V. — Salles d'opérations et annexes
La bonne disposition et le bon outillage des salles d'opérations est l'une des qualités les plus essentielles d'un hôpital.
En principe, si les pavillons de chirurgie des hommes, des femmes et des enfants sont groupés de telle sorte qu'ils puissent facilement communiquer par une galerie couverte et chauffée au niveau du rez-de-chaussée, les salles d'opérations peuvent leur être communes. Ce qui est essentiel, quand toutefois la place et les crédits dis-
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ponibles le permettent, c'est qull existe deux salles : l'une pour les opérations septiques, l'autre pour les opérations aseptiques. Entre les deux peut être placé le laboratoire de stérilisation et les autres locaux annexes. A chacune doit être contiguë une salle pour l'anesthésie.
La meilleure forme à donner aux salles est celle d'une abside d'église, dont toute la partie circulaire ou polygonale serait vitrée et, autant que possible, orientée au nord. C'est notamment la disposition qui a été adoptée pour les salles d'opérations du service central des asiles d'aliénés, à l'hôpital Sainte-Anne à Paris, salles qui peuvent être considérées comme des modèles parfaits.
Le meuble essentiel de la salle d'opérations est la table ; il en existe de bien des modèles, et chaque chirurgien a ses préférences particulières, que je ne suis pas compétent pour discuter. En général, elles sont entièrement en métal nickelé, ce qui permet de les aseptiser complètement. Elles sont supportées par un ou plusieurs pieds avec crémaillères ou vérins hydrauliques pour les soulever à hauteur convenable, munies de pièces articulées pour supporter bras, jambes, tête dans les positions les plus opportunes ; elles renferment à l'intérieur des bouillottes pour empêcher le contact de refroidir le patient.
Quoique les opérations se fassent le plus possible en plein jour, des cas urgents peuvent nécessiter l'emploi de la lumière artificielle. A cet effet une suspension mobile en tous sens et contenant un groupe de fortes lampes à incandescence est placée au-dessus de la table et supportée au plafond par un balancier à contrepoids. Comme toute interruption dans l'éclairage au cours d'une opération pourrait être funeste, cet appareil doit être commandé par deux circuits, l'un relié au circuit
normal du pavillon, l'antre venant directement de la batterie d'accumulateurs. Un commutateur placé bien à portée de l'assistant du chirurgien permet de passer instantanément d'un circuit à l'autre.
Non seulement la table doit être chauflée par des bouillottes intérieures, mais la salle elle-même doit être, au moment de l'opération, à une température élevée, 30° environ, la température des organes internes du corps étant d'au moins 37°, et tout refroidissement pouvant avoir les conséquences les plus graves.
Outre la table, le mobilier de la salle comprend un siège pour le chirurgien, siège métallique, toujours facile à aseptiser ; des porte-capsules, pour les solutions antiseptiques, enfin deux lavabos, pour le chirurgien et son assistant, dont les robinets sont alimentés par de l'eau stérilisée venant des appareils placés dans la salle voisine, et dont la cuvette profonde permet de baigner l'avant-bras tout entier. L'ouverture des robinets et de la vidange se fait au moyen de pédales ou de leviers manœuvres par les coudes et les genoux, afin d'éviter toutes pollutions aux mains qui viennent d'être aseptisées. Un robinet mélangeur,manœuvré par une rotation de la pédale, permet d'obtenir instantanément l'eau à la température voulue. Des boîtes renfermant le savon et des brosses ont été préalablement stérilisées à l'étuve.
La salle de stérilisation, juxtaposée à la salle d'opération, renferme plusieurs étuves horizontales, un stérilisateur à eau avec régulateur de température, des appareils pour aseptiser les instruments par coction . dans une solution antiseptique (poissonnière) ou par l'air sec et chaud (étuve Poupinel). Tandis que les premiers sont alimentés par de la vapeur à moyenne pression prise sur la canalisation des réchauffeurs d'eau, la
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dernière peut être chauffée électriquement et munie d'un avertisseur à sonnerie qui prévient quand la température voulue est obtenue.
La salle doit encore contenir une table en lave émaillée, un chauffe-linge, un lavabo et un vidoir siphonné pour envoyer aux eaux usées tous les liquides provenant des opérations. Une armoire à instruments, en glaces avec montures nickelées, peut être accolée au mur, ou mieux intercalée dans une baie entre la salle d'opération et la salle de stérilisation, sur chacune desquelles elle s'ouvre. Les instruments, tissus et fils employés dans les pansements, sont renfermés dans des boites nickelées permettant de les stériliser dans les étuves.
Le mobilier des salles d'opérations et des pavillons de chirurgie comprend encore des chariots à pansements, avec réservoirs d'eau stérilisée et d'antiseptiques, casiers à médicaments et à instruments, boite pour les pansements usés et seau pour recueillir les liquides, qu'on peut transporter auprès du lit du malade.
Les salles d'anesthésie doivent pouvoir être largement ventilées. Le patient, amené sur le lit roulant, est endormi au moyen du chloroforme que d'ingénieux appareils permettent aujourd'hui de doser mathématiquement de façon à éviter presque complètement les accidents si redoutables autrefois.
Une autre annexe aujourd'hui indispensable des salles d'opérations est la salle de radiographie ; elle peut être installée en sous-sol, avec son laboratoire de photographie.
Outre les salles d'opérations des services de chirurgie, la maternité exige des installations de même ordre : les salles de travail, pour les accouchements normaux, et
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une salle d'opérations pour les cas où nnterrention du chirurgien est nécessaire. Elles sont desserties par une salle de stérilisation commune, et le mobilier est identique à celui que nous Tenons de décrire.
J'en ai fini, Messieurs et cbers Collègues, aTec ces détails techniques, fastidieux peut-être, dont Jai émaillé cette trop longue communication ; j'ai cru nécessaire de tous les donner afin de tous faire sentir les énormes progrès réalisés aujourd'hui. Si je me suis un peu trop laissé entraîner par mon sujet, c'est qull m'a passionné en raison des applications que j'ai été appelé à Cadre dans la région et ici même en particulier.
