BÉRANGER UTTÉRAÏEUR ET CRITIQUE
écrivail-il le 12 mai i853, les bons vers que T Académie coaroDne , mais les beaux vers, bien ronflants , bien travaillés, et dont la lecture peut produire de VefTet sur un auditoire amoureux de tirades ampoulées..... Ce qu'elle devrait faire, ce serait de renoncer à ces malheureux prix : il vaudrait mieux couronner chaque année le meilleur volume de poésie publié, quel que fût le genre , hors pourtant les publications en patois, si grand qu'en fût le mérite , car rAcadémie est fondée pour le maintien et Textension de la langue française. C'est une des grandes idées de Richelieu. •
La lecture de Jocelyn jeta Béranger dans l'enthousiasme. Sans trouver la construction du « roman » raisonnable, tout en y remarquant « une surabondance pleine de fatuité , » il déclara l'ouvrage « le plus beau monument de notre poésie actuelle. •> La narration lui en semble « bien souvent parfaite, ■ et il la donne épigrammatiquement , comme un modèle ^ à son ami Edgard Quinet.
M. Taillandier ayant envoyé à Béranger sa notice sur Daunou, le poète en remerciant le biographe, apprécie Tbistorien philosophe, «qui ne se contenta pas de penser et d'écrire , mais qui sut agir comme il avait écrit et pensé, et dont les nombreux travaux ont loujourstendu adonner pour règle aux lettres le goût et le bon sens, et pour base aux lois la justice et la liberté. >
Des historiens plus populaires que Daunou n'ont pas obtenu de tels éloges de Béranger. Il estime M. Thiers; il trouve « de belles parties » dans V Histoire du Consulat cl de C Empire ; mais il ajoute avec raison : « Tout cola est tkril trop à la hilte. »
Cette bâte que Ton met en tout et qui semble exigée par rimpatience de notre public , ne permet guère de mûrir de grandes œuvres. Pour satisfaire aux besoins du jour, on écrit des feuilletons. « Peut-être , dit Béranger notre état social ne réclame-t-ii plus qu'une littérature quotidienne ; la société est servie suivant son goût. »
Les preuves de la modesUe du poète sont dans toutes ses lettres , et ce qui l'irrite parfois , ce sont les éloges, ceux du moins qui lui semblent exagérés. Il n'est pas insensible aux critiques, mais il passe facilement condamnation sur bien des reproches. Un jour cependant il trouve qu'un insulteur de sa vieillesse a dépassé les bornes, et il lui donne avec dignité une leçon de convenance. Il avoue qu'on l'a surfait, bien malgré lui ; il apprécie son propre mérite à peu près comme son critique ; puis il ajoute : • Quand on parle à un homme de mon âge , qui , au risque des persécutions, a consacré d'une manière désintéressée son peu de talent à servir une cause qu'il a crue et croit toujours la meilleure ^ il me semble , quelle que soit l'opinion qu'on professe, qu'il est au moins de bon goût de douner à la raison les formes d'une politesse qui ne peut qu'ajouter du poids à la vérité , en inspirant de la considération pour celui qui veut bien s'en faire l'organe. Mon âge, dont vous paraissez me faire un reproche, m'autorise à vous soumettre cette réflexion en retour du service que vous voulez sans doute me rendre en dissipant les illusions dont vous supposez que je berçais ma vieillesse. » /.olle n a pas éti; guéri . ou plutôt il n'a pas senti la blessure , et il a
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coDtiDué et il continue son vil métier contre toutes les gloires de la France.
Une lettre du U juillet 1849 renferme un prédeui morceau de critique sur un contemporain que Béranger admira et qui admira Béranger. La Correspemdanee» à laquelle nous avons fait tant d'empranls, renferme de fort belles épttres de ces deux graods hommes. M"*. Béga, dont nous ayons parlé précédemment , venait de lire la préface des chansons publiées en 1833.
