NOUS PRENONS PART A LA QUERELLE DES VALENGIENS A NAPLES
Il y avait peu de jours que nous étions là, en belle réputation, dans une maison où nous vivions à trois camarades sans en admettre d'autres ; voilà qu'un soir, survient chez nous un soldat valencien de notre compagnie et, avec lui, un autre. C'étaient, à les en croire, de vrais caballeros ; ils nous disent : c( — Faites-nous la grâce de venir avec nous car il nous est advenu noise à la caserne des florentins. )) Nous, pour ne pas perdre la réputation de leventes, de nous écrier : « — Allons, par le Christ î )) et de laisser seule à la maison la maîtresse du logis.
Chemin faisant, nous rencontrons un homme qui restait planté là, j'imagine, à faire Tamour. Le valencien était resté en arrière ; nous entendîmes un cri. Nous, de nous retourner pour voir ce qu'il y avait ; c'était le valencien qui arrivait avec une cape et un chapeau. Il fit : u — Voilà un bardache qui ne geindra plus ! )) Je lui dis : « — Qu'est-ce que c'est ? )) — u Un bardache que j'ai envoyé souper en enfer et qui m'a légué cette cape. )) A l'ouïr, je me scandalisai, et, joignant un camarade, je lui dis : « — Por Dios ! alors nous sommes venus ici faire les tire-laine ? Cela ne me
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va pas. » Il me répondit : « — Ami, patience pour cette fois. Ne nous perdons pas de réputation auprès de ces gaillards. » Moi : « — Au diable cette réputation-là. »
Arrivés à une maison où on vendait du vin, — c'était là sans doute que les valenciens avaient eu maille à partir — nous entrons par une porte dérobée ; tant criant qu'agissant, voilà mes valenciens à dauber sur le patron, ferraillant contre les carafes de verre dont il y avait foison ^ poignardant, crevant les outres, si bien que le vin en coule comme fontaine. De la fenêtre le maître de Tauberge crie au secours ; par la petite porte, nous déguerpissons dans la rue ; de Tauberge on jette sur un de mes camarades un pot à fleurs ; le voilà abattu du coup, sans connaissance.
Aux cris, arrive la ronde italienne ; nous commençons à nous débattre et à jouer des mains. Le camarade tombé ne se pouvait lever; c'est bien là ce qui lui pesait. En fin de compte, les italiens nous serrent de si près avec leurs escopettes et leurs hallebardes qu'ils traversent le poignet d'un valencien d'un coup de hallebarde, le prennent,, et, avec lui, le camarade qui gisait. Nous, de battre en retraite vers notre logis. La ronde, en emmenant les prisonniers, tombe sur le mort à qui le valencien avait pris la cape ; elle en