‹ Mémoires;Chapitre 125 sur 173 · CHAPITRE XIV 2l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV 2l

înterpiète. C'était l'usage de mener les parlementaires au logis dudit juif où on leur donnait à manger et à fumer, et c'est à quoi je les trouvai occupés.

Ces matasietes, on les appelle ainsi parce qu'ils sont gens de qualité, et il y paraissait : je leur vis de fort jolis baudriers brodés, de fort jolis brodequins, d'excellentes aljubas et des bonnets de Fez, bref, des vêtements différents de ceux des autres Maures. Le mestre de camp Lechuga donna ordre : « — Montez-moi toute la poudre et les mèches par devant la maison où se trouvent les parlementaires, et faites-y passer aussi les soldats que le capitaine Contreras a amenés. » Car ceuxlà avaient de beaux habits, au lieu que ceux de la garnison montraient le cuir à travers leurs guenilles.

Donc, nous allâmes en cette maison où étaient les Maures. Ils se levèrent, et nous nous saluâmes ; ils se rassirent et nous portèrent une santé que nous bûmes, car ils boivent aussi sec que portefaix de Madrid.

Lors commencèrent de défiler les munitions, qu'ils virent bien, et les soldats. Les Maures dirent au gouverneur : « — Nous venons prendre congé de vous, car ce soir nous allons partir sept mille matasietes, et, cette nuit même, tous les autres s'en iront. C'est que nous vous voulons pour ami

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et VOUS enverrons, en vous priant de les acheter, cinq cents moutons et trente vaches à vendre. » Le gouverneur dit : u — Entendu », et leur donna force tabac, ce qui est le plus grand cadeau qu'on leur puisse faire. D'ailleurs, ces gens-là ne peuvent vivre sans la Mamora ; c'est là qu'ils apportent vendre tout ce qu'ils volent, et aussi ce qu'ils ne volent pas. Ils donnent un mouton aussi gros qu'un bœuf pour quatre réaies, une vache pour seize, une fanègue de blé pour trois réaies et une poule pour une demi-reale. Sur l'assurance du gouverneur, ils s'en allèrent, et moi je me préparai au départ.

La Mamora est située sur un fleuve (le Sebou), à l'embouchure duquel il y a cette barre dont j'ai parlé, mais où peuvent néanmoins entreries gros navires. Si les ennemis possédaient cette place, ils feraient grand mal à l'Espagne, parce qu'elle n'est pas à plus de qurante-deux lieues de Cadix, et, comme c'est à ce port ou à San Lucar que nos flottes sont attachées, à leur entrée ou à leur sortie, il leur serait par là facile de nous causer grand dommage en s'emparant de nos vaisseaux ; car ils pourraient en un seul jour retourner chez eux sans avoir à faire une longue navigation jusqu'à Alger ou à Tunis, ni, en outre, à passer comme à présent, à leur grand péril, le détroit de Gibraltar. Ledit fleuve de la Mamora remonte

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