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PALMARÈS

Concours de Poésie

Médaille de vermeil, Mrae Juana Richard Lesclide, à Vincennes.

Médaille de vermeil, MI,e C. Pied, à Nantes. Médaille d'argent, M. Roger Reigner, à Stuttgart (Allemagne).

Médaille lie bronze, M. Henry Lezay, à Briançon. Mentions: i° M. Ludovic Bonnefoy, à Lyon. 2° M1,e Cochet, à Tours.

3° M. Marius Jules Ronchail, à Paris.

Concours de Prose (Nouvelles)

Médaille de vermeil, M. et Mme Henry et Wilma Lezay, à Briançon.

Médaille de vermeil, M. Henry Fromont, à Lagruère. Médaille d'argent, M. Robert de la Villehervé, Le Havre. Médaille de bronze, M. Jean du SaiiJillat, à Paris. Mentions : i° M. Noé Caletan, à Paris.

2° Mme Juana Richard Lesclide, à Vincennes.

3° M. Pierre Debeyre, à Lille.

Mémoire envoyé hors concours Médaille d'argent, M. Bonnaire, à Dunkerque.

Concours de Puériculture

Ier prix, Médaille d'argent, offerte par M. A. Dumom, Conseiller général, MUe Maria Lebecque.

2e prix, Médaille de bronze, offerte par M. A. Dumom, Conseiller général, M,,e Isabelle Duriau.

3e prix ex-aequo, M11" Berthe Maerten, Berthe Charle.

4e prix, Mlle Gabrielle Verhaeghe.

Mentions Honorables, MUes E. Brimont, Marguerite Marquette, Berthe Chagnon, E. Dubus, G. Merlier.

Concours de Lecture expressive

Jeunes gens — Enseignement Secondaire

Première Section

Ier prix, M. Gérard Desfarges.

2e prix, M. Albert Fresnoy.

3e 'prix ex-aequo, MM. Léopold Fauquenot, Marcel Wattebled.

re mention, M. André Cousyn.

2e mention ex-aequo, MM. Raymond Balsen, Victor Demersseman.

3e mention ex-aequo, MM. René Depin, Frédéric Duriau, Lucien Lefer.

Deuxième Section

Ier prix avec félicitations du Jury, M. André Keneut. 2° prix, M. Henri Gombert.

3e prix ex-aequo. MM. Louis Duflou, Clovis Marquis. 4e prix ex-aequo, MM. Robert Alglave, Jean Frucquet. irc mention ex-aequo, MM- Georges Bailleul, Maurice Nissen, Pierre Petit.

2e mention ex-œquo, MM. Charles Druet, Maurice Chinot. 3e mention, M. Jean Cusset.

Enseignement Primaire

Première Section

Rappel de icr prix, M. Georges Dewaegemaker. 2° prix, M. Robert Hiele.

Mention, M. Léonce Poirré.

Deuxième Section

Ier prix, M. Maurice Deblock.

2e prix ex-sequo, MM. Gustave Decramp, Charles Delcour.

Mention, M. Paul Mafran.

Jeunes Filles Première Section

Ier prix ex-«quo, M,,es Marthe Couvreur, Jeanne Deramez, Isabelle Duriau.

2eprixex-aequo. M,,es Germaine Guiton, Madeleine Heyse, Maria Lebecque.

3e prix ex-asquo, M11" Berthe Charle, Madeleine Noël.

ire mention ex-asquo, Mcll:S Jeanne Derudder, Marguerite Graham.

2e mention ex-œquo, M1,es Isabelle Germonpré, Germaine Hennebert, Georgette Merlier, Yvonne Poulain.

3e mention ex-sequo, M1Ies Madeleine Evrard, Fernande Liévyn, Blanche Namont.

Deuxième Section

Rappel de Ier prix, Mlltf Suzanne Keneut. 2e prix, M,,c Lucie Etcheverry.

36 prix ex-sequo, M1,cs Georgette Beretta, Claire Gournay, Lucienne Salomez, Madeleine Vandenheede, Marie Vermeulen.

irc mention ex-aequo, M,les Suzanne Jacob, Jeanne Vasseur, Régina Zeisig.

2e mention ex-sequo, M1,es Suzanne Rivière, Hélène Robert, Madeleine Schirks, Germaine Wissocq.

