BOUTARIC
maux qui les subissent, s'ajoutent subsidai renient au péril tuberculeux et nécessitent,elles aussi, rétablissement d'un contrôle sérieux qui serait assuré par le personnel du laboratoire de recherches.
L'intervention des agents de ce personnel ne se bornerait d'ailleurs pas uniquement à la recherche des animaux tuberculeux ou malades. Poursuivant leur œuvre utile, ils deviendraient les éducateurs de nos laitiers et les amèneraient, par la suite, à modifier leur mauvaise façon d'agir. Ils leur apprendraient, notamment, les soins de propreté que doit comporter la traite et la mise en récipient pour éviter la pollution microbienne du lait : ils leur feraient abandonner celte habitude déplorable d'obturer les flacons au moyen d'un papier collant mouillé par la salive de l'opérateur. Us auraient encore pour mission de veiller à l'aération des étables, de surveiller l'alimentation des animaux d'où dépend la valeur nutritive du lait qu'ils produisent ; ils s'attacheraient enfin à faire diminuer de la ration alimentaire des vaehes laitières, les résidus industriels, pulpes, drèches, qui, éminemment fermentescibles, chargés par cela même de principes toxiques, produisent un lait noscif déterminant chez les nourrissons les athrepsies, les gastro-entérites souvent mortelles.
Ce rôle multiple ne peut être évidemment rempli que par des agents techniques, et nous ne doutons pas que, par leur influence et leur activité, ils ne nous aient soustrait dans un temps relativement court au danger réel que fait courir à notre population l'insalubrité actuelle de nos étables.
Pour compléter cette organisation, il serait nécessaire de récompenser, parmi les laitiers, les bonnes volontés qui se seraient soumises aux prescriptions indiquées. A
cet effet la publication de leur nom serait indispensable, et la délivrance par les soins de l'administration municipale de leur commune d'origine, d'une bande officielle destinée à être collée sur leurs récipients et flacons leur attirerait aussitôt la confiance du public consommateur. Cette distinction, ou plutôt cette réclame officielle qui n'aurait rien de blâmable en l'espèce, favoriserait les intérêts commerciaux des bons au détriment de ceux des mauvais, et aurait pour conséquence immédiate d'amener ces derniers à suivre le bon exemple.
Pour atteindre ce but et faire œuvre utile, le laboratoire de recherches devra ses services, non seulement à la ville de Dunkerque, mais aussi aux communes limitrophes. D'ailleurs, les laiteries de Dunkerque ne suffisent pas à produire le lait nécessaire à ses besoins et la ville reçoit en assez grande quantité le lait provenant des communes voisines. L'association des communes intéressées s'impose donc.
Nous pensons avoir suffisamment démontré la nécessité urgente de soumettre au contrôle le lait destiné à la consommation publique. Le danger que nous signalons n'est nullement chimérique et la proportion considérable d'animaux tuberculeux constatée parmi le cheptel de nos laiteries ne laisse pas que d être, pour notre population, une menace sérieuse, plus grave encore pour les enfants, dont le lait constitue la nourriture exclusive.
Aussi, certain d'être entendu, nous avons la conviction que les municipalités intéressées auront à cœur de faire œuvre essentiellement utile en créant, à bref délai, un service de contrôle commun dont la mission aura pour but de nous assurer un aliment nutritif et sain, et de nous défendre, grands et petits, contre le fléau tuberculeux d'origine bovine.
de M. Arnould Claude Gallois
de M. Arnould Claude Gallois
M.Arnould ClaudeGalloisW naquit àParis le 17 janvier 1773. Il débuta dans la carrière militaire et fut nommé capitaine, au choix, à l'Age de 21 ans. Il fut aide-de-camp du général Régnier à Dunkerque. Il est intéressant de faire remarquer que ce général Régnier fut un précurseur de l'aviation en notre ville. Il avait fait fabriquer, vers 1795, un aigle gigantesque qui prendrait son vol du haut de la Tour. Dans l'intention, sans doute, d'établir un record, il avait invité M. Gallois, son aide-de-camp, à s'envoler avec lui. Le jeune officier déclina l'honneur de l'invitation et le général monta seul son oiseau qui, hélas ! prit son vol directement vers la terre où Taéronaute se cassa la cuisse en s'abattant sur le pavé de la « Place de la Liberté », aujourd'hui Place Jean-Bart<2).
Il est curieux de constater que Dunkerque a le droit de figurer dans les annales du sport nouveau qui occupe de nos jours l'attention du monde entier.
M. Gallois, pour raison de santé, ne continua pas la
(1) La famille Gallois, originaire do lu Bourgogne, sVet fixée à Paris il y a 500 un a ; parente dn célèbre architecte Vaubuii qui a crée la citadelle do Lille.
(2) J'ai le portrait de mou grand-pure en uniforme, avec cette mention : « Mctoyen («.cit. à Dunkerque, le 21 germinal an 2\ i
carrière militaire et entra dans l'administration. Il fut nommé Administrateur du département de la Lys, en Belgique, où il épousa une jeune HUe de Bruges, d'une grande beauté. A la création des Sous-Préfets, Napoléon le nomma à Ypres, où il resta seize ans, jusqua la perte de la Belgique par la France ; il fut nommé, un des premiers, chevalier de la Légion d'Honneur.
Le renom de sa bonne administration était si bien établi qu'on lui fil des olïres instantes pour qu'il acceptât un titre de Sénateur en Belgique, avec trente mille francs d'appointements. Bien qu'il eut la charge d'une famille de douze enfants (0, il répondit que, né Français, il voulait mourir Français, et se rendit à son nouveau poste, à la Sous-Préfecture de Lure (Haute-Saône) où il resta seulement 18 mois, et où son souvenir est encore vénéré.
A Lure, le duc de Berry, plus lard devenu Charles X, donna à dix-huit demoiselles, dont les deux filles aînées de M. Gallois, des décorations « Soleil d'or », représentant les armes de la ville de Lure, et, au centre, en émail bleu, sur l'une le portrait de Henri IV, sur l'autre l'émail est effacé, mais toutes deux*-) ont sur le revers trois cœurs sur émail et la devise : « Tous à lui ».
Au passage des armées étrangères, en 1814, les paysans, pour éviter à M.Gallois l'exécution des menaces au sujet des réquisitions, ont fait preuve d'un dévouement absolu au prix de leur ruine, ce qui montre combien il était estimé.
(i) Le douzième attendu fut m i mto, Eruestiui Gallois, néa à Conint*-Fr.*.ipendunt le (lép'actMtictit 'le lu famille Ualluirf à destination ° Lure. (2) J'ai cta décorations chez moi.
DE M. ARNOULI) CLAUDK GALLOIS 2()9
En 1815, il reçut à Lurc et hébergea chez lui l'Empereur de Russie Alexandre, et l'Empereur d'Autriche François-Joseph, qui ne vinrent pas en ennemis delà France 0). Malheureusement la reconnaissance du roi Louis XVIII pour le patriotisme de mon grand-père fut une mise à la retraite. Il avait 42 ans, douze enfants, et sa sous-préfecture était appelée « la sous-préfecture modèle » !
Ayant gardé un excellent souvenir de Dunkerque et obligé, avec une aussi nombreuse famille, d'augmenter ses ressources, il vint occuper, près M. le baron N. L. Deschodl, sous-préfet de Dunkerque, les fonctions de secrétaire.
Charles Gallois, son fils aîné, chevalier de la Légion d'honneur, fut premier adjoint au maire de Dunkerque, puis percepteur de la circonscription de Petitc-Synthe. II mourut en 1848, à l'Age de 48 ans. — Adolphe Gallois, son second lils, était pharmacien militaire à l'hôpital cTOran où, en 1832, il resta seul, avec une religieuse, pour soigner les cholériques en l'absence de tout médecin. Il reçut la croix de la Légion d'honneur pour son dévouement. — Edouard, onzième enfant, s'établit commerçant à Dunkerque et fonda l'importante maison de ferronnerie « Gallois-Delrue ». Il est le père de Madame Chouquet-Gallois. Les trois iilles aînées de M. Arnould- Claude Gallois s'établirent à Dunkerque, dans la maison de Jean Bart, rue Royer, où elles fondèrent et dirigèrent pendant 40 ans, jusqu'en 1869, la maison d'éducation de jeunes filles si honorablement connue dans la région.
M. Arnould-Claude Gallois, chevalier de la Légion
(1) CYst à cette occasion que M. Gallois rerut la tabatière d'or offerte au Musée do Dunkerque par Madame veuve Choiiqiut-Qallois.
d'honneur, était aussi chevalier de Sl-Louis. Il mourut k Dunkerque le 17 mai 1856, à l'âge de 83 ans et demi, en pleine jouissance de ses facultés. Il a laissé dans sa ville d'adoption la mémoire d'un homme remarquable et d'un homme de bien. A Dunkerque, comme partout où il a passé, il avait conquis l'estime et l'affection de tous.
Veuve Guthlin*1)
dite Philippe Gallois, compositeur. Officier d'Académie', décorée de l'Encouragement au Bien et de la v Cru* Hoja » d'Espagne.
(I) Madame Gntlilin est la v.-uvp .l<i M.fJiitliliu (Pliilippj). profe-sur d'Aiit-mt au ColK'jfc Communal, membre île la Socittè buok; rquoit? de 1855 à 1S70, «o/itaire .i.. 1S57 à 1860 et secrétaire-général in 1870 peuiaitt quelques mois arant sou départ jm»tr Lille.
M. Alfred DODANTHUN
Bibliothécaire de la Yilie de Dookerqne (1874-1906)
PAR
O. 3DESI»Xj-A.3SrQTJE3,
Membre de la Société.
M. Alfred DODANTHUN
BMotMcaire de la Me de Dotiwp (1874-1906)
par O. DEJSFL.-A.NQTJB3,
Membre de la Société.
Messieurs,
Dans une récente réunion, notre distingué Président vous faisait part de la mort de l'un des doyens de notre Société, l'ancien bibliothécaire de la ville de Dunkerque, M. Alfred-Charles Dodanthun.
Il serait superflu de retracer devant vous la biographie de notre regretté collègue ; des voix plus autorisées que la mienne, des amis de la première heure l'ont suivi dans toutes les phases de son existence et en ont fixé les détails d'une manière charmante, délicate et émue. Permettez-moi seulement de vous exposer ici brièvement quelle fut l'œuvre de cet infatigable travailleur, bibliothécaire érudit et conscient de son rôle.
En 1872,1a Société Dunkerquoise l'admettait au nombre de ses membres titulaires résidants ; secrétaire-adjoint en 1874, il était membre honoraire de notre Compagnie depuis 1895. Possédant au plus haut degré l'amour de sa ville natale, il se rendait un compte exact de l'étendue et de l'efficacité des services qu'était appelée à rendre une Société telle que la vôtre : aussi lui fut-il constamment et malgré tout fidèle. Chacun sait la crise aiguë qu'elle
Mémoires de ta Société Ùunkerquoite — 1908
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eut à traverser en 1878-1879 ; elle ne dut son salut qu'à l'énergie de MM. P. Terquem, F. Duriau, Mordacq et de la très petite phalange d'amis fidèles groupés autour d'eux. Notre sympathique vice-président, M. E.Debacker, y a consacré des pages documentaires dans son «Histoire de la Société Dunkerquoise y>; il faudrait pouvoir les relire en entier :
« Le 22 février 1878, dit-il W, — date mémorable dans l'histoire de notre Compagnie — eut lieu la séance qui précéda le sommeil léthargique dans lequel tomba la Société Dunkerquoise. Pendant plus d'une année que dura ce sommeil, on put la croire morte.
» Neuf membres se rendirent à l'appel désespéré du Secrétaire-général. Si la Société Dunkerquoise ouvre un Livre d'or, elle y inscrira les neuf noms suivants :
MM. Mordacq, Secrétaire-général, seul représentant le Bureau ; Terquem, ancien président ; Bollaert, Professeur de musique ; Coorens, Secrétaire du Conseil des Prudhommes ; Desmit, Professeur de peinture et de dessin ; Dodanthun, Professeur au Collège des Dunes ; Galloo, Propriétaire à Bergues ; Habar, Rédacteur- gérant de Y Autorité ; Lenancker, Instituteur.
Et quand, au début de 1880, M. P. Terquem céda le fauteuil de la présidence à son successeur (M. F. Duriau), il déclara considérer comme un devoir de remercier ses collègues du concours qu'ils lui avaient prêté « pour l'aider à reconstituer la Société Dunkerquoise qui, sortie
(1) E. Dcbacker. Histoire de la a Société Dunkerquoise » (1876-1900). Dankeiqot, Imprimerie Dunkerquoise, 1901. In 8* pnges 51 et 59.
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pour ainsi dire du néant dans lequel elle était tombée, donne, notamment depuis quelques mois, des preuves de son existence*1) ».
Nous-mêmes, nous devons savoir infiniment gré à ces hommes dont l'énergique volonté et l'intelligence éveillée ont non seulement sauvé notre Société du naufrage,mais l'ont faite ce qu'elle est et lui ont permis d'atteindre le degré de prospérité où elle se trouve aujourd'hui.
Vers la même époque, la Municipalité faisait procéder à l'installation du Musée et de la Bibliothèque dans les locaux actuels et mettait plusieurs salles de l'immeuble de la rue Benjamin Morel à la disposition de la Société Dunkerquoise pour sa bibliothèque et son local de réunions. Bientôt ce dernier se trouva trop étroit et les séances eurent lieu dans la salle de lecture de la Bibliothèque, ici-même, dans ce cadre aujourd'hui si familier pour vous, où M. Dodanthun se fit toujours un plaisir et un honneur de vous réserver le plus aimable accueil.
L'intérêt qu'il portait à notre Société se traduisit encore par l'offre spontanée qu'il fit, en mars 1895, de son concours pour la mise au courant du catalogue des ouvrages appartenant à la Société. Pour reconnaître cette offre gracieuse qui répondait à un besoin plusieurs fois signalé, M. F. Duriau proposa de décerner à son auteur le titre de membre honoraire (*).
Epris des belles-lettres et des choses de l'antiquité gréco-romaine, et en possédant à fond les deux langues, d'une culture générale étendue, passionné pour l'histoire, l'histoire locale surtout dont il avait beaucoup de documents à sa portée immédiate, M. Dodanthun écrivit peu.
(1) E. Dcbacker. Hiitoirt de la a Société Dunkerquoise » (1876*1900). Dankcrqoe Imprimerie Dunkerquoin, 1901. In-8" page 78. (S) Idem, page 947.
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Plusieurs s'en étonneront peut-être ? Mais le temps matériel lui fit défaut assurément plus que l'intention et sans doute préféra-t-il produire peu que de laisser des travaux hâtifs, incomplets, ou, à son sens, insuffisants. Sa vie, d'ailleurs excessivement occupée, lui laissa peu de loisirs pour écrire. Levé tôt, couché tard avant dans la nuit, son existence il la consacrait entièrement au travail. Aux fonctions de bibliothécaire, il joignit, pendant la presque totalité de sa carrière, celles de professeur ao Collège des Dunes. Quel horaire que le sien ! Partir de bonne heure le matin pour sa classe et aussitôt celle-ci terminée, revenir ici pour la séance du matin de la Bibliothèque de 10 heures à une heure. Un repas hâtivement achevé et repartir au collège pour la classe de l'aprèsmidi ; enfin de retour chez lui, c'était pour ouvrir la Bibliothèque de 6 heures à 9 heures du soir. Encore entre temps trouvait-il moyen de donner quelques leçons particulières. Voilà, exception faite des samedis. jours de fête et vacances, quelle fut, pendant vingt-cinq ans, Fexistence de M. Dodanthun. Il lui restait ses veilles, au sens strict du mot, pour expédier la besogne courante, rédiger ses fiches de catalogue et s'adonner à la lecture, sa principale distraction.
