CHAPITRE XI
liers de mon ordre et le fiscal, qui venaient me réclamer par ordre de T Assemblée. Ils entrèrent en la salle, et <tous, à huis clos, décidèrent qu'un alcade allât faire son rapport au Conseil de la Guerre. Un d'eux, qui avait nom N. de Valenzuela, s'y en fut, monta jusque chez le roi, et revint à midi — entre temps on n'interrogea personne — porteur d'un décret dont je possède l'expédition.
Il y est dit : u Remettez l'alférez Alonso de Contreras au prince Grand Prieur, notre neveu, avec tout ce qu'il a pu écrire de sa main, sous réserve expresse qu'on s'informe s'il est profès, et, s'il l'est, qu'une expédition de son diplôme de profession reste en les mains des alcades. )) Il revint donc avec ce décret. On me fit comparaître — j'étais vêtu, cette fois, — et on me demanda mon diplôme de profession. Je l'envoyai chercher, et, après l'avoir bien examiné, ils me remirent entre les mains des chevaliers, lesquels me menèrent à la prison de la Couronne. J'y restai jusqu'au jour où l'Assemblée me condamna à deux années de bannissement. Je m'en fus servir sur la flotte, et j'y restai jusqu'au jour où je redemandai licence d'aller à la Cour solliciter une compagnie.
On nomma quarante capitaines, mais le sort ne me fut pas favorable. Je quittai Madrid dans
l8o MEMOIRES DE CONTRERAS
lïntcnlion d'aller à Malte, où il me semblait que je pourrais avoir profit. Je fis rencontre d'un chevalier qui allait à Malte et nous nous y rendîmes de compagnie. A Barcelone nous nous embarquâmes pour Gênes, et, arrivés en cette ville, nous partîmes par terre pour Rome oii nous arrivâmes en peu de temps. Il m'y advint un petit ennui.
J'étais malade d'une fièvre tierce, et, comme elle me laissait sur pied, je m'en fus un jour par passe-temps au logis de certaines femmes espagnoles. Arrivent deux gentilshommes italiens. Les voilà qui montent : la servante, à l'insu de ses maîtresses et de moi, leur avait ouvert la porte. Entrés en la salle, ils me demandent : u — Que faites-vous là? » Je réponds : a — Je parle d'Espagne avec ces dames, car nous sommes pays. » Ils me disent sèchement : « — Ouste I va-t'en. » Il me sembla avilissant de vider les lieux en cette manière, et, faisant la sourde oreille, je continue de parler avec une de ces femmes. Eux derechef: « — Attendez-vous que nou's vous jetions au bas de l'escalier? » Je n'en peux endurer davantage ^ je lève mon épée — je la tenais à la main, comme un malade, — et je me jette sur eux. Ils dégringolent tous les escaliers, l'un d'eux la tête malement rompue. A leurs cris, des sbires, dont il y a quantité en cette ville, se ruent et, nous fourrant