3e mention ex-asquo, MeIles Marcelle Blossier, Maximilienne Lay, Augustinejanssen.

Concours de Diction

Jeunes gens — Enseignement Secondaire

Première Section

Prix, M. Moithy.

Deuxième Section

Rappel de Ier prix, M. Franz Demey.

Ier prix, M. Gérard Desfarges.

2e prix ex-aequo, MM. Paul Bocquet, Marcel Wattebled. re mention ex-œquo, MM. André Cousyn, Albert Fresnoy.

2e Mention ex-aequo, M. Frédéric Duriau, Lucien Lefer.

Troisième Section

Ier prix, M. Henry Gombert.

2e prix, M. Léopold Fauquenot.

ire mention ex-aequo, M. Raymond Balsen, Maurice Nissen.

2* mention, M. René Depin.

séance solennelle 349

Instruction Primaire

'Deuxième Section

Ier prix, M. Léonce Poirré.

2e prix, M. Robert Hiele.

Troisième Section

Prix ex-aequo, MM. Gustave Decramp, Gustave Dewaegemacker.

Mention, M. Charles Delcour.

Jeunes filles

Deuxième Section

Ier prix-, Mlle Jeanne Deramez.

2e prix ex-aequo, Mlles Jeanne Derudder, Isabelle Duriaù.

3e prix ex-aequo, MIles Marthe Couvreur, Georgette Merlier.

ire mention ex-œquo, M1!es Germaine Hennebert, Jeanne Talbot.

2e mention ex-aequo, MIIes Berthe Charle, Madeleine Noël.

Troisième Section

Ier prix avec félicitations du Jury, M,Ie Suzanne Keneut.

2e prix ex-aequo, MIIes Jeanne Vasseur, Denise Thoorès.

3e prix ex-sequo, M,les Lucie Etcheverry, Germaine Guiton, Madeleine Heyse, Augustine Janssen, Maria Lebecque, Yvonne Poulain.

ire mention, M,,e Marguerite Marquette.

2e mention ex-aequo, M,,es Marcelle Blossier, Yvonne

Elleboode, Isabelle Germonpré, Maximilienne Lay, Raymonde Lefebvre.

3e mention ex-aequo, M11" Claire Gournay, Yvonne Levieux, Lucienne Salomez.

Concours de Dialogue

Concours Individuels

Ier prix avec félicitations du Jury. MUe Suzanne Keneut.

Ier prix ex-aequo, M. Franz Demey, M1,e Jeanne Deratnez, M. Gérard Desfarges.

2e prixex-xquo, M. Albert Fresnoy, M,les Marie Cardon, Denise Thoores, Marie Fouquet, Germaine Maillard.

3e prix ex-aequo, Mlles Maria Lebecque, Madeleine Heyse, Blanche Namont, Fernande Liévyn, Marguerite Marquette.

ire mention ex-aequo, Mlle Berthe Charle, M. André Cousyn, MIle Yvonne Poulain, M. Paul Bocquet.

2e mention ex-aequo, MI,es Madeleine Noël, Germaine Hennebert, Berthe Bocquet, Madeleine Evrard, Isabelle Germonprez.

Groupes

Ier prix, Mlles Suzanne Keneut, Denise Thoores.

2° prix, MIIcs Marie Fouquet, Germaine Maillard, Marie Cardon, Jeanne Deramez, Jeanne Derudder, Marguerite Marquette, Yvonne Poulain, MM. Gérard Desfarges, André Keneut.

3e prixex-œquo, M,,e Berthe Bocquet, MM. Franz Demey, Paul Bocquet. — M. Gérard Desfarges, MI,es Maria Lebecque, Madeleine Heyse. - — MM. Albert Fresnoy, André Cousyn.

ire mention ex-œquo, MIles Blanche Namont, Fernande Liévyn. — M,les Fernande Licvyn, Blanche Namont, Germaine Hennebert.

2e mention ex-sequo, Mlles Berthe Charle, Madeleine Noël.

3e mention ex-aequo, M1,es Madeleine Evrard, Isabelle Germonpré.

La séance est levée au milieu des applaudissements prodigués aux lauréats.

