‹ Mémoires;Chapitre 23 sur 173 · PRISE DE LA MAHOMETTE · texte numérisé non relu

PRISE DE LA MAHOMETTE

Tôt après dans la même année mil six cent un, les mêmes galères allèrent en Berbérie pour faire quelque autre entreprise. Je m'embarquai comme aventurier de même qu'au précédent voyage ; nous abordâmes et prîmes une ville appelée La Mahomette (Hammamet). Yoici comme: Nous arrivons en vue de la terre la nuit d'avant l'entreprise ; nous avançons un tout petit peu jusqu'au jour, où nous nous trouvâmes tout auprès ; le général nous ordonne de nous mettre des turbans en tête et de dégréer les trinquets, de façon à ce qu'on nous prenne pour les galiotes de Morato-reis * ; c'est ce qui advint.

Il est vrai que nous avions arboré des pavillons et des gaillardets turcs et que nous jouions à la turquesque du tambourin et du hautbois. Grâce à quoi, nous arrivons à jeter l'ancre tout

I. Les auteurs espagnols désignent aussi ce corsaire sous le nom de Amuratarraez. Son vrai nom semble avoir été Morat Agâ. G*est sans doute le même qu'on retrouvera plus loin sous le nom de Morato Gancho.

34 MÉMOIRES DE CONTRERAS

près de terre ; les habitants de la ville, qui est située sur cette même langue de mer où nous étions amarrés, sortent presque tous à notre rencontre, hommes, femmes et enfants. Trois cents hommes étaient désignés pour l'affaire. Ils la mènent grand train, attaquent la porte, l'enlèvent, et voilà la ville prise. Des trois cents, j'en suis ; nous capturons toutes les femmes et les enfants, quelques hommes : presque tous avaient fui ; nous entrons dans la ville ; nous la mettons à sac ; méchant butin, car ces gens-là sont de pauvres vagabonds. On embarque sept cents âmes et le méchant butin. Surviennent alors au secours des leurs plus de trois mille Maures, tant à cheval qu'à pied ; sur quoi, nous mettons le feu à la ville et embarque !

Cette affaire nous coûta trois chevaliers et cinq soldats qui se perdirent par cupidité. Là-dessus nous retournâmes à Malte, contents ; j'y gaspillai le peu que j'avais gagné ; il faut vous dire que les quiracas de ce pays sont si belles et si futées qu'elles se font dames et maîtresses de tout ce que possèdent chevaliers et soldats.

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