CHAPITRE XVII
lier du roi. Présentement il venait d'être licencié comme lieutenant de cuirasses.
Je dis au secrétaire : « — Sefior, je ferai ce qu'ordonne le comte, mais considérez que j'ai là mon frère ; qu'au moins il reste à Pescara pour mon lieutenant. » Il répondit : c( — Impossible. Capitaine doit être qui occupera ce poste. )) Je demandai alors qu'on le fit capitaine de la patache et j'en priai même de vive voix le comte ; il n'en voulut rien faire. Je demandai qu'on lui donnât une compagnie d'enfants perdus et d'aventuriers qui devait s'embarquer avec moi ; on me le promit. Moi, entre temps, je m'occupais à parer mes bateaux, et disais au secrétaire : « — Ne vous moquez pas de moi. Dites au comte qu'il en finisse d'arranger cette affaire. J'en jure Dieu, s'il ne le fait, je ne m'embarque et ne fais cette course. »
Nous en restâmes là jusqu'à certaine nuit où il me désabusa dans son cabinet, disant : a — On ne donnera rien à votre frère, et vous vous embarquerez bel et bien l'un et l'autre. » Sur ce, je me retirai en mon logis. Là, considérant que je n'avais ni emploi en ce royaume, ni solde de Sa Majesté, non plus que mon frère ; voyant, en outre, que mon frère disait : a — Senor, j'ai servi comme chacun sait. Votre Grâce a poussé bien des gens, or, moi, je ne peux obtenir d'avancement. Le monde pensera qu'il y a en moi quelque tare, » je vis
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qu'il avait raison. Dont je fus obligé à recueillir mes quelques bardes et m'aller enfermer en le couvent de la Très Sainte-Trinité. De là, j'écrivis au secrétaire un billet de cette teneur : a Ne vous émerveillez que j'aie mis tant d'insistance à faire nommer mon frère. Moi parti pour cette expédition, il lui fallait assumer, si j'étais venu à manquer, la charge de nos petits neveu et nièce orphelins, lesquels n'ont d'autre père que moi. Vous m'avez ôté, cette nuit, l'espoir de rien obtenir pour lui, alors, moi aussi, j'ai résolu de ne pas prendre du service et de ne pas faire cette course. En conséquence, vous pouvez dire au comte mon maître que je me suis retiré en ce couvent pour voir où je me résoudrai à aller gagner ma vie, et crainte, aussi, que Son Excellence, sur quelque mouvement de colère, ne me jetât en un château-fort. S'il plaît au comte que je le serve et fasse cette course, qu'il donne une compagnie à mon frère : il la mérite, et le comte l'a promise. Alors, je sors du couvent sur l'heure, j'embarque etje fais... ce que bien verra. »
Le secrétaire s'ébahit, voyant semblable résolution, et m'écrivit pour m'engager amicalement à sortir. Je n'en voulus démordre, si ce n'est à la susdite condition.
Je demandai licence au comte pour moi, mon frère et mon neveu. Il me fît répondre : « Mais il