ïfemoires de la Socfèté Ùunkerqvoise — 1908 *3

Fidèle à son programme, notre Société a, pendant cet hiver, comme elle le fait depuis plusieurs années,continué son œuvre de vulgarisation par les Conférences. Les quatre conférences qui ont été faites dans la Salle Sainte Cécile avaient attiré un grand concours du public qui, maintenant, est séduit déplus en plus par cette méthode d'enseignement si pleine de charme et qui a applaudi comme ils le méritaient ces virtuoses de la parole, Médéric Dutour, Lirondelle, Clément et Demangeon, les distingués professeurs de l'Université de Lille que la Société Dunkerquoise est fière de compter parmi ses membres correspondants.

La Section Symphonique de la Société Dunkerquoise avait, comme toujours, prêté son gracieux concours à chacune de ces conférences ; et sous la baguette de notre collègue, E. Théry, nos collègues amateurs ont continué eux aussi l'œuvre d'éducation musicale du public Dunkerquois par l'exécution impeccable d'œuvres des maîtres classiques et modernes.

Ces soirées ont laissé des souvenirs précieux à tous ceux qui ont pu y assister et, en constatant la faveur avec laquelle elles sont accueillies, notre Société doit être fière de la croisade qu'elle a entreprise. Mais elle sait aussi qu'elle n'a plus le droit de s'arrêter en aussi bon chemin,car noblesse oblige. Elle ne faillira donc pas à son programme et, chaque année,elle s'efforcera d'attirer à elle le plus grand nombre possible d'auditeurs, estimant qu'en élevant la culture intellectuelle de ses concitoyens elle est restée fidèle à sa devise et à l'esprit de ses fondateurs.

Conférence du 10 Décembre 1907

Propos sur les fables de ha Fontaine

par M. Médéric DUFOUR

Professeur à la Faculté des Lettres de Lille, Membre de la Société

Le fin lettré, le causeur charmant qu'est M. Médéric Dutour n'a pas besoin d'être présenté à son auditoire ; chaque fois qu'il prend la parole, on peut être assuré qu'un public aussi nombreux qu'attentif répondra à l'appel de la Société Dunkerquoise. Il n'en a pas été autrement pour U séance du io Décembre 1907 et c'est devant une salk bien garnie que M. Dufour a pris la parole. Seulement K y a un seulement en toutes choses) si le conférencier tin: ses auditeurs sous le charme de sa parole, sa Causerie, dar^ sa variété ondoyante et diverse, supporte malaisément l'analyse, et le rédacteur à qui incombe la mission de i; résumer dans le volume de nos Mémoires, se trouve ton empêché dans l'exécution de sa tâche. Le lecteur nouexcusera si nous nous bornons à indiquer les grandes lignede cet entretien.

M. Dufour, prenant pour base de son étude un récent ouvrage de M. Rémy de Gourmont et les critiques qu'adresse à La Fontaine, montre que le XIX6 siècle, avec se^

tendances scientifiques et matérialistes, ses idées particulières en morale, la conception qu'il se fait de la nature, est peu bienveillant pour notre grand poète.

Parmi les plus sérieuses de ces critiques, il semble qu'on doive compter en première ligne les libertés que prend La Fontaine avec l'Histoire Naturelle ; il prête aux animaux des mœurs qui leur sont étrangères. Cela est exact, mais lorsqu'il a mis en scène Jean Lapin ou ma commère la Carpe ou le Brochet son compère, la précision scientifique a été le moindre de ses soucis. En présentant des bêtes au lecteur, le fabuliste qui les fait agir et parler se propose de composer un petit drame (tel le Héron ou /' Hirondelle et les petits oiseaux) dont se dégage une leçon morale ; sans autre pensée, il se conforme aux traditions remontant à l'Antiquité avec Esope et Phèdre ou au moyen-âge avec Marie de France et le Roman de Renard qu'il connaissait si bien. Sous le masque des bêtes, il voyait des hommes ; sa fourmi est une bonne ménagère, sa cigale une femme imprévoyante et légère.

