EN QUOI LA PHIL. POL. DB L'BIST. DE FRANCE, ETC
prime» toutefois avec réserve, ses préférences. Ud esprit trop pleiD de son idée , peu enclin à entrer dans l'idée d'autrai, plus préoccupé des ressources de sa thèse que des objections, ferait faire bien plus de pas, donnerait bien plus de force à son système. Mais, dans son dédain pour ce qui serait à ses yeux Terreur « il tiendrait dans Tombre les systèmes contraires au sien; il les jugerait peu dignes de réfutation. Ceux qui ne sont pas habitués à avoir en face d'eux un contradicteur, s'habituent par cela même assez facilement à croire qu'ils ont le privilège de la raison et de la bonne foi; ils ne tiennent guère de compte d'une contradiction à distance, qu'ils apprécient comme on apprécie de loin. La contradiction à bout portant fait plus d'effet, et les esprits qui ont subi l'épreuve de ses embarraf croient trop aux obstacles, pour se dispenser du soin de les combattre. Ils accordent moins au développement de leur opinion personnelle , beaucoup plus à la discussion des dissidences et des oppositions.
C'est ainsi que j'explique et que je voudrais légitimer mon intervention sur un territoire où la science du droit a des intérêts profondément engagés (1).
(t) Sute du secrétaire de C Académie, Le morceau que Ton vient de lire est le début d*uii ouvrage que Tauteur a commencé Tannée dernière, et qu'il compte achever et peut-ôlrc publier en 1861.
Par M. BBRWILLB,
Membre corr(H.pondanl.
De la retraite enfin pour moi Theure a sonné. A d*austères defoirs quarante ans enchaîné, Je vais, satisraisant une bien fidlle enfie. Avant que d^étre mort goûter un peu la vie. Et le gouvernement m*inflige, pour mon bien. L'honneur peu disputé de n*étre bon à rien. Mais, puisque de moi-même à présent je dispose. Peut-être est-œ Tinstant de valoir quelque chose ; Car, bien qu^un bon décret , m^ordonnant le repos, D*un brevet d'invalide ait payé mes travaux. Tout en lui rendant grftce, on voudra bien permettre Que je sois peu jaloux de le prendre à la lettre. Affranchi des liens qui me tenaienl captif.
(1) M. Der ville, secrétaire de la Société Pbilotechnique , président honoraire de la Cour impériale de Paris, avait fait hommage de cette pièce de vers, aixisi que de la dissertation Du droit de pUinU en matih^e de diffamation (voir ci-desius, p. 317-537 ) , à T Académie des scieoces, arts cl belles-lettres de Caen. Le retard dans la publication des Mémoires de cette Compagnie a fait autoriser Timpreasion de im Retraite dans un autre recueil , et distribuer des exemplaires de la dissertation peu après son insertion dans ce volume. La lenteur forcée de nos impressions explique une publicité tantôt simultanée , tantôt anticipée de quelques mois, qui ne diminue en rien la reconnaissance de TAcadémie pour ceux de ses membres qui lui ont offert leurs manuscrits.
^32 lA RETRAITE.
J*acoepte le bienruii , j'écarte le motif.
En un mot, je veut bien, si cela peut votin plaire,
Qu'on hérite de moi, mais non pas qu*oo m'enterre.
Eh I qui pourrait défendre à 'mes destins nou?eaui Et les nobles plaisirs et les nobles tra?aui ? Lorsqu'au loisir légal un rescrit nous convie. Fait-il pftiir en nous le flambeau de la vie ? Ce flambeau n'est-il donc que ce gai enflammé Qui le soir, dans Paris, brille au regard charmé. Mais dont un robinet, dès que l'heure est passée. Supprime tout à coup la lumière éclipsée ? Non, l'oracle a beau dire, et , sans être trop fier, Je me trouve aujourd'hui ce que j'étais hier. Car enfin, malgré l'Age et ses dates certaines. Je crob sentir encor quelque sang dans mes veines : Mon corps sans déHiillir porte fe poids des ans ; Mon front n'est point chargé de trop de cheveui blancs ; Pour gravir ces coteaux, qu'un frais gHion décore. Mon pied n'est pas si lourd ni si débile encore ; L'esprit, quand le travail vient imposer ses lois. N'est pas plus engourdi qu'il n'était autrefois ; Le charme heureux des arts, ces fleurs de notre vie. N'a rien perdu pour moi de sa douce magie ; L'aspect de la beauté, comme un rayon des cieux. Transporte encor mon àme en ravissant mes yeux ; Mou cœur vibre toujours au nom de la patrie. Et quand, l'été dernier, dans les champs d'Italie, Nos Français, d'Âusterlitz ravivant les exploits. Moissonnaient en courant cinq palmes en deux mois. Je sentis, en lisant Magente et Soiférine, Ce cœur, comme à vingt ans, bondir dans ma poitrine. Vraiment, à la retraite, à bien examiner. Je n'ai pas tant de droits qu'on veut bien m'en donner. Et d'un fardeau public alors qu'on me dégage, Dos loisirs qu'on me rend je puis trouver l'usage.
