CHAPITRE V
Ce promontoire de Maïna est un district de Morée, très âpre ; ce sont des chrétiens grecs qui l'habitent ; gens qui n'ont de gîtes d'aucune sorte, sauf grottes et cavernes, et fieffés voleurs ; point de chef éki ; ce n'est qu'au plus brave qu'ils obéissent. Quoique bien le soient-ils, jamais, à ce qu'il semble, ils ne font œuvre de chrétiens. 11 n'a pas été possible aux Turcs de les assujettir, tout au plein qu'ils soient de leurs terres ; bien mieux, c'est aux Turcs que ces montagnards volent leurs troupeaux pour les vendre à d'autres. Ce sont grands archers. J'en vis un jour un qui gagea d'enlever une orange de dessus la tête de son fils d'un jet de flèche à vingt pas, ce qu'il fit avec une aisance qui m'émerveilla. En guise de large, ils se servent d'une espèce de boucliers, mais pas ronds ; leurs épées sont larges et longues de cinq palmes ou plus. Ils sont grands coureurs. Ils se font baptiser quatre ou cinq fois, voire davantage, parce que les parrains sont tenus de leur faire quelque présent ; tellement que toutes les fois que je passais parla j'en tenais quelquesuns sur les fonts.