« Tu te mets à louer ma préface, lui écrit le poète, et tu sais que l'éloge ne me va guère. Je te dirai plus: s'il Y a quelque mérite dans ce petit morceau de prose , il ne peut te frapper. ^ ton âge , on aime les grands mots, les recherclies, l'emphase ; et. soit nature d'esprit, soit goût, j'ai toujours cherché le simple et le vrai, caractère particulier de notre langue, ainsi que le prouvent Racine, La Fontaine, Voltaire et Bossnet lui-même. Un jour peut-être sentiras-tu la vérité de ce que je te dis. Alors tu seras plus difficile pour Chateaubriand , qui n'est pas sans reproche, jugé à ce point de vue de la langue. Il le sentit quand il vit les excès du romantisme, qu'il avait fini par prendre à guignon, jusqu'à nier quelquefois les grands effets qu'il a produits. Je me faisais un jeu d'appeler les romantiques ses enfants et ses petits-enfants : « Je les renie , c s'écriait-il ; ils ont fait un 93 de la langue , et encore • n'y a-t-il pas un Danton parmi eux ! » Disons , pour expliquer cet anathème contre nos jeunes révolutionnaires, que beaucoup d'entre eux furent ingrats envers lui qui leur avait tracé la route, lin d'eux, il v a
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quinze ans, mit sa gloire à néant, no lui laissant que le mérite d'avoir fait René, que, dans ses Mémoires, Chateaubriand regrette tant d'avoir écrit Je ne crois pas ce regret plus sincère que le jugement porté par le jeune romantique. »
Quelle était l'opinion de Béranger sur le service rendu à la religion par Chateaubriand ? On pourrait craindre que le chansonnier n'eût des préventions suscitées par le Génie du Christianisme. Ces craintes disparaissent devant plus d'un passage de la Carres^ pondancey où le poète rend de sincères et touchants hommages à l'Évangile. Dans cette lettre du 6 juillet 1869, il applaudit au plaisir que W\ Béga éprouve à la lecture du célèbre ouvrage de Chateaubriand et voyez avec quelle impartialité il juge les attaques à la religion :
« La philosophie du XYIIP. siècle, dit-il, poussant trop loin son oeuvre , comme il arrive à tous les réformateurs, avait fini par bannir le sentiment religieux de notre littérature. A Chateaubriand la gloire de l'y avoir fait rentrer. C'est là un titre que nul ne pourra lui disputer , et qui assure Fimmortalité de son nom , quand elle ne serait point basée sur un mérite littéraire du premier ordre, que ne peuvent éclipser des fautes de goût et des écarts de raison. »
Nous avons dit plus haut que Béranger rend hommage à l'Évangile (1). Nous en apporterons des preuves
(1) Béranger n*élait pas catholique plus qn*il n*était royaliste , mais il avait des opinions sincères et de fortes convictions aussi bien en religion qu'en politique. Dans des strophes que M. J. Bourson lui avait adressées, il semblait accuser le chansonnier d'incrédulité, ou
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incootesiables. Le 18 mars 1836, il écrivait à Fortoul: « Si vous saviez ce que je fais dans ce moment , vous seriez bien surpris. Je relis les Actes des apôtres , les Epitres de saint Paul et les Évangélistes» Mon cher ami, comme ces gens-ia écrivaient I Combien ils savaient dire de ciioses en peu de mots I et que d'éloquence dans leur simplicité ! ^
Le 20 juillet suivant, il était encore sous le cbanne en écrivant à M. Joseph Bernard : « Depnis quelque temps j'ai relu avec un plaisir indéfinissable les Évangiles et saint Paul ^ qui sont bien les meilleurs modèles k prendre quand on veut se dévouer à écrire pour le peuple. Ce qu'il y a de curieux , c'est que je fais des découvertes dans saint Paul qui , suivant mon petit savoir, n'avaient pas encore été faites : c'est un fameux homme que cet apôtre-là I Voilà un vrai révolutionnaire. Oh I que je voudrais avoir un si grand et si ferme courage I »
Un vrai révolutionnaire 1 Béranger ne croyait pas si bien dire. La révolution que prêchait sahit Paul était
du moins de scepticisme. Celui-ci répond fermement et spiritueUemeot : « Pour douter de ce que beaucoup de gens croient, il n*en résulte pas que je ne croie à rien ; c*est à vos grands poètes panthéistes qu*il serait juste de faire ce reproche. Quant à moi, Monsieur, je yoqs souhaite une foi aussi inébranlable que la mienne. Bile tous sera une grande consolation dans les misères de ce monde, et yoos conduira à une telle confiance en Dieu, que vous y puiserez Tespérance du bonheur à venir de lliumaniié. Peut-être y a-t-il trace dé cela dans mes chansons. Mais tous êtes encore dans Tdge où Pon s^amuse plus de Lisette et de Prétillon que de quelques pensées plus sérieuses, logées sur le même palier qu*elles, et réduites à maudire les inconvénients d*un mauvais voisinage. •
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la manifestation des vérités philosophiques par la religion chrétienne, lear propagation dans les masses populaires , en un mot le salut du monde. L'utopie rêvée par le chansonnier n'aurait-elle pas une influence inverse ?
