IV. — Services Généraux
La préparation des aliments, des médicaments, le blanchissage du linge et son entretien, la désinfection de la literie et des effets des malades, doivent, pour une population aussi nombreuse que celle d'un hôpital, avec ses malades et son personnel de service, être organisés d'une façon véritablement industrielle, sous peine d'en-
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traîner des dépenses de main-d'œuvre et des gaspillages effrayants.
Cuisine et Dépendances. — La préparation des aliments tout d'abord est un problème d'autant plus complexe que le même régime ne peut être ordonné à tous les malades. Toutefois le bouillon, la viande rôtie ou en ragoût, les légumes, le lait doivent toujours former le fond de la nourriture du plus grand nombre des habitants de l'hôpital. Des marmites à vapeur, de diverses formes et de capacités variées, sont généralement groupées au centre de la salle principale, et reçoivent la vapeur à moyenne pression d'une canalisation qui vient de l'usine centrale. Elles ont fait depuis quelques années l'objet d'ingénieux perfectionnements. Des doubles fonds spéciaux permettent dans certaines d'entre elles de faire des rôtis aussi réussis qu'au four ; des couvercles reliés par des conduites à une canalisation souterraine et à une cheminée d'appel enlèvent les buées à l'extérieur ; des mécanismes simples permettent d'incliner lentement et sans effort les marmites elles-mêmes pour en verser le contenu dans les récipients servant au transport.
Mais il faut aussi pouvoir préparer les plats destinés aux malades astreints à un régime particulier. Un grand fourneau au charbon, quelques réchauds au gaz, viennent à cet effet compléter l'outillage de cuisson. Un percolateur à vapeur sert à préparer le café, et un bainmarie avec copetles en porcelaine les grogs et les infusions. Des tables d'un nettoyage facile servent aux diverses manipulations ; les meilleures, malgré leur prix un peu élevé, sont les tables en lave émaillée, d'un entretien si aisé et imperméables à toutes les matières grasses. Une table chauffante placée le long de la rangée de marmites empêche les aliments de se retroidir
pendant qu'on prépare les portions sur les plats ou dans les récipients appropriés.
Pour transporter les aliments et la vaisselle dans les pavillons, de petits chariots-éjagères sur roues caoutchoutées, d'une dimension appropriée à -celle des montecharges, reçoivent tout ce qui n'a pas à craindre de se refroidir ; les aliments chauds sont placés dans de véritables armoires roulantes, entourées d'une double enveloppe que l'on remplit d'eau bouillante et que protège elle-même une garniture en bois.
A la cuisine se trouve annexée la dépense, comprenant la boucherie, la panneterie, le magasin à légumes, avec salle d'épluchage et bac de lavage avec services d'eaux chaude et froide. La boucherie doit comporter le matériel nécessaire au découpage et à la suspension de la viande en quartier, petits chariots à crochets roulant sur rails suspendus, treuil mural, billots et crochets d'étal. Une armoire glacière est nécessaire pour conserver fraîches les parties non immédiatement utilisées. Mieux vaut encore un caveau refroidi par circulation de liquide incongelable, produit par une petite machine pouvant aussi fournir la glace alimentaire nécessaire à l'établissement. Des caves pour le vin en pièces et en bouteilles, pour la bière, doivent être d'un accès et d'une surveillance faciles. Une bascule imprimant les poids automatiquement sur des tickets à souche simplifie singulièrement les formalités de réception.
La laverie doit être de plain-pied avec la cuisine ; elle doit comporter des appareils automatiques où la vaisselle et les couverts soient lavés dans l'eau bouillante qui en assure la désinfection. Il doit être de règle absolue que la vaisselle doit toujours rentrer pour être lavée dans ce service et non dans les pavillons, saut exception pour
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celle provenant des pavillons de contagieux, qui doit être lavée dans les offices, mais passer ensuite à l'étuve après y avoir été transportée dans des boites métalliques fermées comme tous les autres objets à désinfecter.
Enfin un office avec aftnoires et casiers bien compris reçoit les réserves de vaisselle, les couverts et le linge de able.