Presque aussi souvent qu'aux animaux, La Fontaine a assigné un rôle dans ses écrits aux divinités du paganisme grec et latin. Comme tous les écrivains du XVIIe et du XVIIIe siècles, il use très largement des allusions mythologiques ; en cela il est bien de son temps ; mais lisez avec quelque attention ces ressouvenirs classiques, vous verrez que si La Fontaine les applique toujours avec goût, plus souvent avec esprit, prenant un malicieux plaisir à peindre les dieux et les déesses, c'est pour (avec un sourire narquois au coin des lèvres) s'en amuser davantage et leur prêter des actes qu'il n'oserait peut-être pas mettre au compte de l'humanité. L'homme s'est toujours complu à se divertir du contraste entre la grandeur des puissants et la bassesse de leurs pas-

sions. Avec plus de mesure et de discernement que Scarron, il exploite une veine de gaieté bien gauloise qui n'est pas encore tarie dans la littérature française puisque La Belle Hélène nous amuse toujours.

Il convient, du reste, d'ajouter, quand on veut juger La Fontaine, de ne point oublier que si, par ses Fables et quelques-unes de ses Epîtres, le Bonhotnme a pris rang parmi nos écrivains classiques, il est aussi, et très franchement, de la lignée de ces auteurs qualifiés par Monselet « d'oubliés * et de « dédaignés », qui, indépendants, frondeurs et bourgeois, fréquentaient plus souvent les cabarets que les salons et les ruelles, gardant une liberté d'allure et de langage de l'époque antérieure, et qui n'avaient pas su se plier à la majesté du grand siècle.

Les Fables sont le chef-d'œuvre de La Fontaine et pourtant, à la suite de Rousseau et de Lamartine, certains critiques modernes ont contesté la valeur de leurs moralités.

Il n'est pas difficile d'établir, et M. Dufour l'a parfaitement montré, que les moralités des Fables de La Fontaine sont infiniment variables et se contredisent. Doit-on s'en plaindre et lui en faire un grief? Le conférencier ne le pense pas. La Fontaine, en écrivant sa « comédie aux cent actes divers », n'a pas suivi un plan préconçu, n'a pas prétendu composer un traité didactique de morale. Au hasard de ses lectures ou de son caprice, il prenait un petit sujet, le développait, le ciselait de main d'ouvrier avec le souci perpétue! de la perfection de la forme, puis en tirait une déduction morale qu'il formulait en vers si bien frappés que nombre d'entre eux sont devenus proverbes. Pourvu que cet axiorre fût conforme à la vulgaire « sagesse des nations >», il s'en contentait sans se préoccuper de savoir si, la veille, il n'avait

pas composé quelque autre pièce qui l'avait conduit à des conclusions opposées ou s'il n'en écrirait pas prochainement une troisième dont les conclusions seraient en contradiction avec les précédentes. En fait, la morale de La Fontaine est la morale d'un homme éclairé et indulgent, toute imprégnée de bon sens pratique et d'honnêteté bourgeoise, avec une pointe d'égoïsme ; c'est la morale de V Avare, du Misanthrope et du Tartuffe, ce qui fournit à M. Dufour l'occasion de rapprocher de La Fontaine Molière et La Rochefoucauld, dans quelques observations qui ont été véritablement originales et neuves.

Qui ne sait enfin que La Fontaine élève souvent sa pensée au-dessus des conceptions terre-à-rerre de cette morale pratique et bourgeoise ; elle prend tout à coup son essor et des couplets débordant de lyrisme traduisent la noblesse de ses sentiments, la vivacité de ses impressions. L'aventure assez banale de l'Astronome qui se laisse tomber dans un puits contient, en quelques vers magnifiques, un véritable exposé de la doctrine cartésienne.

Disciple de Descartes, La Fontaine le fut comme la plupart de ses contemporains ; néanmoins, sa sympathie pour les bêtes l'empêche d'admettre une des théories fondamentales du credo philosophique de Malebranche : la théorie de l'animal-machine ; en cela le fabuliste se séparait de son temps ; il s'en sépare encore par son amour de la nature.

L'amour de la nature, la compréhension des beautés naturelles du monde matériel et la poésie qui s'en dégage ont longtemps échappé aux écrivains français. Le Moyenâge en a eu à peine la perception, la Renaissance, dont toutes les facultés se tournent vers l'imitation de la Grèce et de

360 SOCIÉTÉ DUNKBRQUOISE

Rome, n'y prête qu!une attention distraite ; le XVIIe siècle, sans cesse occupé à étudier l'homme lui-même, ne s'arrête pas à considérer le milieu où s'écoule la vie humaine.

