‹ Mémoires. 2Chapitre 71 sur 99 · EN BIATIÈRE DE DIFFAMATION · texte numérisé non relu

EN BIATIÈRE DE DIFFAMATION

aux susceptibilités de famille. L'un voudra se poser en vengeur de son nom ou de sa race, Tautre sera friand défaire parler de lui, en attachant son nom à la publicité d'un débat judiciaire : plus d'une fois les haines politiques ou religieuses choisiront ce champ de bataille. Vous aurez exagéré une loi de paix, et vous allumerez partout la guerre...

Hélas ! depuis qu'un malheureux rhéteur, parlant par métaphore, s'est avisé d'appeler propriété le droit d'auteur, si respectable, mais si différent du droit de propriété, que de sottes prétentions, que d'impertinents procès cette psendologie n'a-t-elle pas engendrés ! Ici , vraiment, ce sera bien autre chose ; ce ne sera plus question d'argent, mais question d'amourpropre, et l'on sait si l'amour-propre fait défaut dans notre cher pays.

Croyez-moi, dirai-je en terminant au magistrat* n'ayez pas la prétention d'être plus sage que la loi. Contentez-vous d'être son organe : c'est une tâche assez belle encore.

Croyez-moij oserais-je au besoin dire au législateur, n*aycz pas la prétention de tout réglementer dans la société. Laissez quelque chose à faire à la raison publique, à Topinion des honnêtes gens, à la conscience d'une nation éclairée. De tant d'allégations téméraires, que subsisle-t-il après quelques années ? Que n'a-t-on pas écrit contre Voltaire ? sa mémoire en est-elle moins glorieuse? et récemment encore, des mal inspirés n'ontils pas essayé de troubler la cendre de notre Béranger ? est-ce à Béranger que leurs attaques ont fait tort ?

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*'n PAR M. P.-A. VIEIIXARD ,

Bibliothécaire du Sénat, membre

Il n'est pas sans exemple qu'à force de se répéter sciemment à soi-même ane erreur , on ne finisse par

s'en faire une vérité.

Là vertu est la pi^atique de Tordre dans Fe monde . ï moral.

Pourquoi, en estimant beaucoup certaines gens, ne saùrait-on jamais parveikir à les almèr? Ne serâit-ee pas, parce que l'estime est un sentiment raisonné et que l'amitié est une prédilection instinctive?

Autant que possible^ voilà la devise de Tamitié : Audelà du possible, voilà l'adage hyperbolique de Pamoinr.

Rien n'est comparable à Timpression de satisfaction orgueilleuse d'un sot « se pavanant dans le récit de la sottise qu'il vient de faire et qui doit le perdre

Quand nous avons disparu de la terre, rien n*y reste de nous que ce qui n'est pas d'elle.

Le succès littéraire d'un auteur , dont le talent est méconnu, fait une double blessure à l'amonr-propre de ses détracteurs, d'abord comme succès , et ensuite comme démenti.

Se plaindre des rigueurs imméritées du sort est souvent un besoin pour ceux qui en souffrent, iûais il ne faut pas alors que la plainte devienne un refrain.

PENSfiES. 539

car elle tournerait au ridicule, et le ridicule est ce qui éloignée le plus Tintérêt.

Il n'est pas donné à tout le monde d'avoir raison d'une manière raisonnable.

Il est à peu près infaillible qu'on se perde par cette conGance vaniteuse et étourdie qui, ne doutant de rien, ne calcule jamais le pour et le contre cl*aucune partie. Mais on ne s'expose pas moins, par cette méfiance, peureuse et inactive, qui, ne voyant jamais que le côté désavantageux des choses de la vie, laisse échapper les chances de succès les plus favorables.

Cache ta vie est , dit-on, un précepte de la sagesse. Ne serait-il pas plus sage de dire : conduis ta vie de manière à pouvoir la montrer à tout le monde?

Les décrets de la Providence nous étreiguent de telle manière que tenter de lutter contr'eux, ce serait faire comme la paille qui chercherait, par son choc, Pk briser une porte de fer.