Quant aux découvertes de Béranger dans saint Paul, elles se bornent à une vue fort étroite sur le but des prédications de l'apôtre. Nous l'inférons de ce passage, écrit le 22 janvier 1838: « Âvez-vous lu saint Paul? C'est, ma foi I un grand homme » et je ne connais pas de philosophe à mettre à côté. Il ne fait pas de la sagesse à son aise, comme le bon Socrate : trente ans de pérégrinations à travers un monde ennemi pour répandre sa foi, qui, selon moi, est surtout l'immortalité de l'âme , que le courageux philosophe sent être le frein nécessaire à ce monde corrompu I »
Si le chansonnier n'est pas assez frappé de l'ensemble de l'œuvre, s'il s'arrête sur un détail, il admire le zèle ardent du prédicateur de TÉvangile, et l'Évangile lui semble le modèle par excellence pour les écrivains populaires. « Je me suis souvent dit, écrit-il dans cette lettre du 22 janvier 1838, que si j'étais professeur de littérature, je voudrais donner l'Évangile comme un modèle pour lesécrivams, à de certaines époques et particulièrement à la nôtre. > 11 sentait bien, en effet, que les écrivains les plus avancés de son parti, que les précurseurs de la république, métaphysiciens nébuleux, ou fabricateurs inexpérimentés d'une société inconnue et d'un nouveau monde, comme ils disaient, n'avaient rien de cette simplicité, de cette onction , de cet amour vrai des hommes qui dicta les
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récits des évangélistes ei la condaite héroïque des apôtres.
Béranger, si touclié de la beauté sarbumaine de l'Évangile , n'aimait pas les romans. » Je n'ai pas lo Gerfaut , et vous m'en donnez du regret , écrit-il à M. Mérimée. Mais aussi comment un bomme de mérite peut-il encore faire des romans aujourd'hui ? J'en ai toujours lu peu, et je finis par n'en plus lire. • Quelque raisonnable que semble une telle résolulion, il est bien difficile de résister au plaisir que donnent h l'imagination et h la sensibilité les fictions romanesques. N'est-ce pas de la poésie, et la seule peut-être qui soit à la taille de l'esprit moderne , tout préoccupé d'intrigues, de projets industriels, de spéculations de lucre sous les formes les plus diverses ? Les grandes cBuvres littéraires de l'antiquité, celles de la Renaissance et du xyu\ siècle, poèmes épiques, tragiques, lyriques, ont des admirateurs sur parole ; en réalité elles sont peu étudiées; le torrent des choses courantes nous entraîne , et après les émotions de la Bourse, nous avons l'intelligence trop émoussée pour interroger les poètes savants et les philosophes profonds ; nous demandons un délassement rapide à des créations futiles, et nous lisons des romans. Béranger, leur ennemi, s'y laisse prendre lui-même, et, dans la lettre où il leur témoigne son dédain , il ajoute : t Avez-vous lu Une fin d'un M. David (1 ) , dans le Commerce ? Savez-vous qu'il y a
(1) M. David, long-temps journaliste et romancier, Tun de» fondateurs de la Société des gens de lettres, et secrétaire de cette Société ù l^époqiie de sa création, aujourd*hui inspecteur de la navi-
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UD talent réel dans ce feuilletoniste ? Notre chansonnier va plus loin. Il vient de lire Le Mensonge, de M"*. Gauchois-Lemaire , el il la pousse à traiter des sujets plus forts , plus saisissants • plus dramatiques II va plus loin encore : il donne un plan de roman resté dans sa mémoire, parmi beaucoup d'autres auxquels il avait songé. Voici Thistoire qu'il voudrait voir traiter par M"% Lemaire :
c C'est celle d'un homme qui, né dans l'aisance, n'ayant reçu que l'éducation imparfaite qu'on donne aujourd'hui, livré à un monde séduisant et corrupteur, mange l'héritage de ses parents en peu de temps, vivote assez mal jusqu'à quarante ans, puis de dégringolade en dégringolade arrive à être forcé de se faire mouchard. Là se compliquerait le drame, surtout s'il avait femme et enfants, et s'il avait des amis à livrer au pouvoir politique. Il y aurait une assez belle moralité à tirer pour nous de ce récit ; et , il y a vingt ans , je voulais faire un roman à la Gil Blas de ce personnage, qui avait toute la société à traverser et à peindre : et quelle fln I Celle du Paysan perverti^ de Rétif, est bien douce auprès des derniers moments de mon héros. »
L'auteur n'a point donné suite à son idée, et ce n'est pas l'ouvrage que nous avons le plus à regretter parmi ceux qui ont tenté son génie.
