BÊRANGRR LITTÉRATEUR KT CRITIQUE
Plus on Tétudie, plus on est convaincu de la bomw foi de sa modestie. A Tépoque où sa gloire était à son apogée, eu 1831 . il écrivait:^ Ma réputation si étendue, si populaire, étendue où peut-être jamais en Friioe réputation d*auteur n'a pu atteindre, ma répntatioB, dis-Je, n'a pas fait varier le Jugement que je porte de mes productions. Je suis un bon petit poète, lialiile ouvrier, travailleur consciencieux, à qui de vieux ain et le coin où je me suis confiné ont porté bonheur, et voilà tout! D'après cela, vousdeves juger. Monsieur, combien Je suis reconnaissant envers ceus qui veulent bien Jeter d'en haut quelques fleurs sur ma pauvre vielle. . Car ce n'est qu'en rougissant que je me sois servi parfois du mot de lyre, Non« ce n'est qu'une vielle que Je fais résonner ; mais elle est indépendante* et m'a servi à consoler ce peuple des rues que notre haute littérature a peut-être trop dédaigné. »
Trois ans après, il écrivait dans une lettre à M. Guint: « Pour mon compte, j'ai toujours repoussé le titre d'homme de lettres, comme étant trop ambitieux poor un chansonnier. »
Plus tard, à son âge de cinquante-sept ans, il dit encore avec une charmante iionhomie : « Je m*étonne toujours qu'on parle quelquefois d'un Béranger chansonnier, que j'ai vu assez fêté dans le monde, et qne les sots appellent Momus ou Anacréon, Ce rimeur est mort; il reste un Béranger, humble philosophe, vieil ermite, toujours occupé de son pays et de ses amis» mais qui n'est plus bon à grand'chose, épuisé qu'il est par quarante ans de luttes et de soucis, et bien heureux d'avoir conservé quelques restes de gaieté pour
d'apbès sa correspondance. 371
braver des soucis nouveaux, en cas d'aventure. Car esl-il de retraite si obscure où le mauvais sort ne s'amuse à Jeter quelques pierres ? Heureux si ce n*est pas une avalanche qui tombe ! — Ne dites pas cela à votre petit-fils; il ne faut pas décourager ceux qui arrivent •
Ce dernier trait peint le caractère du poète, désenchanté pour son propre compte, mais léguant à la jeunesse ses principes et ses espérances.
La date de ce désenchantement personnel est facile à trouver dans la Correspondance, que nous parcourons sans méthode et qui nous en paraît plus piquante. Après ravoir lue de suite et sans interruption, il est fort agréable de la reprendre au hasard, et de s'arrêter à des idées sur lesquelles on avait glissé d'abord. La date dont nous parlions est du mois d'août 1830. Une dynastie est tombée; une révolution a donné le pouvoir aux amis de Béranger. Pendant que les vainqueurs sont à la curée, et que toutes les ambitions sollicitent des places qu'on offre en vain au poète, résolu à conserver son indépendance, il s'aperçoit bien vite qu'il y a quelque chose à faire, un beau rôle à remplir, et il écrit à sa tante. M''*, fiouvet, que satisfaire son amour pour l'iodépéndance « c'est être encore utile, ne fût-ce que par l'exemple d'un refus d'honneurs ou d'emplois, à l'instant oii tout le monde se dispute la dépouille des vaincus. »
Un homme qui avait tant fait pour le triomphe ûe^ idées nouvelles , ne pouvait être oublié au jour des récompenses. Puisqu'il ne voulait ni places, ni pensions, ni croix, on désirait au moins qu'il acceptât un fauteuil d'académicien avec l'accessoire du traitement