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LA DOT AGRAIRE

Nous proposons avec l'école terrianiste et la Ligne française du Coin de terre et du foyer :

1° De créer sur le littoral des populations de réserve où la race française se multipliant rapidement compensera les pertes que lui font subir les grandes villes et tout particulièrement Paris.

2° De retenir les paysans dans les campagnes en créant des dots terriennes qui permettent aux ouvriers agricoles de vivre chez eux, de s'y créer une famille et un foyer et qui les détournent d'émigrer à Paris.

Nous avons déjà traité longuement la question des populations de réserve dans notre brochure : Les populations physiologiques du Littoral Flamand^, nous prions le lecteur de bien vouloir s'y reporter.

Quant à la dot agraire dans les campagnes, M. André Guérillon l'exposera aussi complètement que possible dans sa thèse de doctorat. Nous nous contenterons de donner ici la communication que nous avons présentée au Congrès des Sciences historiques de Dunkerque.

II est aux environs de Dunkerque, sur la côté à cinq kilomètres à l'ouest, une commune des plus curieuses et des plus intéressantes : la commune de Fort-Mardyck.

Ce qui fait de Fort-Mardyck une commune du plus haut intérêt, disions-nous dans une communication récente à la Société Dunkerquoise, c'est qu'elle est une colonie à l'intérieur, une colonie portant le cachet du génie de Colbert, une colonie qui s'est maintenue et a prospéré à travers toutes les épreuves et toutes les révolutions de ces derniers siècles, une colonie qu'il suffirait de reproduire, soit dans les plaines désertes de la métropole pour combattre efficacement la dépopulation, soit dans nos possessions coloniales pour y assurer la prépondérance française.

Nous ne retiendrons de cette commune que le fait d'une dot agraire communale de XXIV ares environ, qui est donnée à tout jeune couple qui s'établit dans la commune, dot. agraire que nous avons depuis retrouvée

(li Mémoires de 1» Société Dunitrquoise, Année 1905, tome XXXIX.

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admirablement codifiée et déterminée dans une commune de l'arrondissement de Montdidier, à Beuvraignes en Picardie/

Je vous demande la permission, pour piquer votre curiosité scientifique et vous donner le désir de connaître Fort-Mardyck, de vous lire quelques très courts passages d'une notice historique qui a été faite en 1890 par un docteur en médecine qui a pris comme sujet de thèse de doctorat : « La commune de Fort-Mardyck »M> :

« Une idée civilisatrice jaillit un jour du cerveau de Louis XIV, au milieu de ses mille et une préoccupations de conquêtes, de batailles, de blocus, de sièges et de fêtes.

» Le souvenir de Mardyck n'était pas sorti de sa mémoire (allusion à deux séjours de Louis XIV à Mardyck en 1658 et en 1662), et le Grand Roi ordonna spontanément à un de ses ministres, de faire un appel à ses sujets pour former une colonie de marins dans la Flandre maritime.

» Il indiqua alors du doigt, sur la carte, le lieu qu'il avait choisi.

» Ce lieu était Mardyck, le sol qu'avait occupé le célèbre fort où ses armes avaient été victorieuses.

» Le but du roi n'était pas uniquement de peupler une partie de son royaume, mais de trouver là, sous sa main, en toute occasion, une pépinière de marins dont il comprenait toute l'utilité.

» Le projet eut un plein succès, et quatre familles de la Picardie vinrent s'offrir au ministre de la marine. Ces familles étaient de Cucq, village situé à trois lieues ouest de Montreuil-sur-Mer dans le Pas-de-Calais.

(1) Thèse Louis Lancry, médecin à Vailly-sur-Aisne, couronnée par la Faculté Taris (1890).

» Le gouvernement leur accorda les frais de route en 1670. Ils arrivèrent à Mardyck, où on leur fit construire des maisonnettes en torchis et chaume, qui avaient chacune leur jardinet. On leur paya en outre les frais d'installation ; ils eurent de plus la faculté de défricher et d'exploiter ce qu'ils pouvaient des terres sablonneuses contiguës à leurs habitations.

» Les noms de ces familles étaient : Bénard, Everard, Zoonekindt et Godin.

