CHAPITRE m 3l
flot, tandis que les chrétiens restent sur le dos, face au ciel. Nous demandâmes aux Turcs que nous avions faits esclaves, comment il se faisait que ce mort-là restait sur le dos. Ils répondirent qu'ils l'avaient toujours soupçonné d'être resté chrétien ; que c'était un renégat du baptême et qu'au moment où il avait renié il était de la nation française.
Nous réparâmes notre bateau et la prise — l'un comme l'autre en avait bon besoin — et nous fîmes voile pour Malte où nous arrivâmes bientôt. En route, comme la prise était si riche, le capitaine ordonna : u — Que personne ne joue, de façon à ce qu'un chacun arrive riche à Malte. » Il fit jeter cartes et dés à la mer, décréta grandes peines contre quiconque jouerait. Sur quoi, on imagina déjouer de la manière suivante : Sur une table on traçait un cercle grand comme la paume de la main, et au centre, un autre cercle petit comme une réale d'argent ; chacun des joueurs mettait dans ce petit cercle son pou ; chacun suivait des yeux le sien et pariait de grandes sommes sur sa bête ; le premier pou qui sortait du grand cercle raflait la masse que je certifie être montée jusqu'à quatre-vingts sequins. Nous voyant résolus, le capitaine laissa jouer comme il nous chantait : si fort est le vice du jeu chez le soldat !
32 MEMOIRES DE CONTRERAS