Qu'il me soit permis en terminant d'apporter un respectueux et affectueux hommage à M. le Docteur Calmette, aux bienveillants conseils duquel je dois d'avoir acquis quelque expérience dans cette question si attachante de l'aménagement des hôpitaux.
Publiées et annotées d'après des documents Inédits
PAR
Le JDocteiar Gk IDTXRI.A.TT
Président de la Société
Publiées et annotées d'après des Documents inédits
PAR
Lie Dooteur GK DURIAU Président de la Société
Péristyle de l'Eglise Saint-Eloi
Antérieurement au premier agrandissement de la ville dont les travaux ont été commencés en 1663, sous le règne de Louis XIV, l'église Saint-Eloi était située à l'extrémité Sud de la ville ; au delà se trouvaient des casernes et la maison affectée au logement du Gouverneur, puis l'enceinte fortifiée qui était contiguë à la tour et avait trois entrées : la principale au côté Ouest face au grand marché, au pied de la tour dont le rez-dechaussée formait le porche de l'église, la seconde au côté Nord, face à la rue de l'Eglise et la troisième au Sud, face aux casernes.
La communication directe de la rue de l'Eglise avec la grande place qui venait d'être créée étant devenue impossible, le Magistrat fit établir un passage au pied
Mémo** de la Société DunMtrquoiu, — 1908
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de la tour, il avait une largeur de quatre mètres et débouchait dans la rue de la Vierge, en face de la maison n° 1.
En 1670, cette voie fut élargie au moyen de la construction de deux grandes arcades qui donnèrent passage aux voitures.
En 1780, on décida la construction d'une large voie faisant le prolongement de la rue de l'Eglise, et en même temps la construction du péristyle. Les plans et études ont été faits par l*architecte*Louis ; les travaux ont clé commencés en 1783 et achevés en 1785. La dépense s'est élevée à 775.269 livres tournois, y compris 12.000 livres pour les honoraires de l'architecte, soit 765.698 francs.
1790. — Le 18 aoùt,l'Inspecteur des travaux de la Ville fait connaître au Magistrat plusieurs vices de construction dans le nouveau péristyle.
1797. — Le 18 avril, second rapport signalant le dépérissement d'un angle de la corniche du monument, et proposant de remplacer par du plomb les ardoises qui recouvraient les. grandes saillies.
1797. — Le 2 juin, troisième rapport signalant que l'angle formant partie de l'entablement donnant sur le derrière du péristyle ne peut sans danger rester plus longtemps en place.
1797. — Le 9 août, quatrième rapport disant qu'il a fait faire un échafaudage pour reconnaître plus exactement les parties défectueuses de l'édifice et qull a reconnu que la corniche exige des réparations immédiates pour prévenir tout danger.
1816. — Ce ne fut que cette année que les ardoises qui couvraient le fronton ont été remplacées par du plomb ; une somme de 9.380 francs a été dépensée à cet effet.
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1826 à 1828. — Une somme de 10.8SS francs a été dépensée pour restaurer une partie des colonnes» des chapiteaux et des corniches. Les ressources de la Ville ne permirent pas de continuer les réparations qui restaient à faire.
1834-1835. — Une autre somme de 15.973 francs a été dépensée pour restaurer des colonnes, etc. Le département est venu en aide à la Ville en participant à cette dépense pour 11.980 francs.
Ainsi une somme de 36.212 francs a été employée en réparations, somme relativement considérable eu égard à l'époque peu éloignée de la construction du monument.
1848. — Il résulte d'un rapport de M. Develle, architecte de la Ville en date du 10 mai, que ces dépenses avaient été faites en pure perte, puisque les parties restaurées étaient redevenues défectueuses.
1852. — Dans un autre rapport adressé au Maire, le 26 avril, le même architecte déclare que de nouveaux fragments de pierre se sont détachés des chapiteaux et il est présumable que la caducité précoce de cet édifice ne fera qu'augmenter avec les années. C'est le résultat du style d'architecture qui a nécessité l'emploi de pierre tendre.
Ce rapport, communiqué au Conseil Municipal, n'a donné lieu à aucune décision.
1856 à 1860. — Des parties de l'entablement qui s'étaient détachées sans occasionner d'accidents ont été remplacées.
A différentes époques, la Mairie a consulté des architectes distingués et des ingénieurs sur l'état de ce monument et tous ont émis l'avis qu'il ne pouvait avoir une longue durée.
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1868. — Le 16 juin, le Conseil décide qu'il convient de nommer une commission d'architectes ; un architecte d'Amiens, dans son rapport, pense qu'il faudrait une somme de 63.000 francs pour réparer le péristyle et 250.000 francs pour le reconstruire.
1870. — 12 mai. Le Conseil décide la construction d'un échafaudage mobile pour examiner toutes les parties du monument ; la dépense s'est élevée à 1.715 francs.
1870. — 2 septembre. Le Conseil renvoie de nouveau à une commission d'examen les travaux à exécuter au monument. Ce rapport n'a obtenu aucun résultat.
Plus tard, le détachement continuel de pierres des corniches et de la voûte constituant un danger permanent, le Conseil ordonna la construction d'un abri sous le péristyle, sans plus se préoccuper des travaux nécessités par la dégradation successive des chapiteaux, corniches, entablement, etc..
1881. — La chute d'une voûte sous le péristyle ayant amené la destruction de l'abri qui n'était plus suffisant pour éviter les accidents, fit interdire la circulation. Une nouvelle commission fut nommée, mais en attendant une décision définitive, le Conseil fit faire un passage blindé en face de la porte Nord de l'Eglise.
1883. — La démolition totale du péristyle fut décidée et quelques mois après toute la colonnade avait disparu.
1885. — L'aspect désolant du mur nu de la façade engagea le Conseil Municipal à établir un concours pour l'élévation d'un porche ; 73 concurrents se présentèrent, trois projets furent reconnus supérieurs, et un projet, celui de M. Van Moë, architecte de Dunkerque,qui avait été considéré comme hors concours pour avoir dépassé les crédits, fut définitivement accepté après change-
ments importants. La maquette du projet fut déposée au Musée de la Ville.