» C'était une chose étrange que cette colonie de gens ne parlant que le français, venant s'implanter au centre d'un pays flamand ; car, en 1670, la langue française était très peu en usage à Mardyck et à Dunkerque, elle était même inconnue à Grande-Synthe et à Petite-Synthe.

» Telle fut l'origine du hameau des Matelots-Pêcheurs du Fort de Mardyck ».

C'est en ces termes que le très consciencieux auteur de VHistoire de Mardyck et de la Flandre maritime, Raymond de Bertrand, à qui nous empruntons du reste, pour cette notice, les renseignements purement historiques, après avoir vérifié les plus importants, raconte l'origine de la population qui nous occupe.

Il nous apprend que les quatre familles susnommées formaient un total d'environ trente personnes.

Ce groupe minuscule ne faillit pas à sa mission, et pour répondre aux espérances royales, non moins que pour satisfaire à la loi génésiaque, il se hâta de croître et de multiplier.

En 1677, soit sept ans après son émigration, la petite colonie compte déjà 30 familles. 11 y a là une progression évidemment impossible, si Ton n'admet pas que les premiers colons en ont appelé d'autres, soit du pays d'origine, soit même des environs.

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La pêche du poisson frais constituait l'occupation à peu près exclusive de la population mâle en temps de paix. Malheureusement, les périodes de paix sous Louis XIV n'étaient guère longues.

Vinrent les grandes guerres maritimes contre l'Angleterre ; la vaillante petite colonie fournit aux Corsaires Dunkerquois, aux escadres de Jean Bart, des marins intrépides, mais non sans ressentir elle-même les effets de cette dépense en hommes.

Vers la fin du règne, lors de la création du porl de Mardyck qui devait, dans la pensée de Louis XIV, remplacer celui de Dunkerque comblé à la suite des stipulations du traité d'Utrecht (1713), elle prend un nouvel essor ; mais, sur les injonctions des Anglais, le port dut bientôt être comblé, et les écluses, ces superbes écluses qui avaient excité l'admiration de Pierre-le-Grand, furent démolies.

Les matelots-pêcheurs n'en continuent pas moins leur industrie, deviennent les pourvoyeurs en poisson des marchés du pays.

Le recrutement de 1729 accuse 102 individus pour la partie du hameau qui dépendait de Petite-Synthe.

On y trouve des noms nouveaux tels que les Maquet, les Turbau (aujourd'hui Turbot), les Bouchard, etc., noms essentiellement français, comme on le voit, noms qui existent encore dans les environs de Bcrck-sur-Mer et qui prouvent que les premiers colons émigrés avaient été suivis d'autres colons venant eux aussi des confins de la Picardie.

En 1736, la portion du hameau qui dépendait de Petite-Synthe comptait 138 individus, et « estimant à ce chiffre le quartier qui dépendait de Grande-Synthe, dit

Raymond de Bertrand, on voit que la communauté devait contenir au moins 276 âmes ».

En 1742, elle fournit 62 hommes au bataillon des milices destinées à la garde des côtes de la mer, depuis Gravelines jusqu'aux frontières belges. Ce chiffre semble témoigner à cette époque d'une véritable prospérité.

Il ne dut point toujours en être ainsi, car en 1745, la misère est si grande au hameau des Matelots-Pêcheurs, les enfants sans proches parents y sont si nombreux, que ces pauvres gens se décident à présenter une demande pour être secourus par les communes dont ils dépendent. Celles-ci s'y refusent en déclarant « que la demande en question était atroce et injuste, exhorbitante et inouïe..., les habitants de Fort-Mardyck formant une colonie qui était venue s'établir dans les dunes pour y faire la pêche, et s'y tenant du reste indépendants des autres habitants du pays ».

Les Matelots-Pêcheurs se le tiennent pour dit.