Les esprits faux et passionnés sont toujours prêts à se jeter inconsidérément dans les entreprises les plus hasardeuses. Aveuglés par la présomption, ils prennent leurs fautes pour autant d'habiletés , leurs mécomptes pour autant de réussites, jusqu'à ce qu'une dernière déconvenue démasque une batterie dont l'explosion, comme celle de la foudre , réduise enfin à néant et leurs illusions et leurs espérances.

Qu'un amoUidrissement dans les bons oflBces habi* tuels d'un ami ne soit pas, de prime-abord, pour nous un symptôme de refroidissement de sa part Supposons une cause indépendante de sa volonté, au lieu de lui prêter une intention spontanée et désobligeante; en

un mot* gardoDs-Dous de la susceptibilité, tant qu'elle pourrait conduire à l'injustice.

On peut avoir une haute estime de soi-même , sans que cela nuise en rien à l'estime des autres ; mats on perd, à coup sûr, celle-ci par l'ostentation d'une puérile vanité.

Bien peu de gens entendent assez leurs vrais intérêts pour trouver plus de plaisir à donner qu'à recevoir.

n est bien plus aisé et plus sûr de se taire sur ce qu*on ne pense pas, que de dire tout ce que Ton pense.

Quel spectacle plus étrange « quel exemple plus inouï, que celui de ces privilégiés du succès qui, blasés sur les jouissances de la gloire , de l'amour-propre et des sens , manifestent leurs actions de grâces envers la Providence par leurs cris de désespoir et les blasphèmes de l'ingratitude! Ces hommes ne craignent pas d'écrire que, comme Caton d'Ulique, ils se déchireraient les entrailles s'ils n'étaient pas d'une autre religion que lui. Excès d'aberration qu'il serait impossible de concevoir, s'il n'offrait pas à l'infortune , vertueuse et soumise, la meilleure démonstration d'une éternité, rémunératrice des épreuves d'ici -bas.

Pourquoi, presque toujours, voyons-nous moins clair dans nos propres affaires que dans les affaires d'autrui ? C'est que , dans le premier cas, la passion aveugle notre jugement , et que , dans le second , le désintéressement nous laisse toute notre clairvoyance.

Le caprice préside aux jeux de la Fortune; l'équité^ règle les arrêts de la Providence.

PENSÉES. Zki

Quand il s'agit d'actes repréhensibles, la passion peut tout expliquer, mais elle ne justifie rien.

L'amour malheureux se plaît à se tromper par les indices môme les plus propres h détruire ses illusions.

De tous les masques dont se couvre Thypocrisie, la fausse modestie est peut-être le plus méprisable.

Certains hommes poussent Toutrecuidance jusqu'au point de trouver fort mauvais qu*on refuse de courir la chance de se perdre en suivant aveuglément leurs inspirations.

L'ostentation de la douleur en est prévue la négation. Dans tous les cas, la douleur, réelle ou simulée, la douleur qui s'affiche y loin de provoquer la sympathie d'autrui, la repousse, en raison même des efforts qu'elle fait pour l'attirer.

Se surfaire, c'est s'amoindrir.

L'ostentation et le bruit, substitués ii Thumilité et au silence, dans l'accomplissement des pratiques religieuses, en font presque des sacrilèges.

Les hommes dont il est le plus facile de pénétrer la pensée, sont ceux qui prennent pour enseigne la dissimulation.

Le plus grand tort qu'un subordonné puisse avoir aux yeux de son supérieur, c'est d'avoir raison contre lui.

Le rôle de victime est souvent très-honorable : le rôle de dupe est presque toujours ridicule.

La présomption est la grande parure de la sottise et de l'ignorance.

Quand on voit le mal en toutes choses, on est bien près de le mettre en pratique.

3â2 PENSÉES.

