‹ Mémoires;Chapitre 49 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et de lin. Je passai à son bord tous les hommes de la frégate de conserve, avec ordre de remorquer ladite frégate et d'aller à Malte — pour garder armées mes deux frégates, je n'avais pas de beaucoup assez d'hommes — et je restai, avec la mienne, bien en force.

De l'île de Tortosa, je remontai à Alexandrette, où se trouvent les magasins que nous avions mis à sac; de là, j'entrai en Caramanie et la côtoyai jusqu'à Rhodes, de la façon suivante : d' Alexandrette, j'allai à Bayas, de là, à Langue de Bagasse (Lissan el Kahbeh), et de là, à EscoUo Provenzal (Ecueil Provençal), Puerto Caballero (cap Cavalière), Estanamur (cap Anamour), Sattalia (Adalia), Porto Genovese, Porto Veneziano, cap Silidonia (Chelidonia), la Finica (baie de Phineka), où il y a une bonne forteresse ; puis à Puerto Caracol (DembreP), el Cacamo (île Kakava), Castilrojo (Kastelorizo), les Sept Caps, les Eaux Froides, Lamagra (Makry), Rhodes. De là, j'allai à l'île de Scarpanto, d'où je pris mer pour l'île de Candie.

Au large j'essuyai une bourrasque qui me fit courir deux jours et deux nuits dans la direction de l'Archipel. Le premier point où j'atterris fut une île appelée Jarhe (Yali), où l'on dit que se trouva le corps de saint Cosme ou de saint Damien. Les Grecs me donnèrent des rafraîchisse-

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ments contre deniers sonnants. Lesquels une fois arrimés, je partis pour l'île de Stampalie, là 011 on me voulait marier. J'entrai au port et tout le pays dévala au devant de moi, pensant que je venais tenir ma parole.

Il n'y eut pas moyen de sauter à terre ; il fallut leur dire que les galères de Malte, avec lesquelles j'étais venu, étaient à l'ancre à l'île de Pares (Paros), que j'avais alargué pour les voir et leur demander s'ils avaient besoin de quelque chose. De quoi ils furent très marris et me donnèrent grands rafraîchissements ; ils me contèrent aussi comme, après mon dernier voyage, ils avaient été en barque chercher à l'île le capitaine Jacomo Panaro ; comme ils l'avaient ramené, régalé jusqu'à l'arrivée d'une tartane française venant d'Alexandrie ; comme ils l'avaient enfin remis en ce bateau pour être transporté en terre chrétienne, non sans lui avoir donné bon rafraîchissement et dix sequins pour viatique.

Je pris congé et continuai mon voyage. Et voici que, dans le golfe de Napoles de Romania (INauplie de Romanie), je tombai sur un caramoussal chargé de blé, monté par sept Turcs et six Grecs. Les Grecs juraient que le blé était à eux ; à la torture, ils avouèrent qu'il était aux Turcs. Je débarquai les Grecs et j'allai avec le caramoussal au promontoire de Maïna qui n'est pas bien loin.

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