1886. — 18 octobre. Après une attente assez longue pour obtenir de la Préfecture l'autorisation de commencer les travaux, le 18 octobre 1886 eut lieu l'adjudication de la maçonnerie et de la charpente. M. Rouzé, entrepreneur à Lille, fut déclaré adjudicataire avec un rabais de 5 °/0 sur la mise à prix de 248.000 francs environ .
1887. — La première pierre de la nouvelle façade a été inaugurée solennellement le 11 avril, elle est située vers le milieu à gauche de la porte centrale.
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Palais de la Bourse
La construction de ce bâtiment a été décidée en 1750. En 1751, on acheta et on démolit quatre maisons pour avoir le terrain nécessaire à l'édification pour 42.120 livres tournois. Les travaux, commencés en 1752 et terminés en 1758, coûtèrent la somme de 178.949 livres.
En 1773, un magasin construit dans la cour pour dépôt de pompes à incendie donna lieu à une dépense de 660 livres et les caves converties en citerne coûtèrent 6.000 livres.
Le Commerce occupa la Bourse jusqu'en 1789, époque où elle fut abandonnée pendant plusieurs années, à cause de la nullité des affaires. Plus tard les négociants et courtiers se réunissaient de midi à une heure, vis-àvis le Café Suisse qui existait dans la rue de l'Eglise (alors rue de la Vérité) mais ces réunions ayant été défendues par l'Administration Municipale, le local de la Bourse fut remis à la disposition du Commerce (26 juillet 1897);toutefois,ils délaissèrent entièrement le local.
La Bourse a été rétablie le 26 juin 1801 et le 7 août 1803, elle fut de nouveau réglementée par un arrêté municipal, mais sans plus de résultat. Elle ne servit plus que pour les foires.
En 1824, le Commerce ayant demandé la jouissance de la Bourse, un nouveau règlement fut publié, mais
bientôt après la Bourse resta déserte. Elle fut alors louée pour magasin.
En 1846, une nouvelle pétition fut adressée au Maire, à Teflet d'obtenir la réouverture du local qui eut lieu le 24 juin 1847. On reconnut que la mise en état et les modifications demandées devaient absorber une somme assez importante, un devis fut établi d'un chiffre de 6.000 francs à supporter par le commerce et il fut approuvé par le Préfet du Nord le 13 janvier 1848. Les événements de février firent ajourner ces travaux jusqu'en 1852.
La dépense qui s'éleva à 14.661 fr. 50 fut payée par le commerce au moyen d'une contribution extraordinaire perçue en vertu de la loi du 19 mars 1801 et conformément à celle du 25 avril 1844 sur les patentes.
Malgré cette dépense assez considérable, et alors que le local était dans d'excellentes conditions, il ne fut fréquenté que par un nombre fort restreint de négociants qui diminua d'année en année, à ce point qu'en 1862, il ne servait pour ainsi dire plus qu'aux réunions du Syndicat des Courtiers qui y faisait des ventes.
En 1813, les planchers des 1er et 2e étages durent être reconstruits et il faL'ut remplacer une partie des poutres, ce qui coûta 7.000 francs ; déjà en 1808 on avait renouvelé douze châssis et huit lucarnes: dépense 1.900 francs
En 1814, on fit construire le logement du concierge du Tribunal au-dessus du magasin servant de dépôt aux pompes à incendie: dépense 1.410 francs.
Le siège du Tribunal de lre instance, établi à Bergues, fut transféré à Dunkcrque en 1804 et installé au-dessus du local de la Bourse. En 1807, la ville obtint pour l'occupation du Tribunal un prix de loyer de 1.200 francs qui fut porté à 1.700 francs en 1851.
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Le Tribunal ayant pris possession du nouveau Palais en 1864, on y établit le Musée, qui s'installa en 1878 dans la maison B. Morel. Depuis,les deux étages ont été aménagés pour le Collège. Une des travées du rez-dechaussée a été laissée au Collège et on y a installé la classe enfantine. Quant à l'autre, elle sert encore à l'heure actuelle de Bourse.
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Désertion en niasse des officiers du 1er Régiment d'Infanterie en garnison à Dunkerque en 1791
Les faits de désertion ou d'émigration des officiers des régiments en garnison dans le Nord furent très fréquents vers 1791 et pendant toute cette période, mais on ne signale aucune autre désertion en masse que celle des officiers du 1er régiment d'infanterie, en garnison à Dunkerque à cette époque. Aussi croyons-nous utile de signaler ce fait et de donner tout au long le procès-verbal de cet acte d'anti patriotisme.
Extrait du registre des Délibérations du Conseil cf Administration de la Garde Nationale de Dunkerque™.
L'an mil sept cent quatre-vingt-onze, le vingt-cinquième jour du mois de juin, les Officiers de la Garde Nationale se sont assemblés au Quartier-général, à six heures du matin ; et le procès-verbal suivant a été rédigé.
Le vingt-quatrième juin 1791, au soir, après l'appel de cinq heures aux Casernes, la presque totalité des Officiers
(1) Noos derons U communication de ce document à M. netplanqne, bibliotheoaire do la Tille de Lille, à qui noua adraeeona noi plue staoères remerciement».
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du premier régiment dlnfanterie,ci-devant Colonel-général, en garnison en cette Ville, a décampé et dirigé sa fuite vers la Ville de Furnes.
Le sieur Théon, leur Lieutenant-Colonel et Comm andant le Régiment, étoit à leur tête. Cette fuite, sans éclat, eut l'air d'une promenade, à cause de la proximité des frontières ; elle ne fut sçue par le Maire de la Ville et le Colonel de la Garde Nationale, qu'à neuf heures du soir.
Tous les Soldats étoient rentrés ; personne ne manquoit aux Casernes.
