Revue d'Austrasie, 1837, p
4SÂ ANTIQUITt^S DU MONT H^RIPLE.
temple consacré, dit-on, à Apollon ; un puits de forme carrée a été creusé dans le même rocher. A quelques pas plus loin, une tranchée, longue de quelques mètres, donna lieu à des trouvailles fort intéressantes et mit à découvert un escalier souterrain taillé dans le grès. > Je passe sous silence les nombreuses réflexions que suggère à l'auteur son érudition sur le culte des fontaines pour noter la découverte c d'un onix représentant un centaure, d'un médaillon grec de Septime Sévère, d'une fibule représentant un cerf, d'un bas -relief barbare représentant un homme à cheval, p
C'est également à M. Victor Simon que nous devons de connaître le résultat des fouilles entreprises en 1 840 par M. le préfet Germain sur l'emplacement d'un atelier de serrurier, s'il faut en croire la nature des objets recueillis et les représentations qui cette fois ont été faites de ces antiquités * .
M. l'abbé Ledain, dont la science et le zèle pour tout ce qui se rapportait aux antiquités de l'Est étaient si justement appréciés, se plaignait avec juste raison que les fouilles faites au Héraple n'eussent jamais été bien conduites c et qu'on soit en quelque sorte conduit à ignorer aujourd'hui dans quelles mains sont passées les antiqui-
i. Mémoires de l'Académie royale de Metz, 184i, t. XXII, p. 164.
iNTIOniT^S DU MONT HJRAPLE. 435
tés romaines intéressantes découvertes sur cette célèbre montagne'*. >
C'est du Héraple que provient le monument suivant, élevé à l'empereur Tibère vers l'an 20 avant J.-G., offert par M. Lousteau au Musée de Metz* :
TIB • GAE DIVI • AVG • F DIVI • IVLI • N AVG PONTF
MAX • cos • m
IMPVm-TRB P0TE8T • XXn . . . ^EGOVIGOV
TIB(erio) CAE(sari) DIVI- AVG (vsti) F(ilio), DIVMVLI(i) N(epote) AVG(usto), PONTIF(îci) MAX(imo) CO(n)S(uIi) III, IMP(erator) VIII, TRI- B(unicia) POTEST(ate) XXII..- EGOVICO^
i. Mémoires de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, 1863, séance du 5 juillet 1860.
2. Voir le Catalogite de la Galerie archéologique, n? 107, p. 68.
3. Voir Gb. Robert, Épigraphie gallo-romaine de la Moselle, 2« finscicule, p. 3, pi. VI, n« 1.
La lecture de cette inscription, publiée par M. Abel dans sa notice sur les Voies romaines dans le département de la Moselle, est fautive; cet auteur mentionne à tort la découverte d'un bas- relief de Septime Sévère demeuré inconnu de tous: peut-être, dans la transcription qu'il a faite d'un passage précédent, a-t-il confondu médaillon avec bas-relief.
C'est également du Héraple que provient la tablette de bronze décrite par M. Gh. Robert dans son Épigraphie de la Moselle, 1» partie, p. 58, puis étudiée à nouveau par M. le
436 ANTIQUITES DU MORT HâUPLB.
Acquise d'un aubei^iste de Rosbruch par M. Motte, de Sarrelouis, cette inscription permet d'assigner aux constructions élevées sur le sommet du Héraple une date certaine.
En adressant, en 1862, ce monument si intéressant à la Société d'archéologie de la Moselle, M. Lousteau lui remettait en même temps l'extrait d'un manuscrit rédigé autrefois par son oncle, M. Motte, dans lequel il était fait mention de la découverte de tuyaux en plomb qui amenaient les eaux d'un village présentement détruit, nommé Querling, distant d'un quart de lieue, des ruines d'une ancienne tuilerie, d'ustensiles en tous genres, eiCa, eic* •
En 1866, il fut fait une trouvaille importante de monnaies romaines et de bijoux renfermés dans une sépulture; le tout fut vendu à Trêves^. Depuis cette dernière époque, les fouilles entreprises sur le plateau du Héraple se sont multipliées, mais nous ignorons ce qu'elles ont produit.
Le regret exprimé autrefois par M. l'abbé Ledain de voir le mont Héraple bouleversé en tous sens, sans grand profit pour la science, parait avoir été
commandant R. Mowat, qui restitue ainsi l'inscription : [In h(onorem)] d(omu8) d(ivinae) [deo Vijsucio [? Jul(ius) Ac]ceptus [et... us] Mottio V(otum) S(olvunt) i(ibentes)M(erito). {Mémoirp.s de la Société des Antiquaires de Frande, 1888, p. 220.)
i. Bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, 1862, t. V, p. 44.
2. Bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la MoselU, 1866, t. IX, p. 63.
ANTIQUrrfs DV MONT H^RAPLE. 487
enteodu. Malgré les nombreuses fouilles entreprises au hasard et sans méthode sur Tétendue du plateau, il est encore certains points non encore bouleversés par la pioche des chercheurs, et Ton peut encore espérer que, sous une direction habile, plusieurs de ces emplacements, demeurés inexplorés, procureront de nouvelles richesses archéologiques. En attendant qu'il soit permis à M. Emile Huber, de Sarreguemines , de publier dans leur ensemble les résultats obtenus dans les difiërentes fouilles faites par lui sur ce coteau, encore si riche en antiquités de toute nature, nous avons rédigé, sur son invitation, l'inventaire de tous les objets qu'il a recueillis en un lieu que notre confrère croit avoir été autrefois l'emplacement, la demeure, l'officine d'un marchand de produits pharmaceutiques.
Gomme les objets découverts en cet endroit appartiennent tous à l'époque gallo-romaine, il sera facile à nos confrères de se former une opinion sur la valeur de cette proposition que, pour notre compte, nous croyons fort acceptable.
La description la plus détaillée, la plus précise, ne pouvant en aucun cas remplacer la vue des objets eux-mêmes, il nous suffira de faire suivre la dénomination de chacun d'eux de l'indication de la planche et du numéro où il est reproduit, puis d'ajouter, quand il y aura lieu, quelques détails complémentaires.
438 iilTIQUITBS DU MONT H^BIPLB.
Monnaies. — Presque toutes les monnaies extraites du sol sur remplacement de la demeure en question sont frustes et n'offirent aucun intérêt numismatique : grands et moyens bronzes du haut empire, petits bronzes de l'époque des tyrans de la Gaule et des empereurs successeurs de Constantin ; il ne s'en est point trouvé de postérieures au IV* siècle*.
Nous avons toutefois à signaler la découverte d'un grand médaillon d'argent de l'empereur Constant P' (338-350), offirant au revers la légende TRIVMFATOR GENTIVM BARBARARVM. Dans le champ, l'empereur est représenté debout, en costume militaire, tenant de la main droite le labarunij orné du monogramme du Christ, et de la gauche la haste. A l'exergue, sont inscrites les trois premières lettres de l'atelier SIScia (lUyrie). Pi. F, nM*.
Verres. — Nombreux fragments : piedsde vases, anses, cols de fioles de diverses dimensions; débris d'une grande coupe en verre blanc, d'environ 0°*i5 de diamètre, dont le bord, replié sur luimême à l'extérieur, forme un bourrelet creux de 0"008 d'épaisseur.
1. En 1870, la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle acqnit un petit lot de 35 monnaies, toutes frustes, aux noms de Tétricus, de Constant !•' et de Gratien. (Voir t. XIII, p. 31.)
2. Voir Cohen, Description des monnaies frappées sous i'empire romain, 2* édit., t. Vil, p. 420, n* lit.
ANTIQUITES DO MONT H^BiPLE. 439
A Taîde de quelques débris, il nous a été permis de reconstituer dans sa forme primitive un flacon à six pans, obtenu par le procédé du moulage. Cette pièce, haute de O'^OT, offre sur ]e fond deux cercles concentriques en relief. PI. B, 4c
La pièce la plus importante recueillie sur cet emplacement est assurément la suivante, que son état de conservation presque complet rend digne de figurer avec honneur dans les vitrines d'un Musée. PI. F, 4.
Petit quadrupède dont il serait assez difficile de déterminer l'espèce; la gueule est entr'ouverte, les oreilles sont couchées sur le dos ; son attitude est celle d'un lièvre surpris au gite; ses yeux ronds et fixes expriment la crainte. L'ouvrier a su donner au regard de l'animal un éclat tout particulier en couvrant d'une feuille d'or la prunelle, qu'il a faite fortement saillante.
Poteries. — Fragments de vases en terre rouge, à couverte rouge, avec ornements en relief, dont l'un représente des personnages groupés deux par deux. PI. D, 4 et 5.
Fragment de vase en terre brune vernissée, pièce peu commune, avec feuilles et fleurs en relief. PI. D, 3.
Moitié d'un grand bol en terre rouge très fine, de bonne fabrication, orné sur la panse de feuilles de lierre. Diamètre, 0"14. PI. C, 1.