C'est en 1874 qu'il fut appelé pour la première fois aux fonctions de bibliothécaire de la ville de Dunkerque en remplacement de M. Ruant, qui n'occupa ce poste qu'un an. M. Caux, bibliothécaire depuis 1852, conservait le titre de bibliothécaire honoraire ; j'ignore actuellement quelles prérogatives il lui valait et s'il jouait encore un rôle actif à cette époque. Jusqu'alors, ces fonctions de bibliothécaire communal avaient toujours été exercées à Dunkerque par les secrétaires de Mairie depuis 1813'1 .
(1) Ferm<V pondant tonte la période réroluttonnalre et l'Empire, la Blb.iothcqQ fut réouverte 411'A partir de cette date.
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M. Dodanthun lut donc en fait le premier véritable bibliothécaire de Dunkerque depuis l'ancien régime. Cette première partie de sa carrière, de 1874 à 1878, dut être en quelque sorte une période préparatoire, mais j'ai hâte de le dire, 1res profitable. Elle lui permit d'acquérir les connaissances professionnelles indispensables, d'étudier et de connaître son dépôt de livres, de prendre contact avec le public et d'en apprécier les besoins et les desiderata.
L'administration municipale lui offrit à nouveau en 1889 de reprendre son poste de conservateur de la Bibliothèque communale. M. Dodanthun, cette fois, hésita beaucoup à l'accepter. Ses hésitations ne surprennent guère et semblent avoir été des plus légitimes. Au courant de la situation exacte et sachant par expérience ce qu'était en réalité le dépôt confié à sa charge, il ne pouvait s'illusionner sur l'énormité de la tache qui lui était imposée s'il voulait faire son devoir dans toute son étendue.
Pour bien se rendre compte de l'œuvre à accomplir, il faut envisager ce que devait être une Bibliothèque tenue depuis 1813 par des hommes dont la bonne volonté n'est pas mise en doute, mais que ni leur profession, ni leurs études antérieures ne semblent guère avoir préparés à exercer l'emploi de bibliothécaire. Sans doute régnait un ordre apparent, affirmé par une mise en rayons régulière ; mais qu'il y a loin, Messieurs.de cet ordre apparent à une véritable bibliothèque publique organisée, mise en ordre, cataloguée et en mesure de répondre immédiatement et sûrement aux demandes du public. L'importance de ce fait ne pouvait échapper à M. Dodanthun et ne lui échappa point. Autant dire, sans entrer dans de plus amples détails techniques, que tout était à recommencer ou a créer, depuis la mise en rayons
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à terminer dans le nouveau local jusqu'au catalogue des ouvrages de la Bibliothèque. Cela équivalait à une réorganisation complète. Enfin, surmontant ses appréhensions, M. Dodanthun se décida à accepter à nouveau le poste qui lui était offert, montrant en cela un réel courage ; car agir ainsi, c'était faire le sacrifice des meilleures années de sa vieW.
C'est depuis octobre 1889, date du départ de M. Devo*. jusqu'en juin 1906, que M. Dodanthun exerça pleinement ses fonctions et accomplit, en partie au moins, l'œuvre qu'il avait rêvée. Il est hors de doute qu'à ce moment, il était admirablement placé pour réussir dans son entreprise, connaissant à fond sa bibliothèque et ses ressources ; son public, ses besoins, ses désirs et ses dispositions; sachant enfin ce qu'il pouvait attendre des pouvoirs locaux dont la bienveillance lui était acquise. Tout en soignant le côté matériel des choses, voulant une installation non seulement confortable et hygiénique, mais coquette et élégante même, afin de charmer et d'attirer de plus nombreux lecteurs sur place, il entendait encore faciliter la lecture à tous en donnant le plus d'extension possible au service du prêt des livres à domicile. Au fond, il demeurait cependant hostile à la lecture et au prêt des romans et autres œuvres de fiction et toujours il resta très opposé à l'idée de transformer sa bibliothèque « en cabinet de lecture ». La question paraît ainsi mal posée ; mais, quoi qu'il en soit, ce n'est ici ni le lieu, ni l'occasion de la discuter.
M. Dodanthun considérait la situation à un point de vue tout différent et plus élevé. Son idéal visait plus haut :
(1) M. Dodanthun fut bibliothécaire de la Ville de Dunkerque do 1" avril 1874 as 31 juillet 1878 et du 1" octobre 1889 au 15 juin 1906. Il comptait 21 ans et 15 joui de service. Sa pension de retruite a été liquidée par le Conseil Municipal le 14 août 1**.
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Son rêve était de faire de la Bibliothèque de Dunkerque une bibliothèque d'érudition et non de vulgarisation. Pour atteindre semblable but, une chose primait toute autre : la confection d'un double catalogue sur fiches, l'un alphabétique par noms d'auteurs, l'autre par ordre de matière ou méthodique. Grâce aux bienveillants concours qu'il rencontra à Dunkerque, cette lourde tache lui fut beaucoup facilitée. ,M. Mancel, Vice-Président du Comité d'achat et de surveillance de la Bibliothèque, adressait en 1890 à la Municipalité un rapport dans lequel il exposait le travail déjà accompli et les raisons qui militaient en faveur de la confection d'un double catalogue sur fiches. Le Conseil Municipal en reconnaissait le bien-fondé et, dans sa séance du 21 avril 1890, votait l'ouverture d'un crédit nécessaire à la réalisation d'une aussi utile entreprise. Le Bibliothécaire se mit aussitôt à l'œuvre et jusqu'à la fin de sa carrière poursuivit la rédaction de cet indispensable instrument de travail, encore inachevé actuellement et poursuivi de nos jours. M. Dodanthun accomplit ainsi, jour par jour, année par année, avec une patience et une persévérance dignes d'admiration, un travail considérable rédigeant de sa propre main plus de 20.000 fiches de catalogue.
Pareille œuvre, Messieurs, n'est jamais en principe à l'abri de la critique, elle ne peut même y échapper entièrement ; mais quelle erreur ne serait-ce pas de pousser les choses à l'extrême ? Si la première partie de ce travail présente des lacunes et des omissions regrettables, il faut savoir reconnaître franchement que la seconde est excellente. Et d'ailleurs la faute en incombe-t-elle au seul bibliothécaire ? Certes il eut plutôt le tort de se laisser entraîner par des conseils qui, en fait, ressemblaient beaucoup à des ordres. Au reste, que l'on soit obligé de remanier un catalogue, la chose n'est pas rare et le cas
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non spécial à Dunkerque. Combien l'ont été remaniés, de catalogues ! Et si aujourd'hui on arrive à un résultat à peu près satisfaisant, on le doit autant aux tâtonnements du passé et aux expériences de nos devanciers qu'à la science et à l'habileté professionnelles. Quoi de plus typique à cet égard que les longs et laborieux essais de catalogues de la première bibliothèque française, Tune des plus grandes du monde, la Bibliothèque Nationale. Pendant longtemps, ils auraient difficilement passé pour des modèles du genre. Laissons là les critiques et restons plutôt obligés à ceux dont l'initiative jeta les bases d'une œuvre très utile.
Le catalogue n'était pourtant pas l'unique sonci du bibliothécaire. Il n'ignorait pas qu'une bibliothèque ne vit réellement et ne prospère qu'à une condition : l'alimenter sans cesse de nouveaux éléments. Faute de quoi elle végète, s'étiole et périt. Cet accroissement des livres utiles et récents était donc un point capital dont il s'occup.a activement. Le succès, d'ailleurs, ne tarda pas à répondre à ses efforts : lecteurs, emprunteurs, travailleurs, prenant confiance, arrivaient sans cesse plus nombreux comme en témoignent les statistiques. Dès lors, les meilleurs concours ne lui furent plus marchandés : concours officiel du Ministère de l'Instruction Publique, qui fit de nombreux et excellents envois, concours pécuniaire de la Municipalité qui augmenta l'allocation budgétaire annuelle, indépendamment du crédit spécial affecté à la confection des catalogues, concours enfin du Comité d'achats et de surveillance qui y veilla d'une façon judicieuse et éclairée, de concert avec le bibliothécaire.
Mais il trouva peut-être encore un concours plus cher et plus précieux à ses yeux dans le petit cercle d'amis dévoués, amateurs et collectionneurs dunkerquois, avec
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lesquels il réunit et amassa une grande quantité de documents, livres, brochures, plaquettes et manuscrits relatifs à l'histoire locale et régionale. M. Dodanthun aimait d'une façon passionnée, enthousiaste et non sans quelque bonhomie charmante, tout ce qui avait trait à Dunkerque, à son histoire, sa gloire, ses mœurs, ses traditions, ses héros. C'est en grande partie en ajoutant au fonds propre de la Bibliothèque les dons de ses amis et d'un grand nombre de Dunkerquois qu'il créa la section d'histoire locale. Il la plaça dans son cabinet de travail et la disposa dans un grand nombre de cartons et de custodes, souvenir cher à son cœur et toujours présent à ses yeux. Malgré tous ses efforts, de grandes lacunes subsistèrent dans cette section spéciale et combien est-il regrettable que personne ici avant lui n'ait eu l'idée de recueillir ces documents épars, alors encore abondants et à vil prix, d'en faire une collection et de la léguer à sa ville natale. Quoiqu'il en soit, il est tout à l'éloge du bibliothécaire et de ses amis d'avoir sauvé ce qu'ils ont pu d'une perte certaine.
C'est grâce à cette collection que beaucoup de travaux sur l'histoire locale purent être entrepris et tout récemment encore notre érudit collègue, M. E. Bouchet, en extrayait le fond de sa remarquable étude sur le «général Lemaire ».
Sous l'impulsion et la direction de M. Dodanthun, la Bibliothèque de Dunkerque connut, de 1889 à 1896 surtout, une ère de prospérité jusqu'alors sans pareille ; les accroissements, tant à titre onéreux qu'à titre gratuit, furent non seulement considérables, mais en général excellents. Du rang des bibliothèques très ordinaires, son conservateur sut l'élever à celui des principales du département par la valeur des ouvrages et le nombre
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des volumes. Il fit plus à mon sens : il la sortit de la torpeur où elle languissait depuis plus de trois quarts de siècle, la ranimant et la lançant dans la voie du progrès, voie de laquelle, j'en ai l'intime conviction, elle ne sortira plus désormais.
Minime serait l'importance de ces appréciations, si elles n'étaient corroborées par le témoignage non équivoque d'hommes dont la valeur et la haute compétence ne sont pas discutables : MM. Ulysse Robert et Lacombe, inspecteurs des Archives et Bibliothèques, qui, lors de leurs tournées d'inspection, ne ménagèrent au bibliothécaire ni leurs éloges, ni leurs félicitations.
Mais les forces humaines ont des limites ; M. Dodanthun avait plus qu'usé des siennes, il les avait prodiguées. En 1899, il dut renoncer au professorat et, en 1903, il ressentait les premières atteintes d'un mal qui ne devait pas lui pardonner. Son énergie diminua, son activité se ralentit. Après des alternatives de bien et de mal, on espérait le voir se remettre. Cependant, au début de 1905, il demanda à faire valoir ses droits k la retraite, qui lui fut liquidée au milieu de 1906. M. Dodanthun se retira alors à Hazebrouck,près de sa famille : les soins affectueux et éclairés dont elle l'entourait . pouvaient laisser croire qu'il passerait encore de longs jours heureux et tranquilles dans ce milieu familial. Le destin devait tromper nos prévisions et la mort, à peine deux ans plus tard, venait l'arracher à l'affection des siens et à la sympathie de ses collègues et nombreux amis.
Ainsi peut-on dire sans crainte que M. Dodanthun consacra à ses concitoyens le meilleur de sa vie et sut la rendre utile en la dépensant à la diffusion des connaissances humaines dans sa chère patrie que, dans son idéal, il souhaitait plus belle et plus instruite et partant
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plus éclairée et. meilleure. Modeste autant qu'érudit, sévère pour lui-même et indulgent pour autrui, il était par nature ennemi d'une vaine gloire dont il comprenait la ridicule fragilité. Philosophe, que lui importaient les humaines contingences et ne savait-il pas les relativités de la vie ? Dans l'atmosphère un peu spéciale du milieu intellectuel où il vécut, il puisa les vertus qui font les âmes d'élite : l'espérance qui soutient l'effort, l'amour du travail et de la science, qui crée le plus haut idéal humain, la recherche sincère et passionnée de la vérité.
Tels me sont apparus, dans un contact quasi-quotidien depuis deux ans, les travaux et l'esprit de M. Alfred Dodanthun. J'ai si peu connu l'homme qu'il ne m'appartient pas d'en parler, mais les échos sont venus me confirmer ce que vous savez tous : sa bonté indulgente, sa bienveillante courtoisie, son inépuisable obligeance et sa haute valeur morale. Aussi je crois être ici, Messieurs, l'interprète de tous en priant le Bureau de la Société Dunkerquoise de vouloir bien adresser à la veuve et aux enfants de notre regretté collègue l'expression de nos regrets, de notre sympathie et de notre réelle gratitude.
ACTES DE Itfl SOCIÉTÉ
du 15 Novembre 1908
La séance solennelle a eu lieu le 15 novembre 1908, dans la salle des fêtes de rHôtei des Pompiers, sous la présidence de M. H. Terquem, Maire de Dunkerque, président d'honneur de la Société Dunkerquoise et avec le concours de la section musicale, sous la direction artistique de M. W Théry, membre de la Société et de M,lcs J. Derudder, J, Deramez et S. Keneut, lauréates du concours de Diction.
Sur l'estrade avaient pris place : MM. H. Terquem, maire ; Dr Duriau, président de la Société Dunkerquoise ; E. Bouchet et E. Debacker, vice-présidents ; Simon, secrétaire-général ; Dr Lancry, bibliothécaire-archiviste ; Lanoire, bibliothécaire-archiviste-adjoint ; Gory, secrétaire ; Pumperneel, capitaine de frégate, commandant la Défense Mobile ; lieutenant Bru, officier d'ordonnance, représentant le général gouverneur ; Gaillardot etLcbel, juges de paix ; Corroyez, chef de la musique du 110e ; Berquin, conseiller municipal, etc..
MM. J. Trystram, sénateur ; Brisac, sous-préfet de Dunkerque ; J. Geysen, adjoint au maire, secrétairegénéral de la Société Photographique ; commandant
Lévi, de l'Etat-major du 1er corps d'armée ; S. Dreyfus, ingénieur en chef des Ponts et chaussées ; Prot, inspecteur primaire ; J. Lefebvre, principal du collège Jean-Bart ; Dr Duval, conseiller municipal, vice-président de la Société Photographique ; Boone, conseiller municipal ; M1,es Crunel, Decourtray, Deltour et Dubois ; MM. G. Beck, Bled, Bonnaire, Boutaric, Bufquin, Cazenave, P. Collet, Cleenewerck, Denquin, Decrombecque, Delon, Desgardin, Desplanque, Dubois, Gaillard, Guesle, Husson, Lecocq, capitaine Leroy, sous-intendant Lévy, Loridan, Marec, Mouraux, Poulain, Rolland, À. Ruyssen, Vaillant, Verlomme, Vormus, etc., etc., membres de la Société.
S'étaient excusés : MM. le général Boell, gouverneur de Duukerque ; le commandant Blondin ; lieutenantcolonel Collignon ; Coquelle, maire de Rosendael ; Défossé, conseiller d'arrondissement ; de Sl-Léger, professeur à la Faculté de Lille ; Herbafl, président de la Chambre de Commerce de Dunkerque ; Lyon, recteur de l'Académie de Lille ; Nissen, chef du service de la Marine ; colonel Parés ; Portevin ; Prélat, directeur de l'Enseignement primaire ; Dr Ruyssen, adjoint au Maire; Vancauwenberghe, conseiller général ; Dr Vézien, etc.. etc.