S'il aimait peu les romans, il était attentif cependant à ce que ses amis produisaient en ce genre ; il fut trèsmécontent de Simiane et Stevens^ de Fortoul. Dans une
gatioo à Fontainebleau, et qui donne tous ses loisirs à la littérature orientale, est membre correspondant de notre Académie. Le présent volume lui doit la biographie de son père, ci-dessus page SS5-Si6.
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lettre du 11 juillet 1838, il se montre choqué des tirades que renferme Touvrage, de Fabsence de la passion, de ce que • le cœur ne s'y développe que par des impressions matérielles. » Enfin il compte sur quelque chose de plus utile que ses conseils, sur un insuccès, • et je crois, dit-il , que son roman lui rendra ce service. •
Les réflexions que faisaient naître dans l'esprit de Béranger les ouvrages qu'on lui adressait en grand nombre , et dont il remerciait après lecture , sont , comme on l'a vu, la source principale de nos extraits. Nous glissons sur bien des passages, ne choisissant plus, parmi ceux qui restent, que les plus originaux, les plus caractéristiques.
AL Jottrand lui avait envoyé un travail couronné à Lausanne. Voici une partie de la lettre de Béranger:
« Quant à V A-propos sur les gens de lettres belges , je suis complètement de votre avis et en ai toi^ours été : il ne faudrait pas qu'il y eût des gens de Uttres. Mais peut-être n'en a-t-il pas toujours été ainsi « au moins pour la France, dans l'intérêt de la langue. C'est une grande pensée qui a poussé Richelieu à fonder FAcadéfflie française pour donner de l'unité au langage. Il est fâcheux que ce corps se soit éloigné du but de son institution. Plus que jamais on doit le déplorer, aujourd'hui que cette langue a besoin de maimeneurs contre l'invasion des tribunes, des barreaux et des journaux, déluge qui peut la submerger. Vous voyez, Monsieur , que si je ne veux pas être académicien , ce n'est pas dédain pour l'Académie. Malheureusement je ne pourrais lui être utile , privé , comme je l'ai été, de l'instruction nécessaire pour
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concourir aux travaux que je voudrais lui voir s'im poser. Or, rien de plus ridicule» selon moi, qu'un bomme qui veut régenter et qui est incapable d'exécuter. Voilà un des grands motifs du refus que je fais depuis vingt ans d'aspirer au fauteuil. Ajoutez que j'ai un projet de Dictionnaire différent de celui que l'Académie fait et refait sans cesse et sans presque l'améliorer. •
Il est regrettable que Béranger n'ait pas développé ses idées au sujet d*un nouveau Dictionnaire de notre langue, car son profond bon sens lui suggérait souvent d'heureux aperçus. Témoin ce qu'il ajoute au sujet d'une Revue 9 faite à l'étranger.