Entre tous les écrivains du grand siècle, La Fontaine est peut-être le seul qui comprenne bien le charme de la nature et qui, l'aimant, sache la peindre. En ce sens, il est supérieur à son temps, c'est un précurseur, disons plus, un moderne ; il saisit le caractère d'un paysage ; d'un trait, il le peint, d'un mot qui fait image, il traduit l'impression, la sensation que la vue d'un ruisseau, l'aspect d'un coin de bois, celui d'une plaine lui font éprouver.

Personne plus que La Fontaine n'aeu l'amounet l'intelligence de la campagne ; il sympathise avec toute la création; pour lui, les champs comme les animaux, oi»t un semi-

ment, un langage.

Le Conférencier n'a pas de peine à apporter la preuve de cette assertion en débitant avec un art exquis à un auditoire suspendu à ses lèvres, quelques-unes des EaUes les plus connues parce qu'elles sont les plus parfaites ; mais, ajoute-t-il spirituellement, l'art du peintre cher La Fontaine se dévoile surtout dans ce troisième ou quatrième volume des Œuvres qu'on ne lit jamais. Là, dans plusieurs morceaux, se révèle en toute sa plénitude et sa vigueur la vie universelle ; elle se révèle en conciliant avec tomes les grâces un peu sensuelles et naturalistes de l'antique mythologie la vérité profonde de l'art et de la poésie modernes.

Art et poésie modernes, n'est-ce pas beaucoup dire î Certes non, car, dans un brillant couplet où la finesse des aperçus est relevée par la pureté du langage, M. Dofbor montre qu'en art Watteau et Corot, dans certaines de leurs

toiles, comme dans les Lettres et en certaines de leurs pages, George Saad, Flaubert, Anatole France,, d'autres encore,procèdent de La Fontaine et sont ses héritiers directs.

Le Bonhomme reste donc (n'en déplaise aux critiques) du petit nombre des écrivains qui ne vieillissent point, il est de ceux qu'il faut sans cesse lire et relire ; les lecteurs avertis lui trouveront toujours de nouveaux charmes.

M. le Secrétaire général remercie alors en termes très heureux M. Médéric Dufour,au nom d'un auditoire dont l'attention ne s'est pas lassée un instant, puis, après avoir annoncé les différentes conférences qui se succéderont au cours de l'hiver, il cède la place aux membres de là* section musicale.

Sous la direction de notre collègue Théry, les artistes de Ja Société exécutent avec un talent dont nous n'avons plus à faire l'éloge :

1° Un Allegro et un Andante de Blumenthal. 2° Un Allegro de Schumann.

Conférence du 27 Décembre 1007

M IttÉflflGE DE POÈTES :

Robert et Elizabeth BROWNING

par M. LIRONDELLE,

Professeur à l'Université de Lille, Membre correspondant de la Société

Le Président remercie M. Lirondelle de l'empressement avec lequel il a répondu à l'invitation de la Société Dunkerquoise ; il le félicite d'avoir triomphé d'une maladie qui le tenait éloigné de sa chaire et de ses études et se réjouit à l'avance de l'intérêt que ne manquera pas de présenter sa conférence.

Elizabeth Browning, dit le conférencier, faisait partie d'une famille de n enfants, 3 filles et 8 garçons.

Famille aisée de ce Herefordshire merveilleusement vert et accidenté. Elizabeth est à la fois espiègle et sérieuse. Quand elle ne courait pas par les prairies et collines, elle lisait avidement dans la bibliothèque les auteurs grecs, latins, français, etc. A 14 ans, elle fit un poème épique sur la bataille de Marathon. Elle lisait Homère et Platon à livre ouvert. A 15 ans, en sellant un poney, elle tomba si malheureusement qu'une lésion de la moelle épinière se déclara. Longtemps alitée, elle contracta une anémie chronique compliquée de bronchite, dont elle ne se releva que par trêve et qui persista à travers toute sa vie.

Elizabeth devint à peu de chose près une invalide devant garder la chambre jusqu'à 6 mois de suite et ne sortant que pour reprendre,quelques jours après,sa vie claquemurée. Et c'est ainsi qu'elle grandit.

Des visites ? peu... Le père Barrett avait bien donné à sa fille une chambre spacieuse et prodigué les livres, mais non sa présence : il ne montait guère que quelques minutes par jour pour constater l'état de sa fille.