Pharmacie. — Le pavillon de pharmacie doit comprendre : la tisanerie, où des marmites chauffées à la vapeur permettent de préparer tous les médicaments liquides ; elle renferme aussi l'alambic et l'appareil pour la préparation des extraits, les filtres et les congés pour les infusions à froid;
Le laboratoire, avec tables de travail munies de prises de gaz, d'eau et trompe à vide ; l'une de ces tables doit être surmontée d'une hotte vitrée ou sorbonne, pouvant se fermer complètement par des portes à coulisse verticale et munie d'une large ventilation ; une autre table doit longer une façade largement vitrée pour le travail au microscope et plus spécialement pour les recherches bactériologiques et histologiques ; enfin les balances ordinaires et de précision sont groupées sur une autre table également bien éclairée ; toutes ces tables doivent être en lave émaillée ;
L'officine, où sont préparées les doses de médicaments prescrites journellement par les médecins pour chacun des malades de leurs services ; c'est dans cette pièce que doit donner le monte-charges qui communique avec les galeries souterraines ; chaque salle doit posséder un petit chariot-étagère numéroté, avec casiers spéciaux pour les bouteilles et tablettes pour les autres récipients, chariots qui après chaque visite de médecin retournent
aux pavillons par la voie des monte-charges et des galeries de circulation pour recevoir les médicaments ordonnés.
Un cabinet de travail pour le pharmacien en chef, des magasins à drogues, l'un au rez-de-chaussée avec armoires vitrées et casiers, les autres en sous-sol, quelques outils spéciaux, tels que les broyeurs à pommades qui peuvent être mus électriquement, un bac de rinçage avec eau froide et chaude, complètent l'outillage de cet important service.
Buanderie et lingerie. — La manutention du linge sale, même ne provenant pas de malades essentiellement contagieux, a toujours constitué un danger pour le personnel et un agent de diffusion pour les micro-organismes de toutes sortes. Cette manipulation devient inoffensive si le linge est mouillé, surtout d'un liquide antiseptique.C'est ce qui m'a amené à adopter à l'hôpital de Roubaix une disposition, dont j'ai puisé l'idée première à la buanderie annexée au dispensaire antituberculeux que réminent docteur Calmette a créé près de Tlnslitut Pasteur à Lille.
Dans chaque salle, le linge aussitôt enlevé est placé dans des sacs en filets, qui sont immédiatement conduits à une trémie desservant tous les étages et aboutissant dans le sous-sol au-dessus d'un bac en ciment armé rempli d'une solution de lysoi à 2 pour cent. Le linge séjourne dans cette solution jusqu'à l'heure où un homme de service vient le chercher chaque jour, avec un chariot en tôle galvanisée. Les sacs sont portés, par les galeries et par un monte-charges, dans le pavillon de buanderie, et versés au milieu d'une salle de triage, sur un caillebotis superposé à une aire en ciment avec des pentes convenables pour assurer l'écoulement des eaux d'égout-
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tage.Au pourtour de la salle, des casiers en ciment armé, dont le fond est traversé par une rigole recouverte elle aussi d'un caillebotis en bois, reçoivent les pièces de linge de chaque sorte au fur et à mesure du triage.
Le linge égoutté est porté à la buanderie proprement dite, où celui qui a été reconnu fortement souillé est d'abord passé dans un cuvier à vapeur, où le coulage s'effectue par le procédé classique.
Puis tout le linge, coulé ou non, est placé dans une ingénieuse machine, la laveuse-désinfecteuse. C'est uo tonneau métallique, qu'une porte à coulisse referme hermétiquement, et qui renferme un autre tonneau mobile, percé de trous et muni de côtes arrondies ; un mécanisme commandé par une transmission anime le tonneau intérieur d'un mouvement de rotation alternatif autour de son axe.
• Un jeu de robinets permet d'envoyer successivement de .l'eau chaude, de la lessive et de l'eau de savon, qui après usage sont refoulées par des éjecteurs dans des réservoirs qui permettent de les faire resservir, puis ensuite encore de l'eau chaude et de la vapeur, et de l'eau graduellement refroidie pour le rinçage. Comme à certain moment la température est portée dans l'appareil à un peu plus de 100 degrés, la désinfection du linge, même de celui provenant des contagieux, est parfaitement assurée, par une méthode qui l'abîme bien moins que le passage à l'étuve.
