‹ MémoiresChapitre 3 sur 111 · PAUL TERQUEM A LA SOCIETE DUNKERQUOISE V · texte numérisé non relu

PAUL TERQUEM A LA SOCIETE DUNKERQUOISE V

lui permit plus les voyages, un des sacrifices auxquels il fut le plus sensible, fut de renoncer à la visite annuelle du Salon.

L'art, dans ses manifestations les plus élevées, n'était qu'un délassement pour un esprit qui se sentait invinciblement séduit par l'étude des grands problèmes de la philosophie ; de bonne heure il s'appliqua à découvrir les lois de l'Histoire qui régissent les évolutions des peuples et il se trouva ainsi amené à aborder les questions sociales ou économiques, non pour se livrer à des recherches spéculatives, mais pour y découvrir des remèdes susceptibles d'apporter quelque allégement aux misères des malheureux, guidé constamment qu'il était par le sentiment profond de la solidarité humaine.

Sans doute ici j'ai devancé les temps ; les idées et les aspirations se modifient et se développent avec les années au gré de l'expérience acquise et des circonstances, aussi ce que je viens de dire se rapporte-t-il davantage à la maturité de l'homme qu'à la jeunesse du professeur qui, au mois de septembre 1845, descendait de la diligence pour prendre contact avec la ville qu'il ne devait plus quitter ; mais vous m'excuserez, Messieurs, car il m'a semblé que, sans cette sorte de silhouette préalable, il était impossible de se rendre bien compte de l'action de notre doyen sur la Société Dunkerquoise et réciproquement.

Paul TerquemM fut nommé professeur d'Hydrographie

à Dunkerque dans le courant du mois de septembre 1845

(1) Tanl Terquem fat nommé professeur d'Hydrographie de 4P cl:u?se à Saint- Valéry sur-Somme le 3 février 1844, nommé à Dunkerque le 8 septembre 1845, promu a U 3° classe en 1852, à la S< classe en 1860, à la lro classe en 1871. Officier d'Académie le 16 mai 1865, Cberalier de la Légion d'honneur le 29 décembre 1866, Officier de l'Instruction publique le 14 juillet 1882.

quelques jours après l'inauguration de la statue de Jean Bart qui avait mis la ville en rumeur ; mais, lorsque le nouveau venu descendit de la diligence dans ce pays inconnu qu'il ne devait plus quitter, la vieille cité avait retrouvé son calme et si le voyageur aimait le calme, il allait être servi à souhait.

Au cours de la première moitié du XIXe siècle, la ville et le port de Dunkerque, tout autant que les Dunkerquois eux-mêmes, ont subi, moralement et matériellement, une transformation profonde dont les jeunes générations (fussent-elles aidées par la connaissance du passé) se font malaisément une idée précise parce qu'elle s'est opérée sous leurs yeux et qu'elle a été progressive. En 1845, telle que nous la montre assez bien un petit livre de Victor Letellier (Une Année à Dunkerque), Dunkerque avait, à peu près, conservé la physionomie qu'elle avait sous Louis XIV ; elle était toujours enserrée dans l'enceinte de remparts sablonneux que Vauban lui avait donnée ; elle était sans industrie bien active, sans autre commerce que celui que lui procurait son port.

Celui-ci ne ressemblait en rien à ce que les ingénieurs l'ont tait depuis ; des voiliers nombreux, mais de faible tonnage, se contentaient d'un chenal ensablé et d'accès difficile conduisant à un unique bassin, celui de la Marine,dont la construction remontait au grand roi ; les magasins et les chantiers, débris de l'ancien Arsenal, existaient encore.

A bien des égards aussi, la physionomie des habitants était restée intacie ; leur isolement relatif, leur attachement à leurs vieilles traditions et à leur langue natale les avait protégés contre les atteintes du cosmopolitisme qui les envahit aujourd'hui et efface, un à un, les traits qui constituaient leur originalité. De là cette opinion

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