‹ MémoiresChapitre 3 sur 5 · TOURNEZ LE BOUTON S. V. P · texte numérisé non relu

TOURNEZ LE BOUTON S. V. P

C'est ce que fit Gallois.

Nous entrâmes dans une première pièce, oîi se tenaient des employés aux écritures.

•Quatre bureaux en bois noirci; un poêle de faïence, dont le tuyau passait dans la cheminée; sur cette cheminée, une pendule en albâtre, sous verre, et représentant un portique avec quatre colonnes, et le cadran doré au miUeu; des lampes de billard, avec des abat-jour en carton vert, maculés de taches d'huile; des casiers remplis de dossiers, simplement étiquetés de numéros; des tabourets de paille, et, enfin, dans un coin de la salle, une table boiteuse , un pot à eau ébréché et une cuvette sale : tel était à peu près l'aspect de ce premier bureau, mal éclairé par le faux jour du passage, et occupé, comme je l'ai dit, par une demi-douzaine de commis, dont les figures singulières attirèrent mon attention.

Ily avait de tout dans ces têtes-là, du chacal et de la fouine.

Aucun ne portait de barbe. Tous avaient les cheveux ras. Nul, d'entre eux n'eut l'air de me voir, et, cependant, je suis certain que tous auraient pu, dès que je fus sorti, transmettre mon signalement exact au bureau des passeports.

Un domestique à livrée nous avait priés d'attendre.

La livrée était bleue de roi, galonnée d'argent, et le domestique, qui était lie de vin, avec des cheveux noirs, prétentieusement bouclés, était, en outre, d'une politesse fade, qui sentait son mauvais lieu.

Nous attendîmes un quart d'heure.

. Le même domestique reparut enfin, et nous pria de le suivre.

Il nous conduisit dans une grande pièce formant saloB, où il nous laissa de nouveau.

Ce salon était un assemblage d'objets discordants et, pour la plupart, sans valeur : des gravures vulgaires, dans des cadres relevés de pâtes dorées; quelques tableaux à l'huile, qui ne méritaient pas un coup d'œil ; des meubles recouverts de soie, à côté d'un sopha en velours d'Utrecht ; des rideaux de mousseline aux fenêtres, et des tentures aux portes, en vieille tapisserie, mais de cette tapisserie de prix médiocre, connue sous le nom de verdure; un clavecin, plutôt qu'un piano; enfin, un magnifique tapis de la Savonnerie, et un lustre au plafond, qui me parût être d'un Louis XV assez pur.

Voilà, si mes souvenirs sont fidèles, ce que je pus remarquer, pendant les cinq minutes qui se-

parèrent la disparition du domestique de l'entrée d'un personnage cravaté de blanc et enveloppé d'une vaste robe de chambre, toute ramagée de rouge,

11 vint à nous, avec une majesté douce ; nous salua de la main, et, nous indiquant des sièges, alla s'asseoir à un bureau surmonté de casiers, placé entre les deux fenêtres.

« Monsieur Vidocq, dit aussitôt Gallois, je vous présente mon ami, M. Laferrière.

— Je ne fréquente guère que le Théâtre-Français, dit M. Vidocq avec une certaine emphase ; mais j'ai eu, cependant, le plaisir de vous voir...

— Au Vaudeville, peut-être ?

— Non, à la Gaîté.

~v Dans Marcel, sans doute ?

— Oui, dans Marcell Eh bien, vous m'avez fait le plus grand plaisir : là, sans compliments, vous êtes un vrai.

— Monsieur...

— Ainsi, vous n'avez pas voulu de mes vingt mille francs ?

— Je viens, au contraire, vous en demander vingt-cinq mille.

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— Pas possible !

— J'ai vendu mes meubles; j'en ai distribué l'argent à mes créanciers, que j'ai apaisés pour quelque temps, et, maintenant, je voudrais...

— Vous voudriez qu'on vous rendît vos meubles,^ que vous avez vendus quinze mille francs, et qu'on veut vous revendre, à vous, vingt-cinq mille?

