Recueil de la Société de Canstantiney t XX, pi. XXII
aucun doute à cet égard. D'autre part, nous croyons pouvoir affirmer que ni la tête ni le buste n'ont été brisés an sens exact du mot; il n'y a pas trace d'éclat, le marbre est aussi lisse en ces deux points qu'ailleurs. Enfin, nous avons remarqué, à droite et à gauche de la face antérieure du moignon qui figure la tête, deux cavités peu profondes; l'une d'entre elles se distingue très bien sur la photographie où la statue est vue à peu près de face. Au fond de la dépression creusée dans le buste, l'on aperçoit aussi un ou deux trous de petites dimensions. De toutes ces particularités, il nous parait possible et dans une certaine mesure légitime de conclure : io que la tête ne faisait pas partie intégrante de la statue, qu'elle était soit en métal soit sculptée en une matière plus précieuse que le marbre, et que deux tenons, s'emboîtant dans les cavités que nous venons de signaler, la rattachaient au cou ; 2^ que la divinité tenait devant elle et appuyé contre soD buste un emblème, un attribut d'assez forte taille, dont une partie au moins remplissait la dépression curieuse que nous avons décrite, et qui était fixé lui aussi au corps de la statue par un ou deux tenons. Si de plus nous examinons attentivement le cou et ce qui reste du bras droit, nous remarquons que le cou et par conséquent la tête étaient sensiblement inclinés en avant, et que le bras droit était ramené devant le corps comme pour supporter un objet assez lourd, ou dans l'attitude d'une mère qui allaite son enfant. Cette pose du bras est assez visible dans la photographie où la statue est vue de dos.
« Résumons nos observations : la statue colossale de Milah est certainement l'image d'une déesse assise, dont le buste était nu, tandis que la partie inférieure du corps était revêtue de draperies ; la tête était inclinée en avant. 11 est en outre infiniment probable que cette déesse tenait dans ses bras un emblème, et que cet emblème et la tête étaient faits d'une matière plus précieuse que le reste de la statue, ou tout au moins d'une matière différente. Ces deux parties ont disparu sans doute au moment de la conquête arabe.
« La déesse assise par excellence, c'est la Déesse Mère, l'ancienne Gybèle des Grecs, devenue sous l'empire romain
la Mater Deam Magna Idaea, Il est vrai que nous ne connaissons pas de statue de Gybèle ayant le buste nu ; cela tient à ce que nous possédons seulement des images de la Gybèle grecque, toujours drapée, presque toujours (urHtay et souvent accompagnée d*un ou deux lions. Mais, parmi les déesses représentées assises, il est au moins trois statues que nous pouvons rapprocher du monument de Blilah : !<> Junon allaitant Hercule, à Rome, Museo Pio-Glementino^ La déesse n'a qu'une partie du buste nu, mais sa tête est penchée en avant, et Hercule occupe dans le groupe une place analogue à celle de l'objet que nous supposons avoir existé dans le creux de notre statue; 2<> Venus Genitrix'. Ici le buste est complètement nu, mais la pose n'est plus la même, la tète est cependant encore un peu inclinée en avant; 3« Leucothée et Bacchus, publiée par Guattani en 1805, puis par Glarac^. Le buste est complètement nu, la tète très inclinée en avant, mais Bacchus est plutôt assis sur les genoux de Leucothée qu'appuyé contre son sein.
c Si la statuaire proprement dite ne nous fournit que des indications assez vagues et des points de comparaison peu précis, il est une autre série de monuments qui éclaire davantage notre sujet : nous voulons parler des figurines en terre cuite, représentant la Déesse Mère, trouvées les unes en Gaule, depuis assez longtemps, et les autres, plus récemment, à Garthage^. Parmi ces monuments, le plus caractéristique est une statuette gallo-romaine, reproduite dans l'ouvrage de Tudot (pi. 30, B). La déesse est assise, le buste est nu, sauf l'épaule droite, sur laquelle se voit l'extrémité d'une draperie; l'enfant, grossièrement représenté, est appuyé contre le sein de sa mère. Les deux épaules et le haut des bras sont analogues aux mômes parties de la statue