PAUL TERQUEM A LA SOCIÉTÉ DUNKERQUOISE XXV
remettre en mémoire ce banquet qui nous réunissait, le 21 Avril 1901, pour célébrer, le verre en main, le Cinquantenaire de la création de la « Société Dunkerquoise pour l'encouragement des Sciences, des Lettres et des Arts ».
De tous les ouvriers de la première heure, par le privilège d'une longue vie, Paul Terquem est seul là pour représenter les fondateurs. Les hommages se portent vers lui. Au moment où l'on fait à notre cher disparu la remise d'une délicieuse plaquette d'argent, L'Etude, qui lui était offerte en témoignage de gratitude, le Dr Gustave Du riau, Président en exercice de la Société, s'exprime ainsi :
« Messieurs,
« Un banquet ne peut se terminer sans toasts, surtout « lorsqu'on célèbre comme nous, aujourd'hui, des noces » d'or.
« Je lève donc mon verre, tout d'abord, en l'honneur » de M. Paul Terquem qui fut l'un des fondateurs de notre >» Société et qui, après l'avoir sauvetée du naufrage, a le » bonheur, après cinquante ans d'existence, de la voir » forte et prospère. Mon cher Président, notre Compagnie » a voulu vous rappeler cet heureux événement en vous » offrant cette plaquette, bien modeste, il est vrai, mais *> qui vous dira toute notre reconnaissance pour ce que » vous avez fait pour la Société Dunkerquoise. Elle vous doit « par deux fois la vie ; elle est heureuse de s'en souvenir. » Puissent de longues années encore vous permettre d'as- » sister à ses luttes et, espérons-le, à sçs succès. »
A son tour notre doyen veut parler, une émotion
intense lui serre la gorge ; profondément touché, les mots lui manquent et il retombe sur son fauteuil en murmurant : « Messieurs, je ne puis pas ». Cette émotion n'était-elle pas plus éloquente que tous les discours ? Elle prenait sa source au plus profond de l'être et nous montrait mieux que toutes les paroles, chez ce vieillard si habitué à ne pas trahir ses impressions, combien il portait à notre Compagnie une affection paternelle.
Ces mots « affection paternelle » sont les seuls qui traduisent exactement ma pensée, car je sais et vous savez comme moi, Messieurs, qu'après ses proches, c'était la Société Dunkerquoise,ss. « famille intellectuelle », comme nous aimions à nous appeler, qui était le plus près de son cœur. Nous le lui rendions bien et, dans ces derniers temps, nous nous étions associés à ses joies comme à ses douleurs familiales. Il y avait été extrêmement sensible et, il y a trois ans, nous avions eu le triste devoir d'adresser à notre vénéré Président honoraire comme aux siens de douloureuses condoléances.
La perte de Madame Paul Terquem qui rompit par la mort une union sans nuages de plus de cinquante ans, porta au compagnon de ses bons et de ses mauvais jours un coup dont il ne se releva pas. Jusqu'en 1905, notre doyen semblait vouloir braver du temps l'irréparable outrage. Il déclina rapidement. La lucidité de l'intelligence et la force du raisonnement restaient intactes ;. la faiblesse physique s'accentuait chaque jour. L'esprit se repliait sur lui-même, si je puis employer cette image, et la pensée, toujours active, sondait les profondeurs de l'inconnaissable.
Partisan convaincu des doctrines spirîtualistes, qu'il avait magistralement défendues dans un travail intitulé : Distinction entre les trois Règnes de la Nature (Mai 1876),