— Comment, vous savez cela?

— Je sais beaucoup de choses; c'est mon métier. »

Il se mit à rire, d'un rire assez bon enfant.

Vidocq, à cette époque, était un homme dans la force de l'âge, solide, équarri comme une solive de chêne, avec une large tête blonde, sur des épaules de Gallo-Romain, à la bouche grande et souriante, où errait un mélange de bonhomie et de sarcasQie, mais que contractait, parfois, un léger tressaille aient nerveux.

Il était formaliste, affectait une politesse et une distinction endimanchées, portait de petits anneaux d'or aux oreilles, et n'avait pas été vacciné, — ce qui se voyait, du reste, sur sa figure.

Quoique son accueil fut on ne peu plus sucré, il n'inspirait pas la confiance.

« Et vous dites, que l'on vend tous vos bibelots demain ?

' — Hélas ! oui, monsieur.

— Jeune homme, vous m'êtes recommandé par une personne que j'estime. »

Gallois s'inclina avec grâce.

« Mais avouez que vous êtes un drôle de particulier : on vous offre vingt mille francs pour arranger vos affaires : vous refusez, et, vous ajoutez à votre dette dix mille francs que vous allez perdre sur la vente et le rachat de vos meubles. Si c'est là votre façon de faire les affaires, à vous autres artistes, il faut convenir que l'on a raison de rechercher votre clientèle.

— Et pensez-vous, monsieur, qu'il vous sera possible...

— Vingt-cinq mille francs ne se trouvent pas toujours sous le sabot d'une bourrique; enfin, nous allons voir. Et comment me rendrez-vous cela ?

—• Je suis décidé, monsieur, à repartir pour la province et l'étranger. Les artistes en représentation gagnent plus qu'à Paris.

. — C'est, en effet, ce que m'avait dit M. Gallois ; mais vous allez avoir près de cent mille francs à payer.

— Je puis les gagner en trois ou quatre ans.

— Quatre ans d'exil ! c'est du courage. Tenez, vous êtes un brave garçon, monsieur Laferrière, et vous m'intéressez profondément. Parole d'honneur, vous m'intéressez beaucoup. Vous passerez par Toulon, j'imagine?

— Je ne sais.

— Si, si, vous y passerez... Vous irez voir le bagne; on ne passe pas à Toulon sans aller voir le bagne, n'est-ce pas, monsieur Gallois? »

■ Gallois s'inclina doucement.

■ Une chose m'étonnait et me préoccupait : c'était 1-a réserve silencieuse de Gallois, depuis que nous étions entrés.

Ce roi des bavards était devenu tout à coup muet comme une carpe.

De mon côté, je n'étais pas à mon aise. Ce mot . Ipagne, dans la bouche de Vidocq, m'avait singulièrement impressionné. Il s'en aperçut et se leva pour nous congédier.

« Rentrez chez vous, jeune homme, et attendez

de mes nouvelles. Yous en aurez avant qu'il soit une heure.

— Croyez, monsieur, que ma reconnaissance...

— Bien, bien, vous ajouterez cela aux intérêts pour mémoire. »

Et il rit de nouveau, de ce rire qui affectait la bonhomie, mais qui, décidément, n'inspirait pas la gaieté.

Nous sortîmes et nous fîmes, d'abord, quelques pas en silence, Gallois et moi.

« Ce diable d'homme, lui dis-je, ne me revient pas beaucoup.

— Mon cher, je ne sache pas que les anges da bon Dieu se soient encore décidés à se faire agents d'atîaires et prêteurs d'argent. Ça viendra, peutêtre ; mais, en attendant, contentons-nous de Vidocq.

— Mais pourquoi m'a-t-il parlé du bagne?

— Des souvenirs de jeunesse, peut-être. Il y a des nostalgies si inexplicables !

— Et penses-tu qu'il me trouve ces vingt-cinq mille francs ?

— Enfant que tu es !

— Comment cela?

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— Tu crois qu'il a besoin de trouver vingt-cinq mille francs?

— Mais le mobilier?