Le Sr Théon et ses Officiers avoient enlevé la Cornetteblanche de l'Infanterie et les Drapeaux du Régiment, dont il ne restoit que les bâtons armés de leurs lances.
A deux heures du matin, M. François, Adjudant du Régiment, (bon Patriote) vint trouver le Colonel de la Garde Nationale, (M. Emmery) à qui il communiqua une lettre adressée à lui, François, Adjudant du Corps, pour être lue aux Sous-Officiers et Soldats du Régiment. Cène Lettre fit frémir d'horreur le Colonel, qui voyoit dans le Sr Théon un traître à la Patrie, cherchant à soulever ses Soldats, à les engager à le suivre sur les Terres de l'Empire, et qui avouoit avoir emporté la Cornette-blanche et les Drapeaux, pour forcer nos Frères d'Armes à s'y rallier.
Le Colonel conseilla à M. François d'aller sur-le-champ en faire part au Commandant de la Ville,- M. Boistel, et à M. Thiery, notre Maire, observant de la laisser à ce dernier en dépôt, pour la dénoncer à l'Assemblée Nationale.
A quatre heures du matin, le régiment eut connoissance de ce fatal événement ; la consternation régnoit sur tous
les visages : Pallarme fut générale, les Portes de la Ville restèrent fermées ; le Régiment prit les armes à cinq heures du matin, et nomma provisoirement ses Officiers pour Chefs; les Cocardes Nationales furent attachées aux bâtons des Drapeaux par les Soldats.
A six heures du matin, le Commandant 3e la Place se rendit sur la Plaine ; il chercha à calmer le Corps, mais inutilement.
Le Colonel de la Garde Nationale s'avança dans le cercle, et partageant la douleur de ces braves Soldats trompés, il leur dit :
« Amis et Frères, je viens, au nom du Corps que j'ai » l'honneur de commander, vous offrir des consolations, » et vous manifester tous les sentiments d'amitié et d'union » que vous nous connoissez. Si vous aviez des Chefs qui » vous trahissoient, il vous reste des Amis qui vous éclaire- » ront et qui sont jaloux de sceller avec vous, de leur sang, » le maintien de la Constitution, qu'on cherche à renver- » ser depuis l'évasion du roi et de la Famille Royale.
» Frères d'Armes, recevez avec le Serment que vous fait
» le Corps, de vous rester fidèle, ainsi qu'à la Nation, un
» des deux Drapeaux de la Garde Nationale de Dunkerque;
» il vous dédommagera, j'espère, et en attendant ceux que
» l'Assemblée Nationale vous décrétera, du vol insigne
» qu'on vous a fait, de ceux que jusqu'à présent vous avez
» si valeureusement défendus. »
Cette offre fut acceptée avec grandes acclamations de Vive la Nation et vive la Garde Nationale ; sur le champ deux Compagnies de Grenadiers furent détachées pour
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chercher le Drapeau ; le Colonel demanda place au milieu de ces braves Guerriers, et on le mit au premier rang ; le Drapeau fut remis à l'Adjudant et apporté au Régiment, qui le reçut rangé en bataille.
Ce spectacle imposant fut des plus attendrissant. L'Alliance, à jamais indissoluble, du premier Régiment de France avec la Garde Nationale, fit un effet superbe ; les Soldats et les Citoyens se mêlèrent, s'embrassèrent, et leurs larmes coulèrent de joie.
Le Drapeau National flottoit au milieu de ce Régiment» entre les bâtons de ceux qu'il venoit de perdre.
Depuis ce moment la joie est sans bornes et la tranquilité est assurée.
Tous les Postes viennent de se mêler ; les Troupes de Ligne et les Gardes Nationales se disputent le • glorieux avantage de défendre la Patrie en danger.
La nouvelle certaine de l'arrestation du Monarque ranime de plus en plus le courage de tous les Citoyens.
Le Conseil d'Administration arrête que le présent Procèsverbal, fait avec autant de précision qu'un moment d'orage peut le permettre, sera remis, sur le champ, à la Municipalité, pour qu'elle donne son adhésion à ce qu'a fait la Garde Nationale, qu'elle soit priée : i° de remplacer le Drapeau dont il en a été fait un si digne usage ; 2° qu'elle fasse part à l'Assemblée Nationale, séance tenante, de tout ce qui vient de se passer et énoncé dans le présent Procèsverbal.
Pour copie conforme :
(Signé) Emmery,
Colonel.
N. B. — Ce Procès-verbal, remis au Rédacteur de la Gazette du Département du Nord par M. Montdhiver, Lieutenant-Colonel de la Garde Nationale de Dunkerque, et Aide-de-Camp de M. de la Fayette, est distribué, aujourd'hui Dimanche, extraordinairement, sur la prière que» cet excellent Officier Patriote lui en a faite.
Extrait du c Supplément extraordinaire au N° 141 de la Gazette du Département du Nord. Lille, le dimanche 26 juin 1791. »
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Le Couvent des Bénédictines Anglaises
(deuxième article)
Dans un premier article sur le Couvent des Bénédictines Anglaises paru sous le numéro XI dans les Annales Dunkerquoises, nous avons relaté les destinations successives qu'eut cet immeuble. Nous devons à l'impartialité de notre récit de raconter tout au long les propositions que lit à la Ville, dès le 13 mai 1865, un philanthrope dunkerquois, M. A. Bray, pour créer dans ce local un asile ou mieux une maison de refuge pour les vieux marin* du Commerce. Après de longs pourparlers, cette proposition fut repoussée par le Conseil Municipal de Dunkerque en 1869 et M. Bray fonda une maison de retraite avec hôpital, école et église, dans une partie de Ghyvelde à laquelle on donna, plus tard et par reconnaissance, son nom : Bray-Dunes. Il ne nous appartient pas de prendre position en l'occurrence pour Tune ou l'autre des parties. Nous nous contenterons d'admirer le geste harmonieux et charitable de cet excellent homme de bien et de citer simplement les textes. Le lecteur sera seul juge du débat.
