BÉRANGER UTTÊRATEDR ET CRITIQUE
à cralDdre chez nous , n'étant pas la maladie ordinaire des sociétés blasées. »
Il exportait Lucien Arnault, en 1828, à s'ouvrir une route nouvelle dans la tragédie, à « rajeunir Tari des Corneille et des Voltaire. » - Il remerciait M. de Pongerville de lui avoir fait connaître Lucrèce et une partie d'Ovide, à lui « qui ne savait pas un mot de latin.*— Il témoignait à M. Berville, à l'occasion de sa • charmante > épttre sur la rime, son étonnement d'y trouver • cette perfection du métier qui semble ne devoir appartenir qu'aux gens de la balle. > —Il s'étonnait dans la même lettre que le poème des Douze heures de la nuitf par M. Michaux (Clovis) , où se remarque c une grande habileté, beaucoup d'esprit et de grâce , ne fût pas plus connu, i
Dès que M. E. Quinet publia son poème de Napoléon, il y trouva < la pensée souvent étouffée sous une enflure germanique , ■ et traça un cadre qui « eût été le moyen de faire passer par-dessus l'étrangeté de la forme, et de faire accueillir chez nous une audace à laquelle nous aurons toujours peine h nous accoutumer. «
11 applaudit Hugo cherchant de la poésie partout , même sur le boulevard, après en avoir pris sur le trône et sur l'autel. Il trouve « exagérée » la sentence de M. D. Nisard sur les œuvres de ce dernier, imprimée dans la Revue de Paris, et il dit long-temps après, vers 1855: « V. Hugo est bien certainement notre plus grand poète lyrique. J.-B. Rousseau n'en approche pas. Mon enthousiasme pour son talent égale ma douleur de le voir persister fi en rendre veuve notre chère patrie. »
En 1835, on nons offrit une occasion de faire remettre h Bérangcr un exemplaire du Basselin que nous avions publié en 1833. Nous nous empressâmes de la saisir^ et nous trouvons dans la lettre que nous adressa le cliansonnier une preuve de son sens critique , vraiment admirable : ( Si on pouvait se frotter à un Normand en pareille matière, je serais bien tenté de faire opposition à plusieurs des commentateurs 9 sur l'assurance avec laquelle ils prétendent que c'est là bien exactement , pour la forme et le fond , l'œuvre de Basselin. Mais je ne veux pas me mettre en procès avec ses compatriotes y qui s'y entendent bien mieux que moi. D'ailleurs, quel mal y aurait-il à ce qu'on eût un peu épluché les vers du foulon de Vire 9 même à ce qu'on eût ajouté quelques productions plus nouvelles à celles dont il a réjoui sa contrée au XV*. siècle ? Quelques pommes de plus ne gâtent pas le panier. »^ On sait que la jeune école littéraire s'était déchaînée contre J. Delille. fiéranger l'appréciait avec plus de justice en 18A6. • C'est, dit-il, un admirable versificateur, riche en tours heureux, mais qu'il a usés lui-même en les répétant sans fin dans ses trop nombreux ouvrages. Élevé beaucoup trop haut dans son temps, il est trop dédaigné aujourd'hui... N'est-il pas convenu, à l'Académie et ailleurs, que les vers, c'est la poésie ? Or, Delille en a fait beaucoup de beaux, de très- beaux, et bien des gens qui en médisent sont plus de son école qu'ils ne le croient »
L'Académie peut se trouver blessée de ce que vient (le dire Déranger ; le fait est qu'il avait une médiocre estime pour ses concours de poésie. « Ce ne sont pas.