dangereux suborneur ; Insensé qui s*y Ge,
Eh bien ?
Ainsi qu*au?( Dean et Lee , Vous m*entendei bien.
Le Washington n*est qu*un nigaud.
Et 'chaque Allemand lui seul vaut Vingt grenadiers de France, Eh bien ?
Suflolk, au moins, Tafaiice, Vous m'entendez bien.
Ployez-vous sans restriction A notre constitution ;• Le Parlement l'ordonne.
Eh bien ?
Et j'arrife en personne, Vous m'entendez bien.
Dans une main je tiens la mort, Et dans Fautre un trè»-beureux sort ; Le Roi feut qu'on dispense,
Eli bien?
Et justice et démence, Vous m'entendei bien.
Je vais répandre par mUliers Mes sauvages dans vos quartiers ; Et si quelqu'un murmure,
Eh bien I Gare sa chevelure , Vous m'entendez bien.
Restez en paix dans ?os maisons, Gardez fotre lard , vos moutons , Vos bleds, votre fourrage.
Eh bien ?
Le tout pour votre usage, Vous m'entendez bien.
Ne faites plus dans vos foyers De draps, de chapeaux, de souliers ; Laissez nos insulaires.
Eh bien ?
Fabriquer ces misères , Vous m'entendez bien.
Nous vous promettons du bon thé , Des taies, du papier timbré ;
Car la mère-patrie.
Eh bien ?
Vous aime ù la Tolie , Vous m'entendez bien.
J'ai dix mille brates guerriers, Je n'en aurois que cinq milliers, Qu'à toute FAmérique^
Eh bien ?
J'irois faire la nique , Vous m'entendei bien.
Je brûlerai , saccagerai ; Malheur ù ceux que je prendrai !
Car dût-on me le rendre.
Eh bien ?
Je les ferai tous pendre , Vous m'entendez bien.
Vos femmes, vos filles, vos sœurs, Éprouveront, malgré leurs pleurs, De mes gens en furie ,
Eh bien ?
Plus d'une espièglerie.
Vous m'entendez bien.
Je prendrai Ticonderoga , J'irai jusqu'à Saratoga ; Et là vous verrez comme ,
Eh bien ?
Se bat un galant homme , Vous m'entendez bien.
Vous, insurgens, qui m'écoutez, Ne pleurez pas , mais apprenez Que ce pauvre Burgoyne ,
Eh bien ?
S'est allé faire moine, Vous m'entendez bien.
Il ft^est réeUement condiiU Aussi sagement qu*il l'a dit ; Mais après mainis facarmes.
Eh bien?
Il a mis bas les armes, Vous m*eDtendci bien.
Messieurs , bufons à sa santé ; Je crois quMl Ta bien mérité :
Il vous a, sans malice.
Eh bien?
Rendu plus d*un service , Vous m'entendei bien*
E. L^espioD revint en France, quelque temps après, et oontinua à instruire son correspondant des armements maritimes et des expéditions militaires préparés en France, comme aussi de l^opinion publique. On trouve . dans le X*. volume de ses rapports , un message très-curieux sur Teffet produit en France par la nouvelle de la bataille d^Ouessant. Sa correspondance ne cessa qu'en 1780.
V. On peut lire, dans Touvrage de M. Odet- Julien Leboucher sur la guerre d'Amérique, les détails précis du combat de la Belle-Poule et de la bataille d'OuessanU L'ouvrage de M. Leboucher, écrit après la fin de la guerre, a été réimprimé à Paris en 1830.
DE
M. DU FEUGRAY,
Par m. Georges MANCEL,
Membre lilulaire.
