‹ Mémoires;Chapitre 163 sur 173 · JE QUITTE NAPLES A LA DEROBEE · texte numérisé non relu

JE QUITTE NAPLES A LA DEROBEE

La nuit que je sortis de Naples ne fut guère bonne : je ne partais pas sans inquiétude. Mais, à Taube, nous nous trouvions à Bietre (Vietri), à soixante milles de Naples. Nous traversâmes le golfe de Salerne et fûmes à Palanudo (cap Pâlinuro), où on ne nous laissa prendre terre par amour de la santé. Delà, nous fûmes à Paola; j'y restai deux jours et visitai le lieu de naissance du bienheureux Saint François de Paule. De là, je passai à Castillon^ où je fis rencontre d'une felouque qui remontait vers Naples. Elle portait une farouche dame espagnole fort connue, avec laquelle je soupai ce soir-là. Elle me pria de dormir en sa chambre parce qu'elle avait peur ; je ne voulus lui désagréer et me couchai en un second lit qu'il y avait en ladite chambre.

Dans la nuit, je me levai pour uriner, et, comme il faisait noir, en voulant regagner mon lit je butai dans celui de la dame. Je m'y glissai ; elle faisait celle qui dort, mais elle était bel et bien éveillée. Je me mis en besogne, et elle de toujours faire l'endormie. La chose finie, elle

I. Contreras veut probablement parler de Pizzo, qui avait, au bord de la mer, un château aujourd'hui en ruines, où a été fusillé Murât, le i3 octobre 181 5.

l-jlx MÉMOIRES DE CONTREUAS

s'éveille et dit : u — Qu'avez-vous fait ? » Moi : (( — Touchez-y, vous le verrez. » Elle se met à dire : « — Jésus ! le méchant homme ! » Je dis : (( — Je crois bien, vous en souhaiteriez un plus jeune, pour ne pas fermer l'œil d'ici demain. » N*importe, tout vieux que j'étais, je lui porte estocade sur estocade, et, ma foi ! elle en valait la peine.

Au matin on mit à l'eau les felouques et nous tirâmes chacun de notre côté. Ce soir-là j'arrivai à Tropea où je ne fis pas nuitée pour arriver la veille de Noël à Messine. C'est là que nous iîmes la Noël en une hôtellerie où il y avait abondance de chairs ; mais, comme c'était vigile, tout un chacun se tint tranquille, et moi d'autant plus, qui en avait pris mon soûl. Nous ouïmes le lendemain une ou plusieurs messes, et partîmes de Messine ; mais nous ne pûmes doubler le cap du Faro où nous couchâmes.

Nous mîmes à la mer et bourlinguâmes jusqu'à Milazzo où nous restâmes cette nuit-là et le lendemain, à cause du gros temps. Le capitaine d'armes m'offrit des poules, du vin et un cabri qui arrondirent le garde-manger, et il y eut à l'hôtellerie double soupe : diables ou diablesses ne font jamais faute en telles maisons. Nous partîmes de Milazzo et arrivâmes sans toucher terre jusqu'à Termini, où il y a bon gîte. Nous y couchâmes

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