Là section musicale ouvre la séance par une entraînante marche de Allier « Life Guards », exécutée avec maestria et fort applaudie ; puis M. H. Terquem, président d'honneur, prononce l'allocution suivante que nous sommes heureux de reproduire d'après des notes sténographiques :
Allocution de M. H. Terquem
Mesdames, Messieurs,
« Les discours que vous avez l'habitude d'entendre p ononcer à cette place sont généralement des discours « académiques », soignés, polis, élégants, ainsi qu'il convient au goût du public d'élite devant lequel j'ai l'honneur de parler aujourd'hui.
» Je romprai avec la tradition et au lieu de ce discours « académique », je ne vous ferai qu'une simple causerie familière. Ayant, depuis douze ans, l'habitude de parler devant ce même public de la Société Dunkerquoise, je ne puis oublier, quoique président d'honneur, que depuis ce laps de temps je me suis exprimé en secrétaire général ; c'est en m'abritant derrière cette situation exceptionnelle que je me permets de rompre avec une tradition, sinon séculaire, du moins demi-séculaire.
» Jusqu'ici j'avais joué, vis-à-vis de vous, le rôle d'un cic troue qui conduit le voyageur au milieu d'un musée et lui fait admirer les œuvres d'art que le musée contient ; aujourd'hui, ce rôle de cicérone sera accompli par mon excellent ami M. Simon, qui me remplace à cette table à laquelle je suis un peu surpris de ne plus me trouver.
» Je suis donc le voyageur arrivant à la porte du musée, accompagné du secrétaire général ; je me demande pourquoi ce musée est si vaste, si grand, pourquoi il contient tant d'oeuvres d'art et pourquoi il montre, dès l'extérieur, un effort intellectuel aussi considérable. La question posée est
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aussitôt résolue : c'est que la Société Dtmkerquoise est arrivée à une époque absolument unique dans l'histoire de l'humanité et de la civilisation ; la Société Dtmkerquoise est née, rappelons-le, en 1851, et je suis sûr que jamais, au cour> des siècles, jamais, au cours de l'histoire, l'humanité n'a subi de tels bouleversements, l'humanité n'a fait un tel progrès. Ceux qui ont vu ces dernières années peuvent dire qu'ils ont vécu une époque sans précédent, et dès lors, i! n'est pas étonnant que la Société Dunkerqnoise ait pu progresser dans des conditions tout à fait exceptionnelles.
» Si vous comparez ce qu'était l'état du monde, l'état des mœurs, l'état des sciences, en 1S51, si vous le comparez i l'état du monde, à l'état des mœurs, à l'état des sciences es 1908, vous vous apercevrez que l'humanité, en quelques années, a fait un véritable bond, et tel que jamais au cours des siècles un progiès semblable n'a été réalisé. C'est qu? la curiosité de l'homme est infinie, et si j'emploie ici ce mot, ce n'est pas dans le sens du défaut humain, c'est dans le sens étymologique qui veut dire, non pas curieux, mai? curieux de. . . curieux de savoir, curieux de connaître, curieux de s'instruire.
» L'homme, arrivé à un ceitain degré d'instruction et de civilisation, a voulu, comme tout « bon propriétaire *. connaître sa maison... ou du moins sa planète. Il a voulu la connaître et il l'a parcourue. Si vous vous reportez à un at'.> datant seulement de cinquante ans, vous remarquez qu; la partie de notre globe appelée « régions inconnues » eu;: considérable : le centre de l'Afrique, région inconnue, lerégions polaires, régions inconnues. Or, actuellement, qi.. l'on se porte vers les régions glacées ou vers les région tropicales, partout ces limites reculent, partout la Science
gngne du terrain. A une époque très rapprochée, on parlait avec scepticisme de « Tombouctou la mystérieuse » : on est tout surpris de penser qu'il ne faudra bientôt pas plus de quinze jours pour s'y rendre de Paris, et de rencontrer des officiers de spahis soudanais ou des fonctionnaires coloniaux qui parlent de leur résidence à Tombouctou aussi naturellement que d'une garnison de France.
» Quand vous lisez des romans de Jules Verne, et que vous voyez Michel Strogoff quitter le Tsar pour porter un courrier à Irkoutsk à travers de dramatiques péripéties, vous vous dites que si c'était aujourd'hui, Michel Strogoff répondrait au Tsar... après avoir consulté l'indicateur : « Je prendrai le train pour Irkoutsk à la gare Nicolas samedi à 9 heures, j'y serai rendu le samedi suivant à 6 heures 30... » Et si Michel Strogoff se disait, en homme* prudent, que peut-être des rebelles ont coupé la voie, que peut-être son train risque de dérailler, il irait chercher une automobile et se lancerait à travers les steppes comme l'ont fait récemment d'intrépides voyageurs.... Et si on pouvait prévoir que l'automobile se trouverait peut-être devant des terrains défoncés, ou des routes rendues impraticables, le Tsar se contenterait du téléphone ou du télégraphe... Et encore, si Ton pensait les fils coupés, il suffirait d'un message de télégraphie sans fil pour faire parvenir à destination les ordres que Michel Strogoff aurait transportés au milieu de mille dangers.... mais nous serions privés d'un roman palpitant. Il n'y a plus de distance sur terre, et l'homme et sa pensée volent d'un point à un autre sans que rien puisse les arrêter.
» Et après que l'homme a conquis le sol sur lequel il se meut, il conquiert la mer ; vous parlerai-je de ces grandes lignes de de navigation, de ces villes flottantes, qui trans-
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portent des armées entières d'un bout à l'autre du monde !... Croyez-vous que l'homme se soit contenté de conquérir la surface des flots ? Alors qu'autrefois, dans la géographie, on parlait d'abîmes dé profondeur inconnue, actuellement h topographie du fond de la mer est connue comme celle de la terre ; on sait qu'il existe des fonds de huit à neuf mille mètres. On y est allé trouver au moyen de sondes les traces des races maritimes disparues.
» On connaît donc le fond de la mer et rien n'échjppe à la curiosité de l'homme ; il ne suffit pas à l'homme curieux de se promènera la surface, il s'enfonce lui même au-dessous. On ne se doutait pas qu'un jour viendrait où l'on irait renouveler ou à peu près au fond de l'eau les exploits du capitaine Nemo.
» La Science, qui a créé un instrument de destruction, prendra sa revanche ; le sous-marin deviendra bientôt, j'en suis sûr, un instrument d'investigation qui apportera aux connaissances humaines quelques nouvelles découvertes : ainsi la terre, la mer ont été conquises, et d'un mot, \ dirai que demain, l'air lui-même sera conquis, que l'homme qui parcourt la terre, qui devient poisson dans l'eau, deviendra oiseau dans l'air ; rien n'échappe à l'activité, à l'intclii gence et au progrès de la science et de l'humanité.
» Cette terre même que l'homme parcourt, cette terre, il l'a enserrée non seulement dans ses rails, dans ses voL* ferrées, il l'a enserrée encore dans une sorte de toile d'araignée ; il l'a garnie de fils et de cables qui transportent parte::: la pensée humaine, même le ^on, et qui bientôt transporteront la vue. Et si l'homme a su domestiquer ainsi cette fore, mystérieuse, cette électricité dont il ne connaît pas la nature, mais dont il se sert comme si elle lui appartenait, il a é:e
longtemps obligé de la faire courir le long des fils ; la Science maintenant supprime ces fils, et, franchissant les espaces sans le secours d'aucun conducteur, Tonde électrique, qui déjà transporte la pensée, la volonté, portera peut-être un jour de même la force et la lumière.
» L'homme avait besoin d'une source d'énergie à laquelle il puiserait à pleines mains; il a commencé par l'arracher à la terre en lui prenant le charbon, mais il s'est dit que cette source d'énergie tendrait à disparaître, et qu'il fallait trouver une autre énergie, absolument inépuisable ; après avoir arraché à la nature Y énergie latente créée depuis des Mècles, il a craint 'de la voir s'épuiser un jour et il capte maintenant Y énergie vivante des glaciers, des torrents, des rivières. A côté de la houille noire, il utilise la houille verte, la houille blanche qu'il transforme en électricité, énergie merveilleusement souple se modelant à tous les emplois imaginés par l'industrie humaine.
» Puis, pendant qu'il fouillait la terre, il a découvert que certains minéraux avaient des propriétés spéciales ; il a trouvé ce corps admirable, le radium, dont les propriétés surprenantes ont paru devoir révolutionner les lois scientifiques, et qui n'est vraisemblablement que le premier élément de nombreuses et nouvelles découvertes. L'homme a conquis l'océan, la terre, l'air ; restait un élément : le feu. L homme a encore conquis le feu. Par l'électricité, il a pu produire l'extrême chaleur au moyen de laquelle on a créé des corps que seuls les grands cataclysmes de l'époque géologique avaient vu naître, on a créé, expérimentalement du moins, des pierres précieuses. L'homme a créé l'extrême chaleur, il a produit aussi l'extrême froid, et je ne vous rappellerai pas les expériences que l'on a pu foire avec l'air liquide.
Après avoir agi de cette façon physique, après a\\ demandé jiux éléments de se domestiquer, l'homme s'*?1 tourné vers lui-même : il a pensé que pour son intelligence et son activité, la vie était trop courte, et il s'est deiru-i. s'il ne pourrait pas l'améliorer et la prolonger. Nous recontrons alors toute la série des merveilleuses études >:' l'origine des maladies, la découverte du microbe, et r. suite des méthodes sûres de prophylaxie. On est pan\ à prévenir pour éviter d'avoir à guérir, on lutte avec proci certitude contre la contagion, on arrive à supprimer '.. épidémies.
» Mais le corps humain peut avoir à subir des moditk: tions physiques ; il faut, dans certains cas, des intervenue qui, sans danger en elles-mêmes, risquaient autrefois c tuer le malade par l'infection chirurgicale. On a découvert I le moyen d'opérer à coup sûr, sans danger, on a découve-: l'asepsie, avec laquelle on ne craint aucune infection, et c opère sur un corps, sans le moindre péril en ce qui concer . les suites proprement dites de la blessure chirurgicale. 5 on a cherché à faire l'homme physiquement meilleur, sic a réussi à prolonger son existence et à remonter la moyenr: de la vie humaine, ce n'est là qu'une faible partie de tâche à accomplir. Il ne s'agit pas de maintenir longtemps s> terre des hommes qui ne seraient que de simples animai il faut qu'ils soient hommes dans toute l'acception du me:, et que, par conséquent, le cerveau et l'intelligence qui 1 • différencient des animaux soient développés. Si dans .c machinisme et dans la Science, on a cherché à obtenir do machines le maximum de rendement, l'homme s'est dit . la machine humaine doit donner comme toute autre son maximum de rendement. Et comment y arriver ? La force
physique est essentiellement limitée, c'est donc au cerveau qu'il faut demander Pcffort qui rend l'homme plus fort, plus complet.
» C'est par la vulgarisation, par l'instruction qu'on doit tirer de la masse des hommes le maximum d'utilisation. On parviendra ainsi, par le même moyen, à diminuer les inégalités sociales et à permettre à chacun de conquérir la place à laquelle il peut avoir droit, selon la capacité de son cerveau et selon son travail. Chacun étant en état de produire selon ses forces, devra être récompensé selon ses œuvres.
» Je vous ai fait un tableau très en raccourci du mouvement scientifique, intellectuel et social qui s'est accompli depuis cinquante ans, et vous allez me demander quelle part la Société dunkerquoise y a prise ; c'est bien simple : je n'ai qu'à vous rappeler la tâche qui m'incombait lorsque j'étais iecrétaire général et que j'avais mission de vous résumer nos travaux. La Société ^Dunkerquoise a toujours marché en avant ; je vous citais des découveitcs de la Science, par exemple la radiographie — les rayons X datent de 1894 — des 1895, la Société Dunkerquoise publiait un mémoire de M. Fesquet avec des radiographies obtenues par lui. A cette époque, l'électricité se développait dune façon remarquable; dès 1900, nous faisions une conférence sur le transport et la transformation de l'énergie électrique, et notamment sur une découverte récente, sur la télégraphie sans fil, puis une conférence sur le radium, une sur la lumière parlante. La Société Dunkerquoise suit donc tout le mouvement scientifique.
m Tournorts nos regards vers une autre branche ; rappelez-vous ce qu'était la géographie il y a encore peu d'années : c'était une science topographique et de nomenclature ; on
montrait des cartes sur lesquelles des chenilles représentaient les montagnes, on indiquait le nom des villes, <Jl rivières, et quand on s'était bourré la mémoire, on croyai: connaître la géographie. Actuellement, la géographie e>: l'étude d'un pays dans toutes ses manifestations ; on étudie aussi bien sa formation physique que son évolution économique et sociale. Bien que la géographie ne soit pas spécialement du domaine de la Société cDunkerquoise, n'est-ce p.> elle qui a publié cette admirable étude sur « La Flandre » . de M. Blanchard, répondant en tous points à la concep*icscientifique actuelle de la géographie.
» L'histoire, autrefois, se composait d'un certain nombre de dates de guerres, de traités, d'avènement ou de mort i rois, et on cherchait peu à savoir comment les peuple avaient vécu, avaient pensé, s'étaient agités. Beaucoup c. littérateurs écrivaient avec éloquence sur les événenv*n:> historiques, recherchant en eux matière à disserutior^ élégantes, plutôt que l'occasion de déduire avec préc^ic:1 la vérité sur ces événements. La science de l'histoire sV: transformée ; on fait maintenant l'histoire des peupks e: on s'occupe moins de se meubler la mémoire de dates indigestes que de discerner les causes qui ont amené les évolutions des peuples et motivé leurs actes ; on s'occur: moins d'écrire sur l'histoire que d'écrire de Vhistoiw : l'aide d'une documentation passée au crible d'une critique sévère.
» La Société T)unkerquoise a été l'une des premièKs publier un de ces recueils de texte collationnés et cla^s;avec soin, qui servent de base aux historiens modernes.
» Les Cahiers de la Flandre Maritime peuvent être, à ber. droit, considérés comme un modèle du genre. Compreiurr
que cette méthode scientifique était la meilleure, elle a organisé encore le Congrès des Sciences Historiques qui a donné de si beaux résultats. Vous voyez, Mesdames et Messieurs, L]ue la Société Dunkerquoise a trouvé sa place dans tous les ordres d'idées dont je vous parlais tout à l'heure. Et lorsque je vous entretenais d'oeuvres sociales, de ces oeuvres qui tendent à rendre l'homme meilleur, et à lui donner dans !e monde la place à laquelle il a droit, vous rappellerai-je avec quelle faveur vous avez accueilli les idées de notre ami le docteur Lancry sur l'œuvre des Jardins ouvriers.
» Nous retournant vers les considérations humanitaires, nous avons organisé des cours de puériculture, qui tendent à donner aux mères futures des conseils qui leur permettront de sauver un certain nombre de leurs enfants, d'en faire des hommes ; et enfin, pour couronner cet édifice, la Société a accueilli un travail de M. Boutaric, indiquant une nouvelle méthode de lutte contre la tuberculose. On a fait beaucoup pour enrayer la propagation de ce fléau ; il y a mieux encore à faire et c'est ici, dans cette Société, qu'on en a indiqué un des moyens les plus effectifs. Dans une remarquable étude, M. Boutaric nous a fait connaître que la tuberculose se propage surtout par le lait, et il a indiqué comment pourrait se faire une organisation permettant d'éliminer un lait suspect de tuberculose. Sur l'initiative de M. Boutaric, la Municipalité de Dunkerque a voté en principe l'établissement d'un laboratoire qui permettrait de réprimer la vente du lait tuberculeux : c'est là un des plus beaux fleurons de la couronne de la Sociélé Dunkerquoise.
» J'en ai fini. La première fois, Mesdames et Messieurs, que je suis appelé à parler devant vous comme premier
magistrat de In ville de Dunkerque, j'avais le strict devoir de rendre hommage au gigantesque effort de la Société Dunkerquoise.