Et c'est ainsi quç privée de la joie des cieux clairs d'avril où chantent les oiseaux, elle s'habituait à écouter les harmonies intérieures qui grandissaient et chantaient en elle, et s'efforçait d'en rhythmer la mélodie.

Mais ce n'était pas des poèmes d'amour. Il était bien question d'amour ! Qui eût songé à une pauvre invalide au corps d'éphèbe, poitrinaire, ayant pour seule beauté un teint singulièrement mat, l'étrange lueur de ses grands yeux noirs et le flot épais de ses cheveux de jais !

Et puis, en admettant même qu'Elizabeth eût pu être aimée, aurait-elle pu aimer ? Non, il y a le veto du père Barrett. Ses fils ou filles lui appartenaient à lui Barrett et lui appartiendraient jusqu'à son dernier soupir, et il ne reverrait de sa vie et considérerait comme mort l'enfant qui désobéirait sur ce point, quelque brillant que fût le mariage projeté.

Elizabeth s'est résignée à son destin et ne pouvant chanter le bien-aimé qu'il lui est interdit de connaître, elle chante les aspirations, les désirs, les rêveries qui gonflent son cœur généreux et elle traduit en vers les idées nobles que mûrit dans la solitude son esprit, toujours occupé du travail de la pensée. Ce n'était pas des rondeaux ou de

fades romances, quelques ballades moyennageuses, elle touche aux hautes questions morales et métaphysiques, bâtit des drames lyriques qui sont de véritables théories sur la destinée des hommes ; elle se passionne pour les questions humanitaires : abolition de l'esclavage, misère du peuple, le tout enveloppé dans une puissance de symboles qui font l'admiration du lettré, mais, il faut bien le dire, le désespoir de la foule philistine.

Pensée concentrée, images serrées comme les spirales d'un ressort, c'est la méthode inverse de nos poètes de race latine, amis de l'ampleur harmonieuse de l'équilibre dès strophes, du cliquetis des rimes, de la lenteur des évocations.

Que l'on compare à ce propos la tristesse d'Olympe au poème de miss Barrett : « Un homme attristé, un jour d'été, regardait la terre et disait : Nuages pourprés qui vous enroulez en écharpe autour des sommets, montagnes sinueuses où serpentent les vallées, vallons sillonnés de frais ruisseaux,, ruisseaux tout bordés... etc., etc. »

D'ailleurs miss Barrett ne se renferme pas dans la poésie mystique ; le poème que je vous ai lu est très clair dans sa haute beauté ; il en est d'autres encore plus simplement beaux, ceux qu'inspirait par exemple à la pauvre vierge captive l'instinct maternel qui sommeille en toute femme.

Je vous citerai l'enfant d'Isabel : une mère veille au chevet d'un enfant dangereusement malade, elle prie Dieu de conserver à la vie le pauvre petit être, et croyant voir sa prière exaucée dans le souffle plus régulier et le sommeil moins fiévreux de l'enfant, Isabel fait des rêves d'avenir.

« Oh ! bébé, seras-tu quelque homme éloquent et sage, un philosophe ou un poète répandant les trésors de ton âme immortelle sur les humains aveugles ?» Et la prière de la mère monte plus fervente vers Dieu, lorsque soudain l'enfant s'éveille et, miraculeusement, parle à sa mère. « Mère, mère, laisse-là ta prière, laisse-moi mourir afin que j'aille vers Dieu ! je viens de voir le Paradis : la terre a-t-elle des splendeurs comparables aux richesses célestes ? une sagesse comparable à la sagesse divine,un amour comparable à l'amour de Dieu ? L'amour terrestre ? Peut-on aimer fixement alors que tout change sur terre ? Mère, cesse de prier, mère, laisse-moi mourir. » — Et le matin, quand la vieille nourrice s'éveilla, elle trouva la mère tenant dans ses bras son enfant mort.

«Nourrice, nourrice, j'ai changé ma cruelle prière; mon enfant est heureux, que la volonté de Dieu soit faite ! »

Cette analyse imparfaite et sèche vous donne une idée de ce sacrifice sublime d'une mère qui doit être selon Elisabeth Barrett le dévouement de tout véritable amour ; l'amour devant être prêt à tous les sacrifices.