Une essoreuse exprime ensuite la presque totalité de l'eau retenue par le linge ; un séchoir pour les torchons, une sécheuse-repasseuse pour le linge plat et même pour les chemises à la condition qu'elles n'aient que des cordons, quelques tables pour le repassage du linge fin, sont les accessoires qui, joints à la machine que nous
venons de décrire, permettent d'effectuer toutes les opérations avec un personnel des plus restreints.
La laveuse-désinfecteuse sert aussi à laver la laine des matelas, à laquelle une petite machine à carder rend ensuite l'élasticité nécessaire. Elle sert également au lavage des sacs en flanelle pour le filtrage de l'air dont nous avons parlé à propos de la ventilation mécanique.
La buanderie doit être complétée par des magasins à linge propre, avec armoires et casiers, et par une salle de raccommodage bien éclairée, munie de machines à coudre qui peuvent être pourvues d'un petit moteur électrique.
Désinfection. — Le service de désinfection est généralement placé dans le sous-sol de la buanderie. Il se compose en principe de deux salles, l'une pour les objets infectés, l'autre pour les objets désinfectés. Dans la cloison qui sépare ces deux salles est engagée l'étuve, dont le diamètre doit être suffisant pour admettre au besoin de grands matelas quand elle doit servir à la désinfection des objets venant du dehors.
Les meilleurs modèles d'étuves sont *à deux fins ; ils permettent la désinfection par la vapeur ; ils sont munis d'un éjecteur permettant d'y faire le vide et d'un formolateur permettant d'y injecter des vapeurs de formol. Ce second hiode d'opérer, plus coûteux, a l'avantage de ne pas détériorer les vêtements, les chaussures, les chapeaux et même les livres ou autres objets ayant pu être contaminés.
Outre l'étuve, il est utile de prévoir une chambre à soufre, formant comme l'étuve elle-même une sorte d'écluse entre les deux salles. Cette chambre sert surtout à la destruction des parasites qui se rencontrent dans les vêtements d'un trop grand nombre d'hospitalisés.
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Il est utile que dans le pavillon d'entrée soit prévue une trémie, par laquelle les effets de toute sorte des entrants, placés dans un sac, dûment étiquetés, sont envoyés au sous-sol et directement portés à la désinfection d'où ils reviennent ensuite à un magasin avec divisions correspondant à chaque pavillon.
Enfin il faut songer à désinfecter le désinfecteur luimême, dans son intérêt et dans celui des personnes avec qui il se trouve en contact après avoir opéré. Une troisième chambre éclusée doit à cet effet donner dans les deux salles ; elle renferme un bain-douche et deux armoires-vestiaires. En arrivant à son service, le désinfecteur quitte ses vêlements de ville qu'il place dans Tune des armoires, puis il revêt son costume de travail, composé généralement d'objets exclusivement en toile. Lorsqu'il a chargé l'étuve, il quitte ce costume, le place dans 1 etuve avant de la refermer, puis passe par l'écluse où il prend un bain-douche et revêt un nouveau costume de travail propre. Il se trouve alors dans la chambre aux objets désinfectés, où il surveille le fonctionnement de l'étuye,après quoi il procède à la décharge de celle-ci. Il peut alors revêtir ses vêtements de ville et sortir sans aucune crainte de devenir un agent de contagion.
Il est essentiel, dans l'étude du plan d'ensemble de l'hôpital, de placer la désinfection dans une position telle par rapport aux pavillons de contagieux qu'une barrière puisse être établie dans la galerie souterraine ne permettant pas de faire circuler les objets venant de ces pavillons autrement qu'en passant par la désinfection. Cette barrière ne doit s'ouvrir qu'à des heures déterminées et sous la surveillance d'un agent responsable pour laisser passer les chariots allant vers les
pavillons et portant les aliments, les médicaments et le linge propre. Mais, à l'inverse de ce qui se passe dans les autres pavillons, les chariots ne doivent jamais monter dans les salles ; les objets doivent être déposés directement dans le monte-charges. Le nombre de lits de chacun de ces pavillons étant généralement faible, il n'en résulte pas de complication pour le service.