(1) Notre excellent ami M. Gheeraert, secrétaire-adjoint a la Mairie de Dankertpe, a bien voulu faire pour non» lu recherche de ces documenta ; nous lui air*»*»* * nouveau tous nos remerciements les plus sincèrement affectueux-
ANNALES DUNKERQÛOISES 143
Extrait du Procès-verbal de la séance du ij mai i86j
Maison de refuge pour les vieux marins du commerce. Proposition et dotation de M. Alphonse Bray. Commission. Remerciements.
Monsieur le Maire donne connaissance d'une lettre de M. Alphonse Bray, relative à la fondation d'une maison de refuge pour les vieux marins du commerce, œuvre pour laquelle il offre de doter la Ville d'une rente annuelle et perpétuelle de vingt mille francs. La proposition, prise en sérieuse considération, est renvoyée à la Commission déjà chargée d'aviser à la réalisation des améliorations que réclame l'hospice civil, laquelle Commission est composée de MM. Hamoir, Coquelin, Delaetre, Cuel et Bourdon, et le Conseil Municipal, après avoir voté des remerciements à M. Bray pour sa généreuse initiative, prie M. le Maire de lui en transmettre ^'expression.
Extrait du Procès-verbal de la séance du 9 juin i86j
Fondation d'une maison de refuge pour les vieux marins. Nouvelle lettre de M. Bray. Renvoi à la Commission.
Le Conseil Municipal renvoie à la Commission chargée, le 13 mai dernier, d'examiner la proposition de M. Alphonse Bray, relative à la fondation d'une maison de refuge pour les vieux marins du commerce de Dunkerque, une nouvelle lettre de ce concitoyen demandant que les bâtiments et le parc qui dépendent de la propriété acquise des héritiers de
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M. Benjamin Morel, soient destinés à la maison de refuge, et en même temps le Conseil Municipal pose à la Commission la question de savoir s'il ne conviendrait pas d'affecter, au contraire, les bâtiments au Musée Communal et de maintenir le parc à usage de promenade publique, pour s'occuper ensuite du projet présenté par M. le Maire, d'établir une grille en fer du côté de la rue de l'Abreuvoir.
- Extrait du 'Procès-verbal de la séance du jo juin i86j
Maison de refuge. Création. Proposition. Ajournement de la décision.
Le Conseil Municipal, vu l'importance de la proposition de M. Alphonse Bray pour la création d'une maison de refuge destinée aux vieux marins du commerce, renvoie la discussion de l'affaire jusqu'après l'installation du nouveau Conseil de la Commune.
Extrait du Procès-verbal de la séance du 8 septembre i86j
Offre de M. Bray. Décision. Proposition.
M. Malo exprime le vœu qu'il soit répondu à l'offre de M. Bray dans les douze jours au plus tard, mais le Conseil croit devoir se borner à inviter la Commission à donner à la question la solution la plus prompte possible.
ANNALES DtfNKERQUOlSES 145
Extrait du Procès-verbal de la séance du 10 février 1866
Maison de refuge pour les vieux marins du Commerce. Proposition de M. Alphonse Bray. Rapport et délibération.
M. Hamoir s'exprime ainsi :
« Messieurs, dans la séance du 13 mai dernier, M. le Maire donnait au Conseil Municipal communication d'une lettre que M. Alphonse Bray lui avait adressée à la date du 18 mars précédent, pour lui faire connaître son intention de fonder une maison de refuge pour les vieux marins du commerce, et dans laquelle, après avoir développé quelquesunes des considérations qui avaient fait naître en lui cette pensée, il ajoutait que si la Ville, par l'allocation d'un emplacement convenable, ou par une subvention quelconque, croyait pouvoir l'aider dans l'exécution de sa volonté, il la doterait d'une rente annuelle et perpétuelle de vingt mille francs pour subvenir à l'entretien de cette fondation.
« Le Conseil accueillit cette proposition avec un vif sentiment de reconnaissance, pria M. le Maire d'être son interprète auprès de M. Alphonse Bray, et de lui exprimer toute sa gratitude pour cette grande et généreuse pensée. Une Commission fut chargée immédiatement de s'occuper des moyens de réaliser cette création.
« Cette Commission s'empressa de rechercher quel pourrait être l'emplacement le plus convenable à offrir au donateur, et, croyant qu'il serait important de placer l'établissement dans le voisinage du Port, elle jeta les yeux sur le Parc de la Niarine, persuadée que l'Etat serait disposé à favoriser une
Mémoira * la Société DunkerquoUt — 1908 10
146 DOCTEUR G. DURIAIJ
semblable fondation. Après s'être mise d'accord sur ce point avec l'Administration provisoire qui venait de succéder à M. Mollet, elle la pria de solliciter de M. le Ministre de la Marine la concession d'une portion de terrain prise dans le parc, pour y* installer le nouvel établissement.
« Pendant que la Commission s'occupait de ces<lémarches, M. Alphonse Bray, qui, probablement en avait eu connaissance, écrivit une nouvelle lettre, à la date du 8 juin, et, modifiant les conditions de celle du 18 mars, dans laquelle il se bornait à demander un établissement convenable ou une subvention quelconque, il réclama, pour y installer rétablissement de refuge, la maison de feu M. B. Morel avec toutes ses dépendances.
« N'ignorant pas que des élections prochaines allaient renouveler le mandat des Conseillers Municipaux, dont le nombre se trouvait d'ailleurs notablement réduit par suite de décès, démissions ou autres causes, la Commission avait jugé qu'il était autant dans ses devoirs que dans les convenances de ne point provoquer une solution immédiate qui aurait pu ne pas concorder en tous points avec les idées du nouveau Conseil, auquel incomberait la charge de pourvoir aux moyens d'exécution. Elle croyait devoir se bornera étudier la question et à léguer son travail à ses successeurs; mais, après avoir pris connaissance de la lettre du 8 juin et d'une autre en date du 17 du même mois, réclamant instamment une réponse, elle allait en référer au Conseu lorsque le jour même où il devait se réunir, parvînt le décret qui dissolvait les Conseils Municipaux et ne lui permettait plus de résoudre une affaire aussi importante.