» Notre Société a pris une place importante, non seulement à Dunkerque, mais aussi au dehors ; au milieu du mouvement de civilisation, elle a pris une situation prépondérante qu'il m'appartenait de vous signaler, non plus en son nom, mais au nom même de la ville de Dunkerque,
» Peut-être trouverez-vous cependant que j'ai parlé beaucoup plus en secrétaire général qu'en maire ; que vous importe si je n'ai dit que la vérité. »
Le discours de M. Terquem est souvent interrompu par de chaleureux applaudissements. Le parallèle qu'il a fait entre les progrès ininterrompus de la Science et l'effort de la Société Dankerquoise a été apprécié comme renonciation d'une vérité indiscutable, et les applaudissements s'adressaient autant à la forme même du discours qu'à la démonstration qu'il contenait.
Le Président donne la parole à M. L. Simon, secrétaire général, qui, dans un rapport clair et précis, rend compte des travaux de la Société pendant l'année 1908.
Rapport de M. L Simon
Secrétaire Général sur les Travaux de la Société
MoNsifcun le Président, Mesdames, Messieurs,
« Les fondateurs de notre Société ont sagement interdit dans ses discussions tout ce qui touche à la politique, mais
ils n'ont pu faire que celle-ci n'imposât de changements de personnes, et c'est à un de ces changements que je dois ls périlleux honneur de prendre aujourd'hui la parole pour résumer devant vous, en ma qualité de Secrétaire Général, les travaux de la Société Dunkerquoise durant l'année 1908. Tout d'abord, je dois exprimer tous mes remerciements à nos Collègues qui ont bien voulu m'appeler à ce poste ; certes ils pouvaient sans embarras choisir entre de plus compétents, mais ils ne pouvaient en dé/igner de plus sincèrement dévoué que moi aux travaux, aux progrès et à la prospérité de notre Compagnie. C'est un lien de plus qui rattache l'Université à notre Société, à laquelle les sympathies du corps enseignant sont, dois-je le dire, tout acquises. La tâche m'est difficile, vous disais-je, mais cependant je la trouve moins épineuse, puisque je compte m'efforcer de la continuer sur les vestiges de celui qui m'a précédé a cette place et que les suffrages de ses concitoyens ont appelé nu poste de premier magistrat de notre belle cité. C'est, Monsieur le Maire, confiant en notre amitié déjà longue que je me suis mis à l'œuvre avec moins de crainte et que j'ai surmonté une appréhension que vous mesurerez à l'étendue des regrets que vous avez éprouves de quitter le Secrétariat Général pour accepter la Présidence d'Honneur que vous attribuent nos statuts.
Ce poste de Secrétaire Général, vous l'avez occupé durant près de douze années <ans interruption et jamais avant vous, d.puis 57 ans qu'existe notre Compagnie, ces fonctions n'avaient été aussi longtemps aux mains du même titulaire. J'ai tenu à relire l'histoire de la Scciélé Dunkerquoise, si savamment écrite par périodes de 25 ans par MM. Mordacq et Debackeret votre modestie me permettra de constater que vous avez pris à ses travaux la plus grande part. Toujours
suï la brèchej aux côtés de notre regretté Président Honoraire, votre père, du Dr Frédéric Duriau et de celui qui pieusement continue sa tâche, vous avez assuré l'existence, si j'ose dire, matérielle de la Société et c'est avec un plaisir toujours nouveau que nous vous entendions, vos fidèles auditeurs, résumer en un rapport intéressant et toujours varié de forme, les travaux de nos collègues ; il me souvient, entre autres, de certaine trouvaille remontant au XVIf siècle, qu'un d'Aubignc dunkerquois n'aurait pas craiut de signer. Mois vous avez fait plus encore : droit, stratégie, vulgarisation scientifique, technique de la photographie, aucun domaine où votre curiosité, votre sagacité de cher cheur heureux, votre talent d'exposition claire et lucide ne s'exerçât ; permettez-moi de rappeler seulement ces expériences de télégraphie sans fil, remontant à une dizaine d'années, qu'avec notre savant collègue, M. E. Fesquct. vous nous a\ez montrées, et qui ont été une des premicro conférences qui ont été si heureusement reprises depuis quelques années et qui nous amènent sans cesse de nouveaux auditeurs. Votre activité s'est manifestée sous toutes les formes et vous me permettrez de ne pas passer sous silence une chère et précieuse collaboration, a laqiuile je rends ici un solennel et respectueux hommage.
» Avec un tel Mentor, quelle Compagnie ne serjit florissante ? La nôtre a montré, cette année encore, son incontestable vitalité : je n'en veux pour preuve que les deux volunKS de Mémoires qui ont paru et qui constituent un ensemble de travaux d'un millier de pages sur les sujets les plus divers tendant à l'enseignement des Sciences, di> Lettres et des Arts. Nous avons fait paraître aussi L* deuxième volume du Congrès des Sciences historiques d. 1907, où chacun de nous a retrouvé le résume de-
solennités qui l'ont marqué et aussi le texte intégral des communications qui y furent lues et discutées. Bien que tout ait déjà été dit sur cette manifestation scientifique, il me sera permis de rappeler qu'elle a eu pour but capital d'organiser le travail historique et nous ne tarderons pas à en voir les féconds résultats. Que dis-je ? il nous a été donné d'annoncer récemment, en la signalant à votre attention, l'apparition en librairie du IIe Volume de la « Défense Nationale dans le Nord en 1870-1871 » par notre éminent collègue, le Commandant Lévi, de l'Etat- Major du Ier Corps d'Armée, Membre de la Commission Historique du Département du Nord. Il fait revivre à nos yeux la période du 3 au 26 Décembre 1870 (Bataille de Pont-Noyelles; avec une précision de* détails stratégiques qui fixent ce point de notre histoire nationale et font autorité. Le Commandant Lévi a fait paraître aussi les « Procès-verbaux du Conseil Général du District de Bergues » et les « Girouettes à Gravelines » pendant les Cent jours, amusant tableau qui montre de nombreux personnages, et non des moindres, changeant d'opinion trois fois en quatre mois avec une facilité et un sans-gêne vraiment étourdissants. A ces intéressantes public.uions, je joindrai, du même auteur, la suite de « la Bataille d'Hondschoote » dont la documentation fouillée et précise, le style vif et clair font de ce volume le livre de chevet de tous ceux qui s'intéressent à notre histoire nationale et y puisent des exemples, des enseignements ou des leçons.
A ces travaux historiques, se rattache encore l'intéressante communication de notre Vice-Président, M. E. Bouchet, sur la « Conquête de la Hollande ^1794-1795^ », d'après les papiers du Général Léman e, un de nos concitoyens dont les descendants habitent encore notre ville.
Vous savez quel savant historien est le distingué Vice- Président de notre Société ; vous ne pouvez ignorer la grande part qu'il prend à nos travaux, en quelle estime or. tient ce bénédictin ; je n'aurais garde de passer ici sou> silence rattachante communication que je vous citais tout a l'heure, que tous ceux qui ne l'ont pas entendue voudront lire dans notre 46e volume de Mémoires.
. » Je rappellerai aussi les chapitres des « Annales Dunkerquoises » que M. le Dr Duriau, notre Président, relaie chaque mois dans des exposés nets, d'un style si personnel, où il extrait des archives et des dossiers les récits qui font revivre à vos yeux l'histoire de notre petite patrie. C'est i.'\ non de la petite histoire, mais de l'histoire attachante et vécue qui peut mieux vous faire comprendre l'époque troublée de la Révolution, histoire vraiment épique que les historiens de talent, comme Messieurs Duriau, Boucher et Lévi, aiment a étudier et à faire connaître.
» J'en aurai fini des travaux historiques quand j'aurai rappelé d'un mot la piquante lecture que nous a faite en séance M. le Sous Intendant Lévy des « Mémoires de Latrobe », un commissaire aux guerres (c'est ainsi qu'on désignait les hautes fonctions de l'Intendance sous la Révolution; qui rappellent par plus d'un côté les Mémoires de Marbot et de la duchesse d'Abrantès ; n'y voit-on pas entre autres cet employé subalterne provoqué en duel par son général de division ! Curieuse poque, mœurs bizarre*. qui déroutent nos notions actuelles de la ferme et inflexible discipline.
» Du même auteur je signale ai une notice sur « I.e> Réqui -.irions militaires à Dunkerqi e sous la Révolution (1793- 1798; ». Personne n'était plus qualifié que M. le
Sous Intendant Lévy pour nous retracer la façon dont on opérait le ravitaillement sous h irc République. C'est aussi un cours d'économie sociale que M. Rolland nous a retracé avec humour et un souci minutieux dis préoccupations actuelles, en écrivant « Vins, liqueurs et spiritueux d'il y a 2.000 ans ». La crise viticole de Tan dernier n'était pas, hélas ! chose nouvelle et nous avons suivi avec Pline l'ancien et notre collègue les procédés de fabrication et aussi de falsification des liquides avant Jésus-Christ et de nos jours. Dans un autre ordre d'idées, la notice « Hygiène de la marine marchande, projet d'un navire salubre », par M. Frédéric Borel, médecin sanitaire maritime, lauréat de l'Institut et notre concitoyen M. Olry Collet, ingénieur civil des constructions navales, était appelé à nous intéresser des plus vivement ; je vous parlerai tout à l'heure d'un travail analogue de M. Ponevin.
L'économie sociale a encore trouvé un exact et éloquent interprète en la personne de notre collègue, M. Georges Morael, qui a traité de « L'Assurance sur la vie en France ». Vous n'ignorez pas l'acuité de la crise qui a sévi en Amérique, il y a un an ; M. Morael a développé à son heure un sujet d'une piquante et instructive actualité.
» Les œuvres moins sévères, les productions littéraires ne nous ont pas manqué non plus cette année. M. Auguste Petyt, membre correspondant de la Société, a bien voulu faire insérer dans notre 47e volume une Comédie en un acte « Les Perles », qui fut jouée sur une grande scène parisienne. C'est une comédie toute moderne qui a dû faire une profonde impression sur les auditeur?, et dont la lecture seule fait grand honneur au talent de notre concitoyen et collègue. M. Lecocq a fait paraître deux essais : « Les
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Mésaventures d'un Professeur » et « Le Chapeau du Docteur », où nous retrouvons, avec les leçons du sa van: praticien, la pointe d'émotion que vous vous expliquera: en relisant ce touchant épisode de la vie de son père. En accueillant ces nouvelles, la Société Dunkerquoise montre qu'. l'exemple du vieux poète latin, rien de ce qui est humain r.e lui reste étranger.
» Très attachante est aussi la lecture de ce petit traira des superstitions régionales, reste des temps passés ; \l\ nommé l'opuscule de notre distingué Vice-Président. M. E. Debacker, sur la a Lecture en bas ». Celui qui, dans 1^ villages, prononce les exorcismes qui doivent débarras: les auditeurs crédules de tous les maux qui les accablent, procède à la Lecture en bas. et il n'e^t encore que tror consulté en ce début de XXe siècle parmi nos populations rurales. Je voudrais vous en parler plus longuement, le sujet étant des plus intéressants ; mais je pourrais avoir à redouter qu'en parlant trop longtemps, vous n'appeliez de toj> vos voeux le lecteur en bas qui vous débarrasserait du .. lecteur que je suis.
» Je vous parlais, il n'y a qu'un instant, de nos conférence* qui restent toujours au premier rang de nos pitoccupaûon^ Leur but de vulgarisation, le talent de nos conférenciers qui, avec un louable dévouement, viennent du centre académique du Nord nous apporter la bonne parole et l'appui de leur science exacte et si documentée, et, ne le dirai-:e pas, Mesdames et Messieurs, le succès toujours coihs/.n: que vous voulez bien leur assurer par votre fidèle présence et vos flatteuses sympathies, tout nous fait un devoir v.c les continuer, d'en varier le thème et aussi de les agrémenter d'auditions musicales pour lesquelles nos collègues que vous
venez d'applaudir, voudront bien agréer ici tous nos remerciements. Je vous rappellerai les remarquables entretiens de M. Médéric Dufour sur « Les fables de La Fontaine » jugées par M. Rémv de Gourmont, de NI. Lirondelle sur « Un ménage de poètes, Robert et Elisabeth Browning », de M. Clément sur « Stendhal », de M. Demangeon sur « Christophe Colomb ». Leur souvenir vous est resté trop présent à la mémoire pour que je veuille vous en rappeler autre chose que le titre, mais ce que vous me permettrez de dire, c'est toute la gratitude que nous devons aux membres de i'Lnseignement Supérieur de Lille pour leur zèle, et l'admiration que nous inspirent ces travaux désintéressés les labeurs de ces hommes de science qui sur tous les sujets trouvent à nous parler et à nous intéresser, dans tous le<domaints trouvent à cueillir et à glaner et nous font participer à l'oeuvre de reconstitution et de rénovation littéraire, historique et scientifique qui seront la gloire du XX" siècle comme de celui qui la précédé.
» A la suite de ces vaillants pionniers de la science, une place, très méritoire encore, est réservée à Messieurs les Mvmbres de la Socn'lc Dinikerquoise qui emploient les loisirs d'une existence souvent très remplie à compulser les vieux dossiers, à faire revivre sous nos yeux la vie de notre cité et de notre pays flamand, aux coutumes parfois bizarres dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Il est plus d'un d'entre vous qui, ayant parcouru mardi et mercredi derniers les piincipales artères de notre ville, où l'opaque brouillard était percé des mille lueurs que jetaient les lanternes enfantines, plus d'un, dis-je, s'est rappelé lessi curieuses communications de MM. Lecocq et Debacker sur les Oi igines de la Fête de la Sr-Mai tin et s'est étonné d'apprendre que cette
Mémoires de la Société Dutiierquoise,
fête, d'origine païenne, est venue jusqu'à nous et s'o: propagée chez la plupart des peuples de l'Europe septentrionale. L'étranger qui vient dans notre ville en cette saison, sera, lui aussi, heureux- d'apprendre, en lisant la relation iL ces travaux si fouillés, que le Dunkerquois conserve le souvenir de ses ancêtres. N'est-ce pas là une preuve de p'.> que l'histoire est un perpétuel recommencement et que !;> traditions anciennes, les coutumes de nos pères ont conî'ibué à faire de nous les continuateurs des siècles passez comme nous léguerons à nos descendants un patrimein* d'idées, de traditions, de notions scientifiques, qu'ils auror.: à cœur, eux aussi, de conserver et d'augmenter. Ainsi k poursuit la marche des siècles, ainsi les cités se fondent c: s'accroissent, les êtres se perfectionnent, ainsi s'expliqu; cette curieuse antinomie : le progrès dans la conservation des coutumes et des mœurs qui ont créé l'individualité Ce peuples et des races.
» Un autre de nos collègues, M. Bossaut, nous a communiqué des vues tiès originales sur le peuple chinois, l particulier sur la politesse chinoise. Et n allez pas vc étonner qu'une relation des mœurs de ce pays si loin:.: nous ait vivement intéressés. L'ethnographie est u~. branche de l'histoire générale, et, à ce titre, elle a sa pl.u\ toute marquée dans nos travaux, pour nous surtout cl de par la situation géographique et économique de m :r port, trafiquons avec les pays du monde les plus éloii::^ sur la sphère terrestre. Si vous ajoutez à l'intérêt génc:~ de cette communication le style alerte, les aperçus piquai:*les saillies et les boutades spirituelles qui sont la « nianiCrc de notre collègue, vous serez tentés de lire, de relire c. trop courts tableaux de la vie chinoise.
SKAXCK SOLKXNELLK 307
» Trois autres membres de notre Société nous ramènent a un ordre d'idées plus voisin de 11011% je veux parler du tiavail de M. Lanoire sur « La Poussière du Greffe », de cJ.ui de M. Poitevin sur 1' « Hôpital Moderne » et de celui vie MM. DuriauetPeuiliiésur la îecente épidémie de variole.
