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PAUL TERQUEM A LA SOCIÉTÉ DUNKERQUOISE VII

préconçue, remontant au XVIIe siècle, qu'en dehors d'une remarquable aptitude pour le commerce, le Dunkerquois ne possédait aucune des dispositions propres à lui faire goûter les plaisirs délicats que procurent la culture désintéressée des Sciences, des Lettres et des Arts.

Si j'insiste un instant sur ce point, ce n'est pas pour protester contre un injuste préjugé, ce serait peine superflue, mais pour montrer simplement que, si personne ne le partage plus, c'est que les efforts de la Société Dunkerquoise ont puissamment contribué à le dissiper.

Dunkerque, si méconnue dans le domaine des choses de l'esprit, n'était pas mieux jugée dans le domaine des choses matérielles ; vous connaissez la définition longtemps conservée dans les manuels de Géographie : « Port de pèche sur la mer du Nord ». C'était bref et catégorique, mais ce n'était pas plus exact. La pêche a été, de tout temps, la véritable industrie locale et les armements à Islande étaient même plus nombreux et plus importants qu'aujourd'hui ; un professeur d'hydrographie était donc assuré de voir toujours les bancs de son école bien garnis et un homme à l'esprit ardent comme Terquem pouvait, devait se passionner pour la tâche qui lui était confiée.

Dès qu'il monta dans sa chaire, le jeune maître résolut de se montrer le digne successeur d'un homme éminent, Petil-Genet,qui,dans ce même local du Parc de la Marine, avait, de 1795 à 1844), enseigné avec la plus grande distinction la géographie de la mer à plusieurs générations. Pendant trente-trois ans, à son tour (de 1845 à 1878), avec un dévouement inlassable, Paul Terquem ne faillit pas un instant à sa tâche, poussant le soin du détail jusqu'à fabriquer de ses mains, en s'aidant d'un tour

qu'il maniait habilement, les réductions de machines à vapeur nécessaires à ses démonstrations.

L'enseignement ne suffisait pasàl'activité intellectuelle qui, pour Paul Terquem, était un besoin de nature ; descendu de sa chaire, il donnait, soit seul, soit en collaboration avec son ami l'astronome Y von Villarceau, membre de l'Institut, de nombreux articles à des revues ou publications scientifiques. Nous en retrouverons trace ultérieurement dans nos Mémoires et les renseignements me manquent pour en dresser la bibliographie complète autant que la compétence me fait défaut pour les apprécier.Signalons seulement sa traduction française du célèbre ouvrage du lieutenant américain Maury : Géographie physique de la mer, dont l'apparition, en 1854, amena une révolution dans l'art de la navigation en apprenant aux officiers de marine à utiliser d'une manière rationnelle la force des vents et la direction des courants pour rendre leurs traversées plus rapides ou plus régulières.

Toutes ces études se rapportaient plus ou moins à la profession de l'auteur, mais bientôt la fondation de la Société Dunkerquoise venait ouvrir un champ nouveau à son ardeur au travail.

En 1851, trois hommes distingués et doués de l'esprit d'initiative, Victor Derode, Raymond de Bertrand et Louis Cousin, frappés de ce qu'une ville de l'importance de Dunkerque ne possédât pas d'association spécialement vouée à l'étude des choses de l'intelligence, résolurent de provoquer la création d'une société qui aurait pour objet de « faire revivre de patriotiques souvenirs » comme de « ranimer à Dunkerque l'esprit d'étude et de travail intellectuel ». Ils s'adressèrent à tous ceux qui, par leurs goûts et leurs aptitudes, semblaient disposés à favoriser leur projet. Celui-ci répondait trop à tous les désirs de

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