‹ Mémoires;Chapitre 105 sur 173 · JE SUIS PRISONS NIER A MADRID · texte numérisé non relu

JE SUIS PRISONS NIER A MADRID

Le geôlier me dit;: « — Si Votre Grâce veut partager le logement de certains chevaliers génois, elle aura compagnie. » Je dis que oui. Il monte et leur dit la chose ; ils consentirent de bon gré.

J'avisai aussitôt le secrétaire de mon Assemblée, mais il était déjà au courant. Les génois me

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donnèrent à souper et me firent dresser un lit sur le sol, pas mauvais. A minuit, Talcade vint donner la question à un voleur, et, chemin faisant, procéda à mon interrogatoire. Je répondis : « — Votre Grâce sait bien que, le jour où j'ai pris Thabit de mon ordre et fait profession, j'ai dépouillé ma liberté, et que je ne suis même pas libre de faire mi pas devant Votre Grâce. Je la supplie donc, avant toute chose, de me remettre au prince Grand Prieur comme à mon juge naturel. » Il fit : w — En parlant ainsi. Dieu sait à quoi vous vous exposez. » Moi : « — Ce que j'ai dit je le dis et je le signe de mon nom. » Tel fut mon interrogatoire. Sur quoi le seigneur alcade s'en fut, et moi je m'allai mettre au lit.

Le lendemain, l'alcade vint en grande hâte me dire de m'habiller, que tout le tribunal m'attendait. Je répondis : u — Ces seigneurs ne sont pas mes juges, en conséquence je n'y veux aller. » Il fut le leur rapporter. Alors ils firent monter huit galériens pour me porter dans la salle, moi et mon lit ; ce qui fut exécuté incontinent.

Les galériens me plantèrent au milieu de la salle, tout couché comme j'étais dans ma prison. On commença à me dire ce qu'on a accoutumé de dire en ce tribunal ; moi, je répondis un mot qui les obligea à me faire jeter au cachot. En passant par les galeries, je rencontrai deux cheva-

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