» Avec sa science achevée du droit, M. Lanoire nous a dépeint sous ce titre « La Poussière du Greffe », les principaux arrêts de nos tribunaux locaux à la suite de la Révolution. Montrer que l'idée de droit, les nobles notions de liberté, d'égalité, de justice ont pénétré les esprits à la suite de id secousse tragique de 1789, faire voir l'influence que ce*> nouvelles idées ont exercée sur les sentences juridiques et ^ur la conception de l'exercice du droit, voilà ce qu'a fait excellemment notre collègue. Le louer ici serait superflu, mais sa modestie ne sera pas mi^e à une trop rude épreuve, m nous rappelons en cette enceinte la chaude et sympathique admiration que sa notice a soulevée parmi nous ; ceux qui ne l'ont pas entendue .^e rappelleront qu'ici même i!s ont eu le plaisir de l'applaudir, deux années de suite, à la lecture de ses rapports sur nos concours de prose et de j\)ésie.
» Pour M. -Poitevin, la tâche n'était pas moins ingrate. 1. nous a initiés à la construction d'un hôpital moderne et x.jus vous rendrez compte de l'étendue et de l'exactitude de ^0:1 travail, quand j'aurai rappelé à vos mémoires tout ce ir;e vous avez pu lire ou entendre dire au sujet des exigences inéluctables aujourd'hui de l'antisepsie et de la prophylaxie modernes. L'homme est sujet aux maladies qui le guettent et l'epient comme une proie. Que deviendrait l'humanité, si, dans les traitements méàicaux, toutes les précautions n'étaient prises pour éviter la contagion ? Aussi est-ce autant
à rhomme de métier, je veux dire au médecin, qu'à l'ingénieur et à l'architecte qu'il faut avoir recours po.' construire un de ces palais modernes, œuvre de solidarité où s'enferment médecins, internes et infirmiers pour soulager les maux dont la maladie assaille notre conditx humaine. J'ai le grand honneur de rendre ici homnuge- M. Portevin qui a su nous montrer quelles condition» matérielles un hôpital moderne doit réunir pour réponde à toutes ces exigences.
» Non moins intéressant est le travail que notre disticfi: Président, le Docteur Duriau, a fait paraître, dans r K Mémoires, en collaboration avec le Docteur Feuillié, inter:: des hôpitaux de Paris, sur le traitement de la variole, *v une thérapeutique nouvelle qui leur a donné les meiilei/ résultats. Il n'est point de maladie qui surprenne davant:par la soudaineté de ses manifestations, qui risque de no: prendre plus au dépourvu que la variole, à laquelle Du kerque, comme tous les ports de commerce,soit plus expose. Nous dire tout ce qui fut fait, tout ce qu'il y avait à fa:\ tout ce qu'il y aurait à faire, en cas de retour de ce:: maladie, rentrait aussi dans notre vaste programme.
» La maladie, vous disais-je, il n'y a qu'un instant, n.~ guette et nous épie ; n'y a-t-il pas à la dépopulation c: l'amoindrissement numérique et spécifique de la race ivi çaise d'autres causes plus générales, plus constantes, si j\r-: dire ? C'est ce que le Docteur Lancry a recherché dans ^ livre sur les « Villes Meurtrières » pour lequel a collabo* avec lui le Docteur Guérillon et qui est préfacé par le profes-: . Landouzy . Il est un mal plus grand que la maladie qui ouver . ment s'attaque à nous, c'est cet ensemble de causes pan:c. lières qui affaiblissent l'organisme, c'est la tuberculose, cV
l'alcoolisme, c'est la surpopulation des villes et l'appauvrissement vraiment trop rapide de nos populations maritimes et agricoles. On sourit quelquefois de constater que l'agriculture manque de bras, c'est devenu un dicton, une vérité banale. Notre collègue a démontré, avec des arguments irréfutables, avec cette logique de la statistique et des chiffres que les grandes villes, que Paris, étaient des gouffres où la population des campagnes allait perdre le meilleur de notre race, que l'atelier, l'usine faisaient perdre à la population rurale trop pressée de renoncer à l'agriculture pour les remplir, dix, vingt années d'existence, faisaient perdre enfin à notre population globale des unités qui lui sont indispensables dans l'état économique actuel des peuples, nos rivaux. M. le Dr Lancry propose comme remède l'établissement d'une dot agraire, qui permette au cultivateur de rester sur le sol natal et de se livrer à la culture, comme l'a fait son père, au lieu d'aller se perdre dans la grande masse qui peuple les villes. Et certes, il y a à faire en ce sens ; des siècles seront nécessaires pour qu'une telle réforme, une fois réalisée, donne tous ses fruits ; nous n'avons, pour le présent, qu'à former des vceux pour son adoption à bref délai, et à louer le Dr Lancry de la préconiser avec une telle persévérance et une compétence que nul ne saurait lui contester.
») Cette réforme nous amène à une œuvre de notre Société, dont nous avons le droit d'être fiers et qui, grâce à l'initiative et au zèle du Dr Duval, e;t déjà passée dans nos habitudes et donne les meilleurs résultats. Je me garderai bien, mon cher collègue, de vous remplacer dans le compte-rendu de votre cours de Puériculture, de plus en plus applaudi, et dans l'exposé du programme plus étendu
que vous comptez traiter cet hiver. Nous vous entendre tout à l'heure dire les résultats que vous avez obtc:; mais je tiens à dire quelque chose que vous ne direz pe. ■ être pas, que sûrement vous ne direz pas, c'est to .: dévouement que vous apportez à faire ce cours, à dérac*.: les mille préjugés qui courent nos campagnes et nos v: .• sur la façon de soigner les enfants du premier âge ; er c. votre œuvre prolonge celle du Dr Lancrv dont je parla'.* n'y a qu'un instant ; économiser les vies humaines pouplus grand bien de notre société moderne ; là n'est p:;> ■. mince mérite et vous serez d'accord avec moi, Mesdames et Messieurs, pour rendre à M. Duval un sincère et légiti-v. hommage.
» Mesdames et Messieurs, je dois m'excuser d'avoir -. tenu si longtemps votre attention, j'aurais encore à \v parler de nos différents concours, mais je veux laisse; parole à chacun des rapporteurs, qui, mieux que moi, \ ... diront ce qui a été fait. J'ai tenu à vous montrer que c^:\ année qui s'achève a été fructueuse pour notre Société J/' ' les rangs grossissent d'année en année, et qu'elle a su . maintenir à la hauteur où l'ont élevée les travaux de devanciers. Ils font mieux que nous encourager par '. exemple, plus d'un sert, ap:ès sa mort, la g'ande c.ui^ progrès et de la science. Vous le savez mieux que perso:*" Monsieur le Président, qui avez, avec une piété n.v élaboré les statuts de ce prix destiné à récompenser mérites scientifiques, auquel votre regretté Père a te: attacher son nom. Ainsi soutenus par l'exemple e: encouragements des promote'.r. de "o:re Société, :»u^ pouvons que continuer daus la \oie qifi's nous on: :r.:.. et tenant haut et tenue le drapeau, confirmer la dev^e notre Société : « Toujours en avant ! »
SÉANCE SOLEXXEIXE 31 1
Ce rapport, le premier du nouveau secrétaire général, met en lumière le travail continu et sans relâche de la Société Dunkenjuoi^ ; il est accueilli avec la plus vive sympathie par le public dont la bienveillance ne s'est pas démentie un seul instant.
Au milieu de l'attention générale. Mî; J. Keneut, lauréate des concours de diction, détaille avec beaucoup de linesseel de goût « Les Petits Pâtés »,de J. Normand, et recueille des applaudissements bien mérités.
M. S. Dreyfus donne lecture de son rapport sur les concours de prose et de poésie.
Rapport de M. S. Dreyfus
sur le concours de Prose et de Poésie.
« Mesdames et Messieurs,
» Il m'est particulièrement agréable de vous dire que les concours littéraires de 190S font honneur à la SotiM Dttnkerqtwise, et c'e^t awc une réelle satisfaction que votre Commission a distribué un nombre inusité de récompenses.
» Le concours de poésie, notamment, nous a paru intéressant, varié et, dans son ensembe, plein de substance. Je ne dis pas que nous ayons découvert beaucoup do grands poètes et je reconnais bien volontiers que dans les œuvres qu'on nous a envoyées, le génie est souvent remplacé par la bonne volonté : en lisant les 41 pièce» de vers qui s'offraient à notre appréciation, j'ai pensé plus d'une fois au fameux vers d'Ovide :
« ... quid tcnlabam scriberc versus erat. »
« Chaque fois que j'essayais d'écrire, c'étaient des ve> que j'écrivais ».
» Nos concurrents ne sont pas tous des Ovide, et noi> avons lu quelques vers qui ont certainement été pensés tn prose ; néanmoins, le nombre des poèmes retenus par no divers collègues a été dès l'abord considérable ; il a mcn:. été tellement considérable que, pour nous mettre d'accord, nous avons dû procéder à un véritable vote en vue de l'attribution des récompenses.
» Et quand on a pris part à un vote comme celui-là. \ vous prie de croire qu'on n'est pas tenté de se considérer comme infaillible dans ses appréciations : on assiste avec étonnement au défilé d'une série de jugements délicieusement contradictoires, et on se demande comment une oeuvre déterminée, examinée successivement par les ditîérents membres d'une même Commission, peut mèritetantôt la note 17 et tantôt la note 2. Sont-ce les auui:r> ou les commissaires qui sont responsables d'une pareil e divergence d'opinions ? Je crois bien que cette questi.* * restera éternellement j-ans réponse, car les auteurs, j'ai:iv. à l'espérer du moins, ne seront jamais tentés de clui:s<c: les sabots du meunier de ta fable ; de son côté, la Commission est composée avec un éclectisme qui est pour les concurrents la meilleure garantie d'impartialité. Elle comprend des représentants de toutes les professions et de tous les âges 'je suis dé>oié de ne pouvoir ajouter : et di tous les sexes) ; chacun juge avec son goût, son tcnif*rament, son éducation, sa culture, ci tout le monde s'incline avec la meilleure grâce devant les décidions de ' : majorité. Quant à la minorité, les concurrents évince-
&EANCK SOLENNELLE 313
reconnaissent toujours qu'elle comprend des hommes d'un jugement très sûr et très averti.
» J'ai peut-être été fort indiscret en vous faisant pénétrer dans nos chastes coulisses et en vous dévoilant les mystères de notre foyer des artistes. Mais j'ai bien été obligé de sacrifier au goût du jour et de vous entretenir de notre méthode de travail. Quand une œuvre théâtrale fait son apparition, !e public ne se contente plus d'assister au spectacle; il lui faut des renseignements détaillés sur les lépétitions plus ou moins générales, sur les cuisines de diverse nature qui autrefois restaient dans l'ombre, sur l'état d'àme de l'auteur. l\mvais-je faire autrement que de vous livrer l'état d'àme de la Commission ?
» Elle a été très raisonnable, cette Commission ; elle s'est acquittée de sa lâche en taisant parler d'elle le moins possible, et elle n'a pas cherché à étonner le monde par l'imprévu de ses décisions. Quelques esprits chagrins pourront peut-être lui reprocher d'avoir trouvé sa besogne un peu lourde : j'avoue qu'une pareille critique ne serait pas tout à tait dénuée de fondement, et je suis sûr que la Commission n'aurait plus rien à désirer si l'on pouvait, l'année prochaine, compléter le programme du concours par un article additionnel stipulant que les gens d'esprit seront seuls admis à concourir.
» Deux poèmes nous ont paru mériter la médaille de vermeil : le premier, Licdcr, est extrêmement court, et comprend tout juste se:;:e vers de huit pieds ; il nous a plu par sa concision, la simplicité de sa facture et la vigueur un peu cruelle des tableaux qu'il offre successivement à nos regards : « Si ta main, s'écrie tristement le poète,
Si ta main mise sur mon cœur Pouvait se fermer et le prendre, Tu pourrais peut-être comprendre Sa longue et secrète douleur ;
Tu comprendrais ce qu'il te cache En voyant tes doigts pleins de sang Dont le jet pourpre et jaillissant Ferait sur ta robe une tache ;
Mais peut-être alors, ô misère !
Avec un geste de dégoût Tu jetterais, comme un caillou, Ce cceur saignant dans la poussière,
Et, le laissant sur le chemin,
— Toujours froide et toujours sereine —
A la source la plus prochaine
Tu tfcen irais laver ta main.
» Ces vers ne font-ils pas songer à du Richepin, et n\îi- pas eu raison de vous les faire connaître ? Mais je m'aperçois, trop tard, hélas ! que je suis en faute, puisque '. Commission n'avait pas décidé l'impression des enwv récompenses. J'espère que M,Ie Pied no nie saura pas m ~ mauvais gré de mon indiscrétion. Si elle nous avait adre>< un de ces longs poèmes qui ne valent pas un sonnet sjn défaut, son œuvre ne se serait pas glissée subrepticeme : entre deux paragraphes de ce rapport. Les concurrents à c la brièveté tait horreur ne se trouveront jamais expo cun semblable accident.
» Il y a de très beaux alexandrins, très sonores e: :r^ harmonieux, dims Nostalgie, à qui la Commission a attri^une médaille de vermeil. La langue est pure et poétic-*.la coupe des vers est variée et souvent heureuse ; on 5t*. que l'écrivain est bien le maître de sa prosodie.
»■ Le poète a la o nostalgie * d'un pays de rêve. Il nous en donne des vi-ior< éD-oui^santes qui ne perdraient rien de !eir* é:Lu si on Ks r mproch jïi de la divine musique d'un Gluck on de l'immatérielle peinture d'un Puvis de Cha- \ amies. Et j'ai tojt lieu de croire que ce poème eût obtenu la médaille d'or s'il ne prêtait pas ie flanc à une critique que ; ai le devoir de vou* signale-. Clio.-e curieuse, les qualités incontestables et le léger déûuit de i'œuvre paraissent iésumés dans le vers suivait où l'auteur nous livre ses impressions :
« J'ai le regret obscur, d'un merveilleux pays. »
» Le pays est véritablement merveilleux, mais le regret est un peu trop obscur, et nous ne comprenons pas toujours très bien la plainte inquiète du poète qui se sent exilé « d'un ciel primitif». Mais je prie Madame Lesclide de ne pas attacher à cette observation une importance exagérée : de grands, de très grands poètes se sont souvent attiré de semblables reproches, et n'est-ce pas à Victor Hugo qu'on avait méchamment attribué la paternité d'une préface commençant par ces mots : « Q.«anJ j'ai écrit ce livre, Dieu seul et moi nous le comprenions ; maintenant il n'y a plus que Dieu » ?
» Voici venir la médaille d'argent attribuée à la Vieille Chanson de M. Reigner. Le sujet de cette chanson n'est peutètie pas extrêmement original u la correction des vers laisse parfois à désirer ; mais voyez comme les premiers quatrains sont d'une jolie inspiration :
Je .sais une vieille «.ban:- on Fleurant l'amour et le printemps ; Je sais une vieille chanson Pour les amoureux Je vingt ans.
316 SOCIÉTÉ DDNKERQUÔ1SË
Cela se chante au bord du soir, Quand le jour a peur de mourir, Cela se chante au bord du soir, Quand les étoiles vont fleurir.
Le fils du roi, dit ma chanson, Passant près du troupeau d'An nette,
A la fille conta fleurette
Un fils de roi, c'est beau garçon !...