Voilà donc miss Barrett célèbre.

Or, il advint que le poète Robert Browning ayant lu des vers de miss Barrett conçut une vive admiration pour le talent de l'auteur, et en bon poète enthousiaste, il voulut à tout prix faire connaître son admiration à la recluse.

Robert Browning avait 32 ans, six ans de moins que miss Barrett, il était d'ancienne famille et sa jeunesse, comme celle de miss Barrett, faisait pressentir son génie.

A deux ans, il avait déjà le sentiment de la beauté et jetait dans le feu un voile en fine dentelle apporté à sa mère, pour admirer la flamme qui en jaillissait : « A pitty

blaze, mamma » . Ce qu'il faudrait traduire avec un zézaiement d'enfant : « une jolie flamme, maman ».

Evidemment, un tel enfant promettait.

A l'école, il ne put rester ; la maîtresse le pria bientôt de s'en aller, non qu'il fût paresseux ou turbulent, mais aa contraire parce qu'il était trop sage, ou plutôt trop intelligent. Il accaparait tous les premiers rangs, et les mères jalouses retiraient leur progéniture en criant à l'injustice.

Browning grandit,lut beaucoup, byronisa (tous les poètes commencent par Byron). Mais sa maturité précoce dédaignait un lyrisme égoïste et s'occupait de problèmes philosophiques et des mobiles de l'âme humaine. Son souci n'est pas la musique (différence avec Tennyson), bien qu'il sache l'atteindre, ce n'est pas laisance et la grâce, mais une pensée forte et profonde.

Une amitié naquit entre Robert et Elizabeth, amitié bientôt transformée en amour. Elizabeth refusa la main du poète par délicatesse, craignant d'être un obstacle au bonheur de celui qu'elle aimait. Une deuxième proposition fut suivie d'un second refus. Browning répond simplement : « Qui de nous deux a tort ? Je ne sais... Je ne sais qu'une chose,c'est que vous êtes la première femme que j'aie aimée et que je vous aimerai jusqu'à ma dernière heure. J'attendrai vingt ans si vous le voulez, et si la vie nous est prêtée, • peut-être alors comprendrez-vous que vous auriez dû me croire... Pour votre santé vous vous croyez atteinte d'une affection incurable, et j'avais renoncé à tout espoir de vous voir jamais debout. Jugez de la profonde pureté de mon attachement. Au reste, j'aimerais mieux une heure par jour auprès de vous que le rêve le plus brillant sans vous. »

Elle réplique « Point de promesse : cet hiver me sera fatal, vous verrez alors la folie de vos projets ; sinon je ferai ce qu'il vous plaira. »

L'hiver fut doux ; les crises d'Elizabeth se firent plus rares ; au printemps 1846,6116 se sentit des forces inconnues. Elle put même sortir à pied. Son amant réclama l'exécution de la promesse et cette fois miss Barrett tendit pour la première fois son front à Robert qui y déposa le premier et le plus chaste des baisers. Le mariage fut décidé pour Septembre. (Ici des détails de l'enlèvement rendu nécessaire par le refus obstiné du père...) Il y a une Providence pour ceux qui s'aiment !

Mariée et malgré les fatigues d'une vie de voyages, miss Barrett vit sa santé se fortifier, ses crises s'espacer.

Ce fut un ménage anglais, c'est-à-dire très pratique. (Plusieurs anecdotes le prouvent...) Mais leur vie poétique continue.

Un jour, le déjeuner fini, Elizabeth remonte rapidement suivie de son chien Flush pour s'enfermer dans son sanctuaire du premier étage (car les deux poètes se défiant de leur tendresse, ont juré de travailler séparément).

