PAPIRIA ZOE EX VOTO P08VIT
Pttpiria Zoe ex voto posuit.
Séance du 9 Novembre.
Présidence de M. Tabbé Dughbsnb, 1*' vice-président.
Ouvrages offerts :
BuUetin de la Société de Borda, juillet-septembre. Dax, 1892, in-8o.
'^ de la Société scieniifiguey historigue et archéologique de la Corrhe^ t. XIV, i^ livr. Brive, 1892, in-S».
Revue belge de itumûniafigve, XLVUI* année, 4« livr. Bruxelles, 4892, in-8^
Bbq0et (Alfred). Les cimetières de la forteresse d^Épraoe-lo' Groix'Rouge. Namur, in-8«.
BoniLLBT (râbbé A.)* L'église et le trésor de Conques {Ave^ron). Mâcon, 4892, in-8*.
Briquet (G.-M.)* De la valeur des filigranes du papier comme moyen de reconnaître V&ge et la provenance de documents non datés. Genève, 4892, in-S».
Travaux,
Au nom des Commissions nommées à cet effet, MM. Gollignon et G. Bapst lisent des rapports sur les candidatures de MM. Ghampoiseau et le marquis de Groizier au titre d'associé correspondant national. On procède au vote, et les deux candidats, ayant obtenu le nombre de suffrages exigé par le règlement, sont proclamés associés correspondants nationaux, M. Ghampoiseau à Paris et le marquis de Groizier à Gouieuvre (Allier).
M. 8. Berger communique un texte qui lui paraît éclairer d*un jour nouveau l'influence de l'art chrétien des Grecs sur l'art allemand du moyen âge. Ge texte se trouve dans un manuscrit grec-latin des Évangiles conservé à Saint-Gall. G'est la description des miniatures d*un manuscrit grec des Évangiles, et cette description pourrait s'appliquer trait pour trait à un groupe bien connu de manuscrits du x« et du XI* siècle provenant des bords du Rhin. Les plus anciens de ces manuscrits ont été exécutés par des artistes de Reichenau ; c'est donc probablement par Saint-Gall et Reichenau que la tradition de Tart grec s'est répandue dans la vallée du Rhin.
M. Durrieu, membre résidant, insiste sur l'intérêt que présente la communication de M. S. Berger. U y voit une nouvelle manifestation de cette tendance à la copie qui existait chez les artistes du moyen âge et les a souvent portés à
puiser leurs inspirations dans des manuscrits célèbres, d'une date plus ancienne ou venus d'une région plus ou moins lointaine, qu'ils se trouvaient avoir sous les yeux.
La communication de M. S. Berger est renvoyée à la Commission des impressions.
M. E. Michon, associé correspondant national, soumet à la Société les reproductions des différents groupes de la triple Hécate qui sont conservés au Musée du Louvre. Il insiste sur l'intérêt que présentent ces monuments, dont le Musée a pu former dans ces dernières années une série de six exemplaires, pour l'étude des formes successives par où s'est développé le type de la triple Hécate.
< Hécate, dans ses plus anciennes représentations, apparaît d'ordinaire sous la simple figure d'une femme portant deux torches. Tel est, par exemple, un bas-relief rapporté d'/rmeni-Keui, près Gyzique, par M. Perrot, et aujourd'hui exposé dans la salle de Milet. Mais le besoin de dédoubler pour ainsi dire sa personnalité se fait sentir de bonne heure. Une curieuse petite stèle à fronton, qui provient d'Athènes et que possède aussi le Louvre, nous montre déjà sur ses deux faces deux Hécates sous des traits légèrement différents.