» Vous devinez la suite : la tendre Annette ne se montre pas cruelle, et les jeunes amoureux jouissent du bonheur le plus pur ; mais il survient une marquise, et cela suffit pour que notre dauphin oublie sa blonde bergère : le prince ne tarde pas à mourir, victime d'un meurtre mystérieux. Voilà, certes, une punition cent fois méritée ; mais il était si gentil, ce fils du roi, il avait un parler si doux, que sa mort nous fait beaucoup de peine. Et puis, pourquoi fautil que le poète, dédaigneux de la forme, écrive : o J'ai interrogé de vieux pâtres » ? Vous représentez-vous Boileau mis tout à coup en présence d'un hiatus aussi totalement dénué de pudeur ? Croyez-vous qu'on aurait vu se dresser sur la tète du grand homme les boucles raisonnables de son imposante perruque ? Nous n'en sommes plus là, heureusement ; nous avons l'audace de couronner des œuvres qu'on aurait impitoyablement repoussées à l'époque de la toute-puissance de Y art poétique, et si le laborieux auteur au Lutrin prenait part au concours de la Société Dunkenjuoisi\ nous ne lui donnerions peut-être pas la première récompense... S'il est dans l'assemblée quelque personne très sage et très pondérée qui ait conservé de la tendresse pour l'oncle de tous les poètes, je la prie instamment de vouloir bien me pardonner.
» Les Mélancolies d'Automne, délicatement chantée* par M
Lezay, ont obtenu une médaille de bronze. Dans une série de cinq pièces qui procèdent toutes de la même inspiration le poète se sent d'abord gagné parla mélancolie de l'automne, qu'il aime d'une tendresse particulière et qu'il peint avec un rare bonheur d'expression :
Octobre sur les monts met sa palette d'or, Et les feuilles des bois lentement envolées Pleuvent de toute part dans le ciel qui s'endort, Pleuvent, papillons fous, à travers les allées, Comme des points tombés d'une palette d'or.
» (Voilà, certes, des vers qui pourraient s'intercaler dans le cinquième acte de Cyrano sans déparer le joli poème de Rostand). Mais le poète ne se laisse pas décourager, et il oppose énergiquement l'immortalité de son amour à l'agonie automnale de la nature.
» J'en aurai terminé avec les pièces de vers récompensées par la Commission quand je vous aurai signalé les trois œuvres auxquelles nous avons attribué des mentions : le Souvenir, de M. Bonnefoy,cri de rage d'un aman: abandonné et qui ne veut pas se laisser oublier ; les Cèdres du Liban, hommage imposant rendu par M. Ronchail à la majesté des arbres séculaires aujourd'hui disparus ; et les Sonnets Pyrénéens, de M1Ic Cochet, visions pénétrantes de l'orgueilleux glacier et de l'humble ruisseau, des beautés de la nature et des gestes de l'humanité. — Et je ne veux pas quitter les poètes sans les féliciter encore de leurs elïbrts généreux et sans les remercier des bons moments qu'ils nous ont fait passer en nous donnant beaucoup de belles pages à lire.
» Les vingt prosateurs qui ont répondu à notre appel no* «s ont envoyé des pages encore plus nombreuses, mais la
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Commission ne paraît pas leur en avoir tenu riguei: puisqu'elle n'a pas récompensé moins de sept envois.
» Le concours de prose pourrait presque s'appeler cy cours de .nouvelles : chaque année, en eflet, nous vovyt grandir le nombre des écrivains que les lauriers de Mau;..: sant empêchent de dormir. Aussi bien, je ne connais i de légal plus délicat pour un palais raffiné que la dégu>Y tion d'une nouvelle de qualité supérieure ; mais, p»:i:r faire apprécier des gourmets, il faut savoir utiliser la w ■ table r cette, celle que dans ma jeunesse j'ai ente;:-, résumer comme suit : « Quand vous avez bien choisi \vr sujet, découpez-ic e-u tranches, chaque tranche formant: tableau complet ; montrez-nous l'atmosphère du tabule milieu dans lequel évoluent les personnages, les iîiolu ments, les gestes, les sentiments de chacun ; que votre r ;/ ration soit disposée comme ces chemins de croix qui oni*. les églises et qui racontent l'histoire de la Passion par . simple reproduction des scènes les plus importantes ; cy. votre langue soit savoureuse, votre style relevé, pa> :y relevé pourtant, et n'abusez pa^ des hors-d'œuvre >y
» Je parle, bien entendu, en mon nom personnel, e: ne veux pas que vous accusiez la Commission de i»ourr.v dise : quand nous sommes réunis autour de notre u: nous ne cherchons qu'à retenir les morceaux les plus d::;r, d'être goûtés, sans nous préoccuper outre mesure J* manière dont on les a préparés.
» Lu Dame de Pcy-Bcrluml a valu à M. Fromonî y médaille de vermeil. Par ce co:.:c vibrant et coloré, • apprenons que le rêve q'ii nous fait vivre est ai^si cqui nous fait mourir. Mai» quel joli rêve et quelle mort ! Comme elle est touchante, cette misérable v—
Cadichonne, dans sa vénération passionnée pour la radieuse statue de la Vierge qui, du haut de l'antique tour de Pey- Beiland, sourit à sa pauvre adoratrice ! La céleste statue ne se contente pas de sourire ; elle vient demander à Cadichonne s'il lui plaît d'aller prendre au sommet de la tour de pierre la place de la sainte femme qui" s'y dresse sous les traits de la Vierge. Et Cadichonne monte à la tour ; mais la statue ne bouge pas, malgré les supplications de la visiteuse. Désespérée, la malheureuse veut redescendre : elle tombe dans le vide et meurt.
» Il faut rendre hommage au talent de l'auteur : avec un art qui semble s'ignorer, il a opposé la sombie laideur du taudis à la foi éclatante qui illumine Pâme de la pauvresse ; nous peinons et nous souffrons avec Cadichonne, lorsque un effort surhumain la porte tant bien que mal jusqu'au sommet de la tour. Seulement je supplie M. Fromont de surveiller son style et d'éviter les expressions vulgaires : pourquoi dire que Cadichonne « rentre » dans la tour quand pour la première fois elle se présente devant le monument ? Il faut laisser ce langage au porte-clefs préposé à la garde de l'édifice. Une œuvre aussi profondément imprégnée de poésie mériterait d'être vêtue d'une robe immaculée.
» Tout est soigné dans l'Effacée de M. et Mme Lezay : la mise en scène, le dessin des personnages et l'étude des ravages causés par une passion terriblement italienne : un sculpteur de Venise, devenu amoureux de son modèle, se prépare tranquillement à empoisonner sa femme; celle-ci, avertie par une indiscrétion, se tue pour ne pas troubler le bonheur du grand artiste qu'elle a toujours adoré. Cela pourrait s'appeler « la vertu punie et le crime récompensé »,
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mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans le r..v des passions illustres et qu'il s'y est toujours produit événements grandioses.
» Il n'y a rien de grandiose, p.ir contre, dans l'histoire J; derniers moments de Monsieur Gmidourieii, racontée :. M. de la Villehervé. Les meilleurs amis de M. Gandoura. le laissent mourir seul ; ils n'ont plus besoin de le soi^" puisqu'ils viennent de s'essurer que le vieux célibataire \z. a légué toute sa fortune. Le récit est vif et alerte, et l'au\: a trouvé des scènes tragi-comiques qui font plus d'une :. penser à Regnard. Oserai-je avouer, en présence de \w excellent Président, que nous avons été particuiièrer. „ amusés par l'attitude d'un médecin qui ne veut pas qui::. une noce pour aller soigner son malade et qui, des qui. trouve auprès du patient, ne pense plus qu'à retourre: bal ? Il ne s'agit, après tout, que d'un personnage de :. médie, et nous savons, par ailleurs, que des uiéJec semblables au docteur Garel n'existent que dans Tima^i. tion des conteurs. Excuse-nous, mon cher PreMdi: d'avoir donné une médaille d'argent à Monsieur Gandonr
» Le Grand Secret, envoyé par M. du Sandillat. a été . compensé par une médaille de bronze. On y voi: pauvres enfants qui, la veille de Noël, se rendent m^:; rieusement au cimetière pour déposer de modestes cade-. sur la tombe de leur petit frère. C'est fort bien écrit et v. ne peut se lire sans une émotion profonde et de bon «
» Le Verger, qui a obtenu une mention, n'est autre l'histoire, très joliment contée d'ailleurs, de deux ta::* ennemies. Dans Tune de ces familles, il y a un beau ;^ homme ; dans l'autre, une belle jeune fille. Vous \\ . u'ici ce qui va se passer... Et tout en lisant cette gracier
nouvelle, je me disais : « Comment l'auteur va-t-il s'y prendre pour qu'on ne lui ne reproche pas de s'être inspiré de Shakespeare ? » Eh bien, M. Calétan a été extrêmement malin ; il fait tout simplement dire à son jeune héros : « Nous serons Roméo et Juliette ». Et la Commission a prouvé une fois de plus à notre habile conteur qu'un péché avoué est Souvent plus qu'aux trois quarts pardonné.
» 11 me faut mentionner enfin le Mariage idylliquejtMe&u poétique crayonné par Mme Lesclide, et les Nouvelles de Flandre, de M. Debeyre, qui nous ont inspiré tour à tour de la terreur et de l'attendrissement.
» Arrivé au bout de ma tâche, je m'aperçois que tout en retenant votre attention au-delà des limites permises, j'ai fort peu parlé des auteurs qui n'ont pas obtenu de récompenses et dont les noms resteront à jamais ignorés. Je leur souhaite de tout cœur un meilleur succès pour l'année prochaine. Quant à vous, Mesdames et Messieurs, je vous souhaite, en vue des concours ultérieurs, un rapporteur plus expert, plus concis et plus éloquent. »
Le rapport* de M. S. Dreyfus, écrit très spirituellement, plein d'imprévus élégants et d'un style très lin, est salué par des applaudissements unanimes qui prouvent au rapporteur tout le plaisir que l'assemblée a pris à l'entendre.
La section musicale interprète avec un grand sentiment artistique « Premier amour » de Michiels, puis M. le Dr Duval donne lecture de son rapport sur le concours de Puériculture.
Mémoires de la Société DuiderquoUi, — 19Cb
Rapport de M. le D' Duval
sur le Concours de Puériculture
« Mesdames, Messieurs,
» Il est à peine utile de vous rappeler ici la genèse L Cours de Puériculture organisé par la Société Dunkerqucl- Comme tous ceux que préoccupe l'avenir de notre chcrt France, comme tous ceux qui ne peuvent voir sans un affreux serrement de cœur l'effroyable mortalité qui sév.: sur les enfants au-dessous d'un an, dans les population ouvrières surtout, nous avons suivi l'admirable élan Cv philanthropie et de charité qui, dans ces dernières anncc<. entraîne tant de cœurs généreux dans une ardente croisai contre l'ignorance et les préjugés, à l'effet d'arracher *trépas des milliers d'innocents qui ne demandent qu'à vivre
» Le nombre des assistants au Cours de cette année : considérablement augmenté. Des élèves des Kcoles ^ filles de la rue de la Panne et de la rue des Vieux-Renipar> assistaient régulièrement à ces conférences.
» Vous vous souvenez que l'an dernier, le concourd'hygiène de l'enfance n'avait pas été brillant. Par t.. malentendu, trois concurrentes seulement s'étaient pres. tées. Il n'en a pas été de même cette année, vingt-qur'. élèves ont tenté l'épreuve.
»Nous leur avons donné deux heures et demie yc-' traiter la question suivante :
« Quel est, pour le nouveau-né, l'aliment réunis^*' toutes les perfections ? — Parlez des différentes son:.* d'allaitement. — Auquel donnez-vous la préférence ? •
» Ce sujet permettait de démontrer et de développer longuement la grande supériorité de l'allaitement maternel, et de donner u îe indication plus succincte sur l'allaitement artificiel et mixte.
» Toutes les copies sans exception ont indiqué le principe fondamental sur lequel insistent tant les médecins s' occupant de pédiatrie. Ce principe était exprimé suivant l'âge de l'élève, sjivant son tempérament personnel, d'une façon spéciale. Il me serait difficile de vous dépeindre ma satisfaction à la lecture de ces compositions. Je vais vous en lire quelques extraits qui vous permettront de juger de leur intérêt.
» Voici le début de la copie classée première . pour laquelle la Société Dunkerquoise a décerné une médaille de vermeil offerte par M. Dumont, conseiller général :
« L'aliment le plus nourrissant, celui qui remplit les » meilleures conditions au point de vue de la santé du » nouveau-né, c'est le lait de sa maman. Le devoir absolu » de toute mère est donc d'allaiter son bébé. »
» Et plus loin :
« La mère a donc le devoir absolu de nourrir son enfant » elft-même, si elle veut le conserver sain et bien portant. » Iille ne doit pas le confier aux soins d'une nourrice » mercenaire. — Cependant le Médecin juge quelquefois » que la mère ne peut nourrir. »
» Plus loin cette citation que ne désapprouverait certainement aucun pédiatre :
« Le lait de femme a sur le lait de vache un très grand » avantage. Dans l'estomac des bébés, le lait de la maman
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» se divise en fins petits caillots, ce qui faciKte la digestion. » Le lait de vache, au contraire, forme de gros caillou » lents et difficiles à digérer. »
» La première partie de cette composition est excellent la supériorité de l'allaitement maternel a été on ne pcLt mieux établie ; la fin seule de cette copie est faible, il y a certaine description bizarre de la vie microbienne et Toub . de l'indication du nombre des tétées journalières.
» La deuxième composition, de style beaucoup plus ais%: que la première, nous donne des aperçus tout autre>. Ainsi, après avoir indiqué d'une façon moins puissante que la première que l'allaitement au sein est préférable ^ beaucoup à l'allaitement artificiel, l'auteur ajoute :
« On a remarqué que les enfants élevés au sein prospe- » raient beaucoup plus vite et plus normalement que ccw » élevés au biberon »
» Et plus loin :
« Il est évident que l'allaitement de la mère est super!*-' » à celui d'une nounice. La maman prend tous les s.: » de propreté nécessaires, elle surveille son alimenutu » tandis que la nourrice ne prend pas toutes ces prcci.- » tions »
» Suit une idée suffisante sur le régime de la mère c. allaite, se terminant ainsi :
« Elle doit également ne pas se surmener, ne p~> » fatiguer, se coucher tôt, se lever tard. — Le nombre J » tétées doit être réglé avec beaucoup de soin, il ne î".. » jus nourrir trop son enfant. »
» Plus loin, à propos de l'allaitement artificiel et -baptême du lait par les fermiers ou livreurs peu scrupule--
« Le coupage avec de l'eau ne nuirait pas à la santé du » bébé, si cette eau était toujours claire et pure, mais les » fermiers ne possèdent en général pas d'eau potable. Ils » mettent donc dans le lait de l'eau de puits ou de citerne » qui est très malsaine, et peut contenir des germes de » fièvre typhoïde. »
» Cette deuxième composition est à peu de chose près de même valeur que la première.
» Dans la troisième, on commence à trouver des appréciations bizarres, ainsi il parait que la caséine du lait est une substance farineuse, mais à part des fantaisies de ce genre, le reste de la composition est assez bien compris.
» Je ne vais pas vous analyser ici toutes les autres copies, je vous ai cité les principales e: dans bien des autres je serais forcé à des répétitions.
» Je ne puis que vous répéter que nous avons été des plus satisfaits de l'ensemble de ce concours et nous espérons que Tan prochain les concurrentes seront encore plus nombreuses.
» La Société Dunkerqnoise a décidé de décerner les prix suivants :
Ier prix, une médaille de vermeil offerte par M.Dumont, conseiller général, M,,e M. Lebecque ;
2e prix, une médaille d'argent offerte par M. Dumont, conseiller général, M,le I. Duriau ;
3e prix ex-ajquo, M,,cs Maertcn et Charle.
4° prix, M,lc G. Verhaeghe ;
Mentions honorables, M,,cs Brimont, Marquette, Chagnon, Dubus, Mcrlier.
» Avant de terminer, vous me permettrez de vous rappeler le but que nous poursuivons :
« Faire naître, dans les âmes de nos fillettes, une dispc- » sition éclairée, une case nouvelle, si vous préférez, potr » l'hygiène du nouveau-né, et obtenir par une action pro- » fonde, une influence persuasive qui pénètre de proche en » proche la société à tous ses degrés. »
» Une telle influence ne peut être distribuée que pal'enseignement ; c'est là l'origine des Cours de Puériculture, créés il y a deux ans par notre Société Dunkerquoisc.