« Les élections et la reconstitution de l'Administration absorbèrent un laps de temps assez long et s'opposèrent i
la reprise immédiate de l'examen de la proposition de M. Alphonse Bray. La nouvelle Commission reçut le mandat, comme celle qui l'avait précédée, de s'occuper en même temps'd'une autre question qui s'y rattache immédiatement, c'est l'extension de l'hospice civil actuel, sa translation dans un autre endroit ou la création d'un second établissement* hospitalier pour parer à l'insuffisance des bâtiments actuels.
« Une liaison intime unit en effet les deux affaires; chacune d'elles doit immobiliser un capital considérable, et il convient autant que possible de faire une juste répartition et un emploi fructueux des sommes que les revenus et le crédit de la Ville lui permettent d'appliquer au développement des établissements de bienfaisance. Un particulier est maître de ses libéralités, il ne doit compte à personne de ses largesses ; il peut, en telles conditions -que bon lui semble, avantager une classe de la population, mais une ville ne peut agir de même, elle représente des intérêts collectifs, elle a des droits à respecter, des devoirs à i emplir, et en bonne mère, elle doit une égale protection à tous ses enfants malheureux, elle doit une égale répartition de ses bienfaits. En cherchant à faire le plus de bien possible avec des ressources presque toujours inférieures aux besoins des infortunes qui réclament son appui, elle ne peut assurer aux uns du superflu, lorsque les autres manquent du strict nécessaire.
« C'est sous l'empire de ces considérations que votre Commission s'est livrée à l'étude des moyens propres à donner satisfaction à tous les intérêts confiés à ses soins. Après s'être longuement occupée dans plusieurs réunions, des ressources de la Ville et des dispositions les plus convenables pour arriver à en faire un emploi intelligent et une application impartiale, elle a bientôt apprécié que les conditions
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et les termes dans lesquels étaient formulée la proposition de M. Alphonse Bray, la jetaient en dehors de la voie qui lui était tracée et des principes dont elle avait à faire l'application. Elle crut devoir lui demander une entrevue afin d'examiner avec lui les détails de sa proposition assez incomplètement définie en plusieurs points et de lui présenter des observations sur les conséquences de ia nouvelle fondation telle qu'il la concevait. Elle se rendit chez lui le 27 octobre, lui exprima de nouveau toute la reconnaissance du Conseil pour son idée généreuse, et, dans une* longue conférence, lui soumit ses préoccupations, ses scrupules, le résultat de sls études et les moyens qui lui semblaient de nature à assurer un soulagement plus efficace de toutes les misères à secourir. Elle exposa les devoirs de la Ville envers les malheureux, l'impartialité qui doit présider à la répartition des deniers publics appliqués aux œuvres de bienfaisance, et chercha à lui faire comprendre que le changement et l'extension apportés à sa première demande, tendaient à entraîner la Ville à favoriser beaucoup trop une classe de la population au détriment d'autres bien plus nombreuses et qui ne sont pas moins dignes de ses libéralités.
« M. Alphonse Bray tient à ce que les marins admis dans la nouvelle maison de refuge y soient traités dune manière toute spéciale et beaucoup plus largement que les pensionnaires de l'hospice civil actuel. Dans sa pensée, leur entretien devrait coûter annuellement de 4 à 500 francs par individu ; en déduisant du chirïre de la donation les frais de l'Administration et du personnel nécessaires pour le service de l'établissement, qu'on ne peut évaluer à moins de cinq mille francs par an, il resterait quinze mille francs pour la dépense des pensionnaires, et, en se basant sur le chiffre minimum
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de 400 francs conforme au désir du donateur, on arriverait à pouvoir entretenir de 35 à 40 marins. La propriété de feu M. B. Morel, achetée il y a quelques années par la Ville pour une somme de deux cent mille francs, a pris depuis lors une plus grande valeur par suite de l'augmentation apportée aux propriétés par le développement de l'industrie ; un rapport de l'architecte de la Ville établit en outre que la maison n'ayant pas été édifiée pour la destination qu'on voudrait lui donner, son intérieur devrait être presque entièrement reconstruit, et qu'il y aurait nécessité d'additions notables pour satisfaire aux besoins du service et aux prescriptions de l'Administration supérieure en matière d'hospices. La# valeur de la propriété et les. dépendes auxquelles serait entraînée la Ville pour la reconstruction, l'achat du mobilier et les frais d'installation, dépasseraient certainement de beaucoup trois cent miiie francs, mais même en s'arrêtant à cette estimation, on aurait encore pour une population de 35 à 40 matins, un prix de revient d'environ 8.000 francs par lit, chiffre trois fois plus élevé que celui sur lequel on se base habituellement dans la construction des hospices. L'ensemble du capital représenté par la rente, l'immeuble et le mobilier serait donc d'environ sep: cent cinquante mille francs, et n'arriver avec cela qu'à entretenir un aussi petit nombre de personnes, ne paraît pas être ce que Ton peut appeler de la bienfaisance bien entend je. Une belle œuvre a-t-elie besoin d'une auréole coûteuse et improductive ? M. Alphonse Bray pense, il est vrai, que de nouveaux dons viendront sans nul doute accroître la dotation primitive et que rétablissement ne paraîtra plus alors trop vaste et disproportionné avec le nombre des pensionnaires. On doit désirer vivement que cet espoir se réalise, mais en voyant ce qui se passe à cet
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égard pour nos établisse ments actuels de bienfaisance, si peu favorisés sous ce rapport, on peut craindre que l'attente ne soit bien longue.
