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LE LAIT HOMICIDE

par M. BOUTARIC,

Vétérinaire* Départemental -adjoint, Membre Titulaire résidant.

Parmi les nombreuses maladies contagieuses qui nous menacent tous les jours il en est une, la Tuberculose, qui, bien que connue du grand public et ne provoquant pas chez lui l'effroi qu'entrainc l'apparition des autres maladies cpidémiques,n'en constitue pas moins un fléau redoutable. De plus en plus répandue, elle suffît à elle seule à faire autant de victimes que les autres affrétions contagieuses réunies, et, sans vouloir nous attarder à dénombrer ses méfaits trop bien connus, nous ne pouvons nous dispenser de signaler en passant le total effrayant de ses victimes atteignant pour les agglomérations importantes de notre pays un quart de la mortalité et pour l'Europe le chiffre énorme d'un million d'individus.

La Tuberculose n'est pas spéciale à l'espèce humaine, elle exerce aussi ses ravages sur nos animaux domestiques et parmi eux la race bovine lui paye annuellement un lourd tribut. Mais qu'il soit d'origine humaine ou animale, le bacille de la Tuberculose reste identique à lui-même sans modifications sensibles de ses propriétés

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et, par le caractère contagieux de la maladie, peut passer, sans rien perdre de sa vitalité et de sa "virulence, de l'organisme animal à l'organisme humain.

La conséquence immédiate de cette particularité fait que la Tuberculose bovine- est un danger redoutable pour l'homme et qu'elle doit être considérée comme un facteur très important dans la propagation de celte affection.

En dépit de l'opinion émise par Kock au Congrès de Londres, l'unicité des deux 4uberculoscs est aujourd'hui devenue un fait indiscutable. Les nombreuses expériences de Chauveau, Villemin, Hollinger, Dobrokowsky ont, en effet, permis de conclure d'une manière certaine à l'infection de l'homme par l'espèce bovine. Il en découle naturellement que les efforts doivent tendre à supprimer celle contagion possible, facilitée d'autant par l'utilisation journalière du lait que nous lui demandons.

Le lait, liquide organique et vivant, produit par les glaudes mammaires, est un aliment de premier ordre de par ses propriétés biologiques. Aux éléments complexes qu'il contient à l'état pur et normal (ferments divers, caséine, matières grasses, lactose, principes minéraux). viennent s'ajouter au hasard des conditions pathologiques des animaux qui le produisent, de leur nourriture et des soins de propreté apportés dans la traite, des éléments étrangers comprenant des toxines, des microbes saprophytes et des microbes pathogènes.

Parmi ces derniers le bacille de la Tuberculose est à coup sur le plus dangereux car il peut être fourni |>ar des animaux ayant extérieurement les apparences de la santé et qui, sous la sécurité trompeuse de cet étal, polluent de germes de mort l'ai i ment qu'ils nous donnent.

LA* PROPAGATION OK LA TUHKUCL'LOSI-: 2f).'5

L'histoire do la Tuberculose fourmille d'ailleurs d'exemples montrant l'espèce humaine victime de la contagion par ingestion de lait provenant de vaches tuberculeuses. Prenons au hasard.

C'est le docteur Gosse qui cite dans le journal de Genève (octobre 189«J) le cas de sa propre fille qui, arrivée à Fàge de 17 ans sans jamais avoir présenté le moindre signe qui pût faire soupçonner l'existence de la maladie, meurt en quelques mois d'une tuberculose intestinale et mésenlérique constatée à 'l'autopsie. La localisation abdominale de l'aiîeclion fait songer a son origine alimentaire, et l'on apprend que la malheureuse jeune fille avait l'habitude de boire au sortir de la mamelle, le lait provenant des vaches constituant le troupeau du doinaine paternel. Soumises à l'épreuve de la Tuberculine, quatre -d'entre elles sur cinq furent reconnues tuberculeuses.

C'est encore le docteur Brouardel qui signale l'infection tuberculeuse sur cinq jeunes filles d'un pensionnat de quatorze élèves buvant le lait provenant d'une vache tuberculeuse.

C'est enfin le docteur Spillman, de Nancy, qui constate avec nombre de médecins que dans certaines régions (Hautes- Vosges, Vorarlberg, Tyrol) la tuberculose de l'homme est étroitement liée à l'infection tuberculeuse de l'espèce bovine (Huré, thèse 1906).

D'après les recherches de Haug, de Copenhague, on admettait volontiers que le lait des vaches tuberculeuses ne contient de baciles et n'est dangereux que dans le cas où la mamelle est le siège de lésions tuberculeuses. Dans ces conditions, le danger aurait été relativement limité, c :r il est quelquefois facile de percevoir les dites lésions. Mais il n'en est malheureusement point ainsi et les

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expériences récentes d'Ernsl ont prouvé que cette condition n'est pas indispensable. Examinant au microscope le lait de 36 vaches atteintes de tuberculose et dont aucune n'avait la moindre trace de lésions aux mamelles, il constata la présence de bacilles dans le lait de 10 de ces vaches, soit une proportion de 27 °/0 des animaux tuberculeux. Mêmes constatations par Mohler, Robinovitch, Gerhman, Moussu. Sur 56 vaches reconnues tuberculeuses grâce à l'injection de tuherculine, et sans qu'aucune d'entre elles ne présente des lésions aux mamelles, Mohler trouve que 13 animaux fournissent un lait virulent.

Donc le danger de la transmission de la tuberculose bovine à l'homme par le lait est indéniable. Et ce danger s'augmente encore de ce que le lait forme, le plus souvent, la nourriture presque exclusive des enfants, des malades et des vieillards, dont les organismes trop jeunes, délabrés ou débilités constituent, par l'absence de résistance organique, des terrains admirablement préparés pour la réceptivité tuberculeuse.

Faut-il signaler encore les statistiques des auteurs anglais pour montrer la part qui revient à la tuberculose dans la mortalité infantile? Alors que, d'après eux et depuis 1850,la mortalité générale par phthisie a diminué de 45 °/o par suite des mesures d'assainissement qui ont été prises, la mortalité par tuberculose abdominale de* enfants Agés de moins d'un an a augmenté, depuis la même date, de 27 °/0. Et c'est pourquoi Thorne-Thonul n'hésite pas à déclarer, d'accord avec tous ceux qui ont traité de la question du lait, que celte progression de la mortalité infantile pour cause de tuberculose est due à l'absence de toute surveillance des laiteries et de toute mesure interdisant l'usage du lait des vaches tuberculeuses.

Î,A PROPAGATION DE LA TUBRRCULOSK 25i)

bevanl tous ces résultais publiés, indiquant la part tjiii revient au lait provouant d'animaux tuberculeux dans révolution de la tuberculose humaine, nous avons pensé qu'il serait peut-être intéressant de rechercher, dans le rayon restreint de notre agglomération urbaine et suburbaine, la proportion des animaux tuberculeux parmi les bovins produisant notre lait de consommation.

Cette recherche partant de l'année 1905 à août 1908 nous a amené à des constatations réellement alarmantes, auxquelles nous étions loin de nous attendre et consignées dans le tableau statistique ci-après:

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