» Des dames de la ville, des institutrices, ont bien voulu, cette année encore s'intéresser à notre œuvre, elles nous on: apporté par leur présence le gage de leur sympathie. EL-.ont senti la beauté de notre but ; elles ont perçu que \i nature est innocence et pureté; elles ont compris qu'un ob v. saint sanctifie tout ce qui le concerne. Or, de tous les obv* que nous puissions concevoir, le plus saint, le plus sublime celui auquel vont les respects, les tendresses, les adoratio: de tout ce qui est humain, quel peut-il être, sinon . Maternité ? La nature a doté la femme comme l'homme iv facultés de l'intelligence, nous ravons que quelques-uns u~ soutenu le contraire par esprit de paradoxe ou plutôt r:* une aberration véritable. Pourquoi n'appellerait-elle pas jeune fille comme le jeune homme, à contempler le sy\. tacle du vrai, à embrasser du regard les horizons, à respi'. l'air du large ?
» Je vous demande pardon de faire ici un peu de p!i sophie, et je vais me replonger dans un raisonnement mc> ambitieux mais non moins décisif.
.» C'est que déjà, Mesdemoiselles, nous voyons en v . de futures petites mamans.
» L'instruction que vous recevez à l'école est destinée à suivre sur la route de l'étude, aussi loin que cela vous sera possible, soit vos propres petits enfants, soit ceux qui vous seront confiés. Mais quand l'enfant aura atteint l'âge où vous devrez guider ses premiers pas dans l'étude, il faut bien penser que la période la plus périlleuse de sa jeune vie aura été traversée. Je m'explique mieux. Avant que « le petit homme », comme dit Montaigne, soit en état de s'initier aux premiers éléments du savoir, c'est-à-dire avant que le bébé ait fait place à l'écolier, que de semaines, que de mois, que d'années, parfois, il aura fallu pour le disputer à toutes les influences perfides qui menacent sa fragile existence.
» Influences surtout terribles dans ces premiers mois, ces premières semaines, ces premiers jours où il vient d'apparaître à la vie.
» La nature a ainsi fait les choses. Les êtres, en proportion même de leur complexité, ont à subir les plus rudes assauts de la part du monde extérieur, c'est la rançon de leur perfection.
» Vous connaissez l'axiome : « Vivre, c'est s'adapter sans cesse ». Eh bien ! cette adaptation est particulièrement laborieuse en ses débuts et surtout pour l'être organisé qui vient de faire son entrée dans le monde réel.
» La civilisation a multiplié autour de nous ses merveilles, elle a du même coup multiplié les pièges et les dangers autour de nous et plus encore autour du jeune âge.
» De là l'obligation où nous sommes de nous tenir au courant de tous les progrès que la science réalise, de nous
saisir de toutes les armes qu'elle tend pour nous permet:^ de résister à tant d'ennemis coalisés de la première enfance.
» Ce n'est pas à vous seules que je pense, Mesdemoiselles, lorsque je vous donne ces quelques conseils de préservation de l'enfance, ce n'est pas vous uniquement que je voud a:< prémunir contre les maux de l'ignorance et de l'imprudence, sources d'éternels chagrins qui font désormais perdre a 'a vie son sourire. Je vois plus loin. Je songe que vous sere. un jour conseillères de femmes de travail non munies comme vous de connaissances préservatrices. Un précepte judicieux donné à propos par vous à ces laborieuses, pourra leur épargner bien des larmes, en sauvant à point nomir.c de chères petites existences. Quelle satisfaction morale po^:: vous, d'avoir accompli ce bienfait !
» Excusez-moi de vous rappeler ces vérités que je vcu< expose ; je sais que vous en êtes déjà convaincues et péi:êtrées. Vos maîtresses, vos professeurs vous les ont déjà &;: connaître et ce qui est bien mieux, déjà fait aimer. Vous vous souvenez que « Jeanne la bonne Lorraine » expliqua:: sa mission patriotique par « la grande pitié qu'elle avait ou royaume de France ».
» Retenez bien ce mot, Mesdames, Mesdemoiselles, labse vous guider dans votre mission de philanthropie et Ot solidarité par la bonne pitié que vous avez à la toute jeune souffrance de l'humanité.
» Malgré toutes les découvertes de la science, malgré u> connaissances abondantes qui illuminent si merveilleusement le réel, la vie humaine demeure dans ses raisons profondes, enveloppée de mystère. Une chose sur laquci.c nous hommes sûrs de ne pas nous tromper, c'est que nou faisons œuvre méritoire quand nous travaillons à favorise:.
à entretenir autour de nous la vie, et par la vie, l'intelligence et la bonté.
» Nous sommes dans la nuit, mais dans cette nuit brille un astre dont la lumière permanente et fixe rassure nos regards. Ce « feu du soir » du poète, cette lumière du monde moral, étoile sereine qui brille dans les consciences, cet astre porte un nom : le devoir. » I
Les efforts faits par le DrDuval pour inculquer aux j
jeunes filles les précieux conseils qui pourront leur être si utiles un jour, sont saluçs par de nombreux applaudissements qui montrent combien est vif l'intérêt que prend rassemblée à la tentative de la Société Dunker- (juoise pour vulgariser les notions de puériculture.
M110 J. Derudder, lauréate du concours de diction, dit avec beaucoup de charme et un sens exquis des nuances le monologue de Miguel Zamacoïs Sur la Plage qui lui vaut des applaudissements bien mérités.
M. F. Gory, secrétaire, donne lecture du rapport de M. Bouchet, sur les œuvres envovées hors concours.
Rapport de M. Bouchet
sur les œuvres envoyées hors concours
« Mesdames, Messieurs,
» Permettez-moi de m'excuser tout d'abord devoir assumé, cette année encore, la mission de parler devant vous. Je me bornerai à plaider en deux mots les circonstances atténuantes. Pour Tannée 1908, la Commission des Travaux hors concours était composée de trois membres : MM. Sagnac, de Saint-Léger et moi ; ni l'un ni l'autre de
files confrères en Société Dunkerquoise ne sont ici ; je m'efforcerai de les remplacer de mon mieux dans les fonctions de rapporteur.
» Ce serait, Mesdames et Messieurs, abuser de vos instants que d'insister sur le premier des deux mémoires soumis à notre examen. Les quelques pages qui ont pour titre « Le mouvement philosophique au XVIIIe siècle » et pour devise «A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire*, n'est qu'un résumé d'un chapitre de quelque manuei philosophique mal compris ou le compte-rendu, au moyen de notes mal prises, de quelque conférence. L'auteur r/a même pas su se relire : une allusion au « Collier de la reine » devient pour lui « le Colibri de la reine ». Voilà qui me dispense d'insister.
Au contraire, le second mémoire qui porte pour devise « Bien faire, laisser dire », sur lequel votre Commission a été appelée à se prononcer, a été l'objet d'un examer. attentif.
» Tout d'abord nous avons vu dans l'envoi d'un trava.' aussi considérable (il y a là la matière d'un volume in-iy de 500 pages) une preuve de la haute estime que la Sorii Dunkerquoise s'est acquise dans le monde des Lettres ; no^ avons cherché, une fois de plus, à la justifier ; il nous a partrès flatteur d'être placé par l'auteur sur le même pied que l'Institut de France car, pour embrasser en pleine conaa>sance de cause un sujet aussi vaste et aussi complexe quî « La Civilisation Moderne depuis sa naissance », dans s; marche et dans ses progrès à travers l'Histoire, durant u* * longue suite de siècles, il ne faudrait rien moins que d'ètr: Membre de l'Académie des Sciences Morales et Politique-
Or, nous ne sommes que de modestes membres de ce que Ton peut appeler « l'Institut des Provinces >n
» En fait, le travail dont j'ai à vous entretenir, Mesdames et Messieurs, ne convient pas aux concours de la Société Dunkerqttoise dont il dépasse le cadre.
« La Civilisation Moderne », quel énorme sujet à traiter ! Les historiens de ce début du XXe siècle reculeraient pour la plupart avec terreur, car on pourrait écrire des volumes sans épuiser le sujet. Notre concurrent a été plus courageux et il a tenté de résumer, en marquant les principales étapes, la marche de la civilisation ; il eût bien fait cependant de ne pas s'arrêter à 1789, car la fin de l'Ancien régime n'est plus guère considérée que comme un tournant de l'Histoire, pour nous servir d'une expression courante aujourd'hui.
» J'ajouterai qu'il s'est montré sans pitié pour les infortunés commissaires qui avaient à apprécier son œuvre. Nulle part, au cours de ces 415 pages, la moindre indication bibliographique, la plus petite note qui mette sur la voie des sources ou des auteurs consultés.
» Vous me direz sans doute que c'est là un reproche dicté par l'égoïsme. Détrompez- vous. Quelques jalons dans ce dédale eussent permis de mieux rendre justice aux efforts de l'auteur et de lui épargner quelques critiques.
» Evidemment, l'auteur est un esprit cultivé qui a beaucoup lu et beaucoup retenu ; il a au plus haut degré le don de l'assimilation ; il est servi par une plume alerte et vive ; comme il y a toujours profit à lire une étude consciencieuse, la Commission ne regrettera pas le temps qu'elle a passé à l'étudier et l'auteur ne s'en prendra qu'à lui-même si elle
voit dans l'obligation de critiquer un travail qu'il est le premier à trouver imparfait.
» Tout travail de généralisation historique a nécessairement pour but de dégager de l'ensemble des faits étudiés une conclusion philosophique et comme, au cours des âges, les événements ont été infiniment variés, la philosophie de l'histoire leur a attribué des interprétations tout-à-fait différentes, depuis Bossuet qui rattache tout au Peuple de Dieu, jusqu'à Taine qui insiste, plus que de raison peut-être, sur l'influence prépondérante du milieu.
» Le mémoire sur « La Civilisation Moderne » se place à un autre point de vue. Son auteur entend poursuivre cette démonstration que, depuis la chute de l'Empire Romain, tous les eflbrts de la race indo-européenne ont tendu, toutes les vicissitudes de l'Histoire ont eu pour but de dégager la personnalité de l'homme, en d'autres termes sor individualisme.
» Notre concurrent se met fort en peine pour marquer \x distinction qui existe, selon lui, entre V Individualisme et YEgoïsme. La subtilité de son argumentation n'a pas convaincu les commissaires. En réalité, la Philosophie de l'Individualisme prise en elle-même, aboutit logiquement à U philosophie de l'égoïsme, en d'autres termes, à une doctrine qui est en opposition avec les plus nobles sentiments de l'humanité. Si c'est pour la faire triompher que les hommo ont combattu et souffert, il n'y a pas lieu de les en féliciter.
» Je n'ai garde de me placer sur le terrain philosophique; la Commission n'a à tenir compte des opinions de l'écrivai i que dans la mesure où cela est indispensable pour appréckr son œuvre historique ; mais il fallait souligner légèrement
ces prémices, car ils sont le point de départ de tous les développements qui suivent.
» Une autre idée maîtresse 'domine l'œuvre, l'idée de la race indo-européenne opposée à la race sémitique et sur ce motif l'auteur se livre en virtuose à des variations nombreuses ; ce leit-motiv pourrait séduire, si cette idée était neuve ; mais elle est controversée aujourd'hui et on peut aller jusqu'à dire qu'elle a fait son temps.
» Par essence, les théories de la philosophie de l'Histoire sont changeantes ; il a semblé à votre Commission qu'elle s'écarterait de son véritable rôle si ;sous certaines réserves une fois faites) elle n'admettait pas le point de départ de J'auteuret elle le félicite du talent avec lequel il a développé sa thèse.
» Le travail est bien compris, bien ordonné, clairement et logiquement déduit. L'auteur est familier avec les historiens dont les œuvres étaient classiques au moment où, sans doute, lui-même quittait les bancs de l'école, les Guizot, les Thierry, les Henri Martin, les Michelet ; il s'inspire d'eux, il leur fait de larges emprunts ou, pour mieux dire, il combine non sans adresse, ce qui, dans leurs écrits, peut venir à l'appui de sa thèse. Mais il paraît moins au courant des résultats de la critique historique plus récents. Ainsi les belles études de Fustel de Coulange auraient pu lui montrer que l'invasion, ou mieux l'infiltration progressive des Barbares en Gaule, n'entraîna pas l'expropriation des populations gallo-romaines ; ainsi la lecture d'autres ouvrages l'aurait probablement porté à avoir une autre conception du rôle de l'Eglise et à apprécier différemment l'influence des Croisades.
» Il y aurait encore bien des réserves ou des critiques de détail à formuler sur le travail qui nous a été soumis, mais la Commission se dispense d'y appuyer. Si l'auteur, comme tous ceux qui se proposent de soutenir une thèse, s'est laissé entraîner à négliger les faits qui, dans le domaine de l'Histoire, ne venaient pas à l'appui de ses théories, ou si de certains autres il a tiré des conséquences qui paraissent discutables, il n'en a pas moins envoyé à notre concoure un mémoire d'une tics réelle valeur, qui témoigne d'un louable effort et de connaissances historiques étendues autant que variées.
» Sur la proposition de la Commission, Mesdames c: Messieurs, la Société Dtmkerquoise a décerné une médai.u' d'argent au mémoire « La Civilisation Moderne » portant pour devise « Bien faire, laisser dire » et en procédant a l'ouverture du pli cacheté qui contenait le nom du lauré.it, elle s'est félicitée d'y trouver celui de M. Georges Bonnaire, professeur au Collège Jean-Bart, Officier de l'Instruction publique, qui avait déjà, l'année dernière, été couronna avec une étude sur le « Télémaque ».
On trouve dans ce rapport les critiques sûres qu'on pouvait attendre d'un historien tel que M. Bouchet ; les nombreux applaudissements qui Font salué ont promê à notre érudit vice-président avec quel intérêt ses appréciations ont été suivies et goûtées.
M1Ie J. Deramez interprète d'une façon remarquable Les Four mis, de Gabriel Wigond,puis la section musicale recueille de nouveau de nombreux applaudissements en exécutant La voix des cloches, de Luigini.
M.Rolland donne lecture de son rapport sur le concour> de Lecture, Diction et Dialogue :
Rapport de M. Rolland
sur le Concours de Lecture, Diction et Dialogue
a Mesdames, Messieurs,
» Un proverbe allemand dit que « toutes les bonnes choses vont par trois » ; ce proverbe doit venir des Anciens, Grecs et Romains, qui, suivant en cela l'exemple des divinités de l'Olympe, avaient une prédilection pour le nombre 3 et pour ses multiples... Mais les Anciens — et les dieux de l'Olympe — ignoraient les concours de Lecture, de Diction et de Dialogue, et surtout les rapports auxquels donnent lieu ces concours, et je crois bien que vous ne partagez pas leur amour pour le chiffre impair en me voyant, pour la troisième fois, en cette même place, armé de ces feuilles menaçantes ; d'autant plus que j'avais formellement promis l'an dernier d'être muet aujourd'hui... Mais que voulez-vous, Mesdames et Messieurs ? Je dois vous redire, moi troisième, que l'homme propose, mais que parfois les Elections Municipales disposent, et que M. Simon occupant la place que M. Terquem devait laisser libre, j'ai dû accepter de reprendre celle de M. Simon qui avait été désigné pour faire le présent rapport. Vous perdez certainement au change ; moi je n'y gagne rien. Résignonsnous, vous et moi !