Vase à lai^e panse en poterie jaunâtre et très légère. Diamètre, 0"115. PI. C, 2.
140 AlfTTQnirtfS du mont H^IiPLE.
Vase sans pied, à fond plat, en terre jaunâtre. Diamètre, 0«08ô. PL C, 4.
Moitié d'un bol uni en terre rouge. Diamètre, O-^ia. PI. C, 5.
Coupe en terre noire vernissée. Hauteur, O"*©?. PI. C, 6.
Vase en terre d'un jaune grisâtre. Hauteur, 0"»13. PI. C, 7.
Vase en terre d'un jaune grisâtre. Hauteur, 0"075. PI. C, 8.
Petite coupe en terre rouge foncé. Diamètre, O'^OTS. PI. E, 2.
Deux petits vases en terre noire, avec glacis noir d'aspect métallique. Hauteur, O'^OS?. PI. Ë, 7.
Partie inférieure d'un petit vase en terre rouge avec dessins en creux produits par l'ébauchoir. PI. B, 8.
Trois fonds de vases en terre rouge avec noms de potiers marqués à l'intérieur :
ACEDILV F
B. Fillon a fait connaître la marque AGEDIGY F trouvée à Poitiers; peut-être faut-il, sur le tesson trouvé au Héraple, lire de préférence AGEDHjV F, nom gaulois qui s'est rencontré sur des poteries de même nature sous les formes A6EDILLI, AGEDaLVSF, AGEEDILLVSF.
MSVJVAI • (PAVLVSM).
Nom romain que l'on retrouve dans les marques PAVLVSF, PAVLIM, PAVLOS, PAVLLVS, OF
A5TIQ01T<S DU MOUT irflAPLB. 441
PAVLU, PÀYLLI*M, et les dimÎDutifs PÀYLIÂ- NVS, PAVLLIANVS.
..4ARTAFE.
Nom mal venu sous Tapplication du cachet du potier romain et que l'on retrouve dans l'une des formes : MARTIA FE, MARTIAL FE, MARTIA- LIFE, MARTIALIS FE, MARTIAVS, MARTIANI.
L'abréviation T (TI) s'est rencontrée sur des marques de potiers à Riegel, Friedberg, Mayence, Bonn, Yoorburg et dans d'autres fouilles faites sur les bords du Rhin.
Un creuset (haut., 0°^105) non encore dégagé à l'extérieur des scories qui l'enveloppent. PI. D, 1 .
Deux creusets. Hauteur, 0"05. PI. E, 1 . (Voir Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens^ pi. XCIX.)
Grain de collier en terre grise, de forme aplatie. Diamètre, 0"»032. PI. G, 3.
Autre grain en pâte dure, percé et godronné, portant encore des traces de l'émail vert qui le recouvrait. Diamètre, 0'»02. PL G, 2.
Pièce de grande dimension très curieuse par sa forme. C'est une sorte de gourde de 0°'24 de diamètre, destinée à être posée à plat, munie sur le flanc de deux anses accostant un goulot suffisamment relevé pour ne point laisser échapper le liquide qu'elle pouvait contenir. PL G, 1 .
Pierre et marbre. — Petit socle en pierre, gros-
142 utnQirTTfs dd mont b^utlb.
sièremeot taillé, de O'OiS de longueur sur 0^37 de largeur et 0'°037 de hauteur, dont la table supérieure offire une cavité rectangulaire dans laquelle a pu s'encastrer la base d'une petite statuette.
Mortier en maHire, du poids de 3 lûlogr. 500, et son broyeur en pierre dure (grès ou marbre).
dont le manche en bec de cane s'adapte parfaitement à la main ; sur le flanc de la tige est percé
AimQUITiS DO HONT H^&APLE. 443
un trou qui pénètre environ d'un centimètre et demi. PI. D, %K
Fers. — Dans toute Tétendue de remplacement fouillé et mis à découvert par H. E. Huber, il a été recueilli de nombreux débris en fer provenant soit des portes de l'ancienne habitation, soit des meubles et coffres qui y avaient été réunis : serrures, clefs, pentures, verrous, moraillons, gonds, couplets, charnières, crochets, gâches, lacets, fiches et autres fragments ou pièces difficiles à déterminer.
Nous avons fait reproduire seulement quelquesuns de ces débris'.
Serrure dont les cloisons mesurent O'^OG de côté ; la forte couche d'oxyde dont elle est recouverte maintient encore la clef qui y est engagée.
