Le Blant, Suite des affaires criminelles, 1. c, §§ VIU et
xvm.
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bestiis erat damnata. »' C'est une vile créature, c vilis aliqua^ » frappée par une sentence du gouverneur de la province d'Âchaïe. Elle doit subir sa peine dans Tamphithéàtre de Gorinthe. Après une pantomime mythologique, jouée au milieu d'un décor splendide, on tire la condanmée de la prison publique et on s'apprête à la conduire au milieu de l'arène, où elle va être reçue par les bestiaires, c familia ministerio venatùmis oecupata. » Le lecteur pourra voir dans le roman quels raffinements étranges l'imagination dévergondée de l'auteur latin ajoute à cette donnée, trop commune par elle-même pour son goût et pour celui de ses contemporains ^ •
Il importe de remarquer ici le rapport étroit qui unit à la littérature païenne les monuments de la céramique populaire que nous étudions. Uartial, décrivant le supplice d'un condamné, déchiré -par un ours sous les yeux de la multitude, a plus d'horreur pour le crime que pour le châtiment. Il observe, il est vrai, que c le sang ruisselait de ses membres palpitants et déchirés, et que nulle place sur son corps ne rappelait plus la forme d'un corps :
a Vivebant laceri membris stillantîbus artus, « Inque omni ousquam corpore corpus erat'. »
i. Apul., Met, X, cap. xxm-xxvn, p. 721-733, et cap. xxxiv et XXXV, p. 748-751 (Hiliebrand).
2. Mart., Spect., t. VH, p. 5. Cf. t. VIU et XXI (Priediaender).
caiiàiiBLS LiTftis AUX bItbs. 148
Cependant, le poète ne songe pas à se révolter contre cette invention cruelle, qui faisait du spectacle de la douleur physique un amusement pour le peuple assis sur les gradins de Tamphithéàlre ; ce qn*il voit surtout, c'est que le patient est un assassin, un incendiaire ou un sacrilège ; ses épigrammes sont calmes et ingénieuses, comme pouvaient Tètre les juges et les bourreaux, qui faisaient jouer à un criminel, à sa dernière heure, le rôle d'Orphée ou de Dédale. Tel est aussi le sentiment des potiers qui ont mis dans le commerce les terres cuites dont nous recueillons les fragments ; chacun des misérables que nous voyons ici exposés à la dent des bêtes féroces est pour eux une chair vile, indigne du nom d'homme ; ils font de ce supplice un motif de décoration, comme Martial en fait le thème de ses petits vers. Nous avons là un témoignage frappant des instincts et des goûts de la classe populaire dans la société du temps de l'Empire*.
Sur les fragments de Westemdorf , le moule n'a pas donné partout une empreinte également nette ; le relief est parfois insuffisant, ou la terre encore fraîche a bavé sur les contours. Gepen-
i. U est possible que ces sortes d'exécutions tirent leur origine des Étrusques. Voy. la peinture publiée dans les Annali délV Istituto archeologico di Roma, 1881, p. 1, et Monum,, XI, tay. xxy. L'auteur de rarticle, M. Keck, mentionne les poteries de Westemdorf d'après Friedlaender, en déclarant qu'il n'a pu les voir (voy. p. 17, note 2). un 8
Ui GinitifELS hVfRia aux bêtes.
dant il est certain que le patient n'est pas élevé sur la plate-forme {catastay suggestus) dont parlent les textes et dont d'autres monuments nous ofl&*ent rimage. Le poteau (palus^ stipes) est fiché à même dans le sol; mais le potier a pu, pour se renfermer dans l'espace dont il disposait, simplifier à dessein la composition, et peut-être ne s'est- il pas astreint à reproduire dans tous ses détails la réalité telle qu'il l'avait vue. Bans les fragments de Tours et de Paris, la cassure a emporté les pieds de la victime. Mais sur un des fragments de Saint-Germain que M. de Villenoisy a communiqués à la Société, on voit distinctement une base de faible hauteur au-dessous de la femme suppliciée. Cette forme de la catasta se retrouve sur un sarcophage de Rome, où est sculpté le supplice de l'Amour^, et sur une peinture des catacombes, représentant Daniel dans la fosse aux lions ^.
On remarquera que sur les fragments de. Paris et de Westerndorf des cerfs et un daim sont mêlés à des animaux carnassiers ; on pourrait s'en étonner. Si ceux-ci étaient destinés à dévorer le criminel attaché au poteau, pourquoi lancer avec eux dans l'amphithéâtre des aniiïiaux timides qui pouvaient facilement détourner leur attention et
1. Voyez Otto Jahn dans les Berichte ueber die Verhand-^ lungen der Koenigl. Saechs, Gesellscfi, d. Wiss. zu Leipzig, 1851, p. 153 et pi. V.