JE METS DES MUTINS A LA RAISON
J'étais à attendre le moment du départ à l'endroit dit Los Pozuelos, près de la barre du Guadalquivir. Les soldats, tous embarqués de force et quittant des maîtresses de longue date, — c'étaient les pourvoyeurs de la mort en Andalousie, — se gaussaient quasi de moi. Si je leur disais : « — Sus, messieurs, tout le monde en bas, voici qu'il est nuit, » ils me répondaient : « — Sommes-nous des poules, pour nous coucher avec le jour ? Paix donc! )) J'étais tourmenté et ne dormais mie, me demandant comment se passerait la traversée, car, à l'exception de quinze matelots et de six artilleurs, je n'avais à compter sur personne; les cent soldats m'étaient tous ennemis. Par ainsi, j'eus recours à un expédient.
Jetant les yeux sur un de ceux qui me semblait le plus pourfendeur et auquel ils portaient respect, — car même chez ces gens-là il s'en trouve à qui obéissent les bravaches, — je l'appelai et lui dis : (( — Eh ! senor Juan Gômez, venez par ici. » Je le fis entrer dans la chambre de poupe, et lui dis : (( — Combien de temps y a-t-il que vous servez le roi ? » Lui : (( — Il doit'y avoir cinq ans, tant à Cadix, à Larache, d'oii je me suis enfui, que sur la flotte. )) Je répondis : u — Pour sûr, je vous ai