ON ME RACHÈTE MON TURC A ATHENES
J'entrepris de prendre langue ; mon Turc s'y prêta ; justement il venait de Constantinople avec un caramoussal chargé ; c'était de peur des corsaires qu'il était passé sur ce petit brigantin où il se croyait en sûreté, ce qui n'était pas mal raisonné. Il me conta comme quoi la flotte turque allait à la mer Noire. Mis en repos de ce côté-là, je traitai de sa rançon. Voulait-il se racheter ? Il me dit que oui. En trois longues conférences, nous en vînmes à convenir du prix de trois mille sequins d'or, dont répondraient ses deux fils habitant Athènes, d'où lui-même était.
J'y fus, mais je ne voulus pas pénétrer dans le port, parce que l'entrée en est si étroite qu'on peut comme on veut en interdire la sortie avec vingt arquebusiers. J'allai mouiller à un ancrage qui est à cinq milles de là. Il fallut envoyer à la ville un des deux valets, en lui donnant trois heures de temps, pas plus, pour aller et venir. Il ne mit pas davantage et arriva avec toute la noblesse d'Athènes à cheval. Quand j'aperçus tant de cavalerie, je me retirai en mer.
Ils arborèrent sur une pique une touaille blanche ; sur quoi, je me rassurai et déployai la bannière de Saint- Jean. Trois vénérables Turcs vinrent à bord me demander de descendre à terre pour nous accommoder. Ce que je fis avec Tun d'eux qui paraissait être, à la façon dont on lui obéissait, le Gouverneur.
Il me dit que, jusqu'au lendemain, il était impossible de réunir l'argent. Moi de répondre : (( — Alors, c'est comme si j'étais déjà parti. Eh Itu sais bien que d'ici à Négrepont par terre, il y a peu de chemin ; qu'il t'est facile d'avertir Morato Gancho, pacha de cette ville ; et que lui avec sa galère — une galère de vingt-six bancs — n'aurait qu'à venir me cueillir. » J'ajoutai: a — Ce n'est que si vous me donnez mes sûretés sur terre et sur mer que je puis attendre, le temps qu'il vous plaira. » — (( Sur mer, impossible ; sur terre, si, » merépond-il. u — Alors trouvebon queje te quitte. Je m'en vais ; rappelle tes Turcs qui sont dans ma frégate. » Lui, me voyant résolu, dit qu'il s'accordait à ce queje lui demandais ; et il lève le doigt devant toute l'assistance en disant : u — Lalla il Allah ! )) serment qui est plus sûr que vingt saufconduits bien et dûment paraphés. Et nous voilà à parler de toute espèce de choses, car il entendait l'espagnol ; et remarquez bien qu'il avait envoyé chercher Morato Gancho !