En 1773, un acte authentique rédigé en Conseil des ministres reconnaît à ces braves gens des droits qui jusqu'alors reposaient sur la seule parole royale ; ce qui ne les empêchait pas du reste de se trouver, à quelque temps de là, en butte aux tracasseries et aux injustices de plusieurs grands seigneurs du pays, le Comte de la Morlière, le Vicomte de Gand. Ceux-ci avaient obtenu du roi la concession des relais de mer, à charge de respecter les droits des Matelots-Pêcheurs, ce qu'ils ne firent point. Comme nos braves colons n'étaient point d'humeur à rien céder de droits acquis et solennellement reconnus, ils réclamèrent énergiquement, décidés à abandonner le pays et à émigrer en Hollande, si on ne leur donnait point satisfaction.

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Le roi Louis XV, à qui ils avaient transmis leur requête, n'eut garde de se priver des services de ces marins d'élite, et leur fit rendre pleine et entière justice.

Cette période est peut-être la plus pénible de celles qu'ait traversées la communauté mardyckoise. « La pêche du poisson frais tomba tout à coup ; plusieurs familles quittèrent la concession où il ne leur était plus possible de gagner leur vie », à ce point qu'en 1785, la population était tombée à 200 individus, de 276 qu'elle pouvait compter en 1736.

Nonobstant toutes ces traverses, Fort-Mardyck est érigé en commune en 1791. Disons tout de suite qu'en 1800 ce titre lui est enlevé. On le rattache alors à Mardyck ; ce n'est que bien plus tard, en 1867, que Fort-Mardyck recouvrera son autonomie communale.

Voici dans ce siècle quelques recensements de la population de Fort-Mardyck :

En 1836

maisons

ménages

459 habitants

En 1841

En 1846

En 1851

En 1886

L'Histoire de Mardyck, par Raymond de Bertrand, s'arrête en 1852. Depuis cette époque, le hameau des Matelots-Pêcheurs n'a fait que grandir et prospérer, de cette prospérité sur laquelle peuvent compter les races» saines et fortes qui acceptent dans toute sa plénitude la loi du travail.

Aujourd'hui, le voyageur qui, l'été, suit à pied la route de Dunkerque au Grand-Mardyck, découvre sur sa droite, après avoir marché quelques kilomètres, un village du plus riant aspect.

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C'est à l'écart de la route, entre celle-ci et la mer, comme un semis- de pignons blancs, blancs d'une blancheur éblouissante, qui émergent d'une plaine de verdure.

J'ai nommé Fort-Mardyck.

La première impression est des plus favorables à ceux qui l'habitent. Si l'on se détourne de la grand'route, et qu'on entre dans ce village, cette première impression ne fait que s'accentuer. On marche entre des maisonnettes d'une exquise propreté, éparpillées dans le plus gracieux pêle-mêle, entourées chacune d'un jardinet clôturé de haies vives sur lesquelles sèchent ça et là des filets de pêche.

Point de chemins tracés d'avance. A part deux routes dont l'une sert d'entrée au village et gagne directement la mer, et dont l'autre croisant la première à angle droit, facilite l'accès de l'église et de l'école des garçons, ce ne sont que larges sentiers sablonneux courant entre les habitations, se coupant dans tous les sens, déterminés qu'ils sont par la simple juxtaposition des clôtures verdoyantes.

Sans pousser plus loin cette description, disons tout de suite quelques mots des habitants et du régime sous lequel ils vivent.

Nous le savons d'ores et déjà ; c'est une population de marins. Sur 400 à 450 hommes environ (je ne dis point tous adultes, car on va -de bonne heure à la mer à Fort- Mardyck, le plus souvent après la première communion), la grande majorité s'en va, chaque année, pêcher la morue à Islande ; les autres naviguent au cabotage ou au long-cours.

Les femmes en toute saison, vont à la pêche à la crevette, le corps dans l'eau jusqu'à la ceinture. A certains jours de la semaine, elles portent au marché de

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te

Dunkerque, dans de lourdes hottes qui les courbent en deux, le produit de cette pêche et celui de leurs jardinets ; et ces rudes travaux ne les empêchent pas d allaiter leurs nouveau-nés et de veiller à l'entretien de familles souvent nombreuses. — Quelle leçon pour bien des mères françaises !