< La conception de la triple Hécate n'est que le développement de la même idée et le résultat de l'identification de la déesse avec d'autres divinités voisines mais originairement différentes. Il faut noter d'ailleurs que, dans les monuments qui la représentent ainsi triple, la personnalité d'Hécate domine au point d'absorber complètement les deux autres, et ainsi s'explique le retour vers l'unité qui fit qu'après avoir donné trois corps à Hécate on ne lui donna plus, par une sorte de compromis, que trois tètes sur un seul corps.
c Les Hecataia^ par suite, se divisent en deux grandes classes. A la première appartient un Hecataion^ autrefois dans la collection Sabatier, où l'une des déesses tient la longue torche et la patère et la seconde un fruit posé sur la poitrine, tandis que la troisième porte les deux mains à son chiton. Un second Hecataùm^ avec trois tètes surmon-
tant un hermès commun, rappelle la conception de la déesse envisagée surtout comme protectrice des carrefours, Tpto^Ttc. Avec un marbre enfin rapporté d'Ancyre par M. Perrot, nous saisissons le passage au second groupe d^Hecataiay puisque, par suite de la maladresse de Tartiste, qui n'a pas su indiquer clairement son dessein de présenter les deux figures latérales de profil, il semble, au moins au premier abord, que les trois figures soient placées de façon à former un seul corps.
c II faut au contraire, sans aucun doute, rattacher à la seconde classe un HeccUaion rapporté d'Athènes par Le Bas, que M. S. Reinach n'avait pu retrouver lors de sa réédition du Voyage en Grèce^ et que le IjOuvre a récemment acquis de la collection J. Gréau. Seules, malheureusement, les trois têtes subsistent, toutes marquées encore de couleur rouge sur les lèvres, les yeux et la chevelure, avec la place vide du polos traité à part et dont la matière , sans doute différente, ajoutait à la polychromie. Il en est peu d'aussi exemptes de la raideur qui g&te la plupart des monuments analogues, et, malgré les légères injures qui ont mutilé l'extrémité des trois nez, qui présentent autant de charme.
a Un dernier monument, d'époque beaucoup plus basse, est une pierre gravée gnostique où la triple Hécate est associée à une légende cabalistique qui occupe l'extrémité inférieure du champ et court sur le socle mouluré où se dresse le groupe. Les détails sans doute ont varié, ainsi que l'exige la différence des temps ; les mains d'une des figures portent le fouet et le poignard, attributs inconnus aux Hecataia précédents et communs, semble-t-il, à toutes les pierres analogues. Mais l'essentiel du type, au fond, est resté le même, et les trois déesses se dressent toujours adossées, l'une de face, les deux autres de profil, vêtues de la longue tunique qui tombe jusqu'aux pieds et du diploïdion serré par une ceinture et coiffées du polos. »
Séance du 1 6 Novembre.
Présidence de M. le comte R. db Lastbyrie, président.
Ouvrages offerts :
Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France^ no 10. Toulouse, 1892, in-8^
— de la Société des sciences historiques et naturelles de VYonne^ XLVI« volume. Auxerre, 1892, in-8*.
— delà Société historique et archéologique du Périgord^ t. XIX, 5« livr. Périgueux, 1892, in-8o.
— et mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et'Vilaine, t. XXI. Rennes, 1892, in-S*.
Journal des Savants^ septembre-octobre. Paris, 1892, in-4o. Revue de Saintonge et d^Aunis, XII* vol., 8« livr. Saintes,
1892, in-8«.
Marcel (rabbé). La calligraphie et la miniature à Langres à
la fin du XV^ siècle. Paris, 1892, in-4o. Naef (A.). Guide à V ancien prieuré de Gramlle~Sainte'Hono-
rine. Le Havre, 1892, in-8«.
M. Durrieu, membre résidant, présente de la part de l'auteur, M. l'abbé Marcel, correspondant de la Société, préfet des études au petit séminaire de Langres, un travail sur La calligraphie et la miniature à Langres àlafin du XV* siècle.
M. Durrieu signale l'intérêt de cette étude, faite avec le plus grand soin. Elle contient une description détaillée et rhistoire des destinées successives d'un bel exemplaire des Postilles de Nicolas de Lyra, qui forme aujourd'hui les manuscrits latins 11972-11978 de la Bibliothèque nationale. M. l'abbé Marcel est parvenu à établir que ce manuscrit a été exécuté sur la commande et aux frais de Guy Bernard, évéque de Langres, en 1453, mort en 1481, que le copiste s'appelait Pierre Rouche, et l'enlumineur Guillaume Hugueniot. A propos de ce dernier nom, M. Durrieu se demande s'il ne s'agirait pas du miniaturiste G. Hugonnet, dont il a eu occasion de signaler autrefois à la Société la signature
ainsi orthographiée, apposée sur une miniature d'un livre d'heures qui a été donné à la Bibliothèque de la ville d'Aix par monseigneur Rey.
