LA FOLLE AUX CAILLOUX. ÛÛS
Gare âii riué lutin que, sans pitié ni grftce , Ses doigts secs et nerveux étrangleraient sur place . Tandis que le passant, qui se détournerait Tout en la laissant faire et s>n allant, dirait :
« Fi des petits moqueurs dont la galté se rue Autour de cette femme, errante par la rue, Et qui , les yeux baissé.s d*une ombrelle à sa main, Écarte les cailloux roulant sur son chemin I •
Ah I que plutôt votre Age et la plaigne et Thonore,
Méchants ! cet être sombre , ardent, capricieux .
Dont le corps rit sur terre et Pesprit dans les deux.
Cet être, qu*en secret un deuil rongeur dévore.
Est un soufBe d*amour qui sur vous veille encore...
Car elle avait un fils... rose et blond comme vous ,
Qu*elle aimaiL. oh ! mon Dieu, comme on vous aime tous I
Un jour que . frêle enfance à courir trop hardie.
De Técole il rentrait, sans guide, à Pétourdie,
Contre un caillou fatal trébuchant d^un faux pas...
11 mourut 1.. Et voilà, cruels petits ingrats.
Pourquoi, folle aujourd'hui de ses douleurs amères Dont au moins elle cherche à préserver vos mères , La pftle et morne fçmme, adorés inhumains. Écarte les cailloux roulant sur nos chemins 1
00 VONT LES NDAfifô ;
Parte
Moo père, où vont le» nuages Qui passent sur nos Titlages , Le sais-tQ, toi qui sais tant? •
— • Oui, mon fils! oui mon enfant :
Ils s*en Tout où vont les roses Que l^été sème partout ; Us s*en vont où vont les roses...
Comprends-tu ? • — « Non ! pas du tout I
Car, mon père, où vont les roses Aussitôt leurs saisons closes.
Le saiMu, loi qui sais tant ? »
— « Oui , mon fils ! oui, mon enfant : Biles vont où va Tannée Pâlissant dès le mois d*aoQt ; Elles vont où va Tannée...
Comprends-iu ? • — « Non I pas du tout I
Car, mon père, où va Tannée Quand sa course est terminée.
Le sais-lu, toi qui sais tant? >
— « Oui, mon fils I oui, mon enfant : Elle va... droit où sur terre Tout s*acliemine à la fois... •
Et Tenfaul.. Tœil sur son père...
it le signo de la croix.
L'ANfiE ET U PERLE ;
Par le Méipe.
A M"**. GORDELLIER DE LANGUE.
C'était par un midi du soleil d*ûrieD(. Le calife Haraoan, de cbalear débillant.
Se laissa choir snr ses pelouses ; Tristes gaions mourants des jardins altérés Que dans Bagdad , sa Tille aux minarets dorés ,
Dévoraient les ardeurs jalouses.
A peine son turban, comme il fermait les yeux Eut-il touché le sol, que, d*un cri dédaigneux ,
Ainsi qu*à quelqu*approche immonde.
Tressaillit tout-à-coup la perie du Croissant, Symbole impérial au front du Très-Puissant ;
Une perle., à payer un monde!
Mais aussi jugez donc à quoi pensait Allah ? Sans hommage, oubliée, 6 honte ! elle était là
Près d'une goutte de rosée.
Qui tremblotait au bout d'uu brin d'herbe chétif. Appelant un peu d'eau sur le germe inactif
De son existence épuisée...
< Ah 1 quel affront pour moi, dit la perle-trésor, « Pour moi qu'on acheta dix mille besans d'or,
« Et qu'admire l'Asie entière !
« Pour moi qui des croyants pare le commandeur! « Pour moi dont l'éclat pur brave dans sa splendeur
« Le temps qui de tout fait poussière ! »
6/1 8 l'ange kt la perlb.
La goutte de rosée hamble et oonftiae, l^as I Eotendait bien t'insalte et ne répondait pas
Un mot à ce dédain snperbe ; Mais le long de la tige on la TÎt qai courut Humecter la racine, où son eau disparut
En sauvant le petit brin d*herbe.
Alors surriot des deui l*aichaDge ftiTori
Dont Tamour protecteur, la changeant en hoari .
L*emroena vers Dieu qui la garde ; Quant à la noble perle, idole du palais. Elle eut beau chatoyer de ses plus rifs reflets,
L*ange d* Allah n^y prit pas garde l
IMITATION m L ODE D HORACE :
0 NAVÏS, REFERENT, de ;
Par M. JnUen TRAVERS,
Secrétaire d« l' Académie.
