‹ Mémoires;Chapitre 149 sur 173 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

leurs armes, qvi'ils avaient fort bonnes. Inutile, parce que je fondis sur eux à la manière de Romagne et m'en saisis, encore qu'ils me blessèrent un soldat.

Les gaillards pris, je les mis en jugement séance tenante, en leur donnant deux heures de répit à chacun, passé quoi je les condamnai à avoir coupées les chevelures à la nazaréenne, aies porter à la nuque, puis, à recevoir, montés à la mode de mon pays sur des bourriques, deux cents coups de fouet chacun. Ce qui s'exécuta de gentille façon, encore que le bourreau s'étrennait en cette justice-là, laquelle était nouvelle et pour lui et pour la ville. Une fois descendus de leurs baudets, mes gaillards furent pansés avec sel et vinaigre, à la façon des galères. Le jour suivant, je les mis en route pour les galères de Naples, avec chacun six ans à passer, en attendant mieux, auprès du comité à qui ils devaient échoir. Quant au seigneur vice-roi ou président de la province, cette justice-là lui parut incroyable.

Quand il s'en fut acertené, il m'écrivit : « En vertu de quelle autorité avez-vous fait cela ? » Je répondis : (( Autorité de capitaine de guerre. » Il me récrivit: w Moi seul le suis en cette province. » Moi de répondre : a Plaidez-en avec le comte de Monterey ; c'est lui qui m'en a envoyé la patente. )) Sur quoi il se détermina à me venir saisir

25o MÉMOIRES DE CONTRERAS

à Aquila et assembla à cette fin trois cents hommes de cheval et quelques gens de pied. Ce qu'ayant su, je lui mandai : « Que Votre Seigneurie prenne garde dé soulever le pays qui Test déjà à moitié, puisque je suis venu pour le châtier. Par ailleurs, étant ministre du roi, ne vous avisez pas de si grosse affaire sans en référer au comte, comme vice-roi du royaume. Si j'ai mal fait, il me punira. » Mais il n'en fit cas et alla son chemin. Moi qui avais des espions, je vis que c'était sérieux. De mes cent cinquante Espagnols, je choisis cent, et bien munis de poudre, balles et mèches ; je saute sur un mien cheval fort gaillard, aux fontes mes pistolets et sur moi deux mille écus en doublons, et m'en vais l'attendre en un poste d'où je lui écris une lettre.

Je lui disais : « Puisque vous avez si peu cure du bon service du roi, poursuivez votre chemin, mais prenez un bon cheval, car, si je vous prends, j'en jure par le Christ! je vous fais fouetter comme les autres. » Et je l'aurais fait, et mieux que je ne dis, encore. J'étais sûr que sa troupe — de la canaille — se rendrait, et, la chose troussée, je filais à Rome, à Milan et en Flandre, ce qui me mettait hors d'affaire ; car, d'où j'étais, il ne me fallait que six heures pour me mettre en l'Etat de l'Eglise. Le Chiaramonte prit le parti, ma lettre reçue, de l'envoyer au vice-roi comte de

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