— Il est chez toi à l'heure qu'il est.

— Chez moi ! »

En effet, une voiture de déménagement était à ma porte, et on était en train d'en retirer mon dernier meuble.

J'avoue que je restai sur place, cloué par la stupéfaction.

« Montons vite, me dit Gallois ; nous avons quelques petites choses à régler. »

Je le suivis de ce pas impersonnel du somnambule qui se promène sur les gouttières.

Quand j'entrai, Joseph vint à moi avec les cris et les sauts d'un caniche qui revoit son maître. Il ne tenait plus de joie, ce pauvre Joseph! Depuis cinq jours, ce qu'il avait dépensé de génie pour dissimuler ma ruine et cacher aux visiteurs le vide suspect de mon appartement, aurait émerveillé le vieux Caleb lui-même : il recevait les importuns à la porte, sur l'escalier, dans la tenue irréprochable d'un valet de grande maison, et savait trouver pour chacun des motifs ingénieux et des réponses

variées; il parlait avec grâce et dignité; finalement, il renvoyait tout le monde et ne mécontentait personne.

« Quel bonheur! monsieur, s'écria-t-il; les clous étaient encore aux murs : ça été pour moi l'affaire de quelques instants. Tout est en place. »

En effet, je revis d'un coup d'œil mon petit paradis au grand complet : les meubles, les tentures, les tableaux, tout était revenu et tout avait repris sa place accoutumée.

Je tombai sur un fauteuil en proie à une émotion que je ne cherchai pas à dissimuler.

« Tu as quinze mille francs de lettres de change à me signer, me dit Gallois, en s'asseyant devant un petit bureau.

— Comment, quinze mille? C'est vingt-cinq mille que tu veux dire ?

— Pas du tout. Je veux dire quinze mille, et je dis quinze mille.

— Mais le marchand ne se contentera pas de cela : il veut vingt-cinq mille francs,

— Ne t'occupe donc pas du marchand.

— Mais il va venir; j'ai cru l'apercevoir en bas et.....

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— Sois donc tranquille : tu ne le reverras plus.

— Et son bénéfice?

— Il n'en fait pas, c'est convenu.

— Avec qui est-ce convenu?

— Avec Vidocq, parbleu !

— Mais tout cela était donc arrangé avant notre arrivée chez lui ?

— Apparemment.

— Et le marcliand a pu consentir?

— Il faut croire.

— Ah çà, qu'est-ce donc que Vidocq?

— Signe, et je te le dirai. »

Il me présenta la plume; je le regardai : il était un peu pâle et, sans savoir pourquoi, je me sentis comme une étreinte au cœur.

Je signai les billets et les lui tendis.

« Du moment que je paye, lui dis-je, ma conscience ne me reproche rien. Reste la reconnaissance. A qui la dois-je?

— A personne.

— Cependant... »

Gallois me prit la main et, me la serrant fiévreusement, ajouta d'une voix émue :

« Pense à moi, quelquefois... N'oublie pas que

nous av.ons été deux bons camarades et si, de loin en loin, nous nous rencontrons dans la vie, eh bien! lénds-moi la main... ça me fera plaisir. Adieu!

— Adieu? Sais-tu que tes paroles, ton air, ta figure, que tout est inexplicable en toi, depuis un instant, et que je veux enfin savoir...

— Qu'il te suffise d'apprendre qu'en te rendant service, Vidocq ne fait que s'acquitter d'une vieille dette envers moi. »

Et il se sauva plutôt qu'il ne s'éloigna, sans ajouter une seule parole.

Je restai planté au milieu de la chambre, immobile, comme la femme deLoth.

Je ne revis jamais Gallois.

Quelques jours après, je reçus la visite de Vidocq.

Il m'apprit, que pour garantir ma dette et aussi pour me placer à l'abri des poursuites de mes créanciers, il avait fait mettre mon appartement sous un autre nom.

Aux yeux du monde, j'étais encore chez moi ; pour moi, j'étais chez Yidocq!

Je tins parole! Je partis pour la province.