Sois donc la bien reçue, aimable Déité,
Premier vœu de mon cœar, céleste liberté,
Qui Tiens m*oflfKr tes dont, les senls dons que jMmplore,
Tandis qn*il m*est permis de les goûter encore !
Viens I a?ec elle aussi hAtes-fous d*aecourir.
Docte étude , pensers dont j^aime à me nourrir,
Soufenirs du jeune Age, heureuses réYeries,
Qui , sur le bord des eaui, sur rherl>e des prairies,
Reroplisseï des instants si doucement perdus,
Travaui, par les deroirs trop souvent suspendus,
Venei, et caressant ma molle quiétude,
De chastes voluptés peuples ma soHtude.
Oh I qu'après ces loisirs j*ai de fois soupiré !
De mes chaînes souvent combien j*ai murmuré I
Hélas I quand le printemps, couronné de verdure.
De son charmant sourire égayait la nature.
Versait partout la vie, et semait à nos yeux
Sur la terre les fleurs, les clartés dans les deux ;
Ou bien lorsque Tautomne, étalant ses richesses ,
De la commune mère épanchait les largesses.
Du solstice enflammé tempérait les ardeurs.
Marbrait le front des bois de molnles couleurs.
Et rasant de ses feux les campagnes fécondes.
Lustrait de tons plus vifs et les prés et les ondes.
De tant de biens si chers captif déshérité,
J*enrageais d^étouflér dans la triste cité.
D*autres fois, quand la neige ou le verglas perfide. Quand Paquilon, suivi du catarrhe homicide.
Sévissant sur le sol, sévissant dans les airs.
Proclamaient rudement le courroux des hivers.
Jugez qu'il m'était doux, certaine heure sonnée,
De quitter mon réduit, ma large cheminée.
Mon foyer bien flambant, mes chauds et bons abris,
Pour aller, grelottant, patauger dans Paris I
Et lorsqu'à mon réveil quelquefois la pensée Rayonnait lumineuse ou vibrait cadencée , Quand d'un travail aimé, prompte à se présenter,
L'idée è la' saisir paraissait m^inviter,
Il fallait repousser cette faveur si rare,
Ces fions inespérés dont la Muse est avare ,
Refouler dans mon seio mes peusers incomplets,
Et descendre du ciel pour courir au palais.
Ah ! du moins aujourd'hui je suis tout k moi-même :
Je puis, de mes instants dispensateur suprême.
Au travail qui me plaît vaquer en liberté.
Rester chez moi TLiver, prendre Pair en été ,
Et bourgeois, campagnard , philosophe ou poète.
Laisser aller ma vie ainsi que Dieu l'a faite.
Mais, va-t-on dire, au sein de ce calme si doux , L*ennui peut être à craindre. — A craindre I y pensei-vous ? Qu'il redoute Tennui, Tbomme dont la carrière Dans un étroit sentier se traîna tout entière. Et qui, pareil au bœuf que pousse Taiguillon , Usa son eiislence à tracer un sillon.
Libre, il est déroulé de sa vieille habitude : Il n'a plus son bureau, son comptoir, son étude ; Tout lui manque : k ce joug il végétait uni ; Retirez-lui son joug, il tombe, il est fini. Qu'il craigne aussi l'ennui, l'être doot la folie En de frivoles jeux a dépensé sa vie.
Qui, sans cesse altéré de stériles plaisirs, N*a par aucun travail fécondé ses loisirs. Moi, j'ai plus d'un emploi de mes jours : la lecture, Le plus pur des amours, celui de la nature, Vingt travaux entrepris, qu'il fallut négliger Pour plaider, pour conclure, et plus tard pour juger; Ces souvenirs vivants que j'ai fait vœu d'écrire, La Muse, qui parfois daigne encor me sourire. Enfin, le plus touchant, le plus divin des arts. Celui des Rossinis, des Méhuls, des Mozaris, Occupant tour à tour mes heures fortunées. En rapides instants transforment mes années. Si de Mathusalem Dieu m'accordait les Jours,
Ha foil j*aurais bien peur de les trouter trop courts. Et puis , dans la retraite il est un bien suprême : C*est d*y couler sa vie en paix afec soi-même, Regardant Pavenir, ainsi que le passé, Sans désir importun, sans regret insensé. La fortune par moi fut bien peu poursuivie : Aucun poste éclatant n'escita mon envie ; Des succès du voisin je ne sus point gémir. Et leur bruit rarement m*empécha de dormir. Content de Phumble lot qui m*échut en partage. Je ne m*efrorçai point pour avoir davantage : Novice volontaire en Part de m'avanoer.
Loin d*amas8er des biens j'appris à m*en passeï*. Tranquille maintenant j*acbève ma carrière. Jetant parfois sans honte un coup-d'œil en arrière , Et savourant les jours qui me sont dispensés. J'attends en paix qu'un Dieu me dise : c'est assei.
m PREMIERS CENT SOUS;
Par M. Hlppolyi»-Coiils GUÉRIM OB UTTEAl] ,
Membre corre^pondaiiL