Correspondance.
M. Farcinet, présenté par MM. Passy et Deloche, écrit pour poser sa candidature au titre d'associé correspondant national à Paris. Le Président désigne MM. Babelon, Prou et de Barthélémy pour former la commission chargée de présenter un rapport sur les titres scientifiques du candidat.
Travaux.
M. le Président annonce que la comtesse Ouvaroff, présidente de la Société archéologique de Moscou, récemment élue associée correspondante honoraire de la Compagnie, assiste à la séance.
Invitée à prendre place au bureau, M*°« la comtesse Ouvaroff remercie la Société et assure gracieusement ses nouveaux confrères qu'elle sera heureuse de leur faciliter l'accès des collections en Russie, et, en particulier, des siennes.
Au nom de la commission nommée à cet effet, M. Guillaume lit un rapport favorable sur la candidature de M. Naêf au titre d'associé correspondant étranger; on procède au scrutin, et M. Naëf, ayant obtenu le nombre de suffrages exigé par le règlement, est proclamé associé correspondant étranger résidant au Havre.
M. H.-F. Delaborde, membre résidant, communique à la Société une mention des comptes de Saint-Denis pour l'année 1403-4404, relative à la grande vasque monolithe provenant de cette abbaye, qui, après avoir servi de lavabo aux moines, orne aujourd'hui le centre de la seconde cour de l'École des beaux-arts.
« Item pour avoir refait le bacin de cloistre par maistre Roger de Paris et pour poiz et cyment. c xiij s. iiij d. •
(Areh. nat., LL 1243, fol. 28 r.)
Jasqa'ici, la constraction de ce monument avait été attri* buée à Tépoque où Hugues de Milon gouvernait l'abbaye, sur la foi de deux vers, lus par Félibien autour dn socle qui en marquait le centre. Mais ce socle, aujourd'hui disparu, devait être un vestige de la fontaine primitive que Roger de Paris aura utilisé tout en refaisant la nouvelle vasque, peutêtre à l'imitation de l'ancienne, mais en apportant dans sa reproduction certains rajeunissements à la mode de son temps.
M. Héron de Villefosse, membre résidant, présente à la Société un vase en argent, de travail romain, qui a été récemment offert au Musée du Louvre par M. J.-â. Durighello, de Saïda :
c D'après les renseignements fournis par le donateur, ce vase aurait été découvert en Syrie, dans les ruines d'une ancienne église, près de Homs (Ëmèse). Il mesure 0°'45 de haut; la panse n'a pas moins de 0°^90 de développement; la hauteur du col est de O'Bid, et son diamètre à l'orifice est de 0'"il5. Sur les parties unies de la panse, on reconnaît les traces évidentes du tour; les ornements ont été exécutés au repoussé, avec quelques détails repris au pointillé; le dessous du pied porte les marques d'un travail au marteau. Ce vase a reçu, dans la partie inférieure de la panse, un coup violent qui a produit une déchirure et qui a enlevé un morceau large, à peu près, comme la paume de la main. Néanmoins il pèse encore 2 kiiogr. 892 grammes. Sur le bord du goulot, on remarque une petite dépression en forme de bec qui parait avoir été faite après coup ; elle correspond de l'autre côté du col à des traces d'oxydation, témoins certains de l'existence d'une anse dont une extrémité était appliquée sur la panse et dont l'autre extrémité reposait sur le col. Cette anse, qui a disparu, avait été sans doute ajoutée; le vase original n'en possédait probablement pas.
c L'ornementation au repoussé se compose de huit bustes, disposés autour de la panse et séparés l'un de Tautre par d'élégants flenrons; quatre cordons en iorme de tresses entourent le vase à différentes hauteurs : le premier à la
base du col, le second autour du pied ; les deux autres servent d'encadrement à la zone imagée qui règne autour de la panse.
