CHAPITRE XYII 27 I
n'en est besoin. Vous n'êtes pas mon sujet, étant chevalier de Malte et n'ayant ni solde ni emploi en ce royaume. Une attestation de la santé vous suffît. » Je lui fis dire : (( Je ne suis pas de ces hommes qui s'en vont sans licence d'un pays où ils ont eu emploi. Si Votre Excellence ne me la donne, je resterai en ce couvent-ci jusqu'à ma mort ou jusqu'à tant que Votre Excellence ait été promue à de plus hautes fonctions. » Par ainsi, Son Excellence me fît la grâce de m'accorder très honorable licence pour Malte, une autre à mon frère pour l'Espagne, et une à mon neveu pour la Sicile. Il me les manda au couvent, toutes trois signées de sa propre main.
En suite de quoi, les navires étant en partance, on m'envoya du palais un pli signé du secrétaire ; mais il venait de plus haut. On me demandait d'écrire une relation ou instruction sur la manière dont se devaient comporter lesdits navires. Je l'écrivis en présence du porteur; elle était longuement détaillée, et j'ajoutai à la fin : (( Senor, ange ne suis et puis errer ; aussi pourrat-on consulter sur ce papier les pilotes. Si mes avis leur semblent bons, on les suivra ; sinon, non. Cette course, la voici décrite telle que je la pensais mener, n'était ma malencontre d'avoir frères. »
Peu après, je m'occupai de tout préparer pour
mon départ, encore que tout le monde, et jusqu'à des officiers et des familiers du palais, me disait : a — Attendez. » Je tâchai de suivre leur conseil et même, certain soir, je me résolus à aller voir le secrétaire Rosales au palais. Je restai longtemps à parler avec lui, et il me dit : « — Vous avez fait fausse route, n Nous convînmes de nous revoir la nuit suivante, mais il me parut bon de n'en rien faire. Tout au contraire, en une felouque qui me coûta bon, j'embarquai nuitamment frère et neveu, avec le peu de bardes que j'avais, et nous quittâmes Naples le vingt décembre à minuit.
J'oubliais de dire que ma retraite en ce couvent donna à croire à tout le monde que je m'étais fait religieux, comme si je ne l'étais déjà de Malte, On le mit même dans la Gazette, et on m'écrivit de Malte qu'on y avait reçu avis que je m'étais fait capucin. Et quoi d'étonnant qu'on l'eût dit en terres lointaines.^ En ces deux mois que je fus au couvent, il se trouva, dans Naples même, des gens qui juraient m'avoir vu dire la messe ; point ne savaient, sans doute, que ne connais le latin, ni même ne l'entends. Ces deux mois, je les passai à faire pénitence avec matin et soir un chapon et tout ce qui s'ensuit, d'excellent vin vieux, et j'entendais chaque jour quatre messes et les vêpres.