J'avais demandé un congé à M. Trubert, mon directeur, et je m'étais rendu à Bordeaux.

A peine mes représentations étaient-elles commencées que je recevais la lettre suivante :

« Mon cher Laferrière, (( Revenez vite ; j'ai besoin de vous : je viens d'être condamné à jouer une pièce en trois actes qui, je crois, n'aura de piquant que son titre. Vous me demandez un rôle depuis longtemps; cette fois, il vous arrive. Je vous attends pour la mise au théâtre.

« Trubert. »

Cette lettre n'était faite qu'à moitié pour m'encourager.

Assurément, je voulais un rôle; mais, encore, le voulais-je dans une bonne pièce.

Cependant, toute réflexion faite, j'allais, dès le lendemain, répondre à M. Trubert que je lui demandais quarante-huit heures pour clôturer mes représentations, lorsque j'en reçus cette seconde lettre :

a II est inutile de vous enlever à vos succès de Bordeaux; je viens de m'entendre avec les deux auteurs de la pièce : ils ne veulent aucun délai. C'est Félix qui jouera le rôle que je vous destinais. Au surplus, mon cher ami, vous n'avez rien à regretter : je crois que la pièce ne vivra même pas ce que vivent les roses...

» Portez-vous bien et gagnez beaucoup d'argent, cela vaudra mieux pour vous. »

J'étais à Toulouse, lorsque Déjazet m'écrivit :

« Il est une heure du matin... Je sors du Vaudeville, et ne puis remettre à te dire ce que j'ai souffert pendant toute cette soirée... Tu viens de perdre, mon pauvre ami, le plus beau rôle qu'il y ait au théâtre, et. un succès de pièce. Tout y est char-

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mant, spirituel et fort bien joué. Félix, surtout, a obtenu un grand succès!... Mais il me semble que tu aurais été joliment à ton affaire dans ce personnage qui conduit toute l'intrigue. Au troisième acte surtout, c'est là que l'interprétation manque totalement des qualités que tu possèdes... Je ne crois pas que ce rôle fasse beaucoup à l'avenir de Félix, et, pour toi, c'était toute une révélation... Maudit voyage qui vient de te priver d'une rentrée si belle à Paris ! »

Et voilà comme quoi je'ne créai pas Robin des Mémoires du Diable.

Le succès de cette pièce me paraissant devoir se prolonger, j'avais demandé la prolongation de mon congé, et accepté les propositions d'un sieur Alexandre, qui exploitait, alors, avec une troupe française, une partie de l'Italie.

Arrivé à Livourne, il fallait me procurer une voiture qui pût me conduire à Florence ; je n'avais pas à m'arrêter : mon traité assignait un jour fixe à mon arrivée, et j'étais en retard.

De Livourne à Florence, il y avait , si je ne me trompe, huit ou dix heures de marche.

Je partis en compagnie d'un vieil Espagnol, qui, depuis quarante-huit heures, attendait, un nombre suffisant de voyageurs pour compléter un voiturin de quatre places.

Il faisait une chaleur étouffante, la patache était détestable, la poussière épaisse, mes compagnons dormaient et le vieil Espagnol ne savait pas un mot de français.

La première impression que me causa l'Italie fut donc médiocre.

Plus tard... Mais que le lecteur se rassure : je hais les descriptions et je ne sais rien de plus prétentieux et de plus ridicule que cette manie qu'ont les voyageurs de raconter ce que tout le monde sait, et de décrire ce que cent écrivains plus autorisés qu'eux ont montré à tout l'univers.

J'ai vu l'Italie, je l'ai admirée et m'y suis empreint du génie de ses arts et de la poussière de ses ruines; mais, n'ayant point eu l'honneur de la découvrir, je laisserai là mes appréciations particulières, pour m'en tenir au but spécial de ces mémoires, qui est de dire simplement

mes aventures et mes impressions de comédien.

Le soir donc, j'arrivai à Florence et, dès le matin du lendemain, je me rendis chez le directeur.

On m'attendait.

Une heure après, j'étais à la répétition.