» Aussi bien, la résignation est facile, tout au moins pour le rapporteur. Il n'a pas, cette année, à faire entendre des remontrances un peu rudes, à donner de sévères avis, à lancer d'âpres critiques. Les quelques observations précises qu'il avait à émettre, il les a faites devaiv. les candidats et les candidates réunis le jeudi 9 avril lors de cette Critique que
la Société Dunherquoise se félicite d'avoir instituée, qui tv faite avec autant d'impartialité que de bienveillance, en der : de l'ironie qu'elle comporte, qui est écoutée avec attentif, sinon toujours avec plaisir ; ... car je n'ignore pas qu. quelques-uns et quelques-unes en ont gardé un souw.. pénible et j'ai de mon côté vérifié la vérité de ce que je Jk: en la commençant, à savoir qu'après avoir fait pa^sera^. -candidats quelques mauvaises secondes, je passerais iia.même un mauvais quart d'heure et serais peut-être à v.\ tour vivement houspillé. Mais, précisément, cette Crit!:.-faite immédiatement après les concours et à Tinten:\ . des seuls concurrents, me permet de ne pas entrer a'Ai/d'hui dans de menus détails qui seraient fastidieux p.~' l'assistance qui m'écoute et de me borner à donner ^ résultats généraux du concours. Or ces résultats sont Lv> et très grande a été la satisfaction du jury, si grande iuct.. qu'il en a vite oublié la fatigue de vingt-six heures û* séances employées à écouter les candidats et à les cla^' Ce jury d'ailleurs, qui ne fut jamais aussi nombreux, — compta jusqu'à douze membres, et qui n'étaient pas :v-* du sexe masculin, — avait vu avec le plus extrême p!ai* " qu'on s'était en tout strictement conformé aux règieme: x qu'il n'y avait pas eu à exercej; de rigueurs comme on av. menacé de le faire si les articles 5 ou 6 du réglera • n'étaient pas observés à la lettre ; il avait pu constater vles progrès étaient réels au concours de Lecture ; que ..* morceaux de Diction avaient été choisis avec" discerne ;:étudiés avec soin et même avec minutie ; que les scè::cs :. Dialogue avaient été judicieusement empruntées ..meilleurs auteurs, étaient dans l'ensemble bien en rajv.' avec les dons des concurrents et avaient été jouées a\beaucoup d'intelligence après une étude très approfondie; •
avait été toujours intéressé, charmé souvent, ravi quelquefois ; et il n'éprouva aucune surprise de voir s'allonger une liste de récompenses vraiment copieuse, comme vous en jugerez tout à l'heure. La statistique du concours donne, en effet, les chiffres suivants que je tiens à vous communiquer, leur éloquence un peu sèche valant mieux que les plus habiles commentaires.
Concours de Lecture expressive
Jeunes gens. — Enseignement secondaire.
ire Section : 15 Concurrents, 10 Récompenses 2e » 14 » 12 »
Enseignement primaire
irc Section : 3 Concurrents, 3 Récompenses 2e » 7 » 4 »
Jeunes filles irc Section : 25 Concurrentes, 17 Récompenses
Concours de Diction
Jeunes gens. — Enseignement secondaire
ire Section : 1 Candidat, 1 Récompense 2e » 12 Concurrents, 8 Récompenses
Enseignement primaire
2e Section : 2 Concurrents, 2 Récompenses 30 » 3 » 3 »
Jeunes filles
2e Section : 9 Concurrentes, 9 Récompenses 3e » 26 » 18 *>
Mémoires de la Société Dunkerquoise — 1908 2S
338 SOCIÉTÉ DUNKKRQUOISE
Concours de Dialogue
10 Groupes, 10 Récompenses
23 Concurrents et Concurrentes, 23 »
» Ne vous étonnez pas que tout le monde ici soit récompensé, plus ou moins. Car si M,,c Suzanne Keneut, le Zanetto du Tassant > si M. Franz Demey, un émouvant Ruy Blas, si MUe J. Deramez, une parfaite Philaminte et s: M. Gérard Desfarges, un excellent Trissotin ont obtenu les suffrages les plus flatteurs, le jury aurait eu de cruel* remords en ne manifestant pas à tous les autres concurrent et concurrentes la satisfaction qu'il avait éprouvée de les avoir vus et entendus et l'estime qu'il avait faite de leur* consciencieuses études et de leurs efforts à bien rendre toutes ces scènes de Molière, de Beaumarchais, de Victor Hugo, de Richepin, de Coppée ou de Rostand.
» C'est donc un total général de 186 concurrents et de 132 récompenses. Nous avons la faiblesse de trouver ceu magnifique et nous sommes heureux de voir d'une par: que les Concours de Lecture, de Diction et de Dialogue nt perdent rien de leur vogue, — je dois même dire que le rayon de celle-ci s'élargit puisque, pour la première fois, : nous est venu des concurrentes de Malo-les-Bains — ; de voir d'autre part que ces concours répondent de plus c . plus aux désirs de la Société Dunkerquoise qui les a institues non pas pour rivaliser avec ceux du Conservatoire et mettre en lumière des artistes dramatiques, mais pour développer parmi la jeunesse studieuse le goût d'une bonne dictior. inséparable d'une parfaite compréhension des meilleures pages de nos plus grands écrivains.
» Mesdames et Messieurs, je pourrais me borner à cette
constatation de la valeur du Concours ; mais je trouverais que je n'ai vraiment pas parlé assez et en proportion de l'importance de nos Concours de Lecture, de Diction et de Dialogue. Nous allons donc, si vous le voulez bien, au lieu de demeurer dans ces concours mêmes, rôder un peu autour d'eux, ce qui ne sera pas inutile, je le pense.
» Tout d'abord, je crois devoir affirmer à quelques-uns des concurrents et peut-être à quelques concurrentes que c'est munis de la plus ample provision d'indulgence et de bienveillance, pénétrés du souci de montrer la plus stricte impartialité, exempts de tout parti-pris et de toute idée préconçue que les membres du Jury se rendent trois jeudis de suite aux séances des concours. Et d'où proviennent ces vertus que nous nous efforçons d'avoir et que nous nous flattons de posséder ?. .Tout simplement du sentiment du devoir qui nous incombe et de notre connaissance de la mentalité spéciale à tous les candidats qui se présentent à un concours quelconque... iMais ne sortons pas de notre Concours et essayons d'analyser l'état d'âme, comme on dit aujourd'hui, de la majorité de nos concurrents et de nos concurrentes.
» Cela commence par un mélange confus et tumultueux de sentiments divers le jour où l'on reçoit les feuilles annonçant le Concours, en fixant les dates et les conditions : désir ardent de prendre part à ce Concours, ambition très noble de s'y distinguer et d'y obtenir les premières récompenses ; crainte vague et aussitôt éloignée d'y échouer ou de n'être pas jugé selon son mérite ; crainte plus vive, et non exempte d'une certaine jalousie, de tel ou tel concurrent dont on connaît la valeur ; terreur irréfléchie des jurés devant lesquels il faudra paraître ; espoir incertain mais
amoureusement caressé d'être invité comme lauréat à iir. quelque chose à la Séance Solennelle ; impatience Cr connaître les morceaux imposés ; souhait fiévreux :: découvrir par un bon hasard le morceau libre qui mettra e: lumière tous les dons et qualités que Ton se découvre toutà-coup ;... que sais-je ? Ne sont-ce pas là les sentiment? qui font, un beau jour de Janvier, battre à coups précipite^ une ou deux centaines de cœurs juvéniles ?
» Bientôt cela se précise. Il faut, en effet, se préparer exactement et sérieusement. L'on se demande alors pr quels moyens on arrivera le plus sûrement aux récompense*. c'est-à-dire comment on impressionnera le plus favoraKcment le jury, dont on s'ingénie à deviner les idées, !c préférences, les parti-pris, même les « manies ». On r: prend guère connaissance des rapports annuels où l'on trouverait les indications les plus sûres et les conseils les piu> efficaces ; on s'en rapporte à des on-dit sans valeur, à de> commérages souvent intéressés, à des traditions peu sûres... C'est, hélas ! Terreur commune de tous les candidats * quelque concours que ce soit, et ce qu'ils croient souvent être « de bons trucs » ne leur réussit pas toujours ; car : est des jurés, — et plus nombreux qu'on ne pense — ce n'ont aucune idée préconçue et qui s'efforcent seulement de bien juger la valeur intrinsèque du candidat.
» Mais à quoi ne va pas penser un concurrent ? a Méfior..nous, se dit-il. Au Concours de Lecture comme au Conco-^ de Diction, les morceaux imposés sont choisis en raison i=> pièges qu'ils recèlent. Ce sont ces pièges qu'il nous tr-t découvrir et éviter... Ce sera à telle ligne, à tel mot *p le jury nous attendra... Soyons aussi rusé que lui et, pou: lui plaire à coup sûr, devinons ses intentions ! » Jeucv-
gens et jeunes filles qui m'écouteZjCombien vous feriez mieux de chercher à comprendre tout simplement les idées et les intentions de l'auteur du morceau que vous avez à lire*ou à dire. Comme vous avez tort de jouer aux Sherlock Holmes ou aux Arsène Lupin ! Comme votre flair est en défaut et comme vous vous trompez sur notre compte ! Si vous pouviez assister à nos séances préparatoires, vous verriez que nous ne sommes nullement pleins de ruses, que nous ne nous frottons nullement les mains en souriant d'un air sarcastique à la pensée que vous allez sûrement vous achopper à telle ou à telle difficulté. Nous choisissons les morceaux imposés avec Tunique souci de ne vous offrir que des pages bien écrites, facilement intelligibles, suffisamment intéressantes, convenant autant que possible à votre sexe et à votre âge et se prêtant à une épreuve de Lecture Expressive ou de Diction. Et quand nous entendons ces pages lues ou dites par MM Gérard Desfarges ou André Keneut, par MM,,M Deramez, Couvreur, Duriau ou Suzanne Keneut et par d'autres encore, nous ne pouvons que plaindre les concurrents et concurrentes qui ne les ont pas comprises ou y ont cherché... ce qui n'y était pas.
» Le même souci d'influencer le jury et de lui plaire par autre chose qu'une bonne et intelligente diction se révèle aussi parfois dans le choix des morceaux laissés à votre gré. J'entends, comme si j'étais auprès d'eux, des concurrents se dire : « Je ne puis choisir ceci : c'est trop connu ;... ni cela : c'est du classique et le classique ennuie ; je ne vais pas dire de la prose : ça ne prête pas à la diction... Non, je prendrai du Rostand, c'est à la mode et cela plaît... Je dirai une fable de La Fontaine, car l'année dernière on en a proposé une, etc.. » ...Et vous vous croyez déjà vainqueur
et vous échouez piteusement... Pourquoi ? Parce que votre choix n'a pas été guidé d'une part, par la connaissance de vc* moyens personnels, — chacun n'est pas capable de toc: dire — ; d'autre part, par le souci de trouver simplement un morceau de valeur convenable que vous direz... comme :! doit être dit, après en avoir soigneusement étudié le sens. Car tout est là. Que nous importe à nous le morceau que vou> nous offrez ? est-il nouveau ? est-il ancien ? l'avons-nous déj: entendu ou non ? Nous n'examinons qu'une chose : si vo..s le dites avec le ton et les gestes convenables, si vous en faiteavec justesse ressortir le sens et les intentions. Et voila ce qui nous fait donner d'excellentes notes à MM. Demev. Desfarges ou Gombert, Poirré ou Decramp ; à MUes Deramer, Derudder ou Duriau, Keneut, Vasseur ou Thoorès.
» Pourquoi faut-il que d'autres se disent encore, avec une ingénuité de ruse qui désarme : « Un tel ou unetei.L' a eu le premier prix l'an dernier : c'est donc que sa faço~ de dire, que ses intonations, que ses gestes ont plu au jury... Je vais le ou la. prendre pour modèle... et je triompherai ! Hélas ! le résultat de cette belle imitation est un échec ' D'où cela vient-il ? C'est que le premier prix de Tan demieétait premier prix, non pas parce qu'il avait été jugé excelle-: en soi, mais parce qu'il était meilleur que ses concurrents- Car enfin, vous ne voudriez pas que nous ne donnions p> de prix sous le prétexte que l'idéal n'est pas atteint ? Et et fameux premier prix modèle peut fort bien n'être p> récompensé cette année. Pourquoi ? Parce qu'il s'est révé\ des concurrents supérieurs à lui... Ah ! n'oubliez p:-. jeunes gens et jeunes filles, que la simple imitation n e< pas créatrice de succès ni de progrès, et, comme je vous c disais le 9 avril, efforcez-vous plutôt d'être vous-même*.
de vous laisser aller librement à l'émotion que tel ou tel morceau peut suggérer en vous et de rendre avec vos moyens personnels cette émotion sincèrement ressentie...
» Et il n'est pas étonnant, quand on s'est ainsi fourvoyé dans la préparation du Concours, que Ton se présente devant le Jury, ému, nerveux, tremblant même en dépit de la cuirasse de précautions et d'habiletés dont on s'est revêtu ; que Ton échoue là où Ton croyait avoir triomphé; que l'on supporte péniblement de s'entendre dire quelques vérités par un critique qui ne sait pas griffer en faisant patte de velours ; et que Ton fasse retentir la cour de la Sous Préfecture d'autrefois et la calme rue du Jeu de Paume de ses vives lamentations, accompagnées d'âpres reproches à l'adresse d'un Jury qui n'en peut mais.
» Ce Jury, Mesdemoiselles et Messieurs les Concurrents, savez-vous comment il procède à votre classement une fois que vous l'avez laissé seul ? Permettez-moi de vous le dire, car j'ai idée que plusieurs d'entre vous se trompent encore à ce sujet. Eh bien ! ces jurés qui sont votre terreur ou votre cauchemar, vous les avez vus, tandis que vous lisiez, récitiez ou dialoguiez, vous regarder parfois d'un air distrait, quelquefois très fixement, sérieux ou souriants ; vous les avez vus prendre des notes, zébrer leurs textes de coups de crayons nerveux, tous, sachez-le bien, même ceux qui n'en avaient pas l'air, vous suivaient attentivement des yeux et des oreilles, vous jugeaient et vous appréciaient, chacun à sa guise, selon sa compétence et son goût personnels, dans une absolue liberté ; à peine aviez-vous fermé la porte de la salle du Concours que leur jugement se transformait en une note que chacun inscrivait sur une feuille particulière dans un silence solennel qui vous eût impressionnés. A la
fin de chaque concours, ces notes, non modifiées, sont
scrupuleusement additionnées, et sans faute de ca!cul,
croyez-le, car on procède à des vérifications, mutuelles.
Et ce sont les totaux ainsi fourni; qui donnent Tordre dans
lequel sont classés les concurrents, sans que jamais la moindre
discussion, la moindre considération étrangère au Concoure
même vienne modifier le résultat fourni par les chiffre*.
Cet ordre surprend quelquefois l'un ou l'autre d'entre nous.
car il est la critique de son propre jugement ; mais chacun
s'incline devant le résultat proclamé. Ce système, vous
l'avouerez, est à l'abri de tout reproche et est la preuve la
meilleure de notre impartialité ; il ne saurait déplaire qiù
ceux ou à celles à qui il ne donne pas les notes procurant les
récompenses. Car je dois ajouter que la liste par ordre de
mérite des concurrents une fois dressée, il s'agit de répartir
les récompenses, prix et mentions, selon le mérite même :
et ce n'est pas le travail le moins agréable sinon le plus facile.
....Mais il vous sera plus agréable encore d'en entendre
proclamer le résultat et de voir jeunes gens et jeunes fiile>
venir recevoir leurs récompenses. J'achève donc ici me-
excursion, un peu longue peut-être, autour du Concoure:
reprends la place à laquelle vous auriez sans doute.
Mesdames et Messieurs, préféré me voir rester. »
Ce rapport, remarquable par la clarté de son exposition, est unanimement apprécié et vivement applaudi. M. Rolland ayant une fois de plus su rendre attrayant un sujet ardu et difficile à traiter tout en se servant d'un langage châtié et irréprochable.
Après l'audition de fascination, de Marchetti, dan> laquelle la Section Musicale trouve encore l'occasion di se surpasser, M. F. Gory, secrétaire, donne lecture du palmarès.