Robert, demeuré dans la salle à manger, attend placidement que la fidèle Wilson ait plié la nappe et regarde par la croisée. Soudain des pas furiifs. Une main lui glisse un rouleau de papier. « Lis ! » Il se retourne, aperçoit sa femme qui se sauve par l'escalier. Etonné, il déplie le rouleau. Ce sont des sonnets :

« Si tu dois m'aimer, que ce ne soit que pour l'amour lui-même. Ne dis pas : « Je l'aime pour son sourire, son regard, sa voix douce, sa pensée qui s'accorde avec la

mienne. » Car ces choses, bien-aimé, peuvent changer en elles-mêmes, ou changer pour toi, ne m'aime pas non plus pour la pitié qui te fait sécher les pleurs de mes joues. Consolé longtemps par toi, on pourrait. oublier de-plenrer et ainsi perdre ton amour ; non, aime-moi pour l'amour lui-même, afin qu'à jamais tu puisses aimer pour tonte l'éternité de l'amour. »

Les sonnets disaient encore: « O mon poète, tu-es appelé dans les palais superbes et les danseurs s'arrêtent pour épier tes lèvres fécondes. Est-ce à toi de lever ce loquet indigne d'une main comme la tienne ? Peux-tu laisser tomber ainsi à ma porte les riches plis d'or de ta musique ? Vois b lucarne est défoncée, les hiboux logent sur le toit, ffion grillon crie en réponse à ta mandoline ; k l'intérieur pleure une voix solitaire. Va, laisse moi. »

Si ces sonnets firent battre le cœur de Robert, c'est que non seulement ils étaient, comme il l'a dit, les plus beaux sonnets écrits depuis Shakespeare, mais c'était l'histoire de leurs amours, l'épithalame qui chantait avec les scrupules de la fiancée le triomphe final de l'amour sur la mort.

Le mariage n'avait donc pas altéré le génie poétique de Mrs Browning ; le bonheur lui inspirait ses plus beaux vers.

Robert, au contraire, était devenu plus paresseux. E s'embourgeoisait. Ce fut bien pis encore lorsque lui naquit un fils, qui fut dorloté, caressé, pomponné.

Dans ses lettres aux amies, Mrs Browning ne peut croire qu'un tel enfant soit le sien ; et se mêlant à la fierté maternelle, le retour sur la source de ce bonheur, sur le mari, « le père » qui, après des années d'union, n'a jamais eu un mo: de mauvaise humeur, une minute de bouderie. lisse taqtrinaient seulement en matière de spiritisme.

CONFÉRENCKS 369

Mais les plus beaux rêves doivent finir. Le répit que l'amour avait obtenu de la mort était trop miraculeux pour durer. La merveilleuse activité cérébrale de Mrs Browning redoublait avec les années, et cette activité usait cet organisme délicat ; sa sensibilité devenait de plus en plus aiguë (sa surexcitation pendant la guerre d'Italie, son idéalisation de Napoléon III, son culte pour Cavour... le prouvent).

De jour en jour, son petit corps frêle devenait de plus en plus léger. Cet être charmant « moitié ange, moitié oiseau » était implacablement réclamé par la Mort. Trois semaines après la mort de Cavour, elle allait rejoindre l'homme d'Etat dont elle avait fait son héros. Le désespoir du poète fut atroce. Il sanglotait, criait : « I want her ». Par un miracle dû peut-être à la candeur de sa femme, la.morte avait gardé un visage d'enfant, et de sa magnifique chevelure, pas un fil n'avait blanchi.

Le roman de Robert et d'Elizabeth a un double intérêt. D'abord, il est la clef de poèmes autrement obscurs, et qui n'acquièrent leur pleine beauté qu'à sa lumière.

Lisez par exemple ces sonnets :

Je n'ose pas t'aimer, en silence laisse là ma main

Si tu cherches des roses, cherche-les là où elles fleurissent...

Veux-tu avoir ma joue, bien-aimé, plus près de la tienne, Ma joue est blanche, ma joue est flétrie par les larmes...

Ne faut-il pas, pour bien comprendre ces vers, se rappeler les scrupules de miss Barrett à accepter un amour généreux qui s'offrait à elle ?

Le second intérêt qu'il y a à connaître la vie de ces deux poètes, c'est que les connaissant et voyant à quel point elles

Mémoires de la Société Dnnkerquoiw. — 1908 **

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sont pures et belles, nous pouvons goûter et savourer p!i> pleinement leurs nobles œuvres.

Ce qu'ils ont écrit, ils l'ont pensé et vécu.

Le Secrétaire général remercie en termes particulièrement fins le conférencier et lui demande une nouvelle conférence pour Tan prochain. Puis il excuse la section musicale qui devait donner une audition de fragment de Beethoven et de Mendelssohn ; l'un des exécutants empêché au dernier moment n'a pu être remplacé.

Conférence du 25 Février 1908

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