CONSEIL MUNICIPAL DE DUNKERQUE
Séance Extraordinaire du 8 octobre 1869
Offre de M. Alphonse Bray en faveur des vieux marins Dunkerquois. Rapport et délibération.
M. Gaspard Malo fait le rapport suivant :
Messieurs,
« La noble et généreuse proposition faite par notre concitoyen M. Alphonse Bray a déjà été soumise à vos délibérations, il serait superflu de remettre sous les yeux du Conseil les conditions qu'elle imposait à la Ville.
« Les avis et les diverses négociations auxquels elle a donné lieu pendant une période de cinq années, attestent les difficultés que présentait la solution d'une question délicate
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entre toutes, et dont la plus simple expression peut se résumer ainsi :
« L'Administration d'une ville peut-elle se croire autorisée à encourager ou accepter au prix d'un sacrifice qu'elle s'imposerait elle-même, les faveurs que des particuliers seraient disposés à accorder à telle ou telle classe de la population, en pouvant les étendre à toutes les classes à la fois ? Ou bien doit-elle se renfermer dans une impartialité absolue, et arrêter ainsi toutes les libéralités qui, à tort ou à raison, ne voudraient se produire qu'avec la participation de la Ville.
a La première question est posée, et la Commission qui nous a précédés a voulu la résoudre dans un sens favorable (nous l'en félicitons) puisqu'elle s'est immédiatement occupée de trouver un local et qu'elle a même présenté diverses propositions qu'elle espérait voir accepter.
« La seconde question, et la plus importante, est celle-ci :
« L'intervention de la Ville ayant été décidée, dans quelle proportion cette intervention devait-elle se produire ? En d'autres termes, quelle serait la limite du sacrifice qu'elle 'devait s'imposer.
« Cette deuxième question n'est pas aussi facile à résoudre que la première, quoique en étant la conséquence obligée, elle est pleine de difficultés, là commencent les doutes.
« Les esprits sages et réfléchis veulent rester en deçà des limites, d'autres plus hardis et qui ne se souviennent peutêtre pas assez qu'ils sont les mandataires de la population entière, voudraient aller au delà.
« Votre Commission, assemblée à plusieurs reprises, après avoir mûrement pesé ces diverses considérations, est
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parvenue, non sans peine, à réunir les diverses opinions en un sentiment unanime pour exprimer à Monsieur Bray qui a fait l'offre la plus libérale qui ait jamais eu lieu à Dunkerque, son profond regret de ne pouvoir le suivre aussi loin qu'elle le désirerait, sur le terrain de la bienfaisance, en aliénant au profit des vieux marins un immeuble qui représente une valeur de deux cent mille francs, sans compter cent mille francs pour frais d'appropriation.
«t M. Alphonse Bray de son côté, ayant déclaré d'une manière formelle et à plusieurs reprises que c'était son dernier mot, et qu'il retirerait sa proposition si on ne lui accordait pas la maison Morel, appropriée pour recevoir les vieux marins, ses protégés, votre Commission, malgré le vit désir d'être utile à une classe d'hommes qui de temps immémorial a donné son sang pour la patrie, et a déversé sur notre Cité une gloire ineffaçable, malgré aussi sa sympathie et son admiration pour notre concitoyen M. Bray, votre Commission, craignant d'outrepasser ses pouvoirs en invitant le Conseil Municipal à faire le sacrifice demandé, est d'avis, que puisque l'auteur de la proposition ne peut se départir des conditions qu'il a posées, la. Ville, de son côté, ne saurait aller au delà^e celles qu'elle avait antérieurement formulées.
« Votre Commission aurait émis le vœu, et aurait cru de son devoir, de tenter un dernier effort auprès de M. Bray, pour l'engager à changer ses dispositions, et rechercher avec la Ville le moyen d'arriver à une solution d'autant plus désirable que celle-ci se montrait de son côté disposée à participer dans la mesure de ses moyens à cette magnifique œuvre de bienfaisance ; mais la dernière lettre de M. Bray, en date du 17 août dernier, ne laisse aucun espoir de conci-
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liation, et votre Commission -invite le Conseil à faire cesser une indécision préjudiciable à tous les intérêts, en prévenant M. Bray que la Ville n'est pas en position d'accepter sa proposition à cause des charges qui, pour elle, en seraient la conséquence».
Après la lecture du rapport qui précède, M. Hamoir appuie les conclusions de la Commission en faisant remarquer que, en dehors des conditions financières, M. Bray impose la surveillance et le contrôle perpétuels de la Marine, et que cette obligation est inacceptable pour la Ville.
Puis, M. le Maire lit la lettre datée du 17 août dernier et citée dans le rapport, par laquelle M. Bray insiste pour obtenir la cession par la Ville de la maison de la rue de Nieuport en faveur des vieux marins dunkerquois, et décline toute proposition de conférence avec la Commission, à moins que le Conseil n'admette en principe les conditions posées dans le icr, le 12e, le 15e et le 16e paragraphe de sa lettre du 17 mai précédent, conditions dont il est également donné connaissance.