Grâce à un travail opiniâtre, à une santé qui semble défier la maladie, les Fort-Mardyckois connaîtraient peut-être une aisance relative, si les accidents de mer ne venaient trop souvent ravir quelques chefs à leurs familles, et plonger celles-ci dans une situation voisine de la pauvreté.

J'ai dit voisine et j'ai souligné ce mot. C'est qu'en effet, un Fort-Mardyckois n'est jamais pauvre au sens absolu du terme.

On a vu plus haut que les terres avaient été concédées par Louis XIV aux Matelots-Pêcheurs.

Cette concession de 125 hectares environ, d'abord purement verbale,reconnue ensuite par acte authentique, ils en jouissent toujours, bien que, dans le cours des temps, les terrains en question aient été rognés, ça et là, par les communes environnantes.

Or, à tout nouveau couple qui s'établit à Fort-Mardyck dans certaines conditions déterminées, à savoir : à condition que l'un des conjoints soit né dans la commune, et que le mari soit marin classé (inscrit au registre de l'inscription maritime), la commune concède deux quartiers de terre, soit 22 ares à titre d'usufruit, plus une place déterminée à la côte pour la pêche au filet.

Ce lopin de terre, sur lequel les nouveaux mariés bâtiront le plus souvent leur maisonnette, est exploite par eux à leur gré, sans aucune redevance ; ils peuvent

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seloa leur convenance, le louer à quelque voisin, mais non pas le vendre ; ainsi que nous l'avons dit, ils n'en ont que l'usufruit et non la propriété.

Et voilà la raison de tous ces jardinets qui font de Fort-Mardyck un oasis, et qui, en même temps qu'ils donnent au village un aspect riant, offrent aux familles qui les cultivent de si précieuses ressources quand une catastrophe vient les frapper.

Ce n'est pas tout. Ce quLreste des terres de la concession, c'est-à-dire une assez grande étendue de terrain n'est pas, on le conçoit, directement exploité par cette population qui vit de la mer. Ils ont loué ces terres, et le revenu (5.000 fr. environ) qui était autrefois réparti entre toutes les familles du village, est aujourd'hui versé entre les mains d'un percepteur à Dunkerque, et directement affecté, au gré du Conseil municipal de Fort- Mardyck, aux besoins de la commune. C'est sur ce revenu qu'on prélève notamment une somme assez considérable pour venir en aide aux familles nécessiteuses du pays, lesquelles sont presque toujours des familles de sinistrés.

En somme, la commune ne reçoit pas un sou de l'Etat et ne lui demande rien ; petite république d'une autonomie aussi complète que le comporte notre régime politique : sorte de phalanstère n'ayant rien des vices du premier, où l'initiative et la responsabilité individuelles ne sont pas annihilées' mais développées et agrandies, où les principes religieux sont en honneur et rendent aisée la pratique des vertus sociales.

Nous prions le lecteur de ne point voir là un éloge £>anal échappé en quelque sorte à notre plume, c'est l'expression de l'exacte vérité.

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Les mœurs sont pures à Fort-Mardyck, c'est à peine si sur 60 naissances on compte une naissance illégitime, toujours légitimée du reste par un mariage subséquent.

De crimes ou de délits, jamais ici on n'en entendit parler. Le poste de garde-champêtre y est à peu près une sinécure, et pourtant, Dieu sait si les quatre cents marins qui l'habitent pendant six mois de Tannée ont froid aux yeux et s'ils ont les pokigs taits pour la lutte.

Cette absence de querelles .tient peut-être à une coutume assez répandue dans le pays. Là, le dimanche après vêpres, les hommes se dispersent dans les quatre ou cinq cabarets du village avec leurs femmes et leurs enfants.

Les relations très nombreuses de parenté qui existent entre les habitants, expliquent très bien ces réunions.

Le cabaretier est souvent lui-même un vieux marin retraité avec qui l'on vient causer, en vidant un verre, comme avec un ancien.

Les hommes discutent entre eux de leurs intérêts et de tout ce qui touche à leur profession. Les femmes, beaucoup d'entre elles avec un enfant sur les genoux, causent de leur intérieur ; les jeunes gens font, sous les yeux des parents (ce qui est de règle absolue dans le pays), leur cour aux jeunes filles ; et si parfois quelqu'un, parmi les hommes, élève trop la voix, une voix plus douce et toujours écoutée se fait entendre, et les conversations reprennent au diapason normal.