« Du reste, là encore se présente une nouvelle objection, car dans ce cas M. Alphonse Bray entendrait faire participer au bénéfice de l'institution, la population maritime du quartier de Dunkerque, et on est en droit*de se demander si la Ville n'ayant déjà que des ressources insuffisantes pour subvenir aux infortunes locales, peut en distraire une partie en faveur d'une population étrangère qui n'a rien supporté de ses charges. En outre, lorsque nos établissements de bienfaisance, dans la distribution de leurs secours, ne font aucune distinction de sexe ni d'âge, pourrait-on -accorder une si large subvention à une institution qui laisse en dehors les femmes, les enfants, les veuves et les orphelins dont le sort n'est pas moins digne d'intérêt que celui des marins. Tandis que les maris, les pères, seraient dans une abondance relative, faudrait-il que les familles, privées de leur soutien naturel, fussent réduites advenir mendier à leur porte quelques restes de leur superflu ? Peut-on supposer d'ailleurs que ceux-là mômes qui seraient les plus dignes du bienfait, foulant aux pieds tout sentiment d'affection consentiraient à renier tous les leurs, à renoncer au bonheur du foyer commun pour aller jouir seuls de ce bien-être et de cette hospitalité égoïstes ? Non, ce serait méconnaître nos marins, ce serait admettre une distinction et un partage qui froissent et blessent le cœur, aussi votre Commission soumit-elle à M. Alphonse Bray une idée p'us simple, plus pratique et plus équitable. Elle consistait à constituer une dotation portant son nom, pouvant parfaitement perpétuer le souvenir du donateur, que la Ville viendrait accroître par une allocation
annuelle, et eu: s^rx: r^purù-e rcr les sclrs i*uue Commission Acmi-isr-iù-r* c-rrc "^< mc~r>. lis veuves e: I<e$ orphelirs rrcpcrûcur.; = ~ît: i Iîu-s be*;:r> et eu c:o;::« variables su.ti-: L'ic*. -is :-- — 1res ou les c^i-çe* de farmi e *ic"> rc""";uc '""e^- !?*"*> ce *** <" "~~i "*'" *"M.~~v:* *,»'>^*^ plus raûcunrl, 7c In: ce ci; :jl. imuc:* i<e eu cemtrucùons dispendieuses, -iru :*\r>: cbsc-be en :ru:s ce rc*sorrc\ aucune partie r/es: c>:rci:e ce <a co>r:r. rîor cr tl;cx-:Ya:$% tout es: reparu entre les cyc :*cro:r, les lu::s ce :am;tlc tendent à se resserrer au lieu ce se b-iser. et on ne voit pas cette irrégulj'irê regrettable eu: impose la misère A la îemme et aux ecïams alors eue le cher" ce :amil!e e>: a l\ibrt de tout besoin. Quir.re mille rancs. re;\r:is elwcue année à domicile, procuraient pics de bien réel qne la fondation telle quelle vocs es: proposée, e: si la Ville croyait pouvoir faire un avantage spécial aussi ^rartd à la classe maritime» il lui suffirait, sans le concours d'aucun donateur, d\v consacrer sur son budget annuel une allocation é^ale au rc\cnu du capital qu'on lui demande.
« Sans faire connaître ses motifs, M. Alphonse Riay a repoussé ce système auquel votre Commission désirerait» au contraire, voir donner la plus grande extension possible dans les institutions de bienfaisance, et qu'elle préconisait avant de connaître ce qui se passait alors en Angleterre dans l'hospice de Greenwich, où la logique des laits lui donnait une sanction que rien ne peut détruire.
« Repoussée sur ce point, et bien qu'elle considérAt la fondation projetée comme conçue dans un outre d'ulées qu'elle regrettait de devoir admettre, la Commission proposa, sauf votre assentiment, un emplacement que la Ville tenterait d'obtenir dans le Parc de la Marine, l'ancien
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couvent des Pénitentes ou la place Calonne, plus une somme de cent mille francs, à charge par le donateur d'installer lui-même la maison de refuge dans les conditions qui lui conviendraient.
« Cette offre fut rejetée.
« La Commission lui dit enfin que s'il y accédait, elle demanderait au Conseil de prendre au compte de la Ville les frais des constructions à ériger sur l'un des trois emplacements plus haut désignés. Mais là encore, elle échoua, M. Alphonse Bray se renferma d'une manière absolue dans les termes de sa dernière demande ; il \eut la maison de feu M. B. Morel dont l'entretien matériel resterait en outre tout entier à la charge de la Ville.
« Vainement nous avons espéré que M. Alphonse Bray, après avoir pesé les objections qui lui avaient été présentées, rentrerait au moins dans les termes de sa première demande, tiendrait compte des observations qui lui avaient été soumises, et comprendrait que s'il lui est loisible de constituer seul une fondation dans des conditions qui lui agréent, il ne peut plus en être de même lorsqu'il demande pour cela un large concours ; car alors l'œuvre ne lui est plus personnelle, elle devient une œuvre commune et la Ville, en répondant à son appel,doit tenir compte des devoirs que sa position lui impose ; en se montrant heureuse de contribuer à l'amélioration du sort d'une partie de ses enfants, elle ne peut oublier la protection qu'elle doit à tous les autres.
« Les dernières publications de M . Alphonse Bray semblent dénoter que sa détermination n'a pas varié, qu'il persiste dans sa demande et continue à repousser des modifications qui, en rendant son idée moins absolue, moins exclusive, amèneraient une répartition plus juste et plus profitable des
secours, et permettraient un concours plus excusable et plus facile.