Ma pièce de début devait avoir lieu dans Marguerite, comédie de madame Ancelot, et le tiiéàtre où je devais paraître s'appelait Cocomero, l'une des plus vilaines salles d'Italie, laquelle est surtout riche en salles laides.

Je ne connais rien, par exemple, de plus disgracieux, de plus mal éclairé, de plus morne et de plus froid, que la Scala, de Milan : une salle immense, tapissée d'alvéoles, toutes identiquement les mêmes, du bas jusques en haut; un intérieur de ruche d'abeilles! c'est monotone et attristant, et, cependant, la Scala passe pour être une des plus belles salles de l'Italie.

Après cela, qu'on ne croie pas que j'aie un amour immodéré pour les salles opulentes. Il n'est rien, au contraire, que je redoute autant que ces basiliques de l'art, toutes chargées de dorures, de festons, de cariatides, de sculptures, où les marbres

précieux le disputent aux fresques et aux tentures éblouissantes.

L'art exquis de la scène s'accommode mal de ces temples étincelants, où les représentations prennent la physionomie pompeuse et froide des soirées de gala.

J'ai connu toutes les antiques salles de Paris. Elles étaient petites, incommodes et enfumées; mais qu'elles étaient vivantes ! Vous rappelez-vous cette vieille salle de la rue de Chartres? et ce vieux Feydeau, au fond de ce passage noir, au pavé glissant ? et ces bonnes vieilles salles du boulevard du Temple? Que tout cela était difforme, et que tout cela était beau! Que de talents, que de beautés intelligentes, que d'esprit, de verve et d'enthousiasme 1 Elles s'en sont allées, hélas 1 sous la pioche de M. Haussmann et, à leur place, qu'avons-nous? des plafonds lumineux ! L'art, je ne sais où il est! — et la vie, je la cherche I

Au nombre des artistes qui allaient devenir mes camarades pendant un mois, je trouvai l'excellente duègne, madame Grasseau, pensionnaire de l'Odéon, et une jeune et charmante ingénuité, mademoiselle Thuillier, que Paris baptisa de ce beau

nom d'artiste le soir qu'elle créa, aux Variétés, dans la Vie de Bohême, la touchante figure de Mimi.

Le grand-duc de Toscane ; la famille exilée de l'ancien roi de Westphalie , Jérôme Bonaparte; l'ex-roi de Hollande, Louis-Napoléon, père de TEmpereur, honorèrent mon début de leur présence.

Ma seconde apparition eut lieu dans les Mémoires du Diable, dont le grand succès était venu jusqu'à Florence : mademoiselle Thuillier jouait le rôle créé par madame Doche, et madame Grasseau celui de la mère Giraud.

Il y avait foule.

Les loges d'avant-scène étaient occupées à gauche de l'acteur par le prince Jérôme et sa famille ; à droite, par le grand-duc; les autres loges comptaient des ambassadeurs, des généraux et quelques seigneurs de la cour.

Jamais, mieux que ce soir-là, je ne compris la vérité de la lettre de Déjazet : le personnage de Robin m'allait comme un gant.

Mais, si j'ai conduit le lecteur à cette représentation, c'est que, précisément, ce n'est pas de mo qu'il y devait être question.

Au deuxième acte, Robin reproche au marquis de Lormias d'avoir livré la France à l'étranger, et j'avais à chanter, à ce propos, un couplet finissant par ces vers :

Le traître qui vendit la France Ne peut pas la représenter.

A cet instant, une explosion, aussi prompte que celle de la poudre, retentit dans la salle : un tonnerre d'applaudissements éclata de toutes parts.

Le roi Jérôme et son fils, le prince Napoléon, applaudissaient avec frénésie, les bras hors de leur loge, et en dirigeant leurs regards vers une autre loge placée de face.

Une voix redemanda le couplet, et toute la salle répondit à cette voix.

Je le répétai, le cœur profondément ému, et ne me rendant pas encore un compte bien exact de la cause réelle de cet effrayant succès.

Cette fois, ce ne fut pas seulement le roi Jérôme,

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