Enfin les conclusions du rapport étant mises aux voix, le Conseil déclare les adopter à l'unanimité des Membres, moins MM. Louis Lefebvre et Ernest Didier, qui s'abstiennent.
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Hôtel de Ville & Annexes
L'Hôtel de Ville a été construit en 1233, alors que la ville avait pour seigneur Godefroy de Condé et de Fontaine, évêque de Cambrai, qui ne devait la garder que durant sa vie, pour être restituée aux Com les dé Flandre.
En 1558, les Français qui venaient de prendre la ville, alors sous la domination espagnole, n'ayant pu s'y maintenir, le Maréchal de Termes y lit mettre le feu pour achever de détruire ce qui avait échappé à la rage de ses soldats. L'Hôtel de Ville fut complètement détruit. En 1562, un nouvel et fort bel édifice fut construit dans le ménfle emplacement, mais en 1642 il fut dévoré par un incendie. En 1644 il fut réédifié aux frais de la Ville, qui y dépensa 58.676 livres tournois, tel qu'on le voit aujourd'hui, sauf l'adjonction de l'avant-corps bâti en 181 1 .dont la dépense s'est élevée à 27.035 francs'1'.
Elevé à une époque où la population était de onze mille âmes, il est insufïisanl de nos jours dans une ville qui compte le triple d'habitants. On ne saurait dire que le bâtiment nommé la Conciergerie a paré à cette insufïisanee
(1) Cet Hôtel de Ville a été démoli au commencement de l'année 1800. date à laquelle a commencé la reconstruction du nouveau bâtiment dont il a été prU possession en 1901.
Pendant la construction, les services île la Mairie étaient centralisés dans une des dépendances de l'ancien bâtiment i-t dans des maisons expropriées se trouvant, devant l'Hôtel de Ville et qui n'ont été démolies qu'en 1900.
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parce que les besoins du Service Communal ont augmenté d'une manière sensible depuis le commencement du XIXe siècle.
L'Hôtel de Ville, mal distribué, ne présente que des parties incohérentes. Son état de vétusté fait chaque année des progrès tels, qu'il faudra nécessairement le reconstruire dans un avenir peu éloigné, en y consacrant une somme considérable en raison de l'achat des maisons utiles à son agrandissement, car la superficie totale, y compris l'ancienne maison d'arrêt, n'est que de 1. 652*90.
Il existait au côté nord de l'Hôtel de Ville, face à la rue de l'Eglise, un bâtiment à usage de prison appartenant à l'Etat ; il tenait à un autre bâtiment, nommé la Conciergerie,donl la Ville était propriétaire. En 1711, le Magistrat ayant conçu le projet d'agrandir et de reconstruire ce bâtiment dans l'état où il se trouve de nos jours, on commença par acheter moyennant 3.300 livres tournois une maison sise au côté sud et en 1713, on fit l'acquisition de la propriété à usage de prison qui fut payée 2.100 livres. Une partie de la nouvelle Conciergerie fut commencée,, mais ce ne fut qu'en 1778 que l'aile gauche fut construite. Une somme de 25.546 livres y fut dépensée. Sans utilité pour le service, la nouvelle Conciergerie fut louée 1.930 livres pour servir d'auberge, occupée par un sieur Sergent. Cette location eut lieu jusqu'en 1791, époque où elle fut interposée dans l'Hôtel de Ville.
L'ancienne prison qui fait corps avec la maison commune a été construite en 1754, aux frais de la Ville, qui a dépensé à cet effet 83.309 livres, plus le prix d'achat des deux maisons sur l'emplacement desquelles on a construit le bâtiment.
Le Département, ayant fait ériger une maison d'arrêt en 1833, la Ville eut dès lors la disposition de ce bâti-
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ment. Il a été occupé par le corps de musique, puis par des classes de garçons, plus tard par des classes de filles, en 1860 par l'école de dessin.
Le campanile de la tourelle a été démoli en 1837 pour cause de vétusté. Une cloche y était placée et le Magistrat s'en servait pour appeler les habitants lorsqu'il avait une communication à leur faire.
Le nouvel Hôtel de Ville construit sur l'emplacement de l'ancien, d'après les plans de l'architecte Cordonnier, a été inauguré le 17 septembre 1901 par le Président de la République M. Loabet, venu pour recevoir le Tsar à Dunkerque. Les travaux de . démolition de l'ancien Hôtel de Ville ont commencé en 1895.
Le montant dei sommes payées de 1896 à 1907 pour la démolition de l'ancien Hôtel do Ville, les frais d'étnde, la reconstruction de l'édifice et l'aménagement, ainsi qui les dirersee expropriations, s'est éleré an total à 2.577.325 fr. 65.
Dans cette somme sont compris les frais d'acquisition de la maison Beok, Quai des Hollandais, n« 60, pour une somme de 339.769 fr. 9«.