Se croire nécessaire dans le monde esl une erreur trop fréquente parmi les hommes. ..•• et poartaflt, hélas ! de tous ces vides que la mort fait joumellenent au milieu de nous, dans tous les rangs, à tous les degrés, quels sont ceux qui ne se trouvent presqu'iroméditiement comblés? Quelle place reste inoccopée? Qodk douleur ne s'apaise? Quel souvenir ne s'elKace? Soit erreur de l'amour-propre, soit lUusioD du coBur, m moment de la séparation, celui-ci se figure qu'il sera toujours regretté, celui-là se promet de regretter tôt- Jours :... déception des deux côtés;.... mais cette déception, loi à peu près invariable de la nature liuaudiie, n'est-elle pas pour elle plutôt un bienfait qu'un malhev?

Certains hommes, qui ne se font aucun scu-upule de publier un secret, quand il a été découvert par lev pénétration, ne voudraient pas, au péril de leur vie, divulguer un secret qu'on aurait mis sous la gaide de leur honneur.

Un zèle très-sincère peut être le mobile de c^ertaiis conseils donnés à titre gratuit et qui ont pour bot le salut du prochain. Ne hasarde-t-on pas beaucoup, cependant, en se posant ainsi comme intermédiaiiede la Providence auprès du pécheur, et en excitant celni-d à faire des actions qui l'exposeraient à mentir à Dieo?

Nos besoins s'augmentent, en raison de nos rooyeDS de les satisfaire; ils nous tyrannisent comme les domestiques tyrannisent le maître, dont ils reçoivent des ordres qu'ils n'exécutent qu'autant et que comme il leur plaît

On se méprend beaucoup, en confondant, comme cela arrive souvent , dans les habitudes de la vie le

moavettient avec i'agitatioiL Le mouvement e9t un at- Iribut essenUei de la vie^ ragUalion, au contraire, est un principe de mort.

S'il est un sentiment qui engage, c'ç^t , à coup sûr, celui de la reconnaissance. MXie ne doit cependant j^ais engager au-delà du devoir, ni de manière à porter atteinte à Testime de soi-même.

Un moyen d'être toiyours bien avec les autres et avec soi-même, c'est de ne jamais, pour son propre compte, manquer à la reconnaissance^ et de n'en attendre jamais de la part d'autrui.

La meilleure garantie de réussite, dç^ns les plus grandes entreprises de la politique, de la guerre, du commerce^ des lettres, etc., réside dans la recherche des détails , en apparence, les plus minimes.

Quand l'injustice d*un supérieur à Tégard d'un subalterne a pour base un sentiment de rancune, elle revêt le caractère de la prévarication.

De quel nom flétrir assez le caractère et la conduite de Thomme qui, en affichant les principes d'un Spartiate, se livre aux habitudes d'un Sybarite et porte dans le communisme les allures de l'aristocratie ?

L'habitude de la plainte, chei les infortunés, écarte bientôt d'eux la pitié.

Les félicitations que nous adressons aux gens heureux prennent le caractère de l'ironie, ou même du reproche, lorsque nous mettons en jopposltlon le tableau de nos dii^râces.

Les gens vulgaires ne rendent justice au mérite d'autrui, que dans la mesure où ce mérite peut leur être utile.

ZtlU PENSÉES.

Jouir un peu et beaucoup souffrir, sont les den conditions de l'humanité , et pour profiter de la première, il faut savoir accepter la seconda

Quand deux personnes d'humeur diverse et d'oD caractère également porté à la domination^ se trou? eot en présence, est-ce la plus éclairée qui Tait préfaloir sa volonté? Non; c'est la plus opiniâtre.

La crainte la plus pénible que puisse éprouver an cœur porté à la reconnaissance, c'est de passer pour ingrat

Il y a, dans le monde, une race de gens qui se disent fort affairés, et qui ont toujours le temps de faire perdre celui des autres.

On rencontre, dans la vie, des événements qui apportent à l'âme , dans une dose à peu près égale, de tels éléments de joie et de tristesse , que l'on ne sait si l'on doit en être au désespoir ou s'en réjouir à l'excès.

