‹ Mémoires. 2Chapitre 74 sur 99 · BÉRANGBR LITTÉRATEUR ET CRITIQUE · texte numérisé non relu

BÉRANGBR LITTÉRATEUR ET CRITIQUE

décadence. I^ langue française y est faussée • forcée » déOgurée ; elle y relève de Ronsard |>lus qae de Malherbe, tandis qoe sa clarté, sa pureté, son doux éclat, sa constante et enchanteresse harmonie se retrouvent dans toutes les œuvres lyriques de Bérangen Elles resteront, comme celles d'Horace, un modèle aiAevé de style à la fois pur et hardi . abondant et sobre. L'auteur est de ces génies qui ont su condenser la pensée et donner aux mots un sens si profond, que plus on étudie leurs chefs-d'œuvre , plus on y découvre de beautés. Venons à sa Correspondance.

Les lettres qui la composent, épanchements de Tamitlé « ou recommandations en faveur de pauvres diables qui imploraient son intervention prèsdes puissances, ou réponses à des importuns qui le fatiguaient de leurs œuvres imprimées, souvent même de paquets d'œuvres manuscrites; ces lettres, improvisées sans prétention , sans souci du public aux yeux duquel Béranger ne s'imaginait pas qu'elles seraient soumises; ces lettres , parfois négligées comme une conversation entre amis où Ton ne vise qu'à se faire bien comprendre, ont aussi parfois des pages étincelantes de verve et d'une chaleureuse éloquence. Mais le ton général est le ton simple et tempéré. Ce qui domine partout, c'est une raison pleine de tact, c'est un exquis bon-sens. Il y a parfois un peu de Féoelon et toujours du Franklin, beaucoup de Franklin.

Les seuls points vulnérables de l'écrivain sont dans ses préjugés d'enfance. II vivait, à quinze ans, dans une mauvaise république, et toute sa vie il a fait des vœux pour vivre dans une bonne. De tels vœux n'avaient rien

D'APRÈS SA COEKESPONDANCE. S5i

de coupable : on peut rêver de goaverneroeDt où toot soit réglé par la raison, et d'où la passion 9oil exclue; mais le bon-sens nous semble en défaut quand on ne voH pas qu'une république est un état impossible sans républicains, que les républicains français sont géné^ raiementambitieux* bavards, vaniteux, utopistes, et par suite impuissants. Or, Béraoger ne se méprenait pas sur la valeur de ses amis politiques ; il voyait leurs fautes, il les signalait, il désespérait de les remettre dans le droit chemin, d'endiguer leurs divagations; mais il avait cette foi robuste qu'ont les Juifs au Messie : • Il n'est pas venu, disent-ils, mais il viendra. Quand? nous l'Ignorons; mais il viendra! il viendrai » Ils l'attendent encore, et le christianisme s'est établi , et les destinées de l'humanité s'accomplissent

Disons toutefois qu'il n'y eut jamais rien de plus innocent que l'utopie républicaine de Béranger. C'était un amour platonique, ennemi de l'action, i^s moyens extrêmes des ultras du parti ne lui inspiraient que de l'horreur, et il l'exprimait hautement dès qu'il s'agissait d'un attentat à la vie du roi. Il s'indignait que les feuilles démocratiques témoignassent une sorte de connivence criminelle, par leurs ménagements pour les assassins. Il se réfugiait dans son idéal, et méditait quelque nouveau chant de cette série de pièces qui composent son épopée impériale.

Nous laisserons de côté l'honnête utopiste, nous négligerons même l'homme bienfaisant par excellence, et nous ferons connaître, par des extraits, le littérateur laborieux, le critique sensé qui, sans études classiques, s'était fait des principes sévères auxquels il a dû, non

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