A 9 heures, les cabarets sont vides ; tout le monde est allé se coucher, car il faut être dispos pour le travail du lendemain, et la marée n'attend pas.

On avouera que le cabaret dans ces conditions, ce n'est plus le cabaret démoralisateur que nous connaissons

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trop ; ce n'est plus en quelque sorte, qu'une grande réunion de famille, se faisant chez Pierre plutôt que chez Paul, parce qu'on est plus à Taise chez le premier, et qu'il est plus à même de vous recevoir.

Cette franche gaîté ne dure hélas qu'un hiver I car à l'inverse de ce qui se passe ailleurs, c'est l'hiver qui est ici la belle saison, celle des réunions, des mariages, des fiançailles. C'est le temps où, par les sentiers boueux et couverts de neige, on voit rouler et zigzaguer, comme des barques secouées par la houle, des hommes aux carrures athlétiques.

Puis, quand Mars arrive, les fronts se rembrunissent, la fiancée est moins rieuse, l'épouse ou la mère plus inquiète et plus affairée. C'est qu'ici, Mars c'est le signal du départ pour Islande.

Islande !... Notre sensualisme bourgeois s'est-il jamais clouté de tout ce qu'évoque au sein de ces populations maritimes ce nom gros de mystères ?

Pour le touriste flâneur en quête d'émotions et de spectacles de nature à flatter son dilettantisme, Islande, c'est la messe du départ, c'est la main du prêtre qui s'abaisse pour bénir tous ces vaillants, c'est la file des barques qui s'avancent vers la haute mer, ce sont les équipages qui tombent à genoux en franchissant la jetée, et les mouchoirs qui s'agitent, et les femmes qui étouffent leurs sanglots.

Voilà Islande pour le3 témoins du départ. Pour les autres, c'est-à-dire pour l'immense majorité, c'est moins encore : un mot, une expression géographique qui éveille machinalement dans l'esprit l'idée de pêche au poisson.

Mais pour eux, pour cette épouse ou cette mère qui reste, pour cet époux ou ce fils qui s'en va, qu'est-ce que l'Islande ?

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Pour eux, c'est, ainsi que nous le disait un jour, dans une formule d'un laconisme terrible, un vieux loup de mer qui avait vécu le roman d'Islande, pour eux, c'est « de la glace, des rochers et de la misère ! » — c'est d'abord un voyage plein de dangers ; puis, pendant six mois, le froid et l'humidité, la brume et la tempête ; c'est, pendant une partie de la saison, tout le temps que le poisson donne, 20 heures de travail et 4 heures de repos par jour, avec des têtes de morues, des pommes de terre, ou du lard salé pour nourriture.

Islande ! c'est ici, la mère de famille qui tressaille les jours de tempête, se demandant si le coup de vent qui fait trembler sa maison, ne lait point chavirer là-bas la barque qui porte son mari ; puis, si les nouvelles manquent, c'est l'attente qui consume et dévore ; l'attente qui tarit ses mamelles et creuse ses yeux.

Et c'est là-bas, bien loin, dans la mer du Nord, la utte et les privations ; l'héroïsme à trois francs par jour et par tête, sans autre fanfare que celle des vents déchaînés ; les appels désespérés de la cloche et de la trompe de corne à travers les brouillards impénétrables, pour ne point se heurter ; c'çst le monstrueux iceberg que le vent pousse sur vous, et qu'il faut éviter sous peine de mort ; là-bas, enfin, c'est trop souvent le tombeau, avec les eaux noires et profondes pour linceul.

Il y a deux ans, ils furent trente-six qui ne revinrent pas, pour le seul village de Fort-Mardyck ; cent soixante pour le quartier de Dunkerque.