1. Le Musée de Verdan possède une pièce identique en marbre blanc, trouvée au lieu dit Champ la Gaille, commune de Brabant en Argonne, que M. Liénard a décrite comme étant un ex-voto représentant un pied ou bas de jambe {Archéologie de la Meuse, t. U, p. 9, pi. XIX, 4). Voir les reproductions de broyeurs publiés par Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pi. XXI, no» 5 et 6.
2. En octobre dernier, M. E. Huber nous adressait les moulages d'un bas -relief et d'un fragment d'inscription découverts dans les substructions d'un mur, sur le plateau du Héraple; ces moulages sont aujourd'hui déposés au Musée lapidaire de Bar-le-Duc.
Le bas-relief, qui représente, dans une niche, Mercure nu, debout, tenant sur le bras gauche Bacchus enfant, nous offre une réplique très affaiblie de la célèbre statue de Praxitèle, dont Toriginal a été découvert à Olympie en 1877. Ce bas-
144 ÀNTIQUinfs DU MONT HJRAPLB.
Clef de grande dimension (O^'SIS) à anneau losange, forme qui se retrouve à presque toutes les époques. PI. J, 7.
Clefs de petites dimensions. PI. J, SI, 3, 4, 5.
Penture privée de son gond (O^Vl) , mais encore munie des clous qui la fixaient sur la porte. PI. I, 2.
Pêne de verrou (©"'IS) glissant entre deux râteaux ou lacets à pointe molle ; l'une des extrémités pénétrait dans une gâche fixée au chambranle, tandis que l'autre, terminée par un moraillon muni de son auberon, venait s'appliquer sur l'ouverture pratiquée dans le palastre. PI. H, 3.
Crochet muni de son lacet à pointe molle (O'^l 5) ; cette pièce est percée à son extrémité pour recevoir la gâche d'un cadenas. Pi. H, 4.
relief polychrome, de très mauvais style et d'une basse époque, appartient à une série de répliques qui se distinguent de Tœuvre originale par certaines modifications, dont la plus importante est rabaissement du bras droit ; cet abaissement a pour conséquence la suppression de la grappe de raisin, remplacée par une bourse ou un caducée. Gomme sur les bas-reliefs de Mannheim, de Petronell, de Gundershofen, en Alsace, et comme sur le bronze de Zurich, la chlamyde repose simplement sur l'épaule gauche et sur le bras qui soutient Tenfant.
Quant au fragment d'inscription
«DIMV INIIDONIS
nous ignorons s'il est possible d'en tirer aucun sens. Nous signalons toutefois sur ce fragment, comme particularité peu commune, la représentation d'une bêche parfaitement reconnaissable.
Mêm. de la 8oc. oat. de» Antiq- d
Mém. de la Sqc. nat. des Antiq. âe France, t, LUI.
Mém. de la Soc. nat. des Aotiq. de France, t, LUI.
Mém. de la Sqc. oat. des Antiq. de France, t. LUI.
Mém. de I& Soc. Dat. des Antiq. de FrancR, l. LUI.
ANTIQUITES DV VONT H^RAPLE. 445
Charnières forgées, de grandeurs différentes : simples (pi. 1, 5), à nœud de compas (pi. I, 4) ou à équerre (pi. I, 6), pour grands coffres et petits meubles, ou brisées pour claies (pi. I, 3).
Équerre pour coffre, clous à penture, fiche de gond, crochets de formes multiples, fixés à plat sur des poutres ou dans l'épaisseur des planches (pl. G, 5).
Enfin, quantité de pièces dont nous n'avons pu déterminer Temploi (pl. I, 1).
Cette énumération rappelle celle que fit jadis Grignon des objets de serrurerie trouvés au Ghâtelet : < des pentures et fermetures de portes, qui sont des gonds de toute grandeur, soit simples ou fourchus, à patte ou à platine ; des paumelles, des loquets, des targettes et des verrous; des couplets simples et à double charnière; des palastres et entrées de serrure...^. »
Fléau ou scapus d'une petite balance, dite romaine, de forme losangée, mesurant 0*^155 entre le bouton et l'anneau de suspension, puis 0*^030 entre cet anneau et celui auquel on sus* pendait le plateau, enfin 0*^030 jusqu'à l'extrémité du crochet terminal qui servait pour les objets d'un poids moindre (pl. B, 1).
Poids de balance ou aequipodium^ pesant
i . Bulletin des fouilles, faites par ordre du roi, d'une Mie romaine sur la petite montagne du Chdtelel, entre Saint'Diiier et Joinville en Champagne, découverte en 1772, par Grignon, 1784, p. zxxvi.
un 40