FRAGMENTS DU MANUSCRIT
Ces deux lignes et demie ont été copiées sur un feuillet aujourd'hui perdu, qui devait se placer entre les feuillets présentement numérotés 93 et 94, à la suite de l'un des feuillets conservés au Baptist Collège de Bristol et publiés par F.-W. Gotch. Il faut insérer ce fragment après le feuillet qui contient les versets 1 3-1 4 du chapitre XLm de la Genèse et dont on trouvera une gravure dans les Vetusta monumenta^ publiés par la Société des Antiquaires de Londres (1747, in-fol., vol. I, pi. LXVII, n*^ vn), et, d'après la même planche, dans la Collatio codicis Cottoniani Geneseos de Grabe, publiée par H. Owen (Londres, 1778, in-8% pi. II, fig. II)*.
A ces fragments de copies du texte de la Genèse sont joints dans le même recueil deux feuillets de parchemin (fol. 31 et 33) sur lesquels sont reproduites en couleur, avec soin et, selon toute vraisemblance, de la grandeur des originaux aujourd'hui disparus, deux des miniatures qui ornaient ce célèbre manuscrit^. La première repré-
1. Au fol. 33 du ms. de Peiresc se trouve la traduction latine des deux premiers de ces trois fragments : c 1. Vespera facta est diluculo tertia die. — 2. Et dixit Deus, etc. Gènes., cap. i. Fiant luminaria. — 3. Si sint quinquaginta justi in civitate perdes ipsos, non palvabis omnem locum hune propter quinquaginta viros justos. »
2. Ces deux miniatures mesurent, la première 150 millimètres sur 175, la seconde 130 millimètres sur 195, y compris le cadre, peint en rouge cinabre et carmin, qui les entoure. Les reproductions qui en sont données ici en phototypie ont été légèrement réduites.
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sente rÉternel, plaçant c des Chérubins vers Forient du jardin d'Héden » {Genèse^ I, 314) ^ ; la seconde figure sans doute la promesse de Dieu à Abraham {Genèse^ XV, i)*. On peut rapprocher cette peinture de celle qui se trouve dans le manuscrit de la Genèse de Vienne ^ ; quant à la figure
1. Le P. Garrucd, dans sa Storia délia arte cristiana (Prato, 1876, in-fol.), a donné une reproduction réduite de cette miniature et de la suivante (pi. 124, n? 13, et 125, n» 4), mais n'a pas reconnu le sujet de la première, à propos de laquelle il dit (t. m, p. 47) : c H soggetto è d'invenzione deir artista, non trovandosi storicamente. narrato nel sacro testo, nel quale si legge soltanto (c. xviii), che < il Signore c apparve ad Abramo nella valle di Mambre, e gli apparvero c dinanzi tre uomini. » Quest' apparizione di Dio è qui distinta dai tre personaggi, i quali sono tre angeli che il rappresentano... i — Je n'ai pu consulter l'ouvrage de M. G. Goertz, De Vétat de la peinture dans VEurope septentrionale (Moscou, 1873, in-8*), qui cite ces deux miniatures, d'après Kondako£f, Histoire de Vart byzantin, trad. de M. Trawinski (Paris, 1886, in-4o), t. I, p. 92, note.
2. Faut^il voir dans cette miniature Dieu donnant Tordre à Noé de construire l'arche {Genèse, VI, 13 et ss.) ? Cf. dans Seroux d'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments (Paris, 1823, in-fol.), t. VI, pi. 62, n* 3, la reproduction de la peinture du ms. grec 746 du Vatican (xii* siècle) ; et aussi A. Springer, Die Genesisbilder, dans les Abhandlungen der phil. hist. Cl, der k. Sâchs, Gesellschaft der Wissensehaften (1884), t. IX, p. 691-697 et 700.
3. P. Lambecii Hamb. Commentariorum de aug, bibliotheca C9S. Vindobonensi liber III, éd. altéra, studio A. -F. Kollar (1776, in-fol.), col. 10. Une reproduction intégrale par la photogravure des fragments de la Genèse de Vienne est en cours de publication par les soins de MM. W. von Hartel et Franz Wickhoff, Beilage zum XV Bd. des Jahrbuches der
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de rÉternel, dans la première miniature, on remarquera sa ressemblance avec le croquis qu'en a donné Westwood dans sa Palœographia sacra pictoria (pi. III, n^ 1), d'après une miniature, en grande partie détruite, du manuscrit Cotton.
L'Éternel, sur la première miniature (fol. 32), est représenté sous la figure d'un personnage jeune, imberbe, avec les cheveux blonds et un nimbe crucifère doré ; il est vêtu de blanc et tient de la main gauche une sorte de sceptre, également doré, en forme de croix. Les trois Chérubins, qui sont devant lui, portent de longues tuniques blanches, sans manches, serrées sous les bras; les plis des vêtements, élégamment drapés, sont rehaussés d'or dans les deux miniatures. De petites ailes blanches sont attachées aux épaules des Chérubins, et sur leurs têtes sont posées d'épaisses couronnes de feuillage. Le ciel, au fond de la miniature, est bleu; le sol est vert, et le peintre y a représenté des plantes et des arbres qui portent des fleurs roses et jaunes et des fruits roses et blancs.
Dans la seconde miniature (fol. 34), Abraham, vêtu d'une longue tunique blanche, recouverte d'un manteau rose, est figuré debout. Son visage et ses mains sont de couleur brune, ses cheveux
kunsthist, Sammlungen des allerhâchsten Kaiserhauses (Wien, 4894, in-fol.); !*• livraiBon, pi. 4-30. — Il n'y a qu'un seul Chérubin dans la Genèse de Vienne (Lambecius, col. 6; et Hartel, pi. U).
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châtains, tirant sur le roux; il est chaussé de brodequins gris, dont les extrémités et les talons sont noirs. A sa droite, rÉternel est représenté par une main qui sort des nuées, formées de cinq bandes concentriques de couleur bleu foncé et clair, dont une, au milieu, de couleur rose, traversées par six rayons d'or. Le sol est vert, et le ciel, qui forme le fond de la miniature, est bleu pâle.
On ne sait rien de l'origine de ces copies du texte et des peintures du manuscrit de la Genèse de Gotton. Ont-elles été rapportées par Peiresc lui-même de son voyage en Angleterre, ou bien lui ont-elles été plus tard envoyées par un correspondant encore inconnu ?
Le départ de l'ambassadeur de France Antoine Lefèvre de la Boderie, au mois de mai 1 606, fut pour Peiresc, qui se trouvait alors à Paris, une occasion de faire une rapide excursion en Angleterre ^ Il y visita les savants et les bibliothèques, s'y lia avec Guillaume Gamden et Robert Gotton, qui lui fit sans doute les honneurs de sa collection. Est-ce à la suite de ce voyage, ou seulement plus lard*, que la copie de quelques lignes et la repro-
1. Viri illustris Nie. Cl, Fabricii de Peiresc vita, authore Petro Gasseudo, editio tertia (HagaB-Gomitum, 1655, in-4<»), p. 51-52. — U faut consulter aussi sur ce voyage des lettres de Peiresc à Lelio Pasqualini, conservées dans le volume XLI, tome I des mss. de Peiresc, à Garpentras.