Quoi ! la vague au milieu d*une mer m furie T'emporte de nouveau, Vaisneau de ma patrie ! Que Fai^u ? rette au port , reste ! ue vow-tu pas Qu*un coup de rAfricus a blessé tes vieux mdts ? Ton antenne gémit, les flancs nus et sans rames Vont livrer ta carène à la rage de!« lames. Plus une voile entière 1 hélas I et plus de dieux Qui veuillent désormais obéir à tes vœux I C*est en vain que du Pont la plus noble colline T*a vu naître: un grand nom, une illustre origine. Une poupe élégaule en sa riche couleur Ne met pas un pilote à i*abri de la peur : Il tremble, et sur leur foi jamais ne se hasarde. Toi, si tu crains des veuts le caprice, prends garde; Prends garde, cher Vaisseau, naguère mon souci ; Je tremble enoor, mon front est encore obscurci ; O peines 1 ô regrets 1... ne quitte pas uos rades! Et fuis, fuis les écueils des brillanles C>cUidesi
LE PÊCHEDR;
Parle
Avant que le M»leil parût à rhoriion.
Le roatineoi pêdieur a quitté sa maisoii.
Le flot Tient soalefer sa barque ; Tespérance
Reod la force à ses bras : les rames en cadenop
Se lèvent; dan» la mer, d*an mourement égal.
Tombent ; le jour paraît; du loin du toit natal
Dans la brume il a tu s*élanoer la ftomée.
Il est père! c*esl l*benre où sa compagne aimée
Prépare à ses enfants le repas du matin ;
Il suit, il suit toujours son liquide chemin
Jusqu'à ces noirs filets qu*U a jetés la veille.
Les voilà tous ; sa main les soulève... ô merveille l
Ils sont lourds : quelle proie enferme leur prison ?
Est-il ridie d*un coup pour toute la saison ?
De ses lal)eurs trompés sont-ce les représailles?
Jamais un poids pareil n*a pesé dans ses mailles.
Doucement il Tatlire ; avec élonnement
Il voit un faisceau d*algue, et pas un mouvement
Du plus petit poissou ne trahit la présence.
D'un trésor cependant il rêve encor la chance.
Tire à droite, se penche, et, d*un dernier effort,
Fait monter tout entiers ses filets à son bord.
De plus en plus Tespolr agile sa poitrine;
Sa maiu prend tour à tour chaque plante marine,
El la rejette aux fiels avec un froid dédain ;
L*onde les engloutit, insensible... soudain
Sous les algues, ô ciell il découvre un cadavre.
Celui d'un mutelol hier pani du Havre.
Il pâlit, et sa joie a fuil place aux douleurs.
Il recouvre le corps, et voit, malgré ses pleurs.
LE PÈCHELT.. ii51
Les clochers de Kanprune cl de la Délivraiide-;
Il s*adres8e à la Vierge, il prie, il lui demande
Le salut du marin qui là glt, inconnu;
Puis grave, recueilli, par sm foi soutenu ,
Au Dieu qui le protège il élève son ftme^
Implore de longs jours pour ses fils, pour sa femme ,
Et rame vers la terre où des baigneurs nonlbreui^
Joyeux pariiàens, étrangers curieux ,
Tous richefi, dont la vie est Yîde et désœuvrée.
Pour charmer leurs loisirs, attendent la marée.
• Tenex, dit le pécheur, void pour vos banquelsl •
Il montre le cadavre, et tous ces damercls,
Et ces femmes de cœur faible, d'esprit frivole ,
Ont fui, comme d^oiseaux un essakn qui s^envdle.
La justice avertie et le curé du lieu
Viennent lever le corps; un éternel adieu
Est dit par le pécheur, qui, le oœur gros soiirdHe ,
El va de son récit attrister sa famille.
DI8T0RIETTES ;
Par le Méaie.
Un Irès-sot, très-ignare et trè»-riche épicier Pour huit cent mille francs acheta, l*ao dernier. Un splendide chftieau : de superbes statues
En décoraient les avenues; Ces brontes respiraient Un ami Tint le voir. Et, partout promené, s*arrêta, d'aventure. Admirant un héros, chef-d'œuvre de sculpture.
— Ami, je voudrais bien savoir Quelle est cette belle figure.
— Ma foi I dit Tépicier confus ,
Je rignore ; on m*a dit que chacuue est d'un maître. Qu'on les nomme Vulcain. Mars, Jupiter, Vénus... Je vais interroger le jardiuier ; peut-être Lui nous le dîra-t-il ; pour moi ça m'est égal : Toutes ( il me suffit I ) sont d*excellent métal. Je ne tiens pas ù les connaître.
Des officiers français parlaient de leurs exploits.
« En prenant un drapeau, moi j'ai gagné la croix, »
Disait un brave. « Moi j'ai tué trois vedettes
« Avec mes pistolets d'arçon , • Disait un autre ; • ainsi j'obtins mes épauteltes. •
• Je couche, moi, dit un gascon, « Sur un fort matelas de moustaches frippées • Qu'à ceux que j'ai vaincus j'ai moi-roîymi* coupées. •
BfSTORIBTTKS. 453
Un pauvre diable, en AnfleCerre, St fit covper la jambe, et le vieux sacristaio Itéclama durement, pour l*avoir mise en terre,