BÉRANGER LITTÉRATEUR ET CRTTIQDE
Nous craignions qu'elle ne fit descendre dans notre estime Tillustre chansonnier, qui sut allier à son amour
remplir d*une manière digne de ses désirs et de l'atlenle publique. Son rôle est d'avoir chaulé nos plus vigoureux et nos plus utiles ▼ers français au XIX*. siècle, et d'avoir été le plus vrai des grands hommes el des hommes de bien. >
Nous sommes heureux de voir, parmi celle Toule de jeunes écrivains qui se courbent devant le veau d'or , el affichent un grand dédain pour le souvenir de nos luttes et pour nos libertés conquises et perdues, reconquises et reperdues, de voir, disonsnous, un jeune auteur qui se voue à combaltre les critiques asseï insoucieux de toute réputation pour allaquer, comme usurpée, celle de Béranger. A ces censeurs partiaux nous pourrions opposer bien des témoignages. Nous en citerons deux seulement, Tun de M. Sainte- Beuve, l'autre de Chateaubriand.
Quand le recueil de 1833 panit, le dernier que Béranger dût publier de son vivant, le célèbre critique fit, dans le National ( vers le 6 mars ), un article dont voici quelques lignes: • Le champ est parcouru dans tous les sens ; toutes les collines à l'horizon sont gravies. Une fois ù celle hauteur, on peut tirer l'échelle; il n'y a plus un coin de chanson vacante où mettre le pied. Nous comptons bien que quelque grand poète succédera assez tôt pour ne pas laisser s'interrompre la postérité directe el si française de Rabelais, Régnier, Molière, La Fontaine et Béranger. Mais, sous la forme particulière dont Béranger a fait usage, la mise en œuvre de cet esprit national nous semble pour long-temps interdite. Un tel à-propos et un tel bonheur, exploités par un génie qui a su si complètement s'en rendre compte, sont un coup unique dans une littérature. ■
Le 26 septembre 4831, Chateaubriand écrivait à notre chansonnier : « Un grand poète, quelle que soit la forme dans laquelle il enveloppe ses idées, est toujours un écrivain de génie. Pierre de Béranger se pla*^ à se surnommer \e Chansonnier ^ Jean de La Fontaine le Fablicr. O puissant parmi nos immorlalicés populaires, je vous prédis. Monsieur, que voire renommée, déjà sans rivale, s'accroîtra encore ; car si vos sujets sont du siècle, votre style n'en est
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de la liberté ODe admiration vraie pour les gloires de TEmpire et pour le génie de l'Empereur. Nous nous demandions, d'ailleurs, si tant de lettres rapidement écrites par un poète qui a limé diflQcilement ses vers les plus faciles, ne porteraient pas les traces d'une excessive négligence; si ce dépouilIen>ent, si cette mise k nu de la vie privée du poète , le laisserait au rang d'excellent iiomme où il s'est placé dans l'œuvre posthume. Ma Biographie ; en un mot, nous tremblions de trouver le faux bonliomme dans le Béranger que nous dénonçaient certains critiques. Nos craintes sont dissipées. Nous avons lu les quatre volumes recueillis par M. Boiteau, édités par M. Perrotin, et nous remercions ces deux amis de notre grand lyrique, et nous les félicitons de leur zèle à sauver de l'oubli une foule de pages excellentes qui, sans eux, n'eussent jamais vu le jour.
Nous renonçons à l'Idée de combattre ici les ennemis de Béranger. Béranger est celui de nos poètes contemporains qui résistera le mieux à l'examen de la postérité. Lamartine et Bugo reçurent des dons plus larges , un soufiQe plus puissant ; mais ils n'ont pas su régler l'usage de leurs merveilleuses facultés, et La chute d'un ange et La légende des siècles paraîtront des œuvres monstrueuses aux curieux qui, dans l'avenir, chercheront les beautés éparses dans ces volumes de
pas. Dans Tanarchie de la nouvelle école, peu de juges aujourd'hui sont capables d*apprécier ce qu'il y a de fin et d'achevé dans vos vers ; peu d'oreilles assez délicates peuvent en savourer l'hannonie. Le travail le plus exquis s*7 cachesous le naturel le plus cbamiant •