« Il ne restait donc à votre Commission qu'à vous rendre compte du travail que vous lui avez confié et à vous faire connaître les motifs qui l'avaient dirigée dans les offres qu'elle a faites et les scrupules légitimes qui l'ont empêchée de croire que vous pouviez accueillir sans changement la proposition qui vous était soumise. Qu'arriverait-il, en effet, si qudque citoyen généreux venait bientôt vous demander un semblable concours pour une fondation en faveur d'une autre catégorie d'infortune, pourriez-vous le refuser ? Ne seriez-vous pas, en souscrivant, entraînés à appliquer successivement toutes vos ressources à quelques classes ainsi privilégiées, et à laisser dans un dénuement. complet celles qui n'auraient point trouvé un généreux protecteur ? Pourriez-vous détourner au profit de quelques-uns une aussi forte portion des impôts prélevés sur tous les habitants de la ville ? Serait-il juste qu'une grande partie de la population ouvrière qui tend à s'accroître de jour en jour dans des proportions considérables, vînt contribuer à doter libéralement une institution à laquelle elle n'aurait aucun droit, alors que les établissements qui lui sont ouverts se trouvent depuis longtemps déjà insuffisants pour ses besoins ? Avezvous le droit de percevoir sur elle un tribut destiné au soulagement d'une population étrangère à la ville, qui coopère, il est vrai, à la prospérité de son commerce, mais qui, après avoir trouvé elle-même dans cette prospérité une juste rémunération de son travail, va, sans supporter aucune des charges locales, porter ailleurs le fruit de ses labeurs ? Pouvez-vous consacrer à quelques-uns un vaste terrain lorsque, dans votre hospice actuel, une population
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dix fois plus nombreuse est resserrée dans un local trois fois plus petit, et que depuis longtemps vous cherchez vainement à lui procurer un peu plus d'air et d'espace ? Puis encore, quand partout on s'ingénie à créer des promenades plantées qui purifient l'air des grandes villes et dans lesquelles les vieillards, les malades, les enfants, vont chercher un peu de soleil en hiver, un peu d'ombre en été, faudraitil enlever à toute une population, à trente mille âmes pour le donner à 35 ou 40 personnes, le seul jardin public appartenant à la Ville, et favorisé d'une végétation exceptionnelle trop rare sur les sables de notre plage que 50 ans d'attente ne vous donneraient peut-être en nul autre endroit ? Avant de terminer, il est encore une objection soulevée par les légistes, à laquelle nous ne nous sommes point arrêtés, mais qu'il est cependant de notre devoir de vous faire connaître malgré son peu d'importance à nos yeux, c'est qu'aux termes df la loi, la donation pourrait éventuellement devenir révocable.
a Tel est le résumé des considérations qui ont guidé votre Commission dans ses démarches, et qui n'ont pu jusqu'à présent amener aucune modification dans les idées de M. Alphonse Bray, resté absolu dans ses conditions et dans sa demande. C'est à vous de les peser et de les méditer à votre tour et de juger si vos convictions vous permettent de dépasser les limites que nous ne nous sommes pas crus en droit de franchir ».
Après la lecture du rapport qui précède et discussion» M. le Maire met aux voix la question de savoir si le Conseil entend souscrire à la demande faite par M. Alphonse Bray d'affecter à l'œuvre qu'il offre de fonder pour les marins, la propriété acquise des héritiers de feu M. Benjamin Morel,
les dépenses de reconstruction, Tachât du mobilier et les irais d'installation restant de plus à la charge de la Ville.
Le Conseil, à l'unanimité moins une voix, déclare ne pouvoir accueillir cette demande, mais donne mandat à la Commission de faire, de Concert avec l'Administration municipale, de nouvelles démarches auprès de M. Alphonse Bray pour tâcher de faire aboutir sa proposition par une autre combinaison.
Extrait du Procès-verbal de la séance du 14 mars 1866
Maison de refuge pour les vieux marins du commerce. Proposition de M. Alphonse Bray. Communication.
Monsieur le Maire donne lecture d'une lettre qu'il a écrite à M. Alphonse Bray le 19 février dernier, et de la réponse qu'il a reçue à cette lettre le 2 1 du même mois :
Lettre :
Monsieur, j'ai l'honneur de vous adresser ci-joint une copie de la délibération en date du 10 février courant, par laquelle le Conseil municipal a déclaré ne pouvoir accueillir votre demande d'affecter à l'œuvre que vous offrez de fonder pour les marins, la propriété acquise des héritiers de M. Benjamin Morel, les dépenses de construction, l'achat du mobilier et les frais d'installation restant de plus à la charge de la Ville, mais en même temps le Conseil a donné mandat à la Commission de faire, de concert avec l'Administration Municipale, de nouvelles démarches auprès de vous pour tâcher de faire aboutir votre proposition par une Autre combinaison,
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En conséquence je vous prie de me dire, Monsieur, si, pour donner suite à votre proposition du 18 mars dernier, vous êtes disposé à conférer avec la Commission Municipale sur les voies et moyens à prendre pour en remplir l'objet dans des conditions conciliables avec les ressources de la Ville et leur juste répartition entre tous ceux qui ont besoin d'être secourus.
Agréez, Monsieur, etc.
Réponse :
Monsieur, j'ai reçu le 19 de ce moisia copie du rapport et de la délibération du 10 février 1866, par laquelle le Conseil Municipal a déclaré ne pouvoir accueillir ma demande d'affecter à l'œuvre que j'offre à la Ville de fonder pour les vieux marins incapables de subvenir par le travail à leurs besoins, et qui sont à la charge de leur famille, la propriété acquise aux héritiers de feu M. Benjamin Morel. Cette propriété étant, selon moi, très onéreuse aux intérêts de la ville de Dunkerque, et ayant depuis son acquisition jusqu'à ce jour, été improductrice, elle me semble être, tant pour le présent que pour l'avenir, le seul local qui puisse offrir à réunir toutes les ressources qu'exige une institution du genre de ce que je désire créer.
Je serais toujours très honoré de recevoir MM. les Membres de la Commission qui ont été chargés d'étudier cette question, mais je suis forcé de vous avouer que la présence de ces MM. n'aura aucune influence à me faire changer de résolution, et à faire abandonner la demande que je vous ai faite, mes idées étant restées les mêmes.
J'ai lu très attentivement la copie du rapport relatif à la proposition que je vous ai faite pour les vieux marins. Je
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suis obligé de vous observer, Monsieur le Maire, que dans différents passages de ce rapport, la personne qui en a été chargée s'étant laissé entraîner par son imagination, est tombée parfois dans une fiction complète en dénaturant des conséquences tout à fait erronées.
Veuillez agréer, Monsieur le Maire, etc.
La communication qui précède étant faite, le Conseil Municipal décide qu'il n'y a pas lieu de faire de nouvelles démarches auprès de M. Bray, et dit que dès lors le mandat de la Commission est accompli.