CHAPITRE V
côte ; de là à Caïfas (Haï fa). Sur une pointe de ce port, il y a un ermitage, à un jet d'arquebuse ou moins de la mer, où Ton dit que se reposa Notre- Dame lors de la fuite en Egypte. J allai plus avant, au port de Saint-Jean d'Acre ; il s'y trouvait des bateaux, mais grands, et il me fallut passer plus loin à la ville de Beyrouth.
J'allai aussi à Surras (Sour, Tyr) ; ces deux villes et ports sont à un chef puissant qui ne reconnaît quasi pas le Grand Turc : on l'appelle Vamin de Surras. Un de ses frères ^ était venu à Malte, y avait été festoyé, régalé, puis renvoyé chez lui chargé de présents par la Religion; et voilà comme les bateaux de Malte sont hébergés et régalés dans ses ports ; et ainsi, supposé que les princes chrétiens se missent en tête d'entreprendre une expédition à Jérusalem la sainte, ils auraient la partie belle, ayant déjà pour eux ces deux ports et pour amis ces deux chefs ; lesquels peuvent mettre en campagne tren te mille hommes, la plupart gens de cheval.
J'entrai au port de Surras et comme on vit que j'étais bateau de Malle, le GouA^erneur — l'amin n'était pas là — me régala et me donna des rafraîchissements.
I. Facardin ou Fakhr-Eddyn, émir des Dr uses, alla à Malte, mais en 16 16 seulement, demander les secours de l'Ordre contre le Grand-Turc. Les dates ne concordent pas.
76 MÉMOIRES DE CONTRERAS
PRISE EN l'île de TORTOSA
Je cinglai vers Tripoli de Syrie, grande cité, mais en restant au large, pour n'en point attirer sur moi les deux galères qui y sont. J'allai à l'île de la Tortosa (Tarions), vis-à-vis et tout proche de la côte de Galilée ; c'est une petite île plate et toute l'année fleurie. On dit que c'est là que Notre- Dame et Saint Joseph se cachèrent d'Hérode. Je m'en remets à la vérité. J'espalmai mes frégates et nous mangeâmes maints pigeonneaux ; il faut vous dire qu'il y a là une infinité de pigeons, même qu'ils font leurs nids dans des trous qui devaient être anciennement des citernes.
Dans ces parages, il va de soi que je restais toujours bien éclairé par un bon service de vedettes. Les voilà qui me signalent l'approche d'un vaisseau. J'allai à sa découverte : c'était un caramoussalturc. Je parai mes gens,' et lorsqu'il rangea l'île, je sortis à sa rencontre. Il combattit très bien — ce que bien savent faire les Turcs — et à la fin fut déconfit. L'ennemi avait treize morts ; moi, cinq, quatre matelots et un soldat.
Tant vifs que blessés, je pris là vingt-huit hommes, entre autres un Juif — c'était un mercanti — avec toute sa boutique de pacotille. Le caramoussal était chargé de fin savon de Chypre