Qu'importe, après tout? L'année suivante, les vides seront remplis et les équipages au complet : et il en va toujours ainsi, la mer, leur âpre nourrice, ne cessant de les dévorer, sans abattre le courage des fils, sans rebuter la constance des mères ni lasser leur fécondité 1

Tout ceci n'est point, qu'on y songe bien, amplification de rhétorique, et je n'y ai point vu matière à style. J'ai voulu seulement, à l'honneur de la population que j'ai entrepris de faire connaître, résumer à grands traits et comme en un tableau, les péripéties de cette pêche d'Islande qu'on ne connaît pas assez dans le public. Si le tableau pèche, c'est parce qu'il est au-dessous de la réalité.

Je termine par quelques réflexions que je livre aux méditations de mes lecteurs.

Si Ton a pu, à un certain point de vue, comparer l'homme à une machine, et l'estimer d'après son rendement, c'est-à-dire d'après le rapport de ce qu'il dépense à ce qu'il produit, quel n'est pas, je le demande, le rendement social du petit groupe qui nous occupe ?

Sobre, prolifique, ardent à la peine, ne rend-il pas à la société dont il fait partie politiquement, cent fois plus qu'elle ne lui donne, lui qui fournirait à notre flotte en temps de guerre, d'intrépides marins, et qui fournit au pays en temps de paix, les infatigables et hardis pourvoyeurs d'une de ses meilleures industries ?

Partant de là, pourquoi l'Etat, reprenant à son compte la grande pensée de Louis XIV, ne favoriserait-il point de tout son pouvoir le développement de populations exclusivement maritimes, soit par une organisation analogue à celle que nous avons décrite, soit par quelques privilèges qui seraient, en définitive, encore moins que Fégal î té ?

N'y a-t-il plus, sur les deux ou trois mille kilomètres qui sont les côtes de France, des terres plus ou moins incultes que l'Etat pourrait acquérir à bon compte, et concéder ensuite à des familles qui se voueraient exclusivement à la pêche ? N'y auràit-il point là un moyen

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d'enrayer, au moins dans une certaine mesure, le mouvement déplorable à tous égards qui se produit vers certains centres, et de multiplier sur notre sol les races fortes et fécondes ?

Depuis 1890, l'adversité a frappé la commune de Fort- Mardyck et tous les marins qui vivent de la pêche de la morue à Islande.

Il se trouve que la concession territoriale est complètement occupée, à part quelques dunes de sable volant, tout à fait impropre à la culture. D'autre part, la crise de la pêche à Islande est telle que certains navires malheureux reviennent après six mois sans pouvoir donner d'autre rémunération aux marins que celle payée avant le départ sous le nom « d'avances ». Enfin, tandis que l'agrandissement de Dunkerque et de Saint-Pol sollicitent une nombreuse émigration de Fort-Mardyck, les cabarets établis à deux pas du village sur le territoire de Petite-Synthe ont obtenu la liberté de rester ouverts toute la nuit du dimanche. Or, malgré toutes ces causes de dissolution, Fort-Mardyck maintient toujours sa population de marins, alors que le nombre des marins « inscrits maritimes » originaires de Dunkerque tend de plus en plus à disparaître.

Quel est au juste le règlement sur lequel s'appuie à Fort-Mardyck la concession et la transmission des dots ? Nous l'avons vainement cherché. Et pourtant si nous disons que c'est de Fort-Mardyck qu'est parti en France tout le mouvement récent en laveur de la petite propriété insaisissable, du coin de terre, du bien de famille, que c'est en nous appuyant sur le fait de Fort-Mardyck que nous avons créé en 1895 l'expression de «jardins ouvriers • qui a tant servi et tant agrandi la portée de l'œuvre charitable de l'assistance par le travail de la terre, on

comprendra combien nous élions désireux de retrouver ce règlement.

Or voici qu'il nous parvient qu'un règlement analogue existe dans une autre commune de France, à Beu vraignes , et, chose extrêmement précieuse, ce règlement ne date pas de l'ancien régime, mais il a été élaboré immédiatement après la Révolution par un sous-préfet de l'Empire. Donc il peut de toute évidence être pris comme modèle par les communes qui, par exemple, à la suite de legs et donations voudraient établir chez elles les dots agraires communales.

DÉF&RTKMS3IT ARRONDISSEMENT

de la Somme de Montdidier

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