Ce qui nous paraît le plus haïssable, ce sont nos propres défauts. lorsque nous les rencontrons chez les

autres.

Au train dont vont aujourd'hui les clioses de la vie, on est bien plus exposé à sc compromettre pour une maladresse que pour une malversation.

Les principes les plus sûrs, les inclinations les plus droites, la conduite la plus irréprochable ne suffisent pas, pour peu que la fatalité s'en mêle, à garantir un individu contre toutes les avanies du hasard ou de la malveillance, de la fortune ou des hommes.

L'une des impressious les plus pénibles que puisse ressentir un cœur bien placé , est la crainte de trouver, à un être aimé, de ces torts qui entraînent au moins la perte de toute estime, si ce n'est celle de toute

affection : aussi rien n'est plus doux, en ce genre, que le retour de l'appréhension à la sécurité.

La manie de vouloir récolter où Ton n'a pas semé, a toujours pour résultat de vouer à la disette ceux qui en sont atteints.

Souvent nous avons à reprocher à autrui des torts réels à notre égard; mais n'arrive-t-il pas souvent aussi que nous ayons provoqué ces mêmes torts ; et songeonsnous, alors, à nous faire une juste part dans le reproche que nous adressons à autrui ?

Il y (i des écrivains qui exagèrent tellement la portée de la pensée et le rôle de Texpression, qu'on dirait, à les lire, qu'ils ont la prétention de faire tenir un livre dans chacune de leurs phrases.

Répondre à un mauvais procédé par un procédé de même nature, dont souvent la revanche exagère encore la portée et le caractère, est-ce agir comme il faut? est-ce se montrer chrétien, ou seulement équitable, que de substituer la réciprocité de l'injure à la générosité du pardon ?

Rien n'éclaire, et rien aussi n'aveugle autant que l'amour, surtout lorsque c'est la jalousie qui tient son flambeau.

La faveur est un filtre irrésistible , qui peut enivrer jusqu'au délire les plus hautes intelligences et les cœurs les plus droits.

Comment se fait-il que, presque toujours, un ambitieux aille sombrer sur le même écueil où s'est perdu son prédécesseur ?

En quelque condition qu'on se trouve placé par le sort, le bien le plus précieux auquel on puisse pré-

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iendre, c'est d'a?ofr tou^urs le droit de conserver sa propre estime.

Parmi toutes les misères qai sont la boule de Tlio- «aoité, peut-être o'en est-Il pas de plus d^idorables» de plus abjectes, que celles qui ont leur source dans • Favidité des jouissances de l'ambition sociale» et surfont de la vanité littéraire? Aussi qu'un rang, qu'im grade, qu'une distinction vienne à vaquer dans cet *ordre d'institutions honorifiques dont l'ensemble constitue la charte de la soi-disant République des lettres, e(« pour en conquérir le bénéûce^ voyez quelle émulation de basses flagorneries; quelles lâches capitulations de*conscience s'établissent soudain entre les concurrents à la médaille, à la décoration, au fauteuil , qu'il s'agit 4e conquérir! Voyez, pour l'emporter, queb démentis s'inflige à elle-même l'opinion, sur le compte de l'individu qui peut faire pencher la balance! Voyez ia louange obséquieuse s'efforcer^ non- seulement de couvrir des défauts visibles à tous les yeux, mab s'attacher, de préférence, à ces mêmes défauts, pour en faire autant de vertus!.... £t Ton voit pourtant des hommes d'un savoir réel, d'un esprit distingué, d'un sens délicat dans tout le reste, prostituer, à ce point, leurs convictions aux appétits de leur orgueil!... Je le répète tout haut : misère ! opprobre ! désolation !

Refuser de rendre un service demandé, c'est, à coup sûr, se faire. un ennemi: rendre ce service, c'est bien souvent faire un ingrat Trop souvent un service rendu n'est qu'un mandat à vue tiré sur l'Ingratitude. Trop souvent aussi un service rendu est un placement avec prime sur ia reconnaissance.

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