Quand, après avoir fouillé avec la palience d'un nnatomiste dans l'existence entière d'un homme, telle que fut celle de M. du Feugray , on en vient à oser dire , sans crainte d'être démenti , qu'on eût dû écrire sur sa tombe, pour toute épitaphe, les paroles de r Apôtre , pertransiù benefaciendo, il a vécu en faisant le bien , il semble que la tâche du biographe devient impossible. Qu'est-ce, en effet, auprès de ces deux mots qui résument à eux seuls les idées de charité sans borne , de dévouement inépuisable , de patience inaltérable dans les revers et dans les luîtes de la vie, que l'histoire môme de cette vie honnête , de ces actions si simples de bienveillance , de ces faits d'abnégation si tranquille? Devant les difficultés qu'on rencontre à chaque instant, on est tenté de prendre au sérieux le défi , porté à l'art par un philosophe de nos jours, de traiter avec élévation la lionne et douce figure de saint Vinconl-dc-Paul.
Nicolas -Louis Pépin du Feugray (1) naquit à Morlain le 8 juin 1786. Élevé d'abord sous la dircclion d*un maître particulier , il acheva ses classes au collège de Vire et vint ensuite à Caen étudier le Droit Plus tard, il perfectionna son éducation à Paris, en suivant simultanément divers cours de médecine et de littérature.
Il avait vingt-huit ans lorsque les événements de 181^9 en ramenant en France la famille des Bourbons dont il appelait le retour de tous ses vœux, le décidèrent cl entrer dans la carrière administrative , et il accepta la place de secrétaire particulier de M. Sé- , guier , choisi par le nouveau pouvoir pour administrer le département du Calvados.
Les efforts que M. Séguier fit^ en 1815, pour maintenir le Calvados sous Tobéissarice du Roi et les sentiments religieux qu'il manifestait hautement , Tont fait accuser d'Intolérance par certains hommes de parti; d'un autre côté, on sait qu'il fut un moment en défaveur pour avoir agi avec trop d'indulgence envers les libéraux et les bonapartistes. Si Ton peut juger de la conduite du supérieur par celle de l'inférieur qui lui était dévoué > nous devons penser que la première accusation portée contre lui ne mérite aucune créance.
(i) Bien que M. du Feug^ray, signât ordinairemetu Dureugray sans séparer la particule, les actes qui le concerneut portcul tous (In Feugray, Tacte de mariage de son |)ère en Tait Toi : « Entre « mcssire Philbert Gui Jacques Pépin du Feugray , escuyer , « seigneur de Vaux-Marlin, fiis mujcur de feu mcssire Nicolas « Pépin, cscuicr, conseiller du roi, premier trésorier de France tt au bureau des finances de Caen, etc. »
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M. da Feugray, en effets resta fidèle à ses principes jusqu'à sa dernière heure ; mais cette fidélité n'altérait en rien l'aménité de ses relations avec les hommes que leurs idées politiques plaçaient dans un camp opposé. Il respectait l'opinion des autres quand il la croyait, comme la sienne, fondée sur une conviction désintéressée.
 la seconde Restauration , M. du Feugray accompagna M. Séguier à Amiens, lorsque celui-ci fut envoyé dans le département de la Somme, et, bientôt après , il y fut nommé conseiller de préfecture. 11 était à peine installé dans ces nouvelles fonctions , que M. Séguier demandait son changement , et l'emmenait avec lui à la préfecture de la Meurthe où il venait d'être transféré. L'administrateur avait fait de M. du Feugray son ami, et tenait h le conserver auprès de lui.
M. du Feugray resta sons ses ordres Jusqu'au 5 avril 1821: à cette époque, M. Séguier étant passé à ta préfecture de la Côte-d'Or , son secrétaire le quitta et alla régir , en qualité de sous-préfet, l'arrondissement de Savenay ( Loire-Inférieure ) , qui , bien que près de trente ans se fussent écoulés depuis 1793, se ressentait encore de la lutte acharnée que les Vendéens y avaient soutenue contre Kleber et Marceau. Les événements récents qui venaient de changer les formes du gouvernement y avaient même réveillé les haines entre les citoyens.