• Pour vous dire quelques mots de la littérature belge y je ne vous cacherai pas. Monsieur, que je vous crois dans une voie qui n'est pas la bonne. Il ne peut pas y avoir^ en français, de littérature belge proprement dite. Mais je crois qu'il vous serait très-possible, à vous, littérateurs belges , de vous créer une existence à part
des littérateurs de France Il faudrait établir chez
vous une véritable Revue et non un Magasin. Dans ce journal, vous vous établiriez juges de tout ce qu'on fait, en France, de littéraire ou d'antilittéraire. A l'abri des influences des coteries parisiennes , vous soutiendriez les droits de la langue et du style, avec la critique des compositions et de la marche de la littérature en générai. Ce serait, selon moi, une œuvre doublement utile. La Belgique , se posant juge de nos travaux en dehors de toutes les considérations personnelles, se ferait une belle place dans notre littérature, et sortirait de la route d'imitation à laquelle elle se laisse
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trop aller; et vous nous éclaireriez sar les faux pas que nous faisons » et qui peuvent nous conduire à l'abîme. »
L'abîme pour Béranger, c'était la facilité intempérante , la stérile abondance des improvisateurs , l'absence de composition (1). • Je tiens beaucoup/ trop peut-être 9 écrivait-il le 11 septembre 1852, aux morceaux composés , et surtout à ce qu'on adopte un genre. •
Deux jours après, consulté par M"**, filancbecotte, il lui écrivait : « Quant au sonnet, je ne vous en dirai rien, si ce n'est qu'il ne faut pas faire de vers au hasard. Attendez qu'un sentiment bien vif, ou qu'une idée grande ou originale vienne vous saisir , pour prendre la peine de l'encadrer dans ses rimes : alors vous êtes sûre de bien faire. »
M. Ganonge lui avait envoyé des poèmes ; ils parurent justement remarquables à fiéranger, mais il y trouva bien des longueurs. En effet, le tissu en est lâche , et le soleil du Midi semble y avoir appauvri la pensée en la délayant. « S'il m'était permis, écrit Béranger le 15 avril 1839, s'il m'était permis à moi ,
(d) Ce soin de la composition se révèle au plus haut point dans les lettres où il parle de la chanson qu*il fit en 1834 pour Chateaubriand. liC 22 juillet, elle est bientôt unie. Le ih septembre. Chateaubriand la réclame. Bérang^er écrit à La Touche : • Vous ne vous figurei pas combien j*ai été tourmenté de la Iftcher avant de Tavoir laissée reposer quelque temps. Les corrections m^oiit tourné la télé, au point que je n*y voyais plus quand je Tai donnée à Chateaubriand. » Le 26, il est dans les transes au sujet de sa publication ; il parle de sa lassitude et de corrections quMI fera plus tard. C*est héroïque. Qu^l sont rares les poètes, soucieux à ce degré de la perfection t
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chansonnier , de régenter un peu les hommes de votre école , je vous reprocherais de vous laisser trop aller à rentratneroenl du vers. Ce volume est peut-être d'un quart trop fort , et il est peu de morceaux qu'on n'eût pu abréger dans cette proportion. Déflez-vousdu vers, c'est l'ennemi des poêles. •
Le bon sens de Béranger , source de son bon goût , reproduit cette pensée dans plus d'un lettre. Plus d'une fois il regarde les beaux vers comme le fléau des poètes. Les beaux vers , dit-il quelque part , font obstacle aux bons vers. Eb ! oui , ceci n*est pas un paradoxe : les beaux vers séduisent par leur brillant , je veux dire séduisent Fauteur, qui les place trop souvent là où ils sont déplacés; qui, charmé de leur éclat et de leur relief, ferme l'oreille à la critique, et ne consent jamais à les effacer. C'était ainsi dès le temps d'Horace : Decipimur specie recti,
Béranger applaudit dans M. Ganonge ce qu'il prisait avant tout , la composition , c'est-à-dire l'art de faire un ensemble où les diverses parties s'unissent en un tout harmonieux. • Vous avez senti , lui dit-il , qu'il était nécessaire, dans notre langue, que le poète composât ses sujets , se donnât des cadres où d*autres figures que la sienne vinssent jeter de la variété dans son œuvre. •
Ce sujet capital de la composition prend quelque développement dans une lettre du 28 octobre 1852. M. Alexis Muston avait adressé au chansonnier un projet de poème sur les Vaudois et des morceaux étendus de l'ouvrage.
« Je ne crois pas , lui répondit Béranger , que dans