Tous les objets à désinfecter doivent être enfermés dans'des housses en toile, qui passent en même temps qu'eux à Tétuve, et transportés dans des chariots fermés.
A la désinfection se rattache la destruction des pièces de pansements souillées, débris opératoires, etc., qui doivent être incinérés. Un moyen simple et économique consiste à les placer dans des sacs en papier que le désinfecteur vient chercher au sous-sol à une heure déterminée et porter aux chaudières, où ils sont immédiatement chargés dans l'un des foyers.
Service des transports à l'extérieur. — Le transport des malades et des blessés entrant à l'hôpital doit toujours être fait au moyen de voitures spéciales : dans l'intérêt du malade d'abord, dans celui du public ensuite. Les voitures d'ambulance modernes comportent des dispositifs de lits-brancards avec suspension à ressorts, grâce auxquels le patient peut rester étendu, être monté et descendu sans aucun effort pouvant lui porter préjudice; une place est réservée pour un infirmier qui veille sur lui pendant le transport. Ces voitures doivent être construites avec des formes et des matériaux qui en permettent la désinfection facile par lavage avec des antiseptiques.
Un hôpital bien outillé doit posséder au moins deux voitures, dont l'une spécialement destinée au transport
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des malades signalés comme atteints d'une affection contagieuse, l'autre plus particulièrement destinée aux blessés.
Un fourgon couvert, et facile à aseptiser, sert au transport des objets à désinfecter, venant du dehors, toujours entourés d'une housse, si ce service est assuré par l'hôpital.
Il faut donc prévoir un pavillon d'écuries et remises. Depuis que la pratique de rautomobilisme s'est répandue, il est devenu possible d'éviter d'avoir des chevaux dans l'hôpital, avec les conséquences d'odeurs d'écurie et de dépôts de fumier que leur présence entraîne, sans compter la plus grande rapidité souvent bien précieuse quand il s'agit d'un blessé ayant besoin d'une opération urgente.
Un complément indispensable du service des transports à l'extérieur est l'abonnement au réseau téléphonique, qui permet au public de réclamer sans perte de temps l'arrivée des voitures d'ambulance.
Service des morts. — Quelque saiubres que soient les locaux de l'hôpital, et quelque attentifs que soient les soins dont les malades sont entourés, tous, hélas, ne sortent pas guéris. L'une des précautions essentielles est d'éloigner le plus possible des vivants l'image de la mort; la confiance dans la guérison est l'un des éléments essentiels du traitement. Tout malade chez lequel le médecin reconnaît les symptômes d'une fin prochaine doit être,et les prétextes sont faciles à trouver, transporté dans une chambre d'isolement. Le décès survenu, le corps mis en bière non fermée doit être, par les galeries souterraines, emporté dans un local aussi éloigné que possible des pavillons et desservi autant que possible par une sortie spéciale. Dans ce local existent des
tables, généralement en ardoises, sur lesquelles l'exposition est faite jusqu'à ce que la famille soit venue reconnaître le décédé. Il est prudent que ces tables, creusées légèrement en forme de bassin, soient munies d'une canalisation traversant un petit réservoir rempli d'un antiseptique caustique, tel que le chlorure de zinc, susceptible de détruire les liquides qui pourraient s'écouler.
Il est utile de prévoir quelques cellules isolées pour les corps, des décédés par maladies contagieuses.
Une salle d'autopsie, avec table en ardoise, un laboratoire de toxicologie et de micrographie, avec tables et hottes, conduites d'eau, de gaz et trompe à vide, munie d'un vidoir et, si possible, d'un four à gaz pour l'incinération des débris, enfin une salle pour la réunion des cortèges funèbres constituent les annexes indispensables de ce service.
Mais quittons ces tristes pensées et venons aux installations où ont été réalisés les plus grands progrès dans l'art de guérir.