Le premier soin de M. du Feugray, h son arrivée , fut de chercher à ramener la tranquillité dans les esprits, et les résultats les plus satisfaisants répondaient à ses eiïorts, quand tout à coup Finvasion d'une maladie
épidémique jela la terreur dans la contrée. N'écoutant que son devoir, ii se rendit avec deux médecins dans les communes où le fléau exerçait ses plus affreux ravages. Les deux médecins et la moitié de la population succombèrent en. peu de jours. M. du Feugniy , resté seul» ne voulut pas quitter le poste périlleux qu'il avait choisi , malgré les injonctions bienveillantes du Préfet Malade lui-même, il soignait encore les mourants, et il ne consentit à se retirer que lorsqu'il ne lui resta plus de souffrances à soulager.
Cette belle conduite devait avoir sa récompense: en juin 1826 , M. du Feugray était appelé à la plus importante sous-préfecture de France, celle de Toulon, et, le 19 mal 1825, 11 recevait la croix de la Légiond'Honneur.
À l'arrivée de M. du Feugray dans sa nouvelle résidence, un grand mouvement régnait dans les travaux maritimes: le ministre avait compris la nécessité de donner plus d'extension à l'enceinte du port I/activité fut encore augmentée, deux ans plus tard, par les inquiétudes que donnaient du côté de FOrient les premières tentatives des Grecs pour reconquérir leur indépendance, et les insultantes bravades du dey d'Alger. Les yeux de tout le royaume étaient tournés vers Toulon. Bien que le nouveau sous-préfet n'eût à s'occuper ni des constructions ni des armements, il lui fallut surveiller une foule d'étrangers , spéculateurs ou curieux , accourus pour assister tantôt au départ du capitaine Collet pour les côtes barbaresques , tantôt ti celui de l'expédition de Morée, tantôt enfin h celui de l'expédition d'Alger.
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t Toulon, dit un témoin oculaire, présentait un spectacle auquel les yeux, l'esprit et les oreilles avaient d'abord quelque peine à se faire. Des officiers et des soldats de toute arme encombraient les rues, les promenades, les places publiques. Des matelots provençaux , italiens , catalans , maltais , grecs, barbaresques , bretons, normands, portant le costume et parlant le langage de leurs diverses patries, se mêlaient, se pressaient, du matin au soir, sur le rivage , au milieu d'une inexprimable confusion. Le bruit des cloches était remplacé, pour marquer les heures, par le son des trompettes, des clairons, des tambours; celui des métiers ou des industries , par de perpétuelles détonations d'artillerie ou de mousqueterie. Des caissons, des fourgons, des pièces de canon, circulaient dans les rues, au lieu des charrettes et des voilures qu'on y rencontre d'ordinaire ; et une multitude de barques, de canots, d'embarcations de toute sorte , ne cessait en même temps d'aller et de venir du port à la rade , de la rade au port. Du côté de la terre , on eût dit une ville prise d'assaut, ou tout au moins envahie par « une nombreuse armée ; du côté de la mer , un Q immense entrepôt où seraient accourus des navires « de tous les points du globe. »
Au milieu de ce tumulte » l'active surveillance de M. du Feugray Favait rendu tellement utile, tellement nécessaire^ que le ministre de Tintérieur , en le nommant préfet des Landes le 2 avril 1830, lui donna l'ordre de n'aller à Mont-de-Marsan que quand l'embarquement des troupes aurait été complètement
eiTeclué , et il ne pal quitter Toulon que dans les premiers jours de juin.
M. du Feugray , en arrivant dans le chef-lieu de son département, apprit ia prise d'Alger ; mais le dernier coup de canon qui annonçait cette glorieuse victoire avait à peine retenti , que la Révolution de Juillet , en renversant le gouvernement auquel M. du Feugray était dévoué, détruisait, en même temps, toutes ses espérances de fortune. Toutefois, il n'hésita pas un seul instant ; comme tant d'autres, il eût pu se rallier au pouvoir naissant ; une belle carrière lui était encore ouverte. Il préféra une honorable obscurité à de honteuses concessions : sa démission fut immédiatement envoyée et il rentra dans la vie privée.
Le séjour prolongé qu'il avait fait h Caen , les liaisons qu'il y avait formées, le besoin, que tout homme éprouve, de se rapprocher du pays natal, déterminèrent M. du Feugray à choisir cette ville comme lieu de retraite.
Cependant la tempête qui, en passant sur la France, avait entraîné la ruine des Bourbons de la branche aînée, était loin d'avoir anéanti leur parti, i^s incertitudes du pouvoir récent et ses faux ménagements encouragèrent bientôt les vaincus à des tentatives pour ressaisir le gouvernement de la société. Des journaux légitimistes se fondèrent de tous côtés. Caen fut une des villes qui prirent l'initiative, et M. du Feugray devint un des principaux rédacteurs de l'Ami de la Vérité. Ce journal engagea une lutte acharnée, du mois de mars 1831 au mois d*octobre 1835, contre la famille d'Orléans et ses partisans , et ne tomba qu'après
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plus de trente procès et une condamnation de trois années d'emprisonnement pour son gérant.
A partir de cette époque, M. du Feugray, tout en conservant ses principes , ne fit plus de pol^ique active , si ce n'est dans les rares moments où la question électorale agitait la population et où il avait fi apporter son vote ou son influence; et, choisissant pour sujet la viile de Caen , sa patrie d'adoption . il se livra avec ardeur aux études historiqueset économiques vers lesquelles ses goûts l'entraînaient depuis longtemps.
Dès 1821, en elTet , il avait communiqué à l'Académie de Nancy des Recherches sur les sépultures des ducs de Jj)rra\ne , dans lesquelles on reconnut une vaste érudition : ce sont les termes mêmes du rapport à l'Académie, et qui contribuèrent à le faire nommer membre de cette Société savante. En 1825, il avait collaboré activement aux Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Toulon^ en 1793, rédigés par M. Z. Pons, livre qui , bien qu'écrit avec un esprit de parti trop prononcé . n'en est pas moins une des meilleures sources où devra puiser tout iiomme consciencieux qui voudra écrire V Histoire de Toulon à cette époque mémorable; et. enfin, en 1830, il avait donné un Projet de défrichement des landes de Gascogne, qui a été remarqué au milieu des nombreuses brochures que cette importante question a fait naître.
M. du Feugray, avant de traiter les différents points dont il se préoccupait , jugea d'abord à propos de les étudier dès leur principe ; il compulsa nos vieux historiens , et profitant ensuite de son élection au Conseil
municipal de Caen, en 1846, et plus tard, en 1869 , an Conseil d'arrondissement, pour se faire ouvrir les archives de la vUle qui n'étaient pas encore mises en ordre» et pour visiter celles du département, il procéda au dépouillement des notes curieuses qu'elles renferment On doit à ces études un manuscrit in-f. intitulé : Analyse des cinquante premiers registres de la ville (1) et des Recherches biographiques sur la famille du chroniqueur de Bras de Bourgueville ^ qui sont restées inaciievées. Les brochures qu'il publia plus tard se ressentent toutes, plus ou moins, de ces travaux préliminaires. A chaque ligne on entrevoit Tantiquaire à côté et parfois au-dessus de Fadministrateur et de l'économiste. Ce fut peut-être un défaut au Rioment où ces travaux parurent, puisque les digressions historiques nuisaient à la rapidité de la discussion que l'on cherche principalement dans ce genre d'écrits éphémères; mais ils y gagnèrent en ce sens, que, bien que le problème qu'ils s'efTorçaieut de résoudre ait trouvé depuis long-temps sa solution, ils méritent encore d'être consultés pour la foule de documents qu'ils renferment et qui intéressent toujours l'historien.
On peut voir la vérité de ce que nous avançons , en lisant les Essais de l\l. du Fcugray , sur la question du chemin de fer de Paris à Cherbourg, ti son passage par Caen , et sur remplacement de la gare dans cette
(1) Ce manuscrit a clé donné par la raïuille de M. du Feugray ù la nîbliotbèquc de Caen; il est inscrit au catalogue sous le n«. 8A.