CHAPITRE n
donne avis au corps de garde principal des espagnols : incontinent sort une ronde, en quête de mon camarade, de moi et de Tautre valencien.
Nous, après nous être séparés du valencien, nous allions chercher chez nous le peu qui nous restait, pour filer; et voilà que nous voyons la ronde, mèche allumée, devant notre porte. Je fais : « — Sauve qui peut, ami I Tu vois, tu n'as pas voulu me croire pour la cape ! » Je me jette dans une ruelle ; je cours au môle ; arrivé à une auberge qui est tout contre la douane, j'appelle : habitait là un chevalier de Saint-Jean, venu de Malte armer un galion pour aller au Levant ; c'était un mien ami qui s'appelait le capitaine Betrian. A me voir, il s'émerveilla ; je lui contai la vérité ; il me cacha; cela pendant vingt jours jusqu'à son départ. Cette nuit4à, il m'embarqua, me fourra dans la soute aux biscuits ; j'y suai sang et eau, jusqu'au sortir de Naples ; alors il me tira de là et m'emmena de bien bon gré à Malte. Quant au valencien et au camarade abattu d'un coup de pot, on les pendit dans les dix jours ; des autres camarades, je n'ai rien su jamais.