« Les huit bustes peuvent être partagés en deux groupes distincts :
« A. Trait buites. (1.) ^ Vierge^ voUée et drapée, de face.
€ (2 et 3.) Deux archanges sont représentés à ses côtés, se faisant pendant, placés à peu près de trois quarts et légèrement tournés vers elle. Leurs cheveux sont relevés en arrière, serrés par une bandelette et ondulés sur le devant de la tète. Leurs ailes, dont le haut arrive à peu près sur la même ligne que les yeux, sont soigneusement traitées ; les plumes sont figurées par de petites hachures disposées en écailles. Ces deux archanges portent une tunique.
a B. Cinq bvates, (4.) Le Christ^ de face, drapé. Il est représenté barbu, avec une longue chevelure qui retombe sur les épaules; il tient un voiumen dans la main gauche, tandis que la main droite est ramenée à la hauteur de la poitrine.
c (5.) A gauche du Christ, saint Pierre^ drapé, tenant son manteau de la main droite ramenée sur la poitrine. Sa barbe est frisée, et ses cheveux sont indiqués par de petites hachures. Il est tourné vers le Christ.
c (6.) A droite du Christ, saint Ptad^ drapé, tenant un voiumen du côté gauche. Son front est chauve; sa barbe allongée est séparée en deux pointes. 11 est tourné vers le Christ.
a (7.) A côté de saint Pierre, saint Jean^Baptiste, drapé, de face, avec de très longs cheveux tombant sur les épaules et une longue barbe. Sa figure est absolument semblable à celle du Christ.
« (8.) A côté de saint Paul, saint Jean VÉvangélistey drapé, tenant un voiumen. La figure est imberbe, et les cheveux sont indiqués par de petites hachures.
« Ijos images de la Vierge et du Christ se correspondent; elles sont disposées aux deux extrémités d'un même diamètre.
« Chacun de ces huit bustes est placé dans un médaillon rond (imaginés dipeatae)^ et, entre chacun de ces médaillons, s*élève un ornement qui se compose de trois laiges feuilles
Vat* ckrilien en argent Irouvi h Émèie.
soutenant un élégant cornet, d'où s'élancent à droite et à gauche des rinceaux de vigne vierge.
c Telle est la description de ce précieux monument d'argent.
« On conserve an Musée du Vatican un petit vase, d'une jolie forme, dont la décoration est tout à fait analogue. Autour de la panse régne une zone du même genre, présentant également des bustes en relief. On y voit le Christ entre quatre apôtres, dont les deux premiers sont aussi saint Pierre et saint Paul et dont les deux autres ne semblent pas avoir été reconnus. Le dessin donné par le Père Garrucci^ ne permet pas de les distinguer. Il serait curieux de pouvoir étudier les deux objets à c6té l'un de l'autre.
c La technique du vase d'Émèse est assez soignée ; elle se rapproche de celle de la capsella d'argent d'Henchir-Zirara, si magnifiquement illustrée par M. le commandeur de Rossi'.
« On y retrouve les mêmes cordons en forme de tresses, et, outre le travail au repoussé, certains détails sont aussi exécutés au pointillé.
« On peut rappeler également, à propos du vase d'Émèse, une des cassettes d'argent à reliques trouvée sous le pavé du grand autel, dans la basilique de Grado'. L'ornementation est la même; cette cassette, décorée de cordons tressés et d'une série de bustes de martyrs accompagnés d'inscriptions, parait appartenir ao vi« siècle de notre ère.
c Les vmigines cîipeatae ont été en usage de fort bonne heure; on les retrouve sur les sarcophages de la Gaule et de l'Italie, sur les coffrets d'argent ou d'ivoire, sur les verres, etc. Une des séries les plus intéressantes pour l'archéologie chrétienne était celle des portraits des premiers papes, peints dans la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, portraits qui malheureusement ont péri en partie dans l'incendie de cet édifice.