‹ Mémoires. 4Chapitre 4 sur 133 · LES HOTES POUR L^ENLUMINEUR · texte numérisé non relu

LES HOTES POUR L^ENLUMINEUR

et .j. prophète qui le oing en roy et plusieurs gens qui le resgardent.

Psaume Lxvni : .j. prophète qui dort en son lit et .j. evesque qui est à Fuis [de .j.] esglise qui prent par la main plusieurs pouvres gens (t. 38) .

Voici encore quelques notes du même genre : Bruxelles, 9634 (manuscrit daté de 1355, autrefois relié aux armes de Hainaut et de Bavière) :

Joël : .j. pasteur giu de moutons et tient une croce en sa main et Nostre-Seigneur se monstre à lui par une nue.

Amos : Gomme .j. viel homme est apuié dedens .j. lit et Nostre-SeIgneur s^apert à lui en une nue.

Bibl. nat., fr. 15396 (xv* siècle) :

Saint Jeaii : Gomment li apostle annuncent le pueple de bien faire.

Bibl. nat., fr. 20066 (Raoul de Presles, fin du XV® siècle) :

Daniel : Soit cy fait hystoire comment le roy flst mettre hors de la fournaise les trois enfans et l'ange qui estoit avecques eulx, tous sains et saulfs.

Les notes que nous trouvons dans le manuscrit Bibl. nat., fr. 161 (xiv* siècle) * sont encore plus curieuses. Il est arrivé au rubriqueur un accident assez fréquent au moyen âge : ce calligraphe a pris les notes de la marge pour des projets de rubrique, et il les a copiées, de sa plus

1. Cette Bible historiaie est signée de Gefroy Godion; elle est ornée de la bordure tricolore que l'on voit sur les plus beaux manuscrits, à partir du règne du roi Jean.

DANS LES mmrSGRITS ou MOYEN AGE. 4S

belle écriture, à Fencre rouge. Cette inadvertance nous a conservé les notes pour Tenlumineur, et nous sommes à même de les comparer avec les peintures elles-mêmes :

Juges : Uns anciens qui se retourne à une grant multitude de gent, et devant lui sera Dieu en une nue.

La même rubrique se lit auparavant, au milieu du livre de Josué (fol. 1SI8 v""), mais cette fois la c multitude de gens > a été oubliée par le peintre.

I. Rois : Une ygiise et un autel, et très personnes dessus qui tiennent une beste diverse, et une famé à genoulz devant eulz (la bête est représentée comme un lion) .

m. Rois : .j. roy couronné gisant en un lit et un autre assis en chaiere que .ij. evecques couronnent et un vallet derrier chascun evesque.

ly. Rois : Un char en air et un homme desus qui joint ses mains, et un homme desouz priant, ses mains contremont, et si a ou char .ij. chevaulz en costé Tua Tautre, et sur le char par derrière un voile estendu.

La peinture qui accompagne cette description représente (chose singulière) un tout autre sujet. Au lieu de Fassomption d'Élie, le peintre, indocile à ses instructions, a représenté la chute d'Achazia. De telles infidélités ne sont pas sans exemple, et on pourrait donner encore plus d'une preuve des libertés que le peintre se permettait à Tégard du canevas que lui fournissait l'entrepreneur. En voici un exemple, qui a déjà été cité^ :

1. Manuscrit Ashburnham, Barrois 110, de la première moitié du xiv« siècle [La Bible française, p. 289).

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Psimn Lxvm : Ua roi tout nu issant de terre, tendant ses mains vers le ciel et est en terre jusques au ventre.

Le libraire s'est trompé. D'après la tradition constante des manuscrits, la miniature du psaume LXYiii doit représenter David, non en terre, mais dans la mer. C'est pourquoi le peintre, mieux avisé que son directeur, et connaissant mieux que lui les usages, a désobéi au libraire et a représenté David dans les eaux jusqu'à la ceinture.

On trouve parfois, dans les instructions pour l'enlumineur, d'assez curieuses corrections. Tel est le c repentir > que nous observons dans une note du manuscrit 1 906, de Gheltenham^. Il s'agit de la miniature du livre de Ruth, que le libraire, avec sa négligence habituelle, a placée en tête du livre des Juges :

Un homme couchié dedenz un lit dormant, et y ait arbres autour, et une damoiselle en chemise qui se couche ou lit.

Le libraire a remarqué après coup que, d'après le récit biblique, Ruth ne s'est couchée que a parte pedum^ au pied du lit de Booz. C'est pourquoi il a e&cé les deux derniers mots et il les a remplacés par ceux-ci : < Aux pies du lit. >

Les notes poui^ l'enlumineur, dans les manus-

1. Bible de Pompadour, de 1368, avec bordure tricolore, signée de Colin Nouvel {La Bible française, p. 287). A la fin de cette Bible, nous trouvons le reçu du copiste : c Explicit Apocalipsis. S'a l'argent. »

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crits de la Bible exécutés en France, sont presque sans exception en français^. Les seules notes en latin que nous ayons se lisent dans le manuscrit 9634 de Bruxelles, cité plus haut. Les peintres qui travaillaient à orner les manuscrits français n'étaient pourtant pas tous français eux-mêmes. Dans la célèbre Bible historiale du duc de Berry, Bibl. nat., fr. 159, au fol. 531, nous voyons, en tète de l'Apocalypse, une peinture à couleurs tendres où le jaune et le rose se rencontrent assez heureusement, comme sur les miniatures d'Allemagne et de Bohème ; elle représente saint Jean, en cheveux blonds; le type de la figure est allemand • Sur la banderole que l'évangéliste tient en ses mains on lit, non sans peine, mais avec certitude, ces mots que le peintre, comme pour les cacher, a écrits en caractères microscopiques : Got allein eh[r]en sey der ist... Ceci est la signature d'un artiste allemand travaillant pour le compte d'un libraire français et d'un grand prince du sang.

1. Les manuscrits de la Bible française où l'on peut trouver des notes pour Tenlumineur, en dehors de ceux qui ont été cités, sont les suivants : Mus. Brit., 19. D. U. (Bible du roi Jean, à bordure tricolore) ; 19. D. VI. (Psaumes, xy« siècle — notes au crayon rouge. Le peintre paraît avoir signé : c Jo. M. ») ; Sainte-Greneviève, Â. fol. 1 (Bible de Guillaume de la Baume, commencement du xiv* siècle — notes au crayon rouge); A. fol. 2 (signé de Grefroi de Saint-Ligier, xiv« siècle); Bibl. nat., fr. 152 (de 1347), et Mus. Brit., Lansdowne 1175 (Raoul de Presles, fin du xiv* siècle); en tout, treize manuscrits.

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Les notes pour V enlumineur dans les textes littéraires^ les ouvrages d'histoire^ de science^ les livres liturgiques, etc.

Les notes pour renlumineur sont d'un usage au moins aussi fréquent dans les manuscrits autres que ceux qui renferment des textes bibliques. Elles paraissent avoir été surtout employées en France, au xrv* siècle, et pour les copies de luxe des ouvrages littéraires ou historiques. Très souvent, il est vrai, elles ont disparu, comme c'était leur destinée. On ne peut plus constater que le souvenir de leur existence ancienne par la trace des grattages ou par les vestiges, au bas de la page, de la partie supérieure de certaines lettres en hauteur, conmie les /, les /*, qui s'élevaient au-dessus du niveau où le couteau du relieur a passé. Néanmoins, une ample moisson d'exemples peut encore être faite. Gitons-en quelques-uns particulièrement remarquables par leur ancienneté, par leur date certaine ou par le développement de leurs détails.

Pour la fin du xm* siècle, nous en trouvons dans une copie de la traduction française de Guillaume de Tyrj manuscrit français 9081 de la Bibliothèque nationale. Elles ont servi à guider l'enlumineur dans l'exécution d'une série de lettres historiées, contenant généralement chacune

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deux sujets superposés, qui ouvrent les vingtdeux livres de l'ouvrage :

Au m* LiVBB : Ici assaut de crestiens et une peiriere qui giete à la tor. Desoz (dessous, c^est-à-d!re dans le registre inférieur) une dame et .ij. de ses enfanz qui s'en cuidoit esctiaper en une nef, et si com Fen les prent.

Vin* LiY. : Ici, en ceste estoire\ a .j. chastel de flist (bois) et crestiens dedanz, et, devant els, vieilles qui mostrent leur dos. Et desoz Tassant.

Xini'* LIT. : Ici, comment la contesse de Triple (Tripoli) chiet as piez le roi et 11 prie qu'il secore son seigneur. Après si com li cuens de Triple geue as tables et .j. chevaliers i vient qui le Sert parmi la teste d'une espée^.

Xyil" LI7. : Ici, comment ii empereres d'Alemaigne et li rois Looys de France assieent la cité de Domas. Desoz, comment Noradins, princes de Sarradins, se baigne toz nuz en Teue par signe de victoire.

Ces notes sont tracées au ras du bord de la marge inférieure, en caractères posés, de la même main que le texte, avec des proportions seulement un peu plus petites pour les lettres.

Des notes analogues se retrouvent dans un Eracles du commencement du xiv^ siècle (Bibl. nat., ms. français %S%5) qui a appartenu dans